(en ; en ), né le à Cesena (Romagne, alors dans les États pontificaux) et mort le à Valence, en France, est de 1775 à 1799 le pape de l'Église catholique. Il est connu notamment en raison de son opposition à la Révolution française, particulièrement à la constitution civile du clergé (1790).
Giannangelo ou Giovanni Angelico, comte Braschi, pour l'état civil françaisActe de décès du 12 fructidor, an VII, à Valence (Drôme). Jean Ange Braschy, devient secrétaire particulier de Benoît XIV en 1753, il a été ordonné prêtre en 1758, fait cardinal en 1773 et élu pape le , après la mort de Clément XIV.
Il a été congédié le du fait de l'instauration de la République romaine sous l'égide du gouvernement français du Directoire. Il a été fait prisonnier par les troupes françaises républicaines qui lui font quitter Rome le . Emprisonné à Valence à partir de juillet 1799, il y est mort peu après.
Biographie Origines familiales et formation Giannangelo Braschi est issu d'une famille noble de Romagne. Il est l'aîné des huit enfants du Comte Marco Aurelio Tommaso Braschi (1684-1759) et de Anna Teresa Bandi (1690-1730).
Ancien élève des Jésuites, il fait des études de droit in utroque jure, c'est-à-dire en droit civil et en droit canonique, à l'université de Ferrare.
Début de carrière (1753-1775) Il devient ensuite secrétaire du cardinal Tommaso Ruffo, légat pontifical à Ferrare.
Monsieur Braschi accompagne monsieur Ruffo à Rome pour le conclave qui suit la mort du pape en 1740.
Quand son maître est nommé doyen du Sacré Collège, il devient auditeur, chargé de l'administration des diocèses de Velletri et d'Ostie. Il noue alors des liens avec l'infant don Carlos, alors que ce dernier devient le premier souverain Bourbon du royaume des Deux-Siciles. Son habileté diplomatique lui obtient la charge de camérier secret.
En 1753, à la mort du cardinal Tommaso Ruffo, Giannangelo Braschi a été secrétaire particulier du pape . Il est ordonné prêtre en 1758.
En 1766, sous le pontificat de (1758-1769), il obtient la charge de trésorier de la Chambre apostolique, qui le rend maître de l'administration financière des États pontificaux.
Le , il est élevé à la dignité de cardinal-prêtre de Sant'Onofrio al Gianicolo par le pape .
Grâce au soutien du roi de France, le conclave qui s'ouvre à la mort de (1774) l'élit à la dignité pontificale. Il choisit le nom de en hommage à , pape de l'application du concile de Trente et de la bataille de Lépante.
Élu le , il est consacré évêque et couronné simultanément le .
Premières années de son pontificat (1775-1789) , alors âgé de , souhaite renouer avec les fastes de , ce qui lui vaut les critiques de la « statue parlante » Pasquino.
Le , il reconnaît officiellement l'apparition mariale de Notre-Dame de Šiluva en Lituanie survenue en 1608, et accorde plusieurs indulgences à son sanctuaire..
En 1775, impose une législation anti-juive notamment par l'édit Fra le pastorali sollicitudine...
Il est confronté au joséphisme autrichien et effectue même un voyage à Vienne en 1782 dans le but d'amener l'empereur à renoncer à sa politique anti-cléricale. Il y donna sa bénédiction papale urbi et orbi du balcon de l'Église am Hof.
Son passage à Venise en 1782 est commémoré par Francesco Guardi avec quatre toiles peintes illustrant cette visite.
Attitude de Pie VI envers les Juifs L'attitude de vis-à-vis de la communauté juive de Rome est notoirement hostile et répressive, dès l’édit du A. Milano, « L’editto sopra gli Ebrei di e le mene ricattatorie di un letterato », in Rassegna mensile di Israel 19 (1953), .. « Les thèmes antijudaïques sont à la mode, par antimodernisme, et par souci de reconstruire une Église forte. resserre donc les règles du ghetto, il encourage les conversions forcées, impose de nouveau le sermon du samedi avant d’aller à la synagogue. On poursuit des livres sur le judaïsme, on laisse circuler des opuscules sur les « meurtres rituels ».
Dans les procès politiques, de 1792 à 1797, on retrouve un certain nombre de Juifs accusés d’être philo-français. En 1793, le ghetto sera assiégé par la population lors d'émeutesE. Sereni, « L’assedio del ghetto di Roma nel 1793 nelle memorie di un contemporaneo », in Rassegna mensile di Israel 10 (1935), .. Le fait le plus notoire est la publication en 1794 d’un livre de Rovira Bonnet (…)Rovira Bonnet, L’armata de’ forti, ovvero Memorie spettanti ag’infedeli Ebrei che siano, Rome, P. Giunchi, 1794, 700., recueil de textes des conciles ou des papes sur la conversion des Juifs. Il y est question en plus des forces qui essayent de renverser la société, dont l’Assemblée Nationale de France qui a libéralisé la situation des Juifs et renversé l’Église catholique : il est donc normal de réagir et de les persécuter.
Le pape calma les esprits lors des révoltes, mais l’état d’esprit antijudaïque fut bien entretenu officiellement. Il est vrai aussi que le général Napoléon Bonaparte avait recours aux communautés juives et grecques d'Italie pour réaliser les spoliations de sa campagne.
Face à la Révolution française (à partir de 1789) vignette|Collection générale des brefs et instructions relatifs à la révolution françoise par , 1798.
Mesures prises par l'Assemblée nationale constituante en 1789-1790 À partir de l'été 1789, est confronté aux événements de la Révolution française et aux décisions prises par l'Assemblée nationale constituante : l'autorisation du protestantisme dans le royaume de France du fait de la liberté de conscience instaurée par la déclaration des droits de l'homme et du citoyen () ; la spoliation et la nationalisation des biens du clergé catholique () ; la fin de la reconnaissance par le droit civil français des vœux monastiques perpétuels (loi du ) et la suppression des ordres réguliers exceptés ceux ayant pour activité l'enseignement et les œuvres de charité, conduisant à la mise à l'écart de (moines, chanoines, religieuses etc.), soit les deux tiers du clergé de l'époque en France ; la Constitution civile du clergé (loi du ), qui réorganise l'église catholique dans le royaume de France en alignant sur le plan territorial les diocèses sur les départements (créés en ) et qui fait des curés et des évêques des fonctionnaires élus par les électeurs civils (y compris la petite minorité non catholique) et tenus à un serment de « fidélité à la nation, à la Loi, au roi » ; l'attribution aux juifs vivant en France de la citoyenneté française ().
Le problème de la constitution civile du clergé (12 juillet 1790) Le , fait savoir au roi de France de Bourbon qu'il s'oppose au projet de constitution civile du clergé. Il écrit aussi dans ce sens aux archevêques de Bordeaux et de Vienne le . Mais la loi est néanmoins votée le 12 juillet 1790.
Son application va créer une situation de schisme entre les prêtres et évêques « constitutionnels » ou « jureurs » (comme Talleyrand) et les prêtres et évêques « réfractaires », ceux qui refusent le serment, et doivent en conséquence quitter leur fonction.
Le , envoie un bref intitulé Quod Aliquantum au cardinal de La Rochefoucauld. Il y analyse le contenu de la constitution civile du clergé pour le condamner. Toutefois, il précise : « Nous n'avons pas encore jusqu'ici lancé les foudres de l'église contre les auteurs de cette malheureuse constitution du clergé », bref « Quod Aliquantum » du , .. Les menaces d'excommunication et d'anathème sont implicites.
Dans sa lettre apostolique Caritas du , critique sévèrement les élections d'évêques et leur bénédiction par Talleyrand, évêque d'Autun. Il déclare schismatiques les propos suivants du nouvel évêque de Quimper, Louis-Alexandre Expilly de La Poipe : « Cette constitution n'altère en rien le dogme ; qu'elle réforme seulement la discipline, et la rappelle à la pureté des premiers siècles ». Ses actes sacerdotaux sont déclarés irréguliers et il est menacé d'anathème. Toutefois réaffirme une position prudente vis-à-vis de l'assemblée nationale : « Nous avons déclaré nous être abstenu jusqu'ici de déclarer retranchés de l'église les auteurs de cette fatale constitution ».
La réaction de par rapport à la constitution civile du clergé n'est, même aujourd'hui, pas simple à interpréter. Tardive par rapport aux événements, elle aurait laissé les prêtres et les évêques dans l'embarras sur la conduite à tenir par rapport au serment de fidélité, créant un malaise dans les provinces françaises durant les six premiers mois de l' et laissant s'y développer un véritable schisme. Cette question est l'objet de discussions de la part des historiens des religions.
La présence à Rome du cardinal de Bernis, chargé d'affaires auprès du Saint-Siège, explique l'hostilité de Pie VI à l'égard de la révolution française. Bernis s'interpose systématiquement dans les échanges avec le ministère français des affaires étrangères et réserve ses faveurs au comte d'Artois, frère de Louis XVI, et aux nobles émigrés dès le début de la crise.
Le problème de l'annexion du Comtat Venaissin et d'Avignon (1791)
Le pape est aussi concerné en tant que chef d'état, à la tête des États pontificaux, qui incluent notamment la ville d'Avignon et le Comtat Venaissin.
Ces territoires sont annexés au royaume de France en 1791, formant le département du Vaucluse.
L'émeute de janvier 1793 à Rome Le roi de France Louis XVI est renversé par les républicains le 10 août 1792, puis emprisonné avec son épouse la reine Marie-Antoinette de Habsbourg-Lorraine et leurs deux enfants survivants.
Une nouvelle assemblée constituante, la Convention nationale, est élue à la fin de l'été 1792. Réunie le 1792, jour de la bataille de Valmy, elle proclame la république le 21. Louis XVI, jugé à partir de novembre, est condamné à mort le et exécuté le 21 janvier 1793. Il avait 38 ans.
En , à la suite des tensions suscitées par les événements politiques en France, des habitants de Rome prennent d'assaut le ghetto juif, qu'ils pillent, ainsi que le palais Mancini, siège de l'Académie de France à Rome, et assassinent le diplomate Nicolas-Jean Hugou de Bassville. Cet assassinat provoque le départ des français des états pontificaux.
L'instauration du calendrier républicain en France (6 octobre 1793/15 vendémiaire an II)
À la fin de 1793, une commission de la convention natiinale décide de mettre de côté le calendrier grégorien en France et de le remplacer par un calendrier républicain débutant au « Vendémiaire, an I » (), abandonnant la référence à la naissance du saint Sauveur Jésus-Christ ; par ailleurs, ce calendrier laïc comporte des semaines de dix jours (décades), mettant fin à la pratique du dimanche chrétien.
Ce calendrier devient obligatoire dans l'usage officiel, notamment l'état civil et la datation des documents publics, et à l'époque de la Terreur (1794), il est recommandé de l'utiliser aussi en privé. Il perdurera dans l'usage officiel jusqu'au , date du retour du calendrier grégorien.
Relations avec le Directoire et l'armée d'Italie de Bonaparte (1797-1798)
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Le 19 février 1797, Napoléon Bonaparte, à la tête de l'Armée d'Italie, contraint le pape Pie VI à signer le traité de Tolentino (appelé aussi paix de Tolentino) avec la France du Directoire. Par ce traité, le pape cède à la France Avignon et le Comtat Venaissin, ainsi que les légations de Bologne, Ferrare et de Romagne.
À la nouvelle de l'assassinat du général Duphot par des soldats du pape, le Directoire ordonne le 11 janvier 1798 l'occupation de Rome. Gaspard Monge part pour l'Italie en février 1798. La révolution éclate dans la ville le 15 février. La « République romaine » est proclamée par le peuple réuni au Campo Vaccino (ancien forum).