Le Rat musqué ou Ondatra (Ondatra zibethicus) est une espèce de rongeurs de la famille des Cricétidés, mesurant 30 à de long et pesant jusqu'à (sec).
Il est réputé pouvoir vivre une dizaine d'années en captivité, mais il ne dépasse que rarement trois ou quatre ans dans la nature. Excellent nageur, il peut parcourir près de sans respirer sous l'eau ou y rester submergé et immobile plus de quinze minutes s'il se sent menacé.
Originaire d'Amérique du Nord, il a été introduit en Europe au début du pour sa fourrure et comme sujet de curiosité (en Bohême au début du ). Il a été élevé dans de nombreux élevages en Europe, avant que des individus échappés d'élevages ou volontairement libérés dans la nature colonisent les milieux naturels et agricoles. Il est devenu dans les années 1960 le mammifère le plus commun des cours d'eau des zones agricoles d'Europe de l'Ouest où il cause d'importants dégâts.
Il ne faut pas le confondre avec le Ragondin (Myocastor coypus), un autre rongeur beaucoup plus gros (jusqu'à ) de la famille des Myocastoridés originaire d'Amérique du Sud, lui aussi introduit en Europe, mais moins invasif et qui passe plus difficilement l'hiver, ni avec le Rat d'eau (Arvicola amphibius), espèce indigène dans l'Ancien Monde.
Dénominations Nom scientifique valide : Ondatra zibethicus (Linnaeus, 1766) Protonyme : Castor zibethicus Linnaeus, 1766 Noms vulgaires (vulgarisation scientifique) : Rat musqué, Ondatra, Rat d'Amérique, Rat-musqué commun, Castor du Canada, Loutre de l'Hudson, Rat musqué commun, Rat musqué d'Amérique, Rat musqué du Canada Noms vernaculaires (langage courant) : arratoi musketadun (basque), bisamrat (luxembourgeois), ondathra, rata mesquera (catalan), razh-musk (breton), zibéthin
Description Il possède une grosse tête avec des incisives jaunes et puissantes, de fortes pattes arrière frangées sur leur bord externe de petits poils natatoires. Les membres antérieurs sont beaucoup plus courts. De solides griffes lui permettent de creuser efficacement les sols. Il est long de 50 à , dont 30 à pour la tête et le corps, 20 à pour la queue, presque glabre, noirâtre, écailleuse et comprimée latéralement. Mis à part le castor, c'est le seul rongeur qui n'ait pas une queue arrondie ; cette queue semble améliorer ses capacités natatoires en produisant des mouvements semblables à ceux d'une anguille quand il nage rapidementFish FE (1982) Function of the compressed tail of surface swimming muskrats (Ondatra zibethicus). Journal of Mammalogy, 591-597 (résumé et extrait).). Dans son aire originelle de répartition (Amérique du Nord), il est nettement plus grand et plus gros là où le climat est doux et la nourriture abondante et richeBoyce MS (1978) Climatic variability and body size variation in the muskrats (Ondatra zibethicus) of North America. Oecologia, 36(1), 1-19.. Pour ses réserves d'énergie et sa thermorégulationMacArthur RA (1984) Aquatic thermoregulation in the muskrat (Ondatra zibethicus): energy demands of swimming and diving. Canadian journal of zoology, 62(2), 241-248., il doit accumuler davantage de graisses brunes dans les régions où l'eau est plus froideMacArthur RA (1986) Brown fat and aquatic temperature regulation in muskrats, Ondatra zibethicus. Physiological zoology, 59(3), 306-317.. Sa fourrure est foncée sur le dos (brun à presque noir) et plus claire sur le ventre (brun-gris). La couleur peut légèrement varier avec l'âge. Un duvet très dense de sous-poils gris le protège du froid, sous une couche de poils de couverture rigides et brillants.
vignette|upright=1.5|Quand le rat musqué se sent en sécurité là où l'eau affleure, il construit des huttes, mais le plus souvent il vit dans des terriers.
C'est un animal relativement ubiquiste, mais qui reste amphibie et dépend des zones humidesBellrose FC (1950) The relationship of muskrat populations to various marsh and aquatic plants. J. Wildl. Manage. 14, 299 315 et sa survie dépend beaucoup de la fluctuation des niveaux d'eauBellrose FC, Brown LG (1941) The effect of fluctuating water levels on the muskrat population of the Illinois River valley. J. Wildl. Manage. 5, 206-212 et des durée et importance des inondationsBellrose FC & Low JB (1943) The influences of flood and low water levels on the survival of muskrats. J. Mammal. 24, 173 188Dilworth TG (1967) The life history and ecology of the muskrat, Ondatra zibethicus under severe water level fluctuations. Thèse de doctorat de l'Université du Nouveau-Brunswick, Fredericton, 125 pp. ; il a bénéficié de la régularisation du débit des cours d'eau et des berges raides des fossésDonohoe RW (1966), Muskrat reproduction in areas of controlled and uncontrolled water-level units. J. Wildl. Manage. 30, 320-326.
Il ne vit qu'à grande proximité des eaux dormantes ou courantes ; il creuse des terriers dans les berges débouchant normalement sous l'eau, ou lorsqu'il n'est pas dérangé construit des « huttes » rappelant celles des castors : amoncellements de branches et débris végétaux dans les caricaies ou roselières.
Il apprécie peu les berges en pentes très douces, notamment si elles sont piétinées par les animaux (son terrier s'effondre).
Dès qu'il peut y creuser un terrier, éventuellement en passant sous les parois de béton, il n'hésite pas à coloniser les berges de canaux, même très fréquentés.
Répartition vignette|upright=1.2|
Les rats musqués sont originaires d'Amérique du Nord où on les trouve dans la majeure partie du Canada et des États-Unis ainsi que dans le nord du Mexique. Ils furent introduits en Europe au début du et sont considérés comme une espèce invasive. Ils vivent dans les zones humides de ces deux continents, que ce soit près des fleuves et rivières, des lacs, des étangs ou des zones côtières.
Comportement vignette|upright=1.5|Rats musqués. vignette|Hutte de Rat musqué. C'est une espèce territoriale dont le comportement intraspécifique et interspécifique a été étudié, en lien avec ceux du castor canadien (autre espèce introduite en Europe du Nord)ALST, H. von (2000): Untersuchungen zum intra- und interspezifischen Verhalten von kanadischem Biber Castor canadensis Kuhl, und Bisam Ondatra zibethicus (L.). - Proc. 1. EBS Bratislava 1997: 171-172. (2325). Il se rend plus discret (par exemple en ne faisant que des terriers, et pas de hutte) en présence d'une forte pression humaine, notamment pression de chasse ou de piégeage.
Quand il fait très froid (on a enregistré des températures de 0 à dans le terrier ou la hutte durant l'hivernage, dans les pays froids) les rats musqués se blottissent les uns contre les autres, ce qui pourrait leur permettre d'économiser environ 10 % de leurs caloriesBazin, R. C., & MacArthur, R. A. (1992). Thermal benefits of huddlings in the muskrat (Ondatra zibethicus). Journal of Mammalogy, 73(3), 559-564. résumé.
Alimentation C'est un herbivore, mais si son régime alimentaire est essentiellement composé de végétaux, il le complète en hiver par quelques animaux aquatiques. Il est notamment capable d'ouvrir des coquillages (anodontes, moules zébrées, palourdes asiatiques qu'il casse toujours de la même manière). À l'occasion il peut également se nourrir de poissons laissés sur la rive par des pêcheurs.
Reproduction Dès la maturité sexuelle, acquise dès l'âge d'un an, le mâle et la femelle produisent une substance à l'odeur musquée qui signifie qu'ils sont prêts à s'accoupler.
La gestation est brève (environ 30 jours), ce qui explique la prolificité de l'espèce : 2 à par an sont possibles, avec 6 à par portée, allaités de 21 à .
Le mâle s'occupe des petits avec la femelle, dans le terrier avant leur émancipation.
À l’automne, les jeunes sont autonomes et quittent leurs parents pour chercher un nouveau territoire.
Pathologies et maladies Il peut être affecté par de nombreuses maladies, dont zoonotiques. Il peut par exemple véhiculer la leptospirose, l’hantavirose (et la maladie de Lyme dans les régions où les tiques sont nombreuses) et probablement d'autres maladies émergentes ou non.
Ceci doit être pris en compte dans l'écoépidémiologie des espèces vivant dans les milieux où il a été introduit ; par exemple en France, il a été montré en 1986 qu'il est l'un des nouveaux « hôtes intermédiaires naturels » d'Echinococcus multilocularis, qui cause l'une des formes d'échinococcose, exceptionnellement transmissible à l'hommeBoussinesq, M., Bresson, S., Liance, M., & Houin, R. (1986). Un nouvel hôte intermédiaire naturel d'Echinococcus multilocularis en France: le rat musqué (Ondatra zibethicus L.). Annales de parasitologie humaine et comparée, 61(4), 431-434 (résumé).
Comme il mange en hiver de nombreux coquillages d'eau douce (Unios, moule zébrée...) qui sont des organismes filtreurs, il peut se contaminer en bioaccumulant des métalloïdes et métaux lourds, dont du mercure, qui pourra à son tour contaminer plus fortement encore ses prédateurs (vison par exemple)Stevens RT, Ashwood TL & Sleeman JM (1997). Mercury in hair of muskrats (Ondatra zibethicus) and mink (Mustela vison) from the US Department of Energy Oak Ridge Reservation. Bulletin of environmental contamination and toxicology, 58(5), 720-725 (extrait)..
Espèce envahissante vignette|Fourrures de Rat musqué. Cette espèce envahissante a colonisé les cours d'eau du nord de la France et de la Belgique dans les années 1960 à partir d'animaux introduits ou échappés d'élevages, ou relâchés par des éleveurs alors que le cours de la fourrure chutait.
En Europe, le Rat musqué est inscrit depuis 2017 dans la liste des espèces exotiques envahissantes préoccupantes pour l’Union européenne. Cela signifie que cette espèce ne peut pas être importée, élevée, transportée, commercialisée, ou libérée intentionnellement dans la nature, et ce nulle part dans l’Union européenne.
Il fait l'objet d'une lutte intensive dans les zones agricoles situées entre les Pays-Bas et la région parisienne. Il est inscrit sur la liste d'espèces susceptibles d'être classés nuisibles en France.
Impacts Il a selon les contextes des impacts écologiquement positifs (complexification du milieu et de l'écotone rivulaire, ou du milieu grâce à ses huttes qui peuvent accueillir des animaux (nids d'oiseauxDieter CD & Anderson, BJ (2009) Reproductive success and brood movements of giant Canada geese in eastern South Dakota. The American Midland Naturalist, 162(2), 373-381., invertébrés) et des plantes particulièresde Szalay FA & Cassidy W (2001) Effects of muskrat (Ondatra zibethicus) lodge construction on invertebrate communities in a Great Lakes coastal wetland. The American Midland Naturalist, 146(2), 300-310.Kangas PC & Hannan GL (1985) Vegetation on muskrat mounds in a Michigan marsh. American Midland Naturalist, 392-396. (résumé), accélération du travail de certains microbesWainscott VJ, Bartley C & Kangas P (1990) Effect of muskrat mounds on microbial density on plant litter. American Midland Naturalist, 399-401 (résumé). et décomposeurs). De ce point de vue, c'est une espèce-ingénieur et facilitatriceHiggins CR (2002) Ecosystem Engineering by Muskrats (Ondatra zibethicus) In Created Freshwater Marshes (Thèse de doctorat soutenue à l'université d'État de l'Ohio. ; des impacts neutres ;