L'harmonium, aussi connu sous le nom orgue-expressif, est un instrument de musique à vent, à anches libres, à clavier et à soufflerie. Il fait donc partie de la famille des instruments à clavier et de celle de l'orgue et de l'accordéon. Dans le système de classification organologique de Hornbostel et Sachs, l'harmonium est un aérophone dit « libre » (au contraire d'une clarinette par exemple où l'air vibrant est confiné dans le corps de l'instrument), dont le flux d'air est périodiquement interrompu ; il est aussi dit idiophonique car il comporte des anches libres groupées : son indice organologique (ou code S/H) est donc « 412.132 » comme celui de l'accordéon, par exemple. ; [voir l'article : Liste des aérophones dans le système Hornbostel-Sachs].

Le musicien qui en joue est communément appelé « harmoniumiste » bien que ce terme n'existe pas officiellement. Pour des raisons organologiques, techniques, historiques et esthétiques, l'harmonium d'église ou de salon est la plupart du temps joué par des organistes.

Les germes de l'harmonium se trouvent dans l'instrument à anches libres inventé en France par Gabriel-Joseph Grenié au début du , des tuyaux d'orgue à anches libres sur une soufflerie régulée à pression variable. En effet, contrairement aux anches battantes de l'orgue à tuyaux, les anches libres, vibrant de part et d'autre de leur cadre, peuvent supporter une amplitude vibratoire variable et être expressives (du pianissimo au fortissimo) sans voir une modification significative de leur accord. De nombreux instruments perfectionnèrent ce principe. On peut citer le physharmonica d'Haeckl, l'harmoniflûte ou encore le poïkilorgue des Cavaillé-Coll.

vignette|277x277px|Poïkilorgue Cavaillé-Coll (Photo Claude Germain).

L’harmonium, dérivé de l'orgue-expressif de Grenié fut inventé en Europe par le Français Alexandre-François Debain (1809-1877) qui le fit breveter en 1840. Jacob Alexandre (1804-1876) et son fils Édouard (1824-1888) qui sont à l'origine de la plus grande manufacture d'harmoniums n'ayant jamais existé, modifièrent un peu l'instrument et l'appelèrent alors mélodium. vignette|277x277px|L'usine Alexandre à Ivry sur Seine Mais c'est Victor Mustel (1815-1890) qui donna ses lettres de noblesse à l'orgue-expressif en inventant notamment la double-expression et grâce à cette dernière l'instrument d'art ou d'artiste appelé aussi kunstharmonium. Par la suite avec ses fils Auguste et Charles, il continua à perfectionner l'harmonium d'art en y ajoutant un deuxième clavier destiné au Célesta, nouvel instrument de son invention dérivant du Typophone. Enfin, la renommée de la maison Mustel devra aussi beaucoup à Alphonse Mustel (1873-1937), petit-fils de Victor Mustel qui développera beaucoup son entreprise. Véritable homme orchestre à la fois directeur, inventeur, compositeur et concertiste international, il avait donc toutes les cordes à son arc et fit connaître l'instrument d'art dans le monde entier.

vignette|450x450px|Alexandre Debain, inventeur de l'harmonium.

Facture S'apparentant à l'orgue avec le principe des registres de différentes sonorités, dans sa forme la plus répandue il comprend un clavier et la réserve d'air est alimentée par une pompe à pied : l’air est insufflé (dans les modèles français), ou aspiré (dans les instruments de facture allemande, américaine et anglaise), et fait vibrer des anches libres (même principe que l'harmonica et l'accordéon). Lorsque le mode « expression » est activé, le réservoir est mis hors service, les anches sont alimentées directement par les pompes à pieds ; le musicien peut alors produire des nuances très plastiques en modulant son pompage d'air, la difficulté principale résidant dans l'alimentation régulière du sommier. C'est sur l'harmonium français que se permettent les plus grandes nuances, puisque l'air insufflé dans les anches est envoyé vers l'extérieur de l'instrument, alors que dans le cas de l'harmonium à aspiration, l'air et le son sont aspirés dans les soufflets. Mais c'est aussi une des raisons de la mauvaise réputation de l'harmonium. En effet, l'utilisation de l'« expression » demande une maîtrise et coordination parfaite des pieds, sans quoi les nuances recherchées sont ponctuées de hoquets.

Principaux types d’harmonium Instrument d'un clavier (souvent avec transpositeur pour les instruments d'église) disposant de plusieurs registres (ou demi registres) de 16, 8 et 4 pieds. La soufflerie est actionnée par une paire de pédales que l'instrumentiste doit activer. Le clavier est coupé en basses et dessus entre mi 3 et fa 3. Plus rare, instrument à un ou deux claviers (quelques rares modèles à trois claviers) et pédalier d'orgue. L'instrument possède alors un ventilateur pour alimenter le soufflet. L'harmonium indien, un instrument portatif qui dispose d'un soufflet actionné à la main. L'harmoniflûte : instrument portatif se plaçant sur un pied en bois tourné qui permet d'actionner son soufflet avec les pieds (visuellement proche de l'accordéon). Rare et inusité de nos jours.

Contrairement à l'orgue, on ne trouve généralement ni mutation, ni mixture.

Composition d'un harmonium standard La disposition « classique » de l'harmonium français soufflant est à quatre jeux et demi.

Basses F : Forte (ouvre un volet situé au-dessus des jeux et 4) 4 : Basson 8' 3 : Clairon 4' 2 : Bourdon 16' 1 : Cor anglais 8'

Expression Grand-jeu (genouillère ; appelle les , 2, 3 et 4)

Dessus 1 : Flûte 8' 2 : Clarinette 16' 3 : Fifre 4' 4 : Hautbois 8' 5 : Musette 16' VC : Voix céleste 16' (ajoute un rang ondulant au ) T : Trémolo, système mécano-pneumatique qui fait trembler le dessus du . F : Forte (ouvre un volet situé au-dessus des jeux , 4 et 5).

Composition d'un harmonium d'art L'harmonium d'art mis au point par Mustel présente de nombreux enrichissements :

Basses Prol : Prolongement (système qui garde les notes jouées sur la première octave). Mét : Métaphone (ouvre un espace de résonance au-dessus des anches et modifie leur sonorité). F : Forte fixe (ouvre un volet situé au-dessus des jeux et 4). 0 : Forte expressif (forte pneumatique, qui s'ouvre et se ferme en fonction de la pression dans les pompes). 6 : Contrebasse 16' (appelle le sur la première octave uniquement). 5 : Harpe éolienne 2' (deux rangs ondulants). 4 : Basson 8' 3 : Clairon 4' 2 : Bourdon 16' 1P : Percussion et cor anglais 8' (de petits marteaux frappent les anches dès qu'on effleure les touches). 1 : Cor anglais 8'

Prolongement (talonnière) Expression Double-expression (dispositif mécano-pneumatique qui fait varier la pression entre basse et dessus, commandé par genouillères) Grand-jeu (talonnière ; appelle les , 2, 3 et 4)

Dessus 1 : Flûte 8' 1P : Percussion et flûte 8' 2 : Clarinette 16' 3 : Fifre 4' 4 : Hautbois 8' 5 : Musette 16' 6 ou VC : Voix céleste 16' (deux rangs ondulants) 7 : Baryton 32' 8 : Harpe éolienne 8' 0 : Forte expressif F : Forte fixe (ouvre un volet situé au-dessus des jeux , 4 et 5) Mét : métaphone

Autres particularités On trouve encore d'autres registres de combinaisons selon les facteurs qui n'ont pas manqué d'imagination (Violoncelle dans la basse, Voix humaine dans le dessus, jeux de saxophone, baruphone, écho céleste, chœur angélique...) ainsi que de multiples inventions (parfois plus anecdotiques et commerciales que réellement musicales) destinées à multiplier encore les possibilités musicales (« mains doublées » d'Alexandre : accouplements d'octaves graves et aiguës ; « Médiophones » : colonne de résonance au-dessus des sommiers, « Harmoniphrase » : système d'accompagnement automatique du plain-chant chez Dumont-Lelièvre...).

Le médiophone est constitué de boîtes de résonance spéciales, placées au-dessus de certaines anches, et faisant office de « porte-voix »Exemple d'un harmonium Médiophone Dumont-Lelièvre Au sommet de cette caisse de résonance, séparés en basse et dessus, des volets commandés par 2 genouillères permettent d'ouvrir ou fermer ce médiophone, et donc de faire des nuances séparées entre graves et aigus. Le haut du meuble cache le système « médiophone ».

Le système Harmoniphrase qui équipe certains harmoniums Dumont-Lelièvre est un système breveté par DumontExemple d'un harmonium Harmoniphrase de Dumont-Lelièvre. Ce système, mécanique et débrayable, fonctionne en tirant légèrement le clavier vers soi et permet à l'instrument lorsqu'on joue un thème à un seul doigt de réaliser mécaniquement une harmonisation de ce thème. Dans ce système, le clavier devient assez dur, car une seule touche appelle alors plusieurs autres touches pour former les accords. Ces harmoniums étaient proposés en zones rurales, où les personnes qui touchaient l'instrument n'étaient pas nécessairement versées dans la science de l'accompagnement. Évidemment, dans le système Harmoniphrase, l'harmonisation est « note contre note »

Instruments combinés vignette|Harmonicorde d'Alexandre Debain vignette|Piano-Mélodium Pleyel Alexandre Le génie inventif des facteurs d'harmonium n'ayant aucune limite, ils n'hésitèrent pas à associer à l'orgue-expressif d'autres instruments.

L'harmonicorde d'Alexandre Debain, association de l'harmonium de Debain et d'un plan unicorde avec mécanique de type piano. Le piano-mélodium d'Alexandre Père & Fils, association du mélodium avec un piano Pleyel, Erard ou Bord. L' orgue-célesta d'Auguste Mustel, association d'un orgue Mustel et du Célesta. vignette|Orgue-Célesta Mustel

Facteurs célèbres Alexandre Père et Fils Aristide Cavaillé-Coll (1811-1899) Charles-Henry Bildé, né le à Harville (Meuse), mort en 1947 à Brenthonne (Haute-Savoie). Il a réalisé près de 400 harmoniums dans sa vie (Orly, Annecy, Brenthonne). Gabriel Fauré a souvent joué lors de ses séjours à Annecy-le-Vieux sur un de ses harmoniums implanté dans l'église de 1912 à 1965. Alexandre-François Debain H. Christophe et Étienne Les petits-fils de Maurice Kasriel, 6 rue Tolain, Paris Dumont-Lelièvre, Les Andelys (Eure) Damien Frères à Rémalard, Orne. par Saint-Pierre-la-Garenne, hameau du Goulet, dans l'Eure La famille Mustel, dont Alphonse Mustel Joseph Merklin (1819-1905) et sa société Merklin-Schütze, dont on peut voir un harmonium en bel état dans l'église Saint-Martial de Montmorillon.

Concertistes célèbres d'hier et d'aujourd'hui

Louis-James-Alfred Lefébure-Wely (1817-1869) Alexandre Guilmant (1837-1911) Clément Loret (1833-1909) Charlotte Dreyfus (1815-1901) Alphonse Mustel (1873-1936) Joris Verdin Patrick-Alain Faure Christoph Lahme

Compositions pour harmonium Solos et musique de chambre De nombreux compositeurs du ont écrit pour l'harmonium : Hector Berlioz : 3 pièces pour orgue mélodium (1844). Camille Saint-Saëns : 3 morceaux pour harmonium op.1 (1852) et 6 Duos pour harmonium et piano op. 8 (1857). Georges Bizet : 3 esquisses musicales. Léon Boëllmann : Les Heures Mystiques, 100 pièces en 2 volumes. Cécile Chaminade : La nef sacrée. Antonín Dvořák : 5 Bagatelles opus 47 pour harmonium, 2 violons et un violoncelle. André Fleury : 24 pièces (1930-33). César Franck publie en 1865 sa première œuvre pour harmonium ; version originale de Prélude, Fugue et Variation pour duo piano et harmonium ; en 1890 il entreprend d'écrire cent pièces pour harmonium mais il n'aura le temps d'en écrire que 63 avant que la mort ne l'emporte. Alexandre Guilmant très nombreuses pièces originales (noëls ; pièces de salon), transcriptions d'œuvres d'orgue, duos, etc. Leoš Janáček : version originale du premier cahier du cycle pour piano Sur un sentier recouvert. Sigfrid Karg-Elert : Transcriptions d'opéras de Wagner ; Portraits opus 101 ; Impressions, 12 pièces opus 112 ; 3 Sonatines opus 14 ; Intarsien op. 76. Jean Langlais : 24 pièces en 1933 et 12 pièces en 1962. Louis James Alfred Lefébure-Wély : diverses pièces (notamment le Boléro de concert) et recueils. Gaston Litaize : 24 Préludes Liturgiques.