Héliopolis (la « ville du Soleil » ou la « ville du dieu Hélios », en grec Ἡλιούπολις, en latin Heliopolis, en arabe Aîn-ech-Chams soit l'« Œil du Soleil ») est le nom donné par les Grecs à la ville antique d'Iounou, la « cité du pilier », dans le delta du Nil. C'était la capitale du treizième nome de Basse-Égypte. Cette ville antique était située là où se trouve aujourd'hui un emplacement entre le quartier d'Al Mataria et d'Ain Shams, dans le gouvernorat du Caire.
Ses premières constructions datent du avant notre ère.
Métropole religieuse de l'Ancien Empire
vignette|redresse=0.6|L'oiseau Bénou d'Héliopolis vignette|Relevé d'un des reliefs de Djéser découvert à Héliopolis
On vénérait dans cette ville solaire des divinités liées au Soleil sous la forme d'une triade : le dieu Khépri, représentant le Soleil renaissant ; le dieu Rê, le Soleil à son zénith ; le dieu Atoum, le Soleil couchant.
Ces trois divinités finissent par se confondre en une seule, représentée par l'astre solaire dont les trois états principaux, l'aube, le zénith et le crépuscule sont symbolisés par ces trois dieux. Le dieu en constante transformation est à l'origine de la création du Monde. Il renaît chaque jour pour disparaître chaque soir et continue ainsi son cycle éternel.
Le dieu possédait deux principales : le Bénou (ancêtre du Phénix) ; le dieu taureau Mnévis, hypostase vivante de Rê.
Si le premier culte reste à nos yeux légendaire, le second était bien réel. Il possédait son étable sacrée et sa nécropole au cœur même d'Héliopolis. Tous deux possédaient également la capacité de renaître, à l'instar de l'astre qu'ils incarnaient.
C'est aussi à Iounou qu'était vénérée la sainte Ennéade, assemblée des neuf dieux issus de Rê et qui symbolisaient la création du Monde : Rê - le soleil - le feu divin, Shou - l'air - le souffle divin, Tefnout - l'humidité - la semence divine, Geb - la terre, Nout - la voûte céleste, Osiris, Isis Seth, Nephtys.
De nombreuses mythologies découlèrent de cette cosmogonie, dont celle d'Isis et Osiris, de Seth et Horus, de Sekhmet, l'Œil de Rê, etc.
La ville était également le siège d'un culte d'Hathor, dame du Sycomore. C'est encore à Iounou qu'au milieu d'un bois sacré se trouvait le légendaire persea sacré, sur les fruits duquel Thot inscrivait les noms de chaque souverain, héritier du trône d'Horus.
Tous ces dieux devaient posséder leur temple, leur chapelle ou leur oratoire autour du temple principal qui dominait la ville.
Sous l'Ancien Empire, le culte de Rê entra probablement en concurrence avec celui de Ptah, adoré dans la ville voisine de Memphis et dont le culte est attesté dès la période thinite. En effet, les premières dynasties royales qui suivaient selon le mythe les ancêtres divins sur le trône d'Horus, choisirent pour nécropole le site de Saqqarah, voisin de la cité du dieu Ptah et ce jusqu'à la , définissant du même coup l'emplacement de la résidence royale des premiers temps.
Pour autant, les temples de la cité du dieu solaire ne sont pas négligés. On y a retrouvé des restes de reliefs datant du règne de Djéser et représentant des divinités de la grande Ennéade. Le roi y est accompagné de son épouse Hétephernebty et de deux de ses filles, dont Initkaes. Ces reliefs devaient orner l'un des sanctuaires inclus dans l'enceinte primitive de la ville. Ils sont l'un des rares témoignages de l'attention portée par le pharaon aux cultes d'Héliopolis pour cette époque de l'histoire du pays.
La marque ensuite un tournant, non seulement dans le choix des nécropoles royales (Gizeh est géographiquement en face d'Héliopolis), mais également dans l'aspect résolument solaire de l'architecture pyramidale. On a découvert tout un quartier de la ville qui s'édifia à Gizeh à partir du règne de Khoufou (appelé Khéops par les grecs), ainsi qu'un vaste palais attestant d'un déplacement de la cour plus au nord, à proximité de la ville du soleil. Une théorie affirme même que depuis le temple du dieu soleil on pouvait voir les pyramides de la . Celles-ci devenaient du même coup un repère incontournable depuis les sites funéraires royaux.
Selon la légende, la serait issue d'une union entre Rê et une prêtresse du temple d'Iounou. De fait, les pharaons de la édifièrent, en plus de leurs complexes funéraires d'Abousir, au nord de Saqqarah, des temples solaires dont l'élément principal était le Benben, un obélisque massif édifié sur une plateforme.
Le plan général du grand temple de Rê est à rapprocher de ceux des temples solaires des pharaons de cette dynastie, retrouvés à Abou Ghorab et Abousir et dont ils se seraient inspirés. Une chaussée montante reliait deux temples, dont le principal comportait un obélisque massif, en maçonnerie, dominant une cour à ciel ouvert, au centre de laquelle se trouvait un autel solaire formé d'un disque encadré de signes « hotep », destiné à recevoir des offrandes quotidiennes. Mais cette hypothèse n'a jamais été vérifiée sur le site de l'ancienne Iounou.
À la fin de cette époque également apparaissent les premiers textes des pyramides, qui connurent un grand développement dans les tombeaux royaux de la . Ces textes sacrés forment le premier corpus théologique dont nous ayons une trace. Ils sont certainement le fruit d'une longue étude et de patients travaux théologiques. Ils associent clairement la résurrection du roi à la renaissance de l'astre solaire, liant encore davantage le personnage royal à son devenir divin, y compris dans l'Au-delà.
Le temple de Rê
La cité sacrée d'Iounou, la troisième du pays après Thèbes et Memphis, est décrite par Hérodote comme une des plus savantes, avec son grand temple dédié au Soleil Rê et ses quartiers de prêtres. Il n'en reste plus rien, sauf une partie du tracé de l'enceinte du sanctuaire principal et un obélisque de de la , qui marquait sans doute avec d'autres l'entrée d'un des principaux temples.
La moitié de l'aire repérée et décrite au par les premiers explorateurs, depuis la Campagne d'Égypte et jusqu'aux sondages effectués par Joseph Hekekyan, se trouve actuellement sous la ville du Caire. Le reste est aujourd'hui entouré de clôtures et de murs, délimitant un espace plus considérable que celui de Karnak à Thèbes, et désormais protégé de l'avancée inexorable de la ville.
Il s'agit de la plus vaste enceinte cultuelle d'Égypte, avec près d'un kilomètre de long sur plus de cinq cents mètres de large. Divisée en son milieu par un mur la séparant en deux parties inégales, elle s'ouvrait à l'Est par une grande porte, dont les traces seraient à chercher sous les immeubles du quartier de Mataharya et dont il est difficile de restituer l'aspect, et à l'Ouest par un large portail.
La partie sud de l'enceinte est actuellement visible depuis le musée en plein air installé autour de l'obélisque de et qui rassemble les différents vestiges découverts dans les environs. Elle devait être l'enceinte contenant les temples dédiés aux trois formes du dieu soleil.
vignette|gauche|redresse=0.6|Le dieu Atoum vignette|Cette Triade divine d'Héliopolis est une œuvre en albâtre représentant trois divinités égyptiennes : Horus, Osiris et Isis-Hathor La stèle des victoires de Piânkhy, un pharaon kouchite de la , relate le passage du roi à Héliopolis lors de sa conquête de l'Égypte et nous en donne un aperçu :
Cet ensemble de temples, sans doute reliés entre eux et formant le plus grand temple d'Égypte, rythmé par des paires ou des groupes d'obélisques érigés par des générations de rois, remonterait au début de l'histoire du pays. Des vestiges datant de Djéser de la y ont été en effet découverts, représentant les dieux Geb et Seth, deux des neuf dieux de la grande Ennéade adorée à Héliopolis.
Un autre document au nom d'un pharaon du nom de ( ?) donne une liste de statues et d'objets relatifs à la liturgie d'un temple consacré à Hathor. Une partie de son plan est sur le revers du bloc, vestige d'un relief décrivant probablement les dons de Pharaon à la ville solaire.
Un papyrus datant d' de la décrit un temple avec ses obélisques et ses trois pylônes successifs qui donnaient accès à de grandes cours bordées de portiques.
vignette|Obélisque de dit Aiguille de Cléopâtre - Londres
Les nombreux obélisques qui ornaient ces monuments furent systématiquement arrachés du sol pour orner les grandes villes grecques et romaines. On les a retrouvés de nouveau érigés à Alexandrie, Rome, Constantinople, etc. En tout, ce sont au moins six obélisques de grandes tailles qui ornent actuellement les places et parcs de l'Europe et d'ailleurs et qui viennent des temples solaires.
Ainsi à Alexandrie, les « aiguilles de Cléopâtre » qui marquaient à l'époque romaine l'entrée du Cæsarium, étaient deux obélisques de provenant d'Héliopolis. Ils se dressent aujourd'hui à Londres et à New York. Un autre obélisque haut de plus de vingt-trois mètres, datant de , est érigé à Rome sur la Piazza del Popolo.
vignette|gauche|redresse=1.2|Description de l'Égypte : Aiguille de Cléopâtre - Alexandrie
acheva la décoration de l'obélisque et fit ériger de nombreux monuments dans l'enceinte de Rê, avec leurs obélisques dont au moins trois furent transportés à Rome.
L'un d'eux se trouve maintenant en face du Palazzo Pitti à Florence, tandis que les deux autres sont encore à Rome (un premier sur la Piazza della Rotonda et le second sur la viale delle Terme), comme celui de Néferibrê de la que l'on peut admirer sur la place du Palazzo Montecitorio.
Une maquette a été trouvée au nord de la région à Tell el-Yahoudieh et date précisément de l'époque de . Il s'agit d'une sorte de stèle, ou base en pierre taillée, qui porte sur ses côtés et sur sa face principale un motif dédicatoire du roi qui le représente agenouillé et faisant des offrandes à Atoum. Le dessus forme un plateau présentant un dénivelé franchi par un escalier à double rampe et accédant à une terrasse dans laquelle sont dessinés et creusés des espaces pouvant recevoir des pièces rapportées. Au vu de la taille et du positionnement de ces espaces, une restitution convaincante a été réalisée. L'ensemble nous présenterait le plan de l'entrée du temple d'Atoum, avec son pylône monumental, plus raide que les exemples thébains et à rapprocher de ceux d'Amarna, précédé de colosses, de sphinx et d'obélisques, auquel on accédait par un escalier non moins monumental.
vignette|Obélisque de - Piazza del Popolo Roma
Si on la compare proportionnellement à l'obélisque actuellement à Rome, en admettant qu'il faisait partie de la paire d'obélisques indiquée sur la maquette, on peut se rendre compte des dimensions du pylône qui s'ouvrait à l'Ouest du Grand Temple de Rê. Placé sur une haute terrasse, il devait dominer la ville et son port, et accueillir les visiteurs par l'éclat des pyramidions dorés de ses obélisques.
Du même règne de datent également des fragments d'obélisques découverts au large de l'île de Pharos à Alexandrie, et visibles aujourd'hui au musée en plein air installé à proximité de l'odéon romain de Kom el-Dikka. Ils proviennent vraisemblablement des temples héliopolitains que le roi fit édifier et consacrer aux divinités de la cité du soleil.
Enfin, quelques vestiges d'un naos de grès, dédié lui aussi par Séthi à Atoum, sont conservés au musée du Caire.
Ce sont des indications assez précises de ce que fut le temple d'Atoum à partir de la à l'Ouest d'Héliopolis, au moins pour la partie visible par tous, mais également celle plus intime du sanctuaire.
L'extension septentrionale du site au Nouvel Empire Des temples consacrés au culte royal ? vignette| offrant aux dieux d'Héliopolis (musée en plein air d'Héliopolis)