Les Séleucides (en grec ancien / ) sont une dynastie de l'époque hellénistique issue de , l'un des Diadoques d'Alexandre le Grand, qui a constitué un empire formé de la majeure partie des territoires orientaux conquis par Alexandre, allant de l'Anatolie à l'Indus. Les Séleucides règnent de la fin du au , avec pour cœur politique la Syrie, d'où l'appellation courante dès l'Antiquité de « rois de Syrie ». Les Séleucides règnent jusqu'au sur la Babylonie et la Mésopotamie dans la continuité des Perses achéménides. La Perside et la Médie ont quant à elles été plus difficilement soumises. Les Séleucides ont dû faire face à la volonté sécessionniste de nombreux territoires, comme le royaume gréco-bactrien, le royaume d'Arménie, le royaume de Pergame ou la Judée. Au milieu du , la majeure partie des provinces iraniennes et mésopotamiennes tombent entre les mains des Parthes. En 64 av. J.-C., fortement amoindri par d'inextricables querelles de succession, le royaume passe sous la tutelle des Romains.

Le royaume séleucide, « fusion » de l'Orient et du monde grec, semble au départ fidèle au projet d'Alexandre. Il comprend une multiplicité de groupes ethniques, de langues et de religions. Dans ce contexte, plus encore que pour les autres monarchies hellénistiques, le roi est supposé être le garant de l'unité de l'empire, l'armée apparaissant comme le meilleur soutien du pouvoir. Les Séleucides ont promu par ailleurs l'hellénisation en développant l'urbanisme, comme le montrent la tétrapole de Syrie et les nombreuses fondations ou refondations de cités et de villes-garnisons. Parallèlement, ils s'appuient sur les élites religieuses en honorant les divinités indigènes, comme celles de Babylonie.

L'immensité et la diversité du royaume séleucide l'ont fragilisé face aux forces centrifuges, obligeant les souverains à reconquérir périodiquement leurs possessions. Le royaume, qui souffrirait d'une fragilité intrinsèque, a donc été souvent opposé par les historiens aux autres grands États hellénistiques : la monarchie « nationale » des Antigonides de Macédoine, l'Égypte des Lagides, héritière des pharaons et dotée d'une administration centralisée, la monarchie des Attalides bâtie autour de la cité-État de Pergame. Mais il s'avère que les Séleucides ont su faire fructifier l'héritage des Achéménides et d'Alexandre en accordant une autonomie certaine aux cités et aux différentes communautés, tout en luttant contre de puissants adversaires à leurs frontières.

Les Séleucides, ainsi que d'autres entités de l'époque hellénistique, ont utilisé une nouvelle ère calendaire, l’ère séleucide, aussi appelée ère des Grecs, qui démarre en Babylonie à la date de la reconquête du pouvoir par Séleucos en 311 av. J.-C. ; elle marque une étape fondamentale dans l'histoire des calendriers car elle est le précurseur direct des systèmes calendaires hébraïque, hégirien, zoroastrien et de l'ère chrétienne ou ère commune.

Historiographie des Séleucides Sources littéraires vignette|alt=La couverture d'une ancienne édition de Polybe traduite en latin|Frontispice des Histoires de Polybe, 1763.

Lorsqu'elles s'intéressent au royaume séleucide, les sources littéraires antiques, relativement peu nombreuses, insistent d'abord sur les événements politiques et militaires.. Polybe, contemporain des Séleucides et des guerres de Macédoine, est l'auteur le plus ancien dont l’œuvre n'ait pas disparu. Ses Histoires débutent, pour le monde grec, au livre en 221 av. J.-C. à l'avènement d', dont le long règne est exposé jusqu'au livre , même si certains livres sont incomplets. Le reste de son récit, qui concerne et , est encore plus fragmentaire (livres à ). Diodore de Sicile délivre dans la Bibliothèque historique quelques informations sur la fondation du royaume par Séleucos (livres à )Les historiens restent confrontés à la perte de l’œuvre de Hiéronymos de Cardia, contemporain des Diadoques, auteur d'une Histoire des successeurs d'Alexandre, dont s'inspire ici Diodore.. La plupart des autres livres qui traitent des Séleucides sont fragmentaires (livres à ) ; mais ils ont le mérite d'évoquer les règnes d'Antiochos , d'Antiochos , de Démétrios et de , ainsi que les crises dynastiques qui suivent le règne d'. Tite-Live s'est inspiré de Polybe pour rédiger la partie de son Histoire romaine rapportant la guerre antiochique, aux livres à . Le règne d'Antiochos IV et la sixième guerre de Syrie sont brièvement exposés aux livres à . Ses autres livres sont perdus, mais ils sont connus grâce aux AbrégésSortes de tables des matières plus ou moins détaillées, les Abrégés ou sont à distinguer d'éventuels résumés ou qui ont peut-être existé.. L'histoire des rois séleucides jusqu'à la chute de la dynastie y est évoquée à de nombreuses reprises. Plutarque n'a pas écrit de Vies parallèles sur les souverains séleucides, mais ses biographies de Démétrios Poliorcète et de Flamininus (les deux ont en commun d'avoir été des adversaires des Séleucides) donnent quelques informations éparses. Appien est l'auteur, parmi vingt-quatre autres livres, d'un Livre Syriaque (). Cette œuvre est la seule concernant uniquement les Séleucides qui soit complètement connue. Mais c'est une fois de plus Antiochos qui est au cœur du sujet (1-44), même si Séleucos et les origines du royaume sont aussi évoquées (53-64). Les autres paragraphes énumèrent des listes de rois (45-50 et 65-70). Justin, dans son Abrégé des Histoires philippiques de Trogue Pompée (qui contient quarante-quatre livres à l'origine), est l'ultime source sur l'histoire du royaume. Il reprend des éléments déjà connus comme Séleucos, la guerre antiochique, la sixième guerre de Syrie et l'histoire des rois à partir de Démétrios , mais il est le seul à évoquer en détail le règne de , au livre , et la question des Parthes au livre , 4-5. Porphyre, mort en 310, a écrit sur l'histoire séleucide, notamment dans son ouvrage Contre les Chrétiens dont s'est inspiré Eusèbe de Césarée qui donne dans sa Chronique une liste des rois accompagnée de commentaires historiques..

Des sources juives racontent la domination des Séleucides en Judée. Les deux premiers livres des Maccabées, composés au début du , décrivent la révolte des Maccabées et la formation du royaume hasmonéen. Flavius Josèphe offre, lui, un récit sur les Séleucides au livre I de la Guerre des Juifs et surtout dans les livres et des Antiquités judaïques, avec des détails au sujet des derniers rois. L'histoire séleucide est évoquée de manière allusive par d'autres auteurs « non-historiens » dont : Strabon dans la Géographie qui traite de l'Orient à partir du livre XIExemples : instabilité séleucide et piraterie (, 5, 2), tétrapole de Syrie (XVI, 2, 4-10). ; Pline l'Ancien dans son Histoire naturelle, ; Pausanias dans la Description de la GrèceSur Séleucos : Pausanias, , 10, 2-5 ; 16. ; Polyen avec Stratagèmes. Libanios (Éloge d’Antioche, discours 11) et Jean Malalas (Chronique) donnent quelques renseignements sur Antioche, leur cité natale..

Finalement, la période de consolidation du royaume, allant du règne d' au début du règne d' (281-223), est peu abordée par les sources littéraires. Phylarque a traité de cette période, mais son œuvre est perdue ; n'en subsistent que quelques fragments qui évoquent, négativement, , et des meurtres dynastiques. Démétrios de Byzance a écrit Sur l’expédition des Galates d'Europe en Asie et Sur Antiochos, Ptolémée, et la Libye sous leur gouvernement, mais son œuvre a elle aussi disparu.. Les sources littéraires abondent concernant la partie méditerranéenne du royaume, marquant le désintérêt des auteurs grecs et latins pour les régions orientales. Cette perception déséquilibrée exerce encore une influence sur la façon de concevoir le royaume séleucide..

Sources épigraphiques vignette|upright=1.25|alt=Un cylindre gravée d'inscriptions en cunéiformes|Cylindre d'Antiochos trouvé dans le temple de Borsippa (British Museum).

La répartition spatiale et chronologique des sources épigraphiques s'avère déséquilibrée.Les OGIS, 211-263, compilent les inscriptions relatives aux Séleucides trouvées au .. La très grande majorité des inscriptions ont en effet été trouvées en Anatolie.. Une quinzaine de dédicaces proviennent de Délos, une vingtaine des régions syro-phéniciennes et orientales, comme Chypre, la Syrie, la Babylonie, la Mésopotamie et la Perside. Comme l'Anatolie a été perdue par les Séleucides à partir de 188 av. J.-C., la majorité de ces inscriptions sont datées du La plupart émanent de la communauté grecque et retranscrivent des décisions royales la concernant ; elles renseignent peu sur le pouvoir central..

En Babylonie, les tablettes cunéiformes écrites en akkadien délivrent quelques renseignements sur cette région qui est restée dans le giron du royaume séleucide jusqu'au milieu du . Ces documents, parfois de grandes œuvres littéraires ou scientifiques, émanent des temples qui sont à la source d'un renouveau culturel à l'époque hellénistique.. On trouve aussi des documents établis entre des particuliers : contrats notariés, de ventes, de locations, de donations, de divisions ou d'échanges de propriété.. Les documents chronographiques sont les mieux connus. Il s'agit de chroniques et de calendriers astronomiques, souvent fragmentaires, qui permettent de renseigner sur l'histoire événementielle et la présence des rois à Babylone.. Il existe enfin des cylindres de fondation commémorant l'édification ou la restauration de temples par le pouvoir royal, le plus connu étant le « cylindre d'Antiochos », en l'honneur d', retrouvé dans le temple de Borsippa... La langue courante en Mésopotamie est l'araméen, mais elle est écrite sur des parchemins ou sur des papyrus qui n'ont pas été conservés faute de conditions climatiques propices. La fouille de Séleucie du Tigre a permis la découverte d'environ empreintes de sceaux qui accompagnaient des papyrus ou des parchemins dont il ne reste rien. Les effigies royales visibles sur certains sceaux constituent une précieuse documentation. D'autres sceaux renseignent sur la fiscalité séleucide..

Sources numismatiques et archéologiques Les monnaies royales séleucides sont abondantes quelles que soient les régions et les époques, en partie parce que des ateliers monétaires ont été installés dans tout le royaume.. De nombreuses publications numismatiques sont disponibles...

Les vestiges archéologiques en rapport avec la royauté sont peu nombreux. On ne connaît par exemple aucun palais séleucide ou de grands monuments équivalents à ceux des Achéménides (à Pasargades, à Persépolis ou à Suse) ou des Lagides (à Alexandrie). Par ailleurs les quatre grandes cités de la tétrapole de Syrie (Antioche, Séleucie de Piérie, Laodicée et Apamée) sont très mal connues pour l'époque hellénistique.. Le niveau séleucide a été fouillé à Séleucie du Tigre mais de manière épisodique. Construite essentiellement en briques, matériau très érodable, la cité n’a pas laissé de vestiges à la hauteur de sa magnificence passée, jusqu'à ses murailles vantées par Strabon dont il ne reste aucune trace..

La politique de colonisation des Séleucides a laissé une trace plus visible sur le terrain.. Les informations sont conséquentes sur les grandes implantations du Proche-Orient (Israël et Liban). Mais les sites de Syrie, d'Irak, d'Iran et d'Afghanistan restent inaccessibles à l'heure actuelle (2017), même si Doura Europos, Jebel Khalid et Aï Khanoum ont déjà été largement explorés. La Turquie continue d'offrir de nouvelles découvertes. Les sites de Séleucie de l'Euphrate et d'Apamée n'ont pas été explorés entièrement car ils ont été engloutis avec la construction d'un barrage en 2000.. En Ouzbékistan, la fouille des sites de Termez. et de SamarcandeFouilles de la Mission franco-ouzbèke (MAFOuz) de Sogdiane, lire en ligne ont permis d'atteindre les niveaux de l'époque séleucide.