La Lydie est une région antique d'Asie Mineure, proche de la mer Égée, ayant pour capitale Sardes. À partir du , elle devient le cœur d'un royaume qui prend une grande importance politique durant la première moitié du , en particulier sous son principal roi, Crésus, qui est aussi son dernier puisqu'il est défait par les troupes perses de Cyrus le Grand en 546 La richesse proverbiale de la Lydie est liée au fleuve Pactole, riche en électrum, et à la figure de Crésus, le roi philhellène.

Le terme de Lydie reste appliqué à la région durant le reste de l'Antiquité, mais elle ne retrouve plus son autonomie, passant sous la domination des royaumes hellénistiques puis sous celle des Romains.

Géographie La Lydie est une région occidentale de l'Anatolie (Asie Mineure), bordée au nord par la Mysie, au sud par la Carie, à l'ouest par l'Ionie et à l'est par la Phrygie. Le cœur de la Lydie se trouve autour de sa capitale, Sardes, dans la vallée de l'Hermos (aujourd'hui le Gediz), fleuve qui coule en direction de l'Égée, faisant de la région un axe de communication entre l'Anatolie centrale et le littoral anatolien occidental. La Lydie est bordée au sud par le mont Tmolos, qui la sépare de la vallée du Méandre, dont la région du cours moyen est parfois reconnue dans l'Antiquité comme une partie de la Lydie. Une autre région parfois incluse dans la Lydie par les textes antiques est la vallée du Caïque située au nord-ouest. En dehors de ces voies de communication naturelles, la Lydie est séparée des régions voisines par des montagnes ou du moins des régions hautes. C'est une région bien arrosée, traversée par de nombreux cours d'eau et disposant aussi de lacs (dont le lac Marmara, le lac Gygès ou la Coloe des Anciens), disposant de ressources abondantes en bois, pierre et or.

Histoire du royaume lydien Origines

Le toponyme de la Lydie est d'origine grecque. Les Lydiens s'appellent eux-mêmes les Sfard, terme attesté par des inscriptions en vieux perse datant des Achéménides qui mentionnent la satrapie de Sparda. L'endonyme Sfard est associé à Sardes, la capitale des Lydiens. Les origines des Lydiens et de la Lydie restent particulièrement obscures, même en comparaison avec les autres royaumes de la période. Le royaume lydien se développe durant l'âge du fer (v. 1200-800 av. J.-C.) dans le centre de l'Anatolie occidentale, or cette région est mal connue pour la phase antérieure, l'âge du bronze récent (v. 1500-1200 av. J.-C.). Les textes provenant du royaume hittite, la puissance majeure de l'Anatolie durant cette période, permettent d'y localiser deux royaumes qui sont liés à l'ensemble plus vaste nommé Arzawa : le Pays de la rivière Seha, qui occupe le cœur du futur royaume lydien, avec son centre autour du lac Marmara (sa capitale se trouvait apparemment sur le site de Kaymakçi), et celui de Mira, plus au sud-ouest, autour des vallées du Méandre et du Caÿstre. Les populations qui occupent ces régions sont généralement considérées comme parlant le louvite, une langue anatolienne, et sont désignées comme des Louvites. Ceux-ci ne sont pas des ancêtres des Lydiens, qui parlent certes une langue anatolienne apparentée au louvite, mais pas une langue qui descend de celle-ci. Il a donc été proposé que les Lydiens soient arrivés dans la région durant l'âge du fer, alors que les royaumes de l'âge du bronze récent disparaissent dans la foulée de la chute de l'empire hittite. Il a néanmoins été objecté à cela que la situation linguistique de la future Lydie durant l'âge du bronze reste incertaine, et qu'il se pourrait très bien que le Pays de la rivière Seha ait déjà été occupé par des populations parlant le lydien ou un ancêtre de celui-ci. La situation est donc indéterminée. L'archéologie indique que la future capitale des Lydiens, Sardes, est déjà occupée durant l'âge du bronze récent, mais c'est alors un site secondaire à l'échelle régionale.

Les auteurs grecs fournissent des récits sur les origines des Lydiens, qui sont écrits plusieurs siècles après les faits supposés, et qui demeurent impossibles à confirmer ou infirmer. Homère, dans son Iliade écrite vers la seconde moitié du , ne parle pas de Lydie, mais situe à sa place un pays appelé Méonie. Deux auteurs postérieurs, Hérodote () et Strabon (), disent que la Méonie est l'ancien nom de la Lydie. Un toponyme voisin de Méonie se trouve dans des textes d'époques hittites relatifs au Pays de la rivière Seha, ce qui pourrait confirmer l'ancien nom de la Lydie. Selon Hérodote (I, 7), la première dynastie qui gouverne les Méoniens est fondée par Atys, dont le fils, Lydos, donne son nouveau nom aux Lydiens. Cet historien évoque ensuite des rois héraclides qui auraient dirigé la Lydie pendant 22 générations, avant la fondation de la dynastie suivante, celle des Mermnades.

Les éléments fournis par l'archéologie sur la formation du royaume lydien restent limités. La fin de l'âge du bronze voit l'abandon, peut-être accompagné de destructions, de plusieurs sites fortifiés de la future Lydie, dont le plus important, Kaymakçi. Sardes semble aussi connaître une destruction vers cette période mais elle n'est pas datable avec précision. Cela correspond à une période de grands troubles et de recompositions politiques et sociales affectant toute la Méditerranée orientale (l'« effondrement de l'âge du bronze récent ») dont la chronologie et les causes demeurent incertaines. Les lieux de peuplement principaux de la Lydie changent durant cette période, durant laquelle Sardes semble se développer. Se remarquent également des changements techniques, par exemple dans la production des briques et des céramiques. La culture matérielle présente, comme à l'époque précédente, des affinités à la fois avec les cultures d'Anatolie centrale (celles des Hittites puis des Phrygiens) et du monde égéen (celle de la civilisation mycénienne puis celle des cités ioniennes de la côte anatolienne).

Selon Hérodote, les Étrusques seraient d'origine lydienneJean-Paul Thuillier, Les Étrusques, Éditions du Chêne, coll. « Grandes civilisations », 2006, 240 p.., mais des analyses linguistiques et génétiques laissent penser que cela ne peut être vrai que pour, peut-être, une partie de l'aristocratie étrusque, tandis que la majeure partie de ce peuple descend des Villanoviens.....

Expansion vignette|Localisation des principales cités ioniennes faisant face à l'expansion de la Lydie (située au nord-est). Les rois de la dynastie mermnade, qui règnent sur la Lydie de 680 à 547 , ont une existence plus assurée que les dynasties précédentes. Selon Hérodote (I, 8-12), la Lydie est dirigée par le roi Candaule, quand celui-ci est renversé en 680 par un de ses serviteurs, Gygès, le fondateur de la lignée des Mermnades. Vers 664, Gygès fait face à l'invasion des Cimmériens, venus des steppes d'Eurasie par le Caucase, qui viennent de faire tomber le royaume de Phrygie, la puissance dominante de l'Anatolie centrale. Des textes cunéiformes contemporains mis au jour à Ninive, la capitale de l'Assyrie, indiquent que Gygès y a envoyé une ambassade demandant l'appui assyrien face aux Cimmériens. Il envoie quelques années plus tard des captifs cimmériens en Assyrie, ce qui indique qu'il a remporté des victoires. Néanmoins, encore plus tard, il suscite l'ire de la grande puissance en fournissant des mercenaires au roi égyptien lors de son conflit contre l'Assyrie. Du côté occidental, Gygès fait peser une menace sur les cités grecques de la côte : Milet, Smyrne et Colophon. Le roi lydien sollicite également l'aval de l'oracle de Delphes lors de sa prise du pouvoir et gratifie en retour le sanctuaire d'offrandes somptueuses. De fait, c'est un roi riche et puissant, qui est parvenu à étendre la puissance lydienne. Il trouve la mort vers 645-644 face à une nouvelle attaque des Cimmériens conduits par leur roi Lygdamis.

Son fils et successeur Ardys (v. 645-615) doit donc à son tour faire face à la menace cimmérienne et se tourne lui aussi vers l'Assyrie, avec laquelle les relations se sont améliorées. Des sources grecques postérieures indiquent que Sardes aurait alors été prise et pillée par les envahisseurs, et que d'autres peuples voisins, les Trères et les Lyciens, auraient également profité de la situation pour attaquer la Lydie. Hérodote rapporte aussi des attaques d'Ardys contre Priène et Milet. Le roi suivant, Sadyattès (v. 615-610 av. J.-C.), aurait conduit selon cet historien d'autres campagnes contre Milet.

Alyatte (v. 610-560) amorce la phase d'expansion majeure du royaume lydien. Vers la fin du , la capitale phrygienne, Gordion, passe manifestement sous le contrôle de la Lydie, qui est alors la principale puissance de l'Anatolie occidentale et centrale. Il n'y a pas d'indication que cela se soit fait à la suite d'un conflit, et la nature de la domination lydienne sur la Phrygie reste indéterminée. Cela est rendu possible par la fin des raids cimmériens, alors que l'Assyrie s'est effondrée entre 626 et 609 face aux Babyloniens et aux Mèdes. Au nord, la Mysie est également passée sous domination lydienne. Sur la côte occidentale, après avoir apparemment eu des relations apaisées dans un premier temps avec les cités grecques, il conduit un raid victorieux contre Smyrne, et des offensives contre Milet et Clazomènes, ainsi que la Carie. Le roi lydien marie une de ses filles à Mélas, le tyran d'Éphèse. La Lydie ne parvient cependant jamais à instaurer une domination durable sur cette région. Alyatte effectue également des offrandes à Delphes. Hérodote rapporte ensuite un conflit entre la Lydie et un nouvel adversaire venu de l'est, les Mèdes conduits par leur roi Cyaxare. Cet historien relate une bataille indécise sur le fleuve Halys, durant une éclipse solaire, qui se solde par une paix et le mariage de la fille d'Alyatte, Aryénis, avec le fils du roi mède, Astyage.

Crésus (v. 560-547 av. J.-C.) est le plus connu des rois lydiens et celui sous lequel ce royaume connaît son apogée, étant parfois désigné comme un « empire ». De nombreuses sources grecques mentionnent ce roi, qui porte manifestement un intérêt marqué à leur pays : il poursuit la politique d'offrande de ses prédécesseurs à Delphes et l'étend à des sanctuaires de Sparte, Thèbes, Didymes, Éphèse, Smyrne, commandite des réalisations à des artistes renommés de Samos et de Chios. Cela ne l'empêche pas de mener une politique plus agressive vers l'ouest et d'entrer en conflits contre Milet, Smyrne, Priène et Clazomènes. Il impose un tribut aux pays qu'il a vaincus, se constitue une flotte, amorçant la constitution d'un empire lydien. La majeure partie de l'Anatolie occidentale et centrale (les territoires à l'ouest du Halys) est sous sa coupe, à l'exception de la Cilicie et de la Lycie. Sa capitale, Sardes, devient alors une grande ville, reflétant la puissance nouvelle de la Lydie.

Chute Cette dynamique est cependant brisée par la défaite de la Lydie contre la Perse de Cyrus le Grand, qui survient vers 547 av. J.-C. Ce conflit est peut-être déclenché par la victoire perse contre le roi mède Astyage, beau-frère de Crésus. Hérodote rapporte comment il sollicite les oracles d'Apollon de Delphes et d'Amphiaraos d'Oropos pour savoir si les dieux lui sont favorables et dépêche diverses ambassades pour chercher l'appui de plusieurs puissances militaires de l'époque (Babylone, Égypte, Sparte). La bataille entre les deux armées, en Ptérie en Cappadoce, semble avoir été indécise, mais les troupes perses sont plus nombreuses que celles de la Lydie, qui se replient sur Sardes. Elles subissent une défaite sous les murs de la ville, qui est assiégée et tombe peu après. La capitale lydienne est cependant épargnée, de même que Crésus. Cyrus envoie ensuite ses troupes prendre le contrôle du reste de l'Anatolie occidentale, qui est annexée à son empire, avec Sardes comme capitale provinciale.

Liste des rois de Lydie

Mermnades (rois historiques) : v. 685-644 : Gygès v. 644-615 : v. 615-610 : Sadyattès v. 610-561 :