vignette|Dans le tunnel du Mur occidental.
Le mur des Lamentations — ou le Mur occidental selon l’appellation traditionnelle juive (, translit. : HaKotel HaMa'aravi, familièrement le Kotel) — est une partie du mur de soutènement de l'esplanade de l'ancien temple de Jérusalem, situé dans le quartier juif de la vieille ville de Jérusalem. Bâti au durant l'achèvement de la construction du Second temple, il renforce le flanc occidental du temple, d’où son appellation juive traditionnelle de Mur occidental (la partie orientale faisant partie des remparts de Jérusalem), et en constitue l’un des principaux vestiges. Il est révéré en cette qualité comme mur du mont du Temple, d’autant qu’il est actuellement le lieu le plus proche du Saint des saints, et est de ce fait considéré par le peuple juif comme l'endroit le plus saint pour la prière. Après l’exclusion des Juifs de Judée décidée en 135 à la suite de la révolte de Simon ben Koziva, ils sont autorisés contre paiement à se rendre un jour par an au pied du mur pour se lamenter sur la destruction de la ville. L’appellation « mur des Lamentations » apparaît alors dans les écrits des pèlerins chrétiens, et témoigne de l'antijudaïsme ambiant car la destruction du Temple est considérée comme la preuve des enseignements de Jésus ainsi que le juste châtiment des Juifs qui ne l’ont pas accepté. C'est le terme le plus utilisé en français vers la fin du . Considéré dans la tradition musulmane comme le lieu où Mahomet parque sa monture ( al-Ḥā’iṭu ’l-Burāq), il est intégré au aux murs d'enceinte de l'esplanade des Mosquées lors de la construction du dôme du Rocher puis de la mosquée al-AqsaQuelle est l'origine du mur des Lamentations à Jérusalem ? sur Futura Sciences.. Il est, selon la tradition juive, redécouvert après avoir été enseveli sous un monceau d’ordures, et un lieu de culte y est établi dès le . Les Juifs continuent de s’y recueillir jusqu’à la guerre d’indépendance d’Israël, à l’issue de laquelle Jérusalem est divisée et les Juifs sont expulsés de leurs quartiers qui se trouvent désormais sous contrôle jordanien. La prise de la ville, et de son lieu saint, quelque vingt ans plus tard est l’un des symboles les plus marquants de la guerre des Six Jours, et le Mur occidental revêt une importance nationale pour Israël, tandis que sa proximité avec des lieux saints de l’islam en fait l’un des points contentieux les plus sensibles du conflit israélo-palestinien.
Construction du mur
Le mur des Lamentations est un vestige du mur de soutènement qui a été érigé afin d'étendre le plateau naturel sur lequel le Second temple de Jérusalem a été construit. Les grands blocs de pierre de la partie inférieure sont de style hérodien, analogues au mur d'enceinte du tombeau des Patriarches à Hébron .
Jusqu'au début du , les historiens pensaient que cette extension avait été réalisée par en vue d'agrandir ou de reconstruire le temple. Mais en 2011, des recherches archéologiques par l'équipe de Ronny Reich remettent cette version en question. En effet, la découverte, au pied des fondations du mur, de pièces de monnaie frappées en 17 ou par Valerius Gratus, préfet de Judée, démontre que la construction de ce mur a été entreprise plus de quinze ans après la mort d'Hérode en Derrière le mur, les vestiges romains d'un odéon de deux cents places et de thermes ont été découverts. Cela concorde avec les écrits de l'historien romain Flavius Josèphe selon lequel les travaux au mont du Temple faisaient partie de la ville romaine d'Ælia Capitolina et n'avaient été terminés que sous le règne du roi (appelé également roi Jannaï) .
Description Le pan de de long visible à l'extérieur n'est en fait qu'une partie de la muraille occidentale qui s'étire sur . Le reste du mur est actuellement situé pour une partie dans le quartier arabe de la ville, utilisé comme quatrième mur par les maisons attenantes, et pour l'autre enterré. Cette partie souterraine peut être vue en empruntant le tunnel souterrain qui longe une partie du mur sur plus de .
gauche|vignette|Pierre malakhé (grey gold) du mur.
Cette muraille est constituée de quarante-cinq rangées de pierres de taille en pierre calcaire de Jérusalem, dites malakhé ou malaki (« royal » en hébreu et en arabe) rappelant le marbre, dont la catégorie est nommée grey gold (« or gris »).
Elles ont probablement été extraites de la carrière ou grotte de Zedekiah (dite aussi de Salomon, de Soliman, de Koreh...) évoquée notamment par le géographe arabe Al-Muqaddasi () et par le commentateur juif Rachi (), située sous le quartier arabe de la Vieille Ville, entre la porte de Damas et celle d'Hérode et dont l'entrée se place juste sous le murThomas L. Friedman (prix Pulitzer), « Quarrying History in Jerusalem ». The New York Times, december 1st, 1985. Retrieved October 18, 2008.
« The legend that King Solomon built his temple from this quarry - a claim for which there is no hard historical or archeological evidence - was made more plausible by the discovery in 1873 of an ancient bit of graffiti excavated by the French archeologist Charles Clermont-Ganneau.
(...) Herod the Great certainly used it as the main quarry for building blocks needed to renovate the Temple and its retaining walls, including what is known today as the Wailing Wall ». Des pierres du mur peuvent provenir également d'une carrière adjacente au quartier orthodoxe de Ramat Shlomo situé au nord de la ville.
Des quarante-six rangées de pierre dénombrables et présentes aujourd'hui, vingt-neuf sont exposées à la vue de tous et dix-sept sont souterraines.
La taille et le poids des pierres varient, allant de deux tonnes à plusieurs centaines comme celle que l'on peut voir dans la partie souterraine, qui est un monolithe de quatorze mètres de long pesant cinq cent soixante-dix tonnes, inséré dans la section basse du mur.
La hauteur initiale du mur de soutènement était d'environ soixante mètres, mais le point culminant actuel se situe à quarante mètres (alors que sa partie supérieure n'est pas d'origine) ; elle est de trente-deux mètres sur la partie visible du lieu de prière.
alt=|vignette|HaKotel HaKatan, le Petit Mur.
En raison d'une interdiction de recherches archéologiques sur le dit mont du Temple (chez les Juifs) ou la dite esplanade des Mosquées (chez les musulmans)Seule la presse française utilise l'expression « Esplanade des Mosquées ». Pour le reste du monde, l'endroit est appelé « Haram al Sharif » ou « Temple mount » (mont du Temple). Voir Jérôme Bourdon, Le Récit impossible : Le conflit israélo-palestinien et les medias, De Boeck Supérieur, 2009, ., l'épaisseur du mur n'a pu être mesurée précisément, mais néanmoins, diverses mesures donnent quatre mètres en bas et deux mètres à son sommet.
Afin de stabiliser ce mur de soutènement soumis aux pressions énormes des arcs et des voûtes des espaces intérieurs situés à l'arrière, il a été construit selon un modèle pyramidal de sorte que chaque couche est décalée d'environ deux pouces par rapport au niveau inférieur et l'on peut constater visuellement ces pentes dans les coins du mont du Temple. Selon l'archéologue de Jérusalem , le motif pyramidal a pour but de corriger l'effet d'optique qui pousse à croire que le mur est incliné dans sa direction dès lors qu'on se place en hauteur.
Dans une autre portion de ce mur, un peu plus au nord, est un endroit considéré par certains comme plus proche du Saint des Saints que le grand KotelPar une décision de la justice israélienne de 2012, il est interdit de sonner du shofar au petit Kotel. Voir . ; il est appelé le Kotel HaKatan, « le Petit Kotel » et situé dans le quartier arabe. Une petite chambre souterraine, appelée « la Grotte », située dans le tunnel du mur des Lamentations, est encore plus proche du Saint des Saints, mais elle ne peut être visitée que par quelques personnes à la fois.
vignette|La place du Mur occidental (2012).
Esplanade devant le mur
L'esplanade ou la plaza située actuellement devant le mur mesure cinquante-sept mètres de long (tout comme la partie linéaire du mur accessible à tous) et peut accueillir jusqu'à soixante mille personnes. Elle est entièrement dallée et légèrement en pente en direction du mur de prière. Elle comprend des points d'eau.
Cette esplanade est divisée en trois parties : la plus éloignée est ouverte à tout public ; deux sections séparées par une cloison (mekhitsa) sont à la disposition des personnes qui veulent se rendre près du mur ; la section nord est réservée aux hommes et la section sud aux femmes.
Tout cet espace sert officiellement de synagogue et des événements religieux comme profanes s'y déroulent fréquemment.
Origine de l'appellation de « mur des Lamentations » vignette| : « Rue du Kotel » . : « Rue du Mur-Occidental ».|alt=|gauche Rabbi A’ha, un érudit du , cite littéralement « le Mur occidental » dans son exégèse midrachique du Livre de l'ExodeRabbi Acha (érudit du ), « Shemot Rabba » (commentaire midrachique des -), cité in MyJewishLibrary. Lire en ligne.
Dans un texte du même siècle, le moine chrétien Jérôme de Stridon évoque les juifs interdits de séjour à Jérusalem mais qu'on autorise (contre paiement) à se « lamenter » devant des ruines, une fois l'an.
L'expression « mur des Lamentations » est ensuite inventée au par les mandataires britanniques qui le traduisent de l'arabe il-Mabka (« le lieu des pleurs »). Ce terme de « mur des Lamentations » vaguement moqueur est tombé en disgrâce dans les milieux juifs, Western Wall or Wailing Wall, Philologos, The Forward, 2001, in JVL ainsi que, pour d'autres raisons, dans les milieux arabes des années 1920, lesquels le nomment alors El-Bourak, le nom de la monture de Mahomet lors de son voyage nocturne. En revanche, il reste fréquemment utilisé dans les milieux chrétiens et en France. Cette portion de mur est localisée au . Louis Massignon suggérait le toponyme Mur des Maghrébins qui désigne les occidentaux (Maaravim en hébreux), considérés d'un point de vue oriental du fait de la présence du quartier du même nom depuis la fin du Vincent Lemire, Au pied du Mur, Seuil, 2022
Les juifs n'utilisent pas l'expression « mur des Lamentations », qui reste désobligeante, mais les expressions « Mur », « Mur occidental », « haKotel haMa'aravi » (occurrence dès le ) ou simplement « Kotel ». L'hébreu possède deux mots pour dire « mur » mais seul le mot Kotel désigne le Mur occidental.
Aujourd'hui, l'usage des termes « Kotel », « Mur occidental », « mur des Lamentations » ou « El-Bourak » est un enjeu de la guerre des mots dans le conflit israélo-palestinienUne recherche sur Google Books montre que « Mur occidental » est utilisé dans ce sens précis dès 1853 par Félicien de Saulcy (voir recherche sur Google Books de « Jérusalem et "Mur occidental" ») et dès 1840 par les Archives Israélites de France (voir Archives israélites de France(1840)) et que « mur des Lamentations » est utilisé pour la première fois en 1856 par Armand de Mestral dans son « Commentaire sur le livre des Psaumes » (voir une recherche sur Google Books des livres publiés avant 1870 mentionnant le mur des Lamentations)..
Site religieux Le Mur occidental fait partie d'un plus grand site religieux de la vieille ville de Jérusalem, appelé Har haBayit par les juifs, mont du Temple par les chrétiens et Al-Haram al-Qudsi al-Sharif (le « Noble Sanctuaire ») par les musulmans.
Lieu saint juif vignette|Rassemblement devant le Mur occidental lors de la bénédiction sacerdotale.|alt=
Le Kotel est le lieu le plus saint selon la religion juive car c'est aujourd'hui l'endroit le plus proche du Kodesh Ha'Kodashim (Saint des Saints), salle des Premier et Second Temples à laquelle seul le grand-prêtre d'Israël pouvait accéder. Il existe un endroit plus proche dans le souterrain du Kotel, faisant directement face au Kodesh Ha'Kodashim (où est aujourd'hui érigé le dôme du Rocher), dans lequel des juifs prient constamment dans le silence.