Henri Dutilleux, né le à Angers et mort le dans le de ParisRelevé des fichiers de l'Insee, est un compositeur français de musique savante. Sa musique appartient aux périodes musicales moderne et contemporaine.
Biographie Enfance et jeunesse Henri Dutilleux est né Henri Paul Julien Dutilleux à Angers, en Maine-et-Loire, où ses parents se sont réfugiés pour fuir les bombardements de Douai, berceau de sa famille.
Arrière-petit-fils de Constant Dutilleux, peintre proche d'Eugène Delacroix et oncle de l'historien Adolphe Dutilleux, il est aussi un proche du peintre Maurice Boitel. Son grand-père maternel, le compositeur Julien Koszul, est quant à lui un ami de Gabriel Fauré.
L'enfance d'Henri Dutilleux se déroule dans le département du Nord. Il entre en 1926 au conservatoire de Douai« Le compositeur douaisien Henri Dutilleux est mort », sur lavoixdunord.fr du 22 mai 2012. dirigé par Victor Gallois (Premier prix de Rome 1905) avec lequel il prend des cours d'harmonie et qui décèle ses donsJulien Carpentier, « Mort d’Henri Dutilleux : retour sur l’enfance douaisienne d’un élève surdoué du conservatoire », dans La Voix du Nord du 22 mai 2013.. Il y suit également une formation classique en piano, théorie et contrepoint.
Études Il entame en 1933 des études au conservatoire de Paris auprès d'Henri Büsser (composition), Jean Gallon (harmonie), Noël Gallon (contrepoint et fugue), Philippe Gaubert (direction d'orchestre) et Maurice Emmanuel (histoire de la musique)« Notice Dutilleux (Henri) » dans Dictionnaire de la musique Larousse 1990 250-251. Durant ses études musicales, il est dans la même classe que Paul Bonneau, Raymond Gallois-Montbrun et Jacqueline Robin. Il remporte en 1938 le Premier prix de Rome, avec la cantate l'Anneau du Roi. Avant de partir pour la guerre en 1939, il approfondit intensément son étude de la musique de d'Indy, de Stravinsky et de Roussel.
Carrière Pendant la guerre, il adhère au Front national des musiciens, organe de la Résistance, et compose clandestinement en 1944 la Geôle sur un sonnet du poète résistant Jean Cassou, alors emprisonné à Toulouse. En 1942, Dutilleux assume pour quelques mois les fonctions de chef de chœur de l'Opéra de Paris et, en 1944, il est au service de la Radiodiffusion française, où il est responsable du Service des illustrations musicales. Il quitte ce travail en 1963 pour pouvoir se consacrer entièrement à la composition. En 1961, il est appelé par Alfred Cortot comme professeur de composition à l'École normale de musique de Paris, dont il assure la présidence après la mort du fondateurBernard Gavoty, Alfred Cortot, biographie, Paris, Buchet-Chastel, 2012, , et où il eut comme élève le compositeur et organiste André Jorrand, puis, à partir de 1970, il est professeur associé au Conservatoire. Il donne également des cours dans le cadre du Festival de Tanglewood, invité par Seiji OsawaConfédération musicale de France, interview d'Henri Dutilleux en 2007 (Lire en ligne)..
Il épouse le à Paris la pianiste Geneviève Joy, qui est longtemps sa principale interprète. Il vit avec son épouse, entre 1981 et 2010, à Candes-Saint-Martin, en Indre-et-Loire, dans une maison qu'ils lèguent ensuite à la commune. Cette dernière lui redonne vie après la mort des deux musiciens, en conservant le piano à queue de Geneviève Joy, la bibliothèque Dutilleux et la rénovation de leur salon de musique. Fréquemment au répertoire de l'Orchestre national Bordeaux Aquitaine sous la direction de Hans Graf, son nom est donné, en son hommage, à la grande salle de l'auditorium de Bordeaux, inauguré en « Décès du compositeur français Henri Dutilleux à 97 ans », AFP et Sud-Ouest du 22 mai 2013.« Henri Dutilleux s’est tu », Sud Ouest du 23 mai 2013.. Le Conservatoire à rayonnement régional de Douai ainsi qu’Amiens a donné le nom d'Henri Dutilleux à son grand Auditorium.
Mort et obsèques thumb|redresse|gauche|Tombe d'Henri Dutilleux au cimetière du Montparnasse (division 12). Il meurt le , laissant derrière lui une œuvre majeure, abondamment jouée de son vivant« Le compositeur Henri Dutilleux est mort », dans Libération du ., faisant l'unanimité et considérée comme déjà classiqueChristian Merlin, « Henri Dutilleux : la mort du géant de la musique française », dans Le Figaro du .Philippe Venturini, « La mort d’Henri Dutilleux, un contemporain déjà classique », dans Les Échos du .Serge Martin, « Le compositeur Henri Dutilleux a rejoint le silence », dans le quotidien belge Le Soir du .Aurélie Champagne, « Dernière symphonie pour Henri Dutilleux », sur Rue 89, nouvelobs.com du ..
Il est inhumé le au cimetière du Montparnasse (division 12)Cimetières de France et d'ailleurs, auprès de son épouse décédée en 2009 Henri Dutilleux sur concertclassic.com, consulté le 4 avril 2018. Auparavant, une messe est célébrée à 10 h 30 à l'église Saint-Louis-en-l'Île, avec la participation du Quatuor Rosamonde et des Petits Chanteurs de Sainte-Croix de Neuilly - The Paris Boys Choir (direction François Polgár).
Polémique vignette|La plaque du 12, rue Saint-Louis-en-l'Île. À partir d' a lieu une polémique au sujet de l'inauguration d'une plaque commémorative sur l'immeuble du 12, rue Saint-Louis-en-l’Île où il habitait, dans le de Paris. Le maire PS Christophe Girard déclare relever des , qui rendraient l'installation de la plaque non appropriée pour l'instant, faisant allusion à la composition d'une musique d'un film à la gloire des sportifs, commandité par le régime de Vichy« Henri Dutilleux n'aura pas sa plaque », nouvelobs.com, 19 mars 2015. et à la nécessité d'avoir un complément d'informations. Bien que le Comité historique de la Ville de Paris, chargé d'instruire ce type de demande, se soit prononcé pour l'apposition de cette plaque dans un document rendu en , à la mairie de Paris, Karen Taieb, conseillère municipale du s'oppose lors d'un conseil municipal, en , à l'apposition de cette plaque, d'où l'attitude du maire du et de la mairie de Paris.
Ces propos déchaînent une réaction considérable dans les réseaux sociaux et le milieu musical, où Dutilleux est au contraire connu pour son humanisme et son engagement dans la Résistance« "Affaire Dutilleux" : Christophe Girard à côté de la plaque ».. Une pétition est alors lancée par les compositeurs Etienne Kippelen et Matthieu Stefanelli. Elle rencontre un écho considérable dans le monde musical et de nombreux signataires. La plaque a finalement été apposée le au cours d'une cérémonie qui, à son tour, a provoqué une polémique en raison des deux discours prononcés par les édiles municipaux.
Distinctions et récompenses Bien qu'il ait obtenu en la dignité de grand-croix de la Légion d'honneur (la plus haute distinction que décerne l’État), ses obsèques se sont déroulées en l’absence de tout représentant de l’ÉtatDutilleux, qui est-ce ? éditorial de La Lettre du Musicien, 11 juin 2013..
Henri Dutilleux a reçu le prix Ernst von Siemens le (à l'âge de 89 ans). Ce prix, considéré comme le « Nobel de la musique », a récompensé, selon le jury, « un des grands artistes de la musique française contemporaine » dont la production « organique » se distingue par sa « clarté poétique ». Henri Dutilleux est le troisième compositeur français (après Olivier Messiaen et Pierre Boulez) honoré par ce prix, qui a été attribué la première fois, en 1974, à Benjamin Britten.
Depuis 1973, il est membre associé de l’Académie royale de Belgique, et, depuis 1981, membre honoraire de l’American Academy and Institute of Arts and Letters de New York. Il est aussi membre honoraire de l’Accademia Nazionale Santa Cecilia (1993) ainsi que de la Royal Academy of Music de Londres (1996) et de la Bayerische Akademie der Schönen Künste de Munich (1998). Le Grand Prix Antoine Livio de la Presse musicale internationale lui a été décerné en 1999. En 2010, il devient parrain d'honneur d'Ecuasol, programme d'aide à l'enfance défavorisée en Équateur, de l'ONG International Impact, fondé par son petit neveu Jean-Christophe Crespel.
Il est Grand prix national de la musique en 1967 pour l'ensemble de son œuvre.
Il est également membre du jury du « prix de composition Tōru Takemitsu » en 1997.
En 2008, il reçoit la Médaille d'or de la Royal Philharmonic Society.
Principales caractéristiques du style et langage musical Dutilleux couvre presque un siècle de par sa longévité et puise des influences déterminantes chez deux artistes majeurs du , à savoir Vincent van Gogh et Charles Baudelaire. Il disait lui-même « Le poète de second ordre est la séduction même, il vit la poésie qu’il ne peut écrire. L’autre écrit la poésie qu’il n’ose vivre ».
Dutilleux doute beaucoup, et ne se résout jamais à écrire quelque chose qu’il n’entende auparavant dans la tête, on ne peut lui donner de directive ni lui offrir de l’argentEntretien avec Bernard Cazauran, contrebassiste solo de l'Orchestre de Paris ayant créé Les Citations (1991).. Il ne revendique aucun système. On pourrait peut-être dire de lui ce que Baudelaire disait de Wagner (à l’écoute de Tannhäuser) qu’ «aucun musicien n’excelle comme lui à peindre l’espace et la profondeur matériels et spirituels ». Et pour citer encore Baudelaire (Poison, no 45 des Fleurs du mal), la musique de Dutilleux « allonge l’illimité, approfondit le temps, creuse la volupté ».
Ses influences les plus notables en peinture sont Vincent van Gogh, notamment la Nuit étoilée (dont il s'inspire pour Timbres, espace, mouvement), mais aussi Paul Gauguin, Nicolas de Staël, Kandinsky. La nature est aussi une source d'inspiration, notamment Le Valais, en Suisse, où il va souvent composer à La Sage. Ses cinéastes favoris sont Luis Buñuel, et Federico Fellini.
En poésie et littérature, Dutilleux s'est souvent inspiré dans ses compositions de Charles Baudelaire (notamment en créant les titres des sections de Tout un monde lointain), mais il est aussi un fervent lecteur de Shakespeare, Proust, André Gide (pour son journal), Julien Gracq et d'Yves Bonnefoy, surtout vers la fin de sa vie.
En musique, ses maîtres sont les Polyphonistes de la Renaissance, Beethoven (pour le renouvellement de la forme), Berlioz l'inventeur, Debussy, Henri Duparc, Ravel, Albert Roussel, Bartok, Stravinsky, et Schoenberg.
Choix du matériau des hauteurs Dutilleux affirme n’avoir jamais abandonné l’écriture modale. Il tient à préserver dans un langage atonal des principes de structuration hiérarchiques du matériau. «Dans ma musique, on trouvera de nombreuses références à cette notion de hiérarchie, par l’emploi de notes-pivots, de pédales, de sons obsessionnels, de thèmes d’accords qui indiquent que je ne puis me priver de l’apport d’une certaine polarisation (...) je ne pense pas devenir jamais dodécaphonique»idem. Par l’usage de notes-pivots, ou pôles sonores (devenant parfois des axes), il articule différentes échelles de sons, allant de simples tétracordes ou pentacordes (Ainsi la nuit), d’héxacordes (Métaboles, Concerto pour violon) à des modes diatoniques et octotoniques (Sonate pour piano), décatoniques (2x5, Concerto pour violon) voire des séries de douze sons (Métaboles, Tout un monde lointain) séries utilisées de manière non-dodécaphonique, mais plus pour les possibilités de variations harmoniques et de couleurs qu’elles peuvent offrir. Dutilleux a eu recours à la citation (Clément Janequin, Jehan Alain, Benjamin Britten dans Les Citations) et à l'auto-citation (Mémoires des ombres de Shadows of Time cite Figures de résonances, "De Vincent à Théo" de Correspondances cite Timbres, espace, mouvement (en référence à Van Gogh), Le Masque dans Le Temps, l'horloge cite La Geôle, enfin, Les Citations citent un extrait du ballet Le Loup rajouté tardivementidem..
La mélodie