Le bruant ortolan (Emberiza hortulana) ou simplement ortolan, est une espèce d'oiseaux de la famille des embérizidés.

Cette espèce qui fréquente les paysages semi-ouvertsBrambilla, M., Gustin, M., Vitulano, S., Negri, I., & Celada, C. (2016). A territory scale analysis of habitat preferences of the declining Ortolan Bunting Emberiza hortulana. Bird Study, 63(1), 52-57. a vu ses populations s'effondrer dans de nombreux paysMenz, M. H., & Arlettaz, R. (2012). The precipitous decline of the ortolan bunting Emberiza hortulana: time to build on scientific evidence to inform conservation management. Oryx, 46(1), 122-129.. Bien que l'espèce soit encore classée en à l'échelle mondiale par l'UICN, sa population globale est en déclin. C'est l'une des espèces qui a régressé le plus vite depuis la fin du en Europe in : Elts, J., Tätte, K., & Marja, R. (2015). [What are the important landscape components for habitat selection of the ortolan bunting Emberiza hortulana in northern limit of range?]. European Journal of Ecology, 1(1), 13-25..

Caractéristiques C'est un petit oiseau chanteur, mesurant de 16 à de longueur, pour une envergure comprise entre 24 et et une masse allant de 19 à . Le mâle a le dessous du corps rosâtre, la poitrine et la tête verdâtre, la gorge jaune, le dos brun-roux rayé de noir, les ailes brun-noir liserées de roux et coupées transversalement de deux fines barres blanches, le bec rose à marron clair et les pattes roses à brun jaune. Un cercle orbital jaune entoure chaque œil marron foncé.

La femelle est plus terne que le mâle. Le plumage hivernal est également beaucoup plus terne et clair.

Écologie et comportement

Chant et vocalisations Le bruant ortolan chante généralement depuis un perchoir proéminent, avec une courte phrase de 5 à 6 notes, devenant plus grave sur la fin, pouvant être retranscrite comme swee-swee-swee,dee-dee ; elle peut varier selon les individus.

Il émet plusieurs appels, notamment un tsleeu en vol, parfois accompagné d'un chu, et également un quip ou pwit.

Le chant joue un rôle important chez cette espèce territoriale, qui se montre aussi capable d'imiter le chant d'autres espèces, et d'imiter d'autres dialectes au sein de sa propre métapopulationOsiejuk T.S, Ratyńska K, Dale S, Steifetten Ø & Cygan J.P (2004) Ortolan Buntings Emberiza hortulana mimicking other species and other dialects of own species. Ornis Norvegica, 27, 73-79.

Alimentation Le bruant ortolan se nourrit de graines et de petits invertébrés. Durant la saison de la reproduction, ce sont ces derniers qui sont privilégiés, notamment les fourmis, les scarabées et les sauterelles ; le reste de l'année, il préfère les graines. Il trouve majoritairement sa nourriture au sol, et peut aussi attraper les insectes au vol. Il est plutôt solitaire pour se nourrir, bien qu'il puisse former des petits groupes à l'été, et des groupes de centaines d'individus en automne et en hiver.

Reproduction vignette|Œufs d'ortolan - Muséum de Toulouse Lorsqu'il fait suffisamment chaud, le couple construit un nid de végétaux dans un endroit protégé et la femelle y pond de blanchâtres, mouchetés de brun. Leur taille a pour valeurs extrêmes : 18,0- × 14,3-. Les deux partenaires défendent le nid chacun leur tour et ne le laissent jamais sans surveillance. C'est la femelle qui s'occupe de l'incubation durant 12 à , après quoi les deux parents s'occupent de les nourrir. Les petits quittent le nid à l'âge de .

Habitat et répartition

Répartition vignette|Vert : aire de reproduction

Bleu : aire d'hivernage Son aire de répartition s'étend à travers la steppe eurasienne occidentale et de l'écozone paléarctique occidentale (rare en Europe de l'Ouest). Elle est délimitée au sud par la Turquie, le nord de l'Iran et la Méditerranée, bien qu'il existe quelques populations en Afrique du Nord et en Israël. On peut le trouver jusqu'à la Mongolie ainsi que dans une partie de la Scandinavie. En France, le bruant ortolan est commun dans le Midi. La population française compterait entre .

Migration Il migre pour l'hiver vers le nord de l'Afrique subsaharienne, notamment au Sahel, du Sénégal à l'Éthiopie. Son aire d'hivernage exacte est cependant mal connue. Grand migrateur, il peut facilement parcourir plus de (en moyenne ). Il quitte sa zone de reproduction à partir de la mi-juillet, jusqu'à la mi-septembre. Il est de retour au début avril, début juin au plus tard.

Chez l'ortolan, les dates de migration de printemps peuvent varier selon l'âge et le sexe Yosef R & Tryjanowski P (2002) Differential spring migration of Ortolan Bunting Emberiza hortulana by sex and age at Eilat, Israel. Ornis Fennica, 79(4), 173-180..

Habitat L'ortolan est une espèce typique des paysages semi-ouvertsBrambilla, M., Gustin, M., Vitulano, S., Negri, I., & Celada, C. (2016). A territory scale analysis of habitat preferences of the declining Ortolan Bunting Emberiza hortulana. Bird Study, 63(1), 52-57..

Au printemps le bruant ortolan apprécie pour nicher et se nourrir (et souvent comme habitat de substitution des milieux préhistoriques semi-ouverts) les mosaïques écopaysagères complexes, qu'il trouve par exemple dans des régions rocheuses ou riches en fourrés, haies, vergers, cultures avec bosquets et en clairières forestièresSvensson L, Mullarney K & Zetterstrom D (2015) Le guide ornitho: le guide le plus complet des oiseaux d’Europe, d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient : 900 espèces. Delachaux et Niestlé, 448 pp.. Il recherche les mosaïques assez serrées de prés, prairies et petits champs d'agriculture extensive, et vignobles, parsemées de perchoirs. Il est présent jusqu'à d'altitude, mais préfère les régions à climat estival sec et plutôt chaud, et de type continental plutôt qu'atlantique.

Cet oiseau utilise aussi volontiers la forêt incendiée comme habitat de substitution pour nidifierDale S & Olsen B.F.G (2002) Use of farmland by Ortolan Buntings (Emberiza hortulana) nesting on a burned forest area. Journal für Ornithologie, 143(2), 133-144 (résumé).Menz M.H, Brotons L & Arlettaz R (2009) Habitat selection by Ortolan Buntings Emberiza hortulana in post‐fire succession in Catalonia: implications for the conservation of farmland populations. Ibis, 151(4), 752-761..

Il hiverne dans les milieux tropicaux semi-ouverts, de type savanes (ainsi des ortolans de Suède ont été suivis jusqu'aux savanes de régions montagneuses du Mali et de Guinée, après avoir traversé les cols pyrénéens puis le détroit de Gibraltar, ou la Méditerranée à l'est de l'EspagneSelstam G, Sondell J & Olsson P (2015) Wintering area and migration routes for Ortolan Buntings Emberiza hortulana from Sweden determined with light-geologgers. Ornis Svecica, 25, 3-14 (voir cartes de migrations notamment)).

L'une de ses espèces sympatriques (dans certains habitats) est le bruant jaune (Emberiza citrinella)Dale, S., & Manceau, N. (2003). Habitat selection of two locally sympatric species of Emberiza buntings (E. citrinella and E. hortulana). Journal für Ornithologie, 144(1), 58-68..

Classification L'espèce Emberiza hortulana a été décrite par le naturaliste suédois Carl von Linné en 1758Linnaeus, C. (1758). Systema Naturae per regna tria naturæ, secundum classes, ordines, genera, species, cum characteribus, differentiis, synonymis, locis, Tomus I. Editio decima, reformata. Holmiæ: impensis direct. Laurentii Salvii. i–ii, 1–824 pp : page 177. C'est une espèce monotypique, bien que plusieurs sous-espèces aient été proposées (sous les noms antiquorum, shah et elisabethae) par le passé.

Relations avec l'espèce humaine Menaces et protection Le statut de conservation de l'ortolan est de « préoccupation mineure » (LC) pour l'Union internationale pour la conservation de la nature. Son aire de répartition est cependant grandement morcelée dans l'ouest de l'Europe, et il a localement disparu ou fait l'objet de menaces dans plusieurs régions.

Le bruant ortolan a été désigné « oiseau de l'année » en 1984 par les ornithologues européens, et un symposium lui a été consacré en 1992 à Vienne. Il est en régression dans au moins dix pays d'Europe, de l'Europe du sud à la Finlande; la zone balte constitue son principal noyau résiduel en EuropeVepsäläinen V, Pakkala T, Piha M & Tiainen J (2005) Population crash of the ortolan bunting Emberiza hortulana in agricultural landscapes of southern Finland. In Annales Zoologici Fennici (pp. 91-107). Finnish Zoological and Botanical Publishing Board..

On estime la population totale à / . En Suisse où il était cantonné aux vallées, il n'en restait en 2005 que deux grandes populations et quelques petits noyaux relictuelsVogelWarte (2005) EMBERIZA HORTULANA EN SUISSE ?. Nos Oiseaux, 52, 67-82 (pour la répartition de l'espèce en Suisse, voir carte), Suisse. En 2009 certains le jugent proche de l'extinction dans le paysMenz, M. H., Mosimann-Kampe, P., & Arlettaz, R. (2009) Foraging habitat selection in the last Ortolan Bunting Emberiza hortulana population in Switzerland: final lessons before extinction. Ardea, 97(3), 323-334 (résumé)..

Alors qu'on a récemment montré (dont en Norvège grâce à une analyse et classification automatisée des enregistrements de chants d'oiseauxTrawicki, M. B., Johnson, M. T., & Osiejuk, T. S. (2005) Automatic song-type classification and speaker identification of Norwegian Ortolan Bunting (Emberiza hortulana) vocalizations. In 2005 IEEE Workshop on Machine Learning for Signal Processing (pp. 277-282). IEEE.Adi, K., Osiejuk, T. S., & Johnson, M. T. (2004). Automatic song‐type classification and individual identification of the ortolan bunting (Emberiza hortulana L) bird vocalizations. The Journal of the Acoustical Society of America, 116(4), 2639-2639 (Résumé).) qu'il existe des sous-populations régionales d'ortolans, par exemple identifiables par des chants (« dialectes ») différentsOsiejuk, T. S., Ratyńska, K., Cygan, J. P., & Dale, S. (2003). Song structure and repertoire variation in ortolan bunting (Emberiza hortulana L.) from isolated Norwegian population. In Annales Zoologici Fennici (pp. 3-16). Finnish Zoological and Botanical Publishing Board.Skierczyński, M., & Osiejuk, T. S. (2010). Sharing songs within a local dialect does not hinder neighbour-stranger discrimination in ortolan bunting (Emberiza hortulana) males. Behaviour, 333-351 5Résumé.Conrads, K., & Conrads, W. (1971). Regionaldialekte des ortolans (Emberiza hortulana) in Deutschland. Vogelwelt, 92, 81-100., l'agriculture industrielle a causé un effondrement du patrimoine génétique de l'espèce.

Cette espèce a vu ses populations s'effondrer dans de nombreux pays, dont en France où la liste rouge nationale de l'UICN de 2016 le classe comme , que ce soit comme nicheur ou comme migrateur.

En France Bien qu'en zone méditerranéenne il ait localement pu profiter de paysages (r)ouverts par des incendies de forêtBrotons, L., Herrando, S., & Pons, P. (2008). Wildfires and the expansion of threatened farmland birds: the ortolan bunting Emberiza hortulana in Mediterranean landscapes. Journal of Applied Ecology, 45(4), 1059-1066., l'espèce a disparu de en , de 1960 à 1990, et diminué dans 7 autres ; en 1992, sa population y était estimée à et a continué à décliner depuis car l'espèce a disparu de nombreuses régions où elle était autrefois présenteMise à jour de la répartition du Bruant ortolan dans l'Atlas des Oiseaux Nicheurs de France Métropolitaine 2009-2012.

Cette forte régression a deux grandes causes :