vignette|Chamane devineresse de Krasnoïarsk.

La Divination est l'art de prévoir. Présente dans le monde entier, c'est une pratique qui se décline en divers arts divinatoires.

Étymologie Le mot divination vient du latin divinatio qui dérive de divinare, signifiant « prédire » ou « deviner ».

Le nom mantique (μαντικὴ τέχνη / mantikê tékhnê] désigne ce qui, dans la Grèce antique, est l'art de la divinationSeyffert, Dictionary of Classical Antiquities, Londres, 1894, ..

Le radical divin associe donc étroitement le mot divination à l’action d’une divinité. En somme, la divination répond à une aspiration : approcher l’inaccessible de Dieu, d’où sa pratique occulte et métaphysique visant à découvrir ce qui est inconnu : l'avenir, le caché, le passé, les trésors, les maladies invisibles, les secrets, les mystères, etc. et cela par des moyens non rationnels. Qu'il s'agisse de la parole oraculaire ou de la voyance, ceux qui la pratiquent disent avoir accès à une connaissance paranormale de l'avenir (précognition) ou du caché (cryptesthésie)Pierre A. Riffard, Dictionnaire de l'ésotérisme, Payot, 1983, ..

Classification

La divination est une pratique qui comprend six grandes catégories, subdivisées en plusieurs branches. Les procédés cléromantiques : il s’agit de procédés basés sur le tirage au sort : bibliomancie ou rhapsodomancie, onomancie, arithmomancie et géomancie. Les procédés oniromantiques : ce sont tous les procédés divinatoires basés sur l’interprétation des songes et rêves. Les procédés physiognomantiques ou morphopsychologiques : ces procédés sont basés sur l’observation de la physionomie. Les omens : il s’agit d’une divination basée sur l’analyse des signes et des présages : ornithomancie, onomatomantique, clédonisme, astrologie et bréchomancie. Les procédés onomatomantiques : il s’agit des noms propres comme présages. La nécromancie : elle est basée sur la consultation des morts.

Les procédés spontanés ou codifiés (oniromancie, lécanomancie), traditionnels (géomancie, Ifa, Yi Jing) ou modernes (runes), populaires (cartomancie) ou savants (astrologie indienne), partie intégrante d'une religion (oracle grec, rishi).

Depuis les auteurs antiques Posidonios et Cicéron (qui a traité du sujet dans son ouvrage De divinationeDe divinatione, Marcus Tullius Cicero, F. l'Honoré & fils, 1741.), on distingue deux formes de divination : la voyance et la mantique, toutes deux étant des arts du pronostic, mais par des moyens différents. La voyance est naturelle, intuitive, spontanée, tandis que la mantique est inductive, analytique..

La divination est une pratique répandue dans les différentes sociétés à travers le monde. Il peut s'agir d'objets, consacrés ou non, mais il peut également s'agir de processus corporels, par exemple dans le rêve ou en possession de l'esprit. Si certains érudits considèrent que la divination est une forme de « pensée magique », elle n’est généralement pas associée à la magie en soi. C'est une compétence qui doit être apprise et sanctionnée, ou incarnée d'une manière ou d'une autre, par exemple avec des sensitifs ou des médiums.

Définitions upright|thumb|Die WahrsagerinMikhaïl Vroubel (1895) Le dictionnaire Littré définit ainsi la divination : Littré, Dictionnaire de la langue française, 1863-1872..

La divination peut être définie comme la « faculté, portée à un haut degré, de deviner, de découvrir quelque chose que l'on ne sait pas, et que l'on cherche à connaître le plus souvent, par des voies diverses (intuition, perspicacité, observation, comparaison, interprétation, supposition, conjecture, etc.) mais en dehors de raisons démonstratives, en ayant cependant le sentiment d'être dans le vrai »Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales.. En ce sens elle se réfère par exemple à la voyance.

Distinctions Divination délirante vs divination analytique vignette|« Deux augures ne peuvent se regarder sans rire », 1861 Platon observe l'art divinatoire dans ses deux grandes formes, soit divine et délirante, soit humaine et raisonnée (teknikê) :

Cicéron donne le texte canonique sur la distinction entre divination intuitive et divination inductive :

Divination spontanée vs divination provoquée H. Leclerc oppose les divini (devins), , et les sortilegi (faiseurs de sortilèges), qui opèrent , qui sont artificielsH. Leclerc, Histoire des Conciles, t. III, 2, .. Un songe est naturel, mais battre les cartes est artificiel.

Divination licite/interdite Une opposition, politique, juridique, sociale, revêt une importance vitale, celle du permis, du légal, du moral, ou non. Dès les Romains, la divination, telle pratique divinatoire peut être licite ou pas.

Histoire En Chine, le Kouei tsang (Gui Zang), d’après la tradition, était le livre divinatoire des Yin.. La civilisation chinoise utilisait de nombreuses techniques de divination telles que l'achilléomancie, qui est à l'origine du Yi Jing. Une autre forme de divination, l'astrologie de l'Empereur, était également utilisée et réservée à la consultation privée des empereurs impériaux.

La croyance des anciens Grecs en la possibilité de prédire l'avenir provient de l'idée que les dieux, de préférence quand on les priait, accordaient régulièrement des révélations par l'intermédiaire d'augures. Homère présente de grands voyants : Tirésias, Calchas, Cassandre. La Pythie de Delphes joue un rôle considérable dans la vie politique et religieuse. Dès Pythagore, les nombres servent à connaître le secret du monde. Artémidore de Daldis a laissé un traité sur la clef des songes demeuré classique : Onirocritique ().

vignette|Modèle pédagogique en argile d'un poumon d'agneau avec inscriptions de présages, utilisé par des prêtres spécialisés dans la divination sur les poumons et le foie (barû) pour l'enseigner à leurs élèves, Ninive (Assyrie),

Les croyances des Grecs furent partagées par les Romains et subsistèrent jusqu'à la fin du paganisme. Varron (), le premier, et de façon trop systématique, distingue les divinations selon les Éléments : géomancie (Terre), hydromancie (Eau), aéromancie (Air), pyromancie (Feu). Toujours dans l'antiquité, en Grèce et à Rome, on utilisait les haruspices, prétendant lire l'avenir dans le comportement ou les entrailles des animaux (principalement le foie, voir hépatoscopie). Cette méthode de « prédiction » était d'un usage courant pour juger les crimes dans la Rome antique. L'auteur latin Cicéron, dans De divinatione, brosse autour de 44 un tableau très complet des pratiques de son époque (augures, aruspices, astrologie, prophétie, oniromancie...) et se livre à une critique méthodique des arguments en faveur de la divination, sous forme d'un dialogue entre son frère Quintus et luiCicéron (traduction de Jos.-Vict. Le Clerc), De divinatione, Œuvres complètes de M. T. Cicéron, tome 31, Werdet et Lequien fils, 1826..

Divination dans le judaïsme

Avec le judaïsme, l'interdiction itérative apparaît dans la Bible hébraïque (Lév 19:26 (« ne vous livrez pas à la divination ni aux présages ») ; Deut 18:10-12 (« Qu'il ne se trouve personne, chez toi... qui pratique des enchantements, qui s'adonne aux augures, à la divination, à la magie ; qui emploie des charmes, qui ait recours aux évocations ou aux sortilèges ou qui interroge les morts. Car l'Éternel a horreur de quiconque fait pareilles choses ; et c'est à cause de telles abominations que l'Éternel, ton Dieu, dépossède ces peuples à ton profit ») ; I Sm 15:23, 28:3 ; Mi 5:11 ; Is 44:25 ; Jr 27:9…). Bien que l’objectif du judaïsme ait consisté à éradiquer toutes ces pratiques, celles-ci ont été maintenues chez les Juifs à toutes les époques parce que les guides spirituels savaient que l’homme est réticent à changer ses habitudes. Ces pratiques et coutumes se sont imposées comme source de loi pouvant entrer en contradiction avec la loi divine. Dans le traité du Berahot 54a les sages, confrontés à une difficulté pour décider de la loi, concluent : << sors et vois comment agit le peuple >>. Cette ambiguïté manifeste s’avère extrêmement importante dans l’histoire du judaïsme. Maïmonide dans le Guide des égarés III,29 bien qu’il condamne ce type de pratique, explique que certaines coutumes possèdent une signification qui reste contingente et liée à des événements historiques précis. « On voit souvent il n’eût pas été convenable d’exiger de renoncer à ces pratiques. Le faire eût semblé aussi impensable que l’on exigeait aujourd’hui une religion de pure méditation, sans culte, sans prière, sans aucune pratique l’homme ». Cette façon pour Dieu de s’adapter, de se conformer et de se mêler au monde sans porter atteinte aux lois de la nature se nomme pour Maïmonide« sa ruse et sa sagesse ».

L’anthropologue David Rouach décrit six catégories de procédés divinatoires dans le judaïsme : cléromantiques, oniromantiques, physiognomantiques, onomantomantiques, la nécromancie et les omens.

Les procédés cléromantiques

Dans la tradition juive, les procédés cléromantiques sont de quatre sortes:

La bibliomancie ou rhapsomancie. Il s’agit d’une divination qui consiste à ouvrir la bible au hasard et à considérer comme message le texte ainsi désigné. Il existe d’autres modalités qui concernent cette divination. On demande aux enfants quels versets ils ont étudié ce jour-là à l’école, puis on interprète les versets ainsi désignés par le sort.

L’onomancie. Cette divination se pratique en assignant aux différentes lettres d’un nom une valeur numérique. Si deux personnes sont en concurrence et qu’on veut connaître le vainqueur, on procédera comme suit : on additionne les valeurs numériques des lettres dont se compose le nom de chaque personne. L’addition faite, on divise par neuf. Celui qui obtient le plus grand chiffre sera déclaré vainqueur.

L’arithmomancie. C’est une divination qui fait appel aux propriétés des nombres. Elle est assez proche parente de l’onomancie. Ainsi par exemple, pour connaître le mal d’une personne, on commence par additionner le nombre de chaque lettre hébraïque composant les noms de son père et de sa mère. Le total obtenu est ensuite divisé par trois pour un homme et par sept pour une femme. Le chiffre obtenu est reporté sur une table dont chaque dont devin détient le secret. Il lui permet de prédire les événements futurs et d’établir un pronostic sur le mal du consultant. La méthode kabbalistique utilisée dans l’onomancie et l'arithmomancie est la gematria l’un des procédés de l’herméneutique destiné à découvrir le sens ésotérique d’un mot au moyen du calcul de la valeur numérique de ses lettres.

La géomancie. Ce procédé est décrit par Thorndike en ces termes : <<il s’agit d’un procédé populaire bien connu des juifs et des chrétiens dans le monde médiéval >>. On devinait l’avenir en marquant des points au hasard sur de la terre ou sur du sable. On les reliait pour obtenir des lignes et des figures dont chacune avait une signification. Une variante de ce procédé consistait à se servir d’une tablette sur laquelle on avait préalablement étendu une couche de sable ou de poussière. On jetait ensuite le doigt au hasard sur le sable, puis on examinait les figures ainsi formées.

Les procédés oniromantiques

Parmi tous les procédés divinatoires, l’interprétation des songes et des rêves est des plus utilisée pour prédire les événements futurs. D. Rouach oppose les vrais rêves, ceux envoyés par Dieu, et les faux rêves envoyés par les démons et l’ange de la mortD. Rouach, La divination juive, ..

Les vrais rêves sont : bons, véridiques, propres, clairs sans confusion et prophétiques. Ils sont suscités au nom de Dieu et possèdent la faculté de révéler l’avenir. Rêver d’une grenade signifie la richesse car dans le Cantique 8,2 il est écrit : je veux te faire boire du vin parfumé du moût de mes grenades. Dans les songes, la source signifie la paix parce qu’il est dit dans la Genèse 26,19 : les serviteurs d’Isaac creusèrent dans la vallée et y trouvèrent un puits d’eau vive.