La république de Weimar (, ) est le nom donné par les historiens au régime politique en place en Allemagne de 1918 à 1933.
La république allemande est proclamée au cours de la révolution de 1918, le , soit deux jours avant la fin des hostilités de la Première Guerre mondiale. La Constitution de Weimar est adoptée le et promulguée le suivant. Weimar, la ville où l'Assemblée nationale constituante rédige la constitution, donne a posteriori son nom à la période historique dans son ensembleLa république de Weimar (1918–1933), page en français sur le site du Bundestag.. L'État allemand continue durant cette période de porter le nom officiel de Reich allemand (en allemand Deutsches Reich), comme sous l'Empire allemand précédemment.
Il s'agit d'une démocratie parlementaire dirigée par le président du Reich et gouvernée par le chancelier du Reich, nommé par le premier, investi par une majorité des membres du Reichstag et responsable devant cette assemblée. L'histoire de cette république est marquée par de nombreuses tensions et des conflits internes. Ses institutions fonctionnent normalement , date à laquelle le dernier cabinet appuyé sur une majorité parlementaire stable est mis en minorité et se trouve obligé de démissionner, provoquant des élections. À partir de , des cabinets minoritaires de droite soutenus par le président du Reich se succèdent, menant une politique de plus en plus autoritaire.
À la suite de la nomination d'Adolf Hitler comme chancelier le , le renforcement de la politique autoritaire mise en place durant la , la confiscation progressive du pouvoir politique au profit du NSDAP et la modification des structures politiques entraînent la fin de facto de la république de Weimar et l'avènement du Troisième Reich. La Constitution de Weimar n'est abrogée officiellement qu'à l'issue de la Seconde Guerre mondiale en 1945, lorsque l'administration quadripartite alliée en Allemagne prend le contrôle du pays.
Révolution contrôlée : établissement de la république (1918-1919)
vignette|upright=1.2|left|Carte de la république de Weimar. L'État libre de Prusse avec ses provinces apparaît en bleu clair.
À partir de 1916, l'Empire allemand est gouverné par les militaires de Oberste Heeresleitung (OHL, commandement suprême de l'armée), avec comme chef d'État-major Paul von Hindenburg qui forme avec Erich Ludendorff un duo désigné sous le nom de dioscures. Lorsqu'il apparaît aux militaires que la guerre est perdue, l'OHL demande qu'un nouveau gouvernement soit formé (le gouvernement civil existait déjà puisqu'au début de la guerre, cela avait été Bethmann-Hollweg ; il avait été remplacé par Michaelis, et ce dernier par Hertling). En , lorsque Ludendorff demande que des contacts soient pris pour un armistice et que le régime devienne parlementaire, Hertling démissionne et est remplacé par le prince Max de BadePierre Renouvin, Le 11 novembre, collection Trente journées qui ont fait la France, Gallimard..
Le , la constitution est amendée pour faire du une démocratie parlementaire, ce qui avait été refusé depuis un demi-siècle : le chancelier est désormais responsable devant le Reichstag et non plus devant l'empereur. Le plan originel de transformer l'Allemagne en une monarchie constitutionnelle paraît bientôt chimérique devant la fièvre révolutionnaire qui secoue le pays. Le pouvoir ne peut tenir face aux soldats et blessés revenant du front. Avec la famine, la violence est omniprésente, des combats se produisent entre groupes rivaux de gauche et de droite.
Le , une insurrection éclate lorsque le commandement militaire, sans consultation du gouvernement, ordonne une ultime sortie à la flotte allemande. Cette manœuvre est sans espoir d'un point de vue militaire et risque de mettre fin aux négociations d'armistice. Les équipages de deux navires de Wilhelmshaven se mutinent. Les militaires arrêtent environ , déclenchant les mutineries de Kiel, révolte locale qui se transforme rapidement en une rébellion nationale s'étendant aux bassins industriels et aux grands centres urbains d'Allemagne. Des marins, des soldats ainsi que des ouvriers pactisent avec les mutins. Ceux-ci commencent à élire des « conseils ouvriers » qui regroupent ouvriers et soldats sur le modèle des soviets de la révolution russe. Ceux-ci prennent alors le pouvoir civil et militaire dans de nombreuses villes. Le , la révolution atteint Munich, provoquant la fuite du premier monarque des États de l'Empire allemand à abandonner le pouvoir, Louis III de Bavière.
À l'origine, la demande des conseils d'ouvriers est modeste : ils veulent obtenir la libération des marins emprisonnés. À l'opposé de la Russie une année auparavant, ces conseils ne sont pas contrôlés par le parti communiste, qui n'est pas encore fondé. Toutefois, avec l'émergence du régime bolchévique lors de la révolution russe, cette rébellion provoque une grande inquiétude dans les classes supérieures et moyennes. Le pays semble à la veille de devenir une république socialiste.
Les représentants de la classe ouvrière allemande sont eux-mêmes divisés. Les sociaux-démocrates indépendants (USPD) qui tendent à l'instauration d'un système socialiste se séparent des sociaux-démocrates majoritaires (M)SPD. Le reste des sociaux-démocrates (« (M)SPD »), qui soutiennent un système parlementaire, décident de prendre la tête du mouvement et, le , demandent à l'empereur Guillaume II d'abdiquer.
Le , Guillaume II abdique et, le 10, s'enfuit aux Pays-Bas : c'est la fin du Reich impérial. Le 9, la République est proclamée par Philipp Scheidemann à un balcon du palais du Reichstag à Berlin, prenant de vitesse de quelques heures Karl Liebknecht qui tente le même jour une proclamation d'une république socialiste. Toujours le , le chancelier du Reich, le prince Max von Baden, démissionne et transfère tous ses pouvoirs à Friedrich Ebert, le dirigeant du MSPD, sans qu'il y ait le moindre vote d'une assemblée. Friedrich Ebert, craignant que des extrémistes ne prennent le pouvoir, prend acte de la proclamation de la République par Philipp Scheidemann. Une des hypothèses pour comprendre ce retrait successif du duo constitué par Paul von Hindenburg et Erich Ludendorff, puis du prince Max von Baden en faveur de Friedrich Ebert est la volonté des militaires et de l'aristocratie de ne pas porter aux yeux du peuple allemand la défaite, alors qu'ils sont persuadés désormais que la guerre est perdue.
Le lendemain, un gouvernement révolutionnaire appelé Conseil des commissaires du peuple (Rat der Volksbeauftragten) est créé. Il comprend trois membres du MSPD et trois membres de l'USPD, et est présidé conjointement par Ebert pour le MSPD et par Haase pour le USPD. Bien que ce gouvernement soit confirmé par le conseil ouvrier des travailleurs de Berlin, les spartakistes dirigées par Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht, constituant l'aile gauche de l'USPD, s'y opposent.
Friedrich Ebert en appelle alors à un , dont les membres sont désignés par des conseils locaux et qui a lieu au . Le MSPD obtient la majorité au sein de ce congrès. Friedrich Ebert réussit à faire tenir rapidement des élections pour former l'Assemblée nationale constituante, afin de mettre en place au plus vite une constitution parlementaire, marginalisant ainsi le mouvement pour l'instauration d'une .
Afin de s'assurer un nouveau gouvernement capable de conserver le contrôle du pays, Ebert s'allie avec l'OHL, dirigé par le successeur d'Erich Ludendorff, le général Wilhelm Groener. Ce pacte Ebert-Groener, oral et resté secret pendant plusieurs années, stipule que le gouvernement ne réformera pas l'armée tant que celle-ci jure de protéger le gouvernement. D'une part, cet arrangement symbolise l'acceptation de ce gouvernement par l'armée et rassure les classes moyennes, d'autre part, l'aile gauche considère cet accord comme une trahison des intérêts des travailleurs, et fait de l'armée un groupe conservateur qui aura une grande influence sur le destin de la république de Weimar. Le , l'armistice mettant fin à la Première Guerre mondiale est signé.
L'accord entre les militaires et le nouveau gouvernement marque aussi une des étapes du partage de la classe ouvrière entre le SPD et le parti communiste (KPD) en formation. La rupture devient définitive le lorsque Ebert fait appel à l'OHL pour mater une mutinerie à Berlin lors de laquelle des soldats prennent le contrôle de la ville et bloquent la chancellerie du Reich. L'intervention brutale fait de nombreux morts et blessés, provoquant l'appel de l'aile gauche à la sécession avec le MSPD qui, de leur point de vue, avait pactisé avec les militaires contre-révolutionnaires dans le but de mater la révolution. L'USPD quitte alors le Conseil des commissaires du peuple après seulement quelques semaines. La scission devient encore plus profonde lorsqu'en , le Parti communiste d'Allemagne (KPD) est fondé par le mouvement spartakiste et d'autres groupes se réclamant du marxisme révolutionnaire.
vignette|upright=1.4|La délégation allemande lors des négociations du traité de Versailles.
En , une nouvelle tentative d'établir un régime socialiste par les travailleurs dans les rues de Berlin est réprimée par les unités d'un Freikorps, un groupe paramilitaire composé de volontaires. Le point de non-retour est atteint le avec l'assassinat de Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht. À la demande d'Ebert, les meurtriers ne sont pas jugés par une cour civile, mais par un tribunal militaire, qui rend des sentences très légères. Le général Walther von Lüttwitz réprime avec ses hommes le soulèvement spartakiste.
Les élections à l'Assemblée nationale constituante ont lieu le . À cette date, les partis de gauche, y compris l'USPD, ne sont pas vraiment organisés, et le KPD a refusé de se présenter aux élections, ce qui mène à une solide majorité en sièges pour les mouvements modérés. À lui seul, le SPD obtient 45 % des suffrages exprimés, ce qui permet à Ebert de devenir le premier Reichspräsident de la république de Weimar. Pour éviter les émeutes en cours à Berlin, l'Assemblée nationale constituante se réunit dans la ville de Weimar, donnant ainsi son nom à la nouvelle république.
Durant les débats à Weimar, les combats continuent. Une « république soviétique », la république des conseils de Bavière, est même déclarée à Munich, mais elle est dissoute en par l'action des Freikorps et d'unités de l'armée régulière, provoquant la poursuite des combats dans le pays. Des combats ont aussi lieu dans les provinces orientales restées fidèles à l'empereur et qui ne souhaitent pas l'avènement d'une république.
Malgré ces tensions politiques, Friedrich Ebert introduit assez rapidement des réformes sociales, comme la journée de travail de huit heures (accords Stinnes-Legien), le suffrage universel pour toute personne âgée de plus de 20 ans, le droit des ouvriers agricoles de s'organiser et l'augmentation des allocations de vieillesse, de maladie et des aides aux chômeurs. Un certain nombre de décrets sont publiés, établissant la liberté de la presse, la liberté religieuse et la liberté d'expression, ainsi que l'amnistie des prisonniers politiques. La protection des travailleurs à domicile est également améliorée et l'offre de logements est augmentée.