vignette|La puissance de feu d'un cuirassé démontrée par l’, lors d'une démonstration en 1984, soit environ après sa mise en service.
Le cuirassé est un type de navire de guerre, caractérisé par sa puissance de feu élevée et un important blindage.
Il est apparu à partir du milieu du grâce aux nouvelles technologies mises en place pendant la révolution industrielle et devient le navire principal des différentes marines dans le monde. Son histoire se définit par l'évolution d'un équilibre fondé sur cinq critères techniques : la protection, la puissance de l'armement, la vitesse, l'autonomie et le déplacement (en tonnes), souvent contradictoires, auxquels vient s'ajouter une variable financière exogène, celle des coûts.
L'existence du cuirassé est sérieusement remise en question avec l'invention de la torpille, du sous-marin et de l'aviation navale. Il est supplanté par le porte-avion comme symbole de la puissance navale à partir de la Seconde Guerre mondiale et disparaît des principales flottes à partir des .
Étymologie Le terme « cuirassé » recouvre plusieurs générations de navires, tels que les monitors, les batteries flottantes, les pré-dreadnoughts, les dreadnoughts, puis les croiseurs de bataille.
En anglais, le mot apparaît vers 1794« battleship », The Oxford English Dictionary, , 1989, OED Online, Oxford University Press, 4 avril 2000., comme une contraction de line of battle ship (« navire de ligne de bataille »), et désigne les navires de ligne, qui dominaient à l'époque les marines à voiles. Le nom de « battleship » devient standard dans les pays anglophones à partir des J. Stoll, Steaming in the Dark?, Journal of Conflict Resolution Vol. 36 2, juin 1992.. À partir des , il désigne les cuirassés désignés a posteriori comme pré-dreadnought, à la suite de la mise en service du , en 1906, qui donna son nom aux dreadnoughts, type prédominant de cuirassé au .
En français, le mot « cuirassé » apparaît comme adjectif peu avant les pour désigner les premiers navires cuirassésEntrée « cuirassé » du portail lexical ., puis comme nom en 1872 dans la nouvelle classification.
Tactique et utilisation thumb|Modèle réduit du cuirassé la Gloire, au Musée national de la Marine, Paris Le navire cuirassé est un type de navire de guerre à vapeur apparaissant à partir de la seconde moitié du , il est protégé par des plaques de blindage en fer ou en acier. Ces cuirassés furent développés pour remédier à la trop grande vulnérabilité des navires à coque en bois face aux obus explosifs ou incendiaires. Le premier cuirassé de ce type, La Gloire, fut lancé en par la Marine impériale de , ce qui força la Royal Navy à construire à son tour de tels navires. Après les premiers affrontements entre cuirassés durant la guerre de Sécession, il devint évident que ceux-ci avaient détrôné les simples navires de ligne et étaient devenus les navires les plus puissants de l'époque.
Au départ, les cuirassés sont essentiellement conçus pour manœuvrer en ligne de bataille et échanger des tirs avec les escadres ou les navires ennemis. Cependant, contrairement à leurs prédécesseurs, ces combats se déroulent à des distances croissantes, jusqu'à plus de 10 000 mètres, ce qui interdit tout combat rapproché suivi d'un éperonnage, d'un abordage ou d'une prise en bonne et due forme.
Par ailleurs, ils peuvent être utilisés individuellement pour escorter des convois marchands ou apporter un appui naval dans le cadre d'un simple bombardement ou d'une opération amphibie.
Histoire
Tactiques préexistantes À la fin des guerres napoléoniennes, en 1815, la marine militaire à voile atteint un certain apogée.
Les navires principaux des marines sont de deux types, les frégates et les navires de ligne. Ils sont tous les deux construits en bois, coque en chêne et mature en pin, avec les œuvres vives protégées par des plaques en cuivre.
Les frégates ont pour mission d'éclairer le parcours des escadres à la mer et d'effectuer toutes les missions d'appui au sol, bombardement ou débarquement. Elles sont légères, dotées généralement d'un seul pont d'artillerie ce qui les rend inaptes à servir dans une ligne d'escadre.
Les navires de ligne servent dans des lignes d'escadre, d'où leur nom. Leur puissance se mesure par leur nombre de Canons, répartis en un, deux ou trois ponts d'artillerie. Ces canons sont en bronze, à âmes lisses et à chargement par la bouche. La tactique navale consiste à neutraliser le navire adverse, soit en le détruisant, soit en s'en emparant. Il s'agit d'abord de manœuvrer au vent pour se placer dans une position favorable et empêcher l'adversaire d'en faire de même. Il s'agit ensuite d'agir par le feu ou par le choc sur l'adversaire. Par le feu, les deux escadres croisent au bord à bord, à quelques dizaines de mètres. Les bâtiments ouvrent le feu par salve sur l'adversaire au moment voulu. Les boulets sphériques pleins détruisent les coques et les matures. Une fois le navire adverse stoppé, il peut être éperonné, saisi à l'abordage, incendié ou coulé.
L'exemple le plus illustratif est la bataille de Trafalgar. En 1815, la Royal Navy détient une supériorité technique et numérique incontestable que ses concurrents essaient de contourner par des améliorations techniques que leur permet la Révolution industrielle.
Apparition des cuirassés Cette Révolution industrielle permet aux amirautés d'embarquer de nouvelles technologies, aussi bien au niveau des armements, des moyens de propulsion et de protection. Ces évolutions vont bouleverser les méthodes de combat en mer.
Évolution de l'armement L'amélioration de l'armement se fait selon trois axes, à savoir la transposition de l'obus dans l'artillerie navale, l’adoption du canon rayé et le chargement des projectiles par la culasse.
L'introduction de l'obus dans l'artillerie navale L'obus se distingue du boulet par le fait qu'il contient une charge pyrotechnique qui explose pendant ou après l'impact. Son efficacité est ainsi beaucoup plus importante que celle du boulet, dont les effets sont fonction de son gabarit et de son énergie cinétique. Non seulement il peut être tiré en tir tendu ou parabolique au moyen de canons, d’obusiers ou des mortiers et peut atteindre plus facilement les œuvres vives d’un navire ennemi et les cibles non visibles, mais il augmente sensiblement la distance entre les navires qui s’affrontent.
L'obus est employé pour la première fois au XVe siècle, sur terre, par les Vénitiens. Il est amélioré au fil des siècles mais ne séduit pas les marins parce que son stockage est dangereux et parce que son tir nécessite des pièces d’artillerie encombrantes. essaie de le faire adapter à l'artillerie navale pour compenser son infériorité par rapport aux Anglais, mais les essais ne sont pas concluants.
En 1821, un officier français du nom d’Henri-Joseph Paixhans théorise l'emploi de l'obus dans un navire cuirassé propulsé par une machine à vapeur et conçoit un nouveau type de canon que la marine française adoptera à partir de 1827, ainsi qu'un nouveau type de navire blindé. Ses théories triomphent lors de la guerre de Crimée, en 1854.
Paixhans reste toutefois attaché à l'obus sphérique, alors que les Anglo-saxons lui préfèrent l'obus cylindro-conique qui finit par triompher à l'issue de la guerre de Crimée. L'apparition de canons à la portée croissante fait que les combats se déroulent à des distances de plus en plus importantes.
La mise en place du canon rayé à chargement par la culasse Le canon rayé, qui améliore déjà la précision du tir dans l'artillerie terrestre, s'impose dans l'artillerie navale. Il apparaît enfin que les canons à chargement par la culasse sont bien plus efficaces, car leur cadence de tir est bien supérieure. Il n'est plus nécessaire de les faire rentrer à bord pour les charger, ce qui protège les artilleurs.
Après quelques atermoiements, la marine royale britannique s’équipe en 1859 de quelques canons rayés à chargement par la culasse. La marine française fait de même dès 1860. Toutefois, les canons souffrent plus qu'auparavant, compte tenu des efforts bien plus importants qui leur sont imposés. La marine britannique connaît ainsi plusieurs déconvenues qui la font hésiter à généraliser ce type d’armes, et elle prend du retard sur les autres nations.
Évolution du mode de propulsion Lors de la guerre anglo-américaine de 1812, les États-Unis essayent de contrer la supériorité navale anglaise en faisant appel à des batteries cuirassées propulsées par des machines à vapeur. Dans ce domaine, seul Robert Fulton connaît quelque succès, avec sa batterie flottante baptisée Demologos (en grec : la voix du peuple). Il s’agit d’un catamaran propulsé par une machine à vapeur équipée d’une roue à aubes bien protégée entre les deux coques. Toutefois, en raison de la fin de la guerre et des piètres qualités navales du Demologos, le projet n'aura aucune suite.
L'introduction de la vapeur à bord des navires Après les guerres napoléoniennes, pour compenser leur infériorité par rapport à la marine de guerre britannique, la France, la Russie et les États-Unis cherchent à développer la vapeur comme mode de propulsion. Le premier navire militaire français propulsé par la vapeur est le Sphinx, lancé en 1829. Mais la vapeur n'a pas que des avantages. Elle simplifie la navigation, qu'elle libère des conditions atmosphériques et du vent, et réduit les superstructures en rendant inutile la mature destinée aux voiles, mais la machinerie encombrante et le stockage du charbon réduisent la place disponible pour les canons et les munitions. Cela contraint les ingénieurs à mettre au point une artillerie plus puissante afin de compenser le nombre limité des canons.
L'échec de la roue à aubes et le triomphe de l'hélice vignette|Le Napoléon, premier navire de ligne équipé d'une propulsion à vapeur et à hélice. La roue à aubes, qui est l'instrument de propulsion qui s'impose en premier, a deux inconvénients. D'une part elle prend la place de canons sur le bord, d'autre part elle est très vulnérable, car elle occupe une surface importante sur le flanc du vaisseau. Il faut donc trouver un instrument de propulsion moins visible, qui rende le navire moins vulnérable.
Cette solution, c'est l'hélice, développée au cours des années 1830.
Évolution des moyens de protection Face à cette double évolution de l'armement et de la propulsion, le bois qui était le principal matériau de construction des navires de guerre montre sa faiblesse. C’est pourquoi on fait appel au fer, qui a pour avantage d'̩être beaucoup moins vulnérable aux incendies créés par les projectiles ou par l'utilisation de la machine à vapeur. En outre il résiste mieux aux chocs, aux collisions et à l'échouage et permet une optimisation de l'espace à l'intérieur du bateau, notamment une compartimentation propre à limiter les effets d'une explosion ou d'une voie d'eau. Le fer permet enfin d'utiliser l'hélice de manière optimale car il supporte beaucoup mieux les efforts dus à la propulsion. Bien que des bateaux en métal aient été construits dès la fin du , il s’agissait surtout de petits navires fluviaux ou côtiers du type corvettes, avisos ou canonnières. Le fer fait peur car il a une densité plus forte que l'eau et dérègle les compas et les boussoles de navigation. On lui reproche également l'usure prématurée des navires, notamment à cause de la corrosion. C'est pourquoi il faudra attendre la deuxième moitié du pour que des projets sérieux soient menés à bien dans cette direction. Parallèlement, la révolution industrielle et les techniques métallurgiques permettent de mettre au point des métaux de meilleure qualité et surtout, dans la quantité et le format exigés par les constructions navales.
Batteries flottantes, ironclads et frégates cuirassées