vignette|Ralph Chaplin : dessin publié dans Solidarity, organe du syndicat international Industrial Workers of the World (IWW) (30 juin 1917). vignette|Strasbourg (France), 8 février 2013, manifestation de sidérurgistes d’ArcelorMittal arborant le drapeau d'un syndicat.

Le syndicalisme est le mouvement qui vise à unifier au sein de groupes sociaux, les syndicats, des professionnels pour défendre des intérêts communs. Le mot désigne également l'action militante qui cherche à poursuivre les buts d'un syndicat. Pour des raisons historiques, le terme « syndicalisme » s'applique, dans son sens le plus courant, à l'action au sein des syndicats de salariés, et par extension, à celle des organisations syndicales étudiantes, lycéennes et professionnelles.

Par pays Europe

Les années 1880 ont marqué la naissance du syndicalisme en Europe. En France, c'est la loi Waldeck-Rousseau de 1884 qui a autorisé la création de syndicats. Elle a abrogé la loi Le Chapelier de 1791, qui interdisait les organisations ouvrières, notamment les corporations des métiers, mais également les rassemblements paysans et ouvriers ainsi que le compagnonnage. Cependant, l'empreinte de la loi Le Chapelier est restée forte dans les mentalités françaises, de sorte que le syndicalisme est peu développé en France par rapport au reste de l'Europe. Les pays germaniques et scandinaves ont un syndicalisme puissant, parce que le développement du capitalisme s'y est produit sans rupture avec la tradition corporatiste, avec des systèmes de relations sociales où les corps intermédiaires jouent un rôle beaucoup plus important qu'en France..

D'après plusieurs études, l’accroissement des inégalités de revenus serait accrue par le déclin de la syndicalisation. Ainsi, les travaux des économistes Rafael Gomez et Konstantinos Tzioumis ont montré que la rémunération des cadres dirigeants était bien moins élevée en présence de syndicats et qu'ils bénéficiaient de beaucoup moins de stock-options que leurs homologues d'entreprises comparables sans syndicats. Aux États-Unis par exemple, les rémunérations des PDG étaient de 19 % inférieurs, et la présence syndicale aurait tendance à améliorer la situation des salaires bas ou indécents.. Le Fonds monétaire international (FMI) estime également qu', l’affaiblissement des syndicats a permis d’..

Des traditions syndicales très différentes existent. En Allemagne par exemple, la prévalence des accords d'entreprises fait que les luttes visent à signer des accords entre les membres d'un syndicat et les dirigeants de l'entreprise. En Norvège, le conseil d'administration a des places réservées aux représentants syndicaux, avec un pouvoir de décision. Dans beaucoup de pays, les prestations sociales sont reversées aux syndicats, qui les versent à leurs membres; si ce n'est pas le cas en France, c'est le cas en Belgique pour les allocations chômage.. En Espagne, après l'anarcho-syndicalisme de 1936, succède une pratique des usines récupérées après la crise de 2008..

Malgré ces différences, de nombreuses formes de collaboration européennes existent, de simple coordinations à de réelles confédérations internationales, avec des orientations allant de la cogestion, au syndicalisme révolutionnaire. La Confédération européenne des syndicats représente la majorité des syndicats européen, alors que la Confédération internationale du travail ou l'Association internationale des travailleurs illustrent des tendances plus minoritaires liés à l'anarcho-syndicalisme.

Espagne

gauche|vignette|Pepita Laguarda Batet, syndicaliste catalane de la CNT, considérée comme la plus jeune soldate morte au front durant la guerre d'Espagne, sur une affiche de Solidaridad Obrera en 1936.

L'Union générale des travailleurs, d'obédience socialiste, est créée le par Pablo Iglesias à Barcelone. Il donne notamment une place importante aux femmes : Virginia González Polo, nommée en 1916 membre de la Commission exécutive de l'UGT, assure pendant une année la direction du syndicat, devenant la première femme dirigeante d'un syndicat en Europe..

Toujours à Barcelone, le mouvement Solidaridad Obrera, du côté anarchiste, est créé en 1907.

Le mouvement syndical joue dès lors un rôle prépondérant dans la politique et la société de l'Espagne du début du , notamment pendant la Seconde République (1933-1939), puis durant la guerre d'Espagne (1936-1939).

La Confédération nationale du Travail, majoritaire en Catalogne, organise la résistance contre les insurgés nationalistes et joue un rôle majeur lors de la Révolution sociale espagnole de 1936. L'une des figures iconiques de la CNT et de Solidaridad Obrera est la militante Pepita Laguarda Batet, infirmière, considéré comme la plus jeune soldate morte au front durant la guerre d'Espagne..

Dans les îles Baléares, les Fusillées de Roges des Molinar, dont font partie la syndicaliste Aurora Picornell, surnommée la Pasionaria de Majorque, ainsi que la militante Catalina Flaquer et ses deux filles, demeurent l'un des symboles de la répression franquiste..

Les syndicats sont opprimés lors de l'arrivée des nationalistes au pouvoir par la force en 1939. Lors de la Retirada, de nombreux militants syndicaux rejoignent la Résistance en France dans la lutte contre les nazis, comme les guérilleros espagnols et les soldats de la Nueve qui participent à la Libération de Paris..

En Espagne, leurs membres sont voués à l'exil, comme Lola Iturbe, ou subissent la répression lors de la dictature franquiste jusqu'à la mort du dictateur Franco en 1975.

Depuis la transition démocratique, les deux syndicats les plus importants en Espagne de nos jours sont l'UGT, fondée par le PSOE, et les Commissions ouvrières (CCOO), proches du parti communiste espagnol.

France

Le syndicalisme s'inscrit dans la lignée des groupements corporatifs (métiers, compagnonnage…) des sociétés modernes et médiévales. Ces groupements sont interdits par la loi Le Chapelier de 1791 et subissent une répression opiniâtre lors de la première révolution industrielle. Mais en 1864, la loi Ollivier abolit le délit de coalition et reconnaît de fait le droit de grève. En 1868, les premières chambres syndicales apparaissent, regroupant des adhérents appartenant à un même corps de métier. Les syndicats ne sont cependant légalisés qu'en 1884 avec la loi Waldeck-Rousseau, qui comporte encore plusieurs restrictions. En particulier, le syndicalisme fut interdit dans la fonction publique. D'un point de vue légal, cette situation perdura jusqu'à la Libération. Toutefois le Syndicat National des Instituteurs fut fondé en 1920.

Des syndicats patronaux se créent sur cet exemple. Dès lors, le syndicalisme tend à embrasser l'ensemble de la société du travail et affiche des objectifs politiques : la CGT est créée en 1895, au congrès de Limoges. Le syndicalisme français, dit d'action directe, est caractérisé par ses principes révolutionnaires et d'indépendance vis-à-vis des partis politiques. Ces principes sont affirmés lors du congrès de la CGT d'Amiens en 1906 (charte d'Amiens), qui posera les bases du syndicalisme révolutionnaire. À l'inverse, le syndicalisme jaune se développe à partir de 1899, à la suite d'une sentence arbitrale de Pierre Waldeck-Rousseau. Si la plupart des syndicats se revendiquent depuis de la charte d'Amiens, ses principes sont appliqués de manière sélective oubliant l'autonomie politique (par exemple dans la CGT-U ou la CGT d'après guerre) ou la finalité expropriatrice et socialiste (par exemple la CGT-FO. ou l'UNSA). Son contenu fut d’ailleurs réaffirmé par les syndicalistes libertaires; c'est le cas de la charte de Lyon éditée par la CGT-SR en 1926, puis de la charte de Paris par la CNT en 1946.

Après la Première Guerre mondiale, la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC), de tradition chrétienne, créée en 1919, apporte un contrepoids à la tradition socialiste. La révolution russe et le bolchévisme influencent quant à eux une partie des syndicalistes révolutionnaires qui se rallie aux idées communistes, créant bientôt la CGT-U.

Lors du régime de Vichy la conception corporatiste de l'organisation du travail est mise en avant et divise le monde syndical. Un dirigeant de la CGT, René Belin devient ministre de la Production industrielle et du Travail du maréchal Pétain en . La promulgation en 1941 de la charte du Travail organise la dissolution des organisations syndicales existantes et la création de syndicats uniques par corporation. La majeure partie des syndicalistes s'organisent alors clandestinement.

Les libertés syndicales sont rétablies par une loi du et les confédérations dissoutes sont recréées. La Confédération Générale des Cadres (CGC), syndicat sectoriel composé d'une multitude de syndicats professionnels locaux (d'ingénieurs essentiellement - mines, ponts, métallurgie, électricité…). En 1948, un courant sécessionniste de la CGT, réformiste et opposé à la domination du Parti communiste français sur la CGT, crée la CGT-Force Ouvrière. En 1964, la CFTC réunit un congrès extraordinaire. Il s’agit de faire entériner par les militants la proposition de la direction confédérale d’abandonner les références sociales chrétiennes et de changer le nom de leur organisation. Environ 75 % des délégués se prononcent en faveur de cette « évolution ». La CFTC devient donc Confédération française démocratique du travail (CFDT). Toutefois, une minorité de militants estimant qu’il s’agit plutôt d’une « rupture » décide de « maintenir » la CFTC. On parle souvent, à propos de la naissance de la CFDT, de « déconfessionnalisation de la CFTC »Franck Georgi, L’Invention de la CFDT, 1957-1970, Éditions de l’Atelier/Éditions ouvrières, Paris 1995..

En 1992, le mouvement « autonome », comportant principalement des syndicats qui, en 1947, avaient refusé de choisir entre la CGT et FO, s'organise dans l'Union Nationale des Syndicats Autonome (UNSA).

Les grandes organisations sont confédérées par rassemblement de fédérations syndicales qui regroupent elles tous les syndicats d'une même profession, et d'unions interprofessionnelles locales qui regroupent tous les syndicats d'une ville, d'un département ou d'une région, souvent autour de la Bourse du travail. Il ne faut donc pas confondre syndicat (par exemple le syndicat des charpentiers de la Seine) et organisation syndicale (par exemple la CGT, ou la CFDT).

Si, aujourd'hui, les grandes organisations syndicales sont moins puissantes, les syndicats sont encore présents dans la réalité du travail, même s'ils ont perdu une grande partie de leur assise secondaire depuis les années 1970. Dans les anciens bastions syndicaux tels que l’industrie ou les fonctions publiques, le développement de la sous-traitance a entrainé une externalisation des emplois ouvriers vers de petites entreprises souvent dépourvues de présence syndicale. Les entreprises plus grandes connaissent des réorganisations fréquentes qui provoquent l’éclatement des collectifs de travail, avec un fort recours à des salariés mis à disposition, en intérim ou en contrat précaire. Ainsi, dans l’industrie automobile, les lignes de production emploient en permanence entre 30 % et 50 % d’intérimaires, ce qui permet de considérablement réduire l’impact d'une éventuelle grève..

D'après un rapport du Défenseur des droits paru en 2019, la « peur des représailles » constitue le premier frein à l'engagement syndical en France. Le degré d’engagement des syndiqués a son importance : un fort investissement dans une activité syndicale, comme l’adhésion de longue durée, l’organisation de grèves, la distribution de tracts ou encore l’exercice d’un mandat syndical et la participation à des négociations accroît significativement le risque de déclarer une expérience de discrimination, explique le rapport.

Représentativité