Les Tekos (autrefois appelés Émérillons par les Français, Teko étant leur autoethnonyme) sont l'un des six peuples autochtones amérindiens de Guyane. Ils sont actuellement entre . De langue et de culture tupi-guarani, ils vivent, comme les Wayãpi dans l'intérieur de la Guyane, à l'est sur le Moyen-Oyapock (village de Camopi), à l'ouest sur le Haut-Maroni et le Tampok (villages d'Élahé, Kayodé, Talhuwen et Twenké).

Le terme Teko désigne la langue des Tekos et veut dire « nous ».

Histoire thumb|Pagnes émerillons (Tengue à gauche pour les femmes et Calembé à droite pour les hommes)..

Selon les travaux de l'ethnologue français contemporain Éric Navet citant ceux de Jean-Marcel Hurault (1917-2005) et du couple Pierre et Françoise Grenand, les ethnologues estiment la présence des Tekos dans l'actuel territoire de la Guyane française au , issus d'ethnies amazoniennes semi-nomades tupi: Piriu, Norak, Akokwa, Wa'rakupi, Émerillons, Way et Kaikušiana..

Selon la tradition orale des Teko eux-mêmes, les ba'ekwöt (récits traditionnels), telle que relatée par James Panapuy, Teko lui-même, l'origine de ce peuple autochtone amazonien serait ancrée sur le littoral guyanais, non loin du peuple Kali'na. Cette tradition orale rapporterait qu'à la suite de l'impossibilité d'une cohabitation pacifique avec les envahisseurs européens, et après plusieurs affrontements, les ancêtres des Teko migrèrent vers le sud durant , s'épargnant ainsi le génocide épidémique qui toucha les établissements coloniaux et qui fut la terrible destinée des autres groupes amérindiens Akokwa, Kalana, Kusali, Makwani, Nulak, Palènk, Piliu, Talipi, Wey, Wè entraînés dans les de l'Oyapock (Saint-Paul et Sainte-Foi de Camopi)..

En 1596, toujours selon les travaux de James Panapuy, Lawrence Keymis, un marin anglais cabotant de l'Amazone à l'Orénoque, rencontre la tribu des Maworias à l'embouchure de la rivière Wia (Oyack).

Alors qu'en 1654 les Anglais s'emparent de la Guyane française et qu'elle redevient française en 1664, Joseph-Antoine Le Febvre de La Barre ayant repris Cayenne aux Hollandais Joseph-Antoine Le Fèbvre de la Barre, Description de la France equinoctiale, cy-devant appelle Guyanne, et par les espagnols, El Dorado, 1666, en 1668, le père jésuite Jean Grillet y fonde l'Habitation Loyola, établissement agricole produisant du sucre, du cacao, du café, du coton, de l'indigo et du roucou grâce au travail de sur plus de , à Remire-Montjoly, sur le littoral guyanais.

En 1674, les pères Grillet et Béchamel, voyageant entre les rivières Approuague et Camopi, entendent parler des Maouriou ()..

: les Missions Jésuites

En 1704, le père jésuite Lombard . En 1729, le jésuite Fauque . et les cartes d'Anville font référence aux Maourion. En 1731, tandis que le Gouverneur d'Orvilliers mentionne des Mérillon, d'Audiffredy rapporte que . En 1732, Des Roses fait référence, dans une missive au ministre de la Marine et des Colonies, aux Meriyou sur la rivière Yary.

À partir de la deuxième moitié du les Teko subirent des raids de la part des amérindiens Kali'na. armés par les colons hollandais en quête d'esclaves..

En 1742, les missionnaires jésuites regroupent les populations amérindiennes, notamment à la jonction de l'Oyapock et du Camopi, sur le site de l'actuelle commune de Camopi. Un certain Chabrillan, de la mission jésuite Notre-Dame-de Sainte-Foi écrivait: En 1747, évalués à seulement , on les estimera en voie d'extinction au . Ils ne seront qu'en 1931 (Mission Monteux-Richard)..

En 1750, André Sausse, Populations primitives du Maroni (Guyane Française), Paris, Institut Géographique National, 1951, .. Les rassemblements artificiels créés dans les missions jésuites de l'Oyapock furent effectivement les principaux foyers de propagation des épidémies qui décimèrent très rapidement la population amérindienne de l'intérieurÉric Navet, Ike mun anam. Il était une fois... La «dernière frontière» pour les Peuples Indiens de Guyane Française, Supplément à Nitassinan, revue trimestrielle du C.S.I.A., 1990, ..

À partir des années 1760 et 1767 l'ethnonyme se stabilise dans les écrits du médecin du roi à Cayenne, Patris, de Simon Mentelle ., et du gouverneur De Fiedmond.

Les activités des jésuites cesseront à la suite de la décision du Parlement de Paris suivie par celle de Louis XV en 1764, entraînant la disparition de l'Habitation Loyola vers 1770.

Au tournant du siècle, ce sont cette fois les Wayãpi agissant pour les portugais qui se livrent à une chasse aux Teko pour les soumettre à l'esclavage..

Selon l'ethnologue Jean-Marcel Hurault ...

: en voie de disparition

De 1809 à 1817, la Guyane est occupée par les Portugais qui détiennent le Brésil.

À partir de 1822 (Milthiade.), puis 1834 (Leprieur.), 1835 (Adam De Bauve.), 1857 (de la Monderie), 1856 (Marin, Mazin), 1879 (Jules Crevaux.), 1893 (Henri Coudreau.), 1910 (Jules Tripot.) et 1935 (René Grébert.), tous les explorateurs, épistoliers, chroniqueurs et auteurs sont d'accord sur le même exonyme et ses variantes d'accents: Emérillon, Émerillon ou Émérillon. Cependant, en 1849, le rapport de Bagot, commerçant, témoigne:

En 1855, Félix Couy découvre le premier site aurifère de Guyane sur un affluent de l'Approuague.

: stratégies de survie

En 1910, le Jules Tripot rencontre les Émerillons (Teko) sur l'Awa et son ouvrage Au pays de l'or, des forçats et des peaux-rouges contient les premières photos publiées des Teko et nombre d'informations sur leur tradition orale..

De 1910 à 1930, plus de dix mille chercheurs d'or écumeront la forêt guyanaise.

Années 1930

Mais ce sera la mission Monteux-Richard qui durant les années 1931-1932 reprendra contact avec les Teko. Membre de cette expédition, Jacques Perret publiera en 1933 le premier article scientifique qui leur est consacré dans le Journal de la Société des américanistes.. Une importante collecte d'objets Teko a fait l'objet, à son retour, d'une exposition au Musée de l'Homme à Paris, collection (2015) transférée en 2015 au musée des arts premiers du quai Branly..

Années d'après guerre

Quinze ans plus tard, le préfet de Guyane, Robert Vignon, en poste de 1947 à 1955 (fort de son expérience en Guyane française il sera nommé Préfet de Tizi Ouzou en Kabylie en 1958) affirme la nécessité d'équiper les centres de regroupements, avec, .., Dans les années 1950-1960 les survivants Teko frôlent le seuil d'extinction avec à peine cinquante individus. Le processus d'extinction démographique menaçant l'ensemble des populations amérindiennes du département fut enrayé par les campagnes médicales et sanitaires de vaccination et de prévention anti-paludique menées, notamment, par les docteurs E. Bois et A. Fribourg-Blanc Éric Navet, 'Ike mun anam. Il était une fois... La «dernière frontière» pour les Peuples Indiens de Guyane Française, Supplément à Nitassinan, revue trimestrielle du C.S.I.A., 1990, ..

Années 1960

À partir de 1965, le conseil général de la Guyane décide que (Hurault, 1970.). Par le décret du , le territoire de l'Inini instauré par les autorités françaises en 1930 est supprimé pour être divisé en communes françaises classiques..

Années 1970

En 1972, le jeune voyageur Michel Aubert, remontant l'Opayock, écrit:

En 1975, dans un projet de scolarisation des populations tribales de Guyane, le Vice-Rectorat de Cayenne écrit:Dans les faits, tels que constatés et relatés par l'ethnologue Éric Navet,

Années 1980

Au début des années 1980, à l'occasion d'un rush aurifère sur l'Oyapock, les commerçants brésiliens installent leurs commerces de l'autre côté de la frontière avec le Brésil.

En 1984, l'instauration des Travaux d'Utilité Collective à Camopi favorise la multiplication d'emplois salariés (canotiers, mécaniciens, agents de voirie) qui vont déstructurer l'ensemble des activités traditionnelles (notamment la chasse, la pêche collective à la nivrée et la mise en culture des abattis), les employeurs (commune, département, gendarmerie) sanctionnant les absences injustifiées. Par contre, ce système de salariat favorisera l'arrivée de divers objets électroniques (postes à transistor, lecteurs de cassettes audio, etc.) achetés de l'autre côté de la frontière, et surtout la forte consommation d'alcool (rhum, bière, whisky et alcool brésilien) qui aggravera les tendances suicidaire de près de poussées au désarroi moral jusqu'à la pendaison. Au , seules ou unités familiales bénéficiaient à Camopi du Revenu minimum d'insertion distribué, selon Éric Navet, dramatiques sur les personnes ..

Années 1990

Selon l'ethnologue Jean-Marcel Hurault, . par assimilation, évaluation ethnographique qui n'est guère partagée au par les ethnologues contemporains Éric Navet et Perle Møhl pour qui les Teko .. En effet, nous savons aujourd'hui par James Panapuy que, face à la décadence démographique les menant tout droit à l'extinction, les chefs teko auraient décidé, afin d'assurer la survie de leur peuple, de redévelopper les anciennes stratégies traditionnelles d'alliance matrimoniale, avec, notamment, leurs voisins amérindiens Wayana et Wayãpi..

En 1990, le nombre des habitants de Camopi s'élève à .

En 1997, conséquence du développement de l'orpaillage illégal, des chercheurs en biologie détectent un taux de mercure très élevé dans les échantillons de cheveux prélevés auprès des habitants de Camopi (voir sur le sujet la description de la situation sanitaire des Wayanas).

En 1998, à la demande du maire et conseiller régional UMP, Joseph Chanel, un camp militaire du RIE de la Légion Étrangère comportant et permanents est installé sur le territoire de la commune.

: le retour des Makan

Années 2000

Dans les années récentes (1990-2019), les Teko développent également, entre tradition et modernité, de multiples initiatives culturelles prouvant leur vitalité : association culturelle Kobue Olodju (), studio d'enregistrement de chants traditionnels et contemporains, compagnie de danse traditionnelle, la Compagnie Teko Makan (du nom d'une société guerrière d'hommes spécialement entraînés au combat pour protéger les villages Teko, doués de pouvoirs extraordinaires et appelés makan), compagnie de théâtre Les Singes Hurleurs, ainsi que de nombreuses activités artisanales ancestrales utilitaires (couleuvre à manioc, vanneries, calebasses, mortiers, plumasserie, jouets d'enfants) et symboliques (ciels de case de l'artiste Ti'iwan Couchili)).

Alors que de 2002 à 2008 se déroulent des opérations de la gendarmerie nationale contre des sites illégaux d'orpaillage, en 2006, la population de la commune de Camopi s'élève à .

Le , est créé officiellement le Parc amazonien de Guyane.

En se déroule l'Opération Harpie contre l'orpaillage illégal.

Années 2010

En 2013, sous le mandat du maire René Monnerville, un jumelage de la commune de Camopi est envisagé avec la commune alsacienne de Muttersholtz. Du 18 au , des membres de l'association Kumaka et de l'association Teko Makan, le maire René Monnerville, l'artiste plasticienne traditionnelle Ti'iwan Couchili et des représentants du Parc amazonien de Guyane, se rendent en Alsace à l'invitation de l'association des étudiants de l'Institut d'Ethnologie de l'Université de Strasbourg "Des Tekos de Camopi en Alsace", France-Guyane, 30 septembre 2013, ..

Le est inauguré sur le territoire de la commune une entreprise de constructions en bois de type carbetÉric Navet, "Les Teko dans leur pays", in Guerriers de la Paix. Les Teko de Guyane. Éric Navet, d'ethnologie, ss dir., Colette Riehl Olivier, co-édition Association des Étudiants et Amis de l'Institut d'Ethnologie de Strasbourg, alter-natives-network & Boréalia, 2015, ..

Le , un rapport parlementaire de la sénatrice de Seine-Saint-Denis, Aline Archimbaud et de la députée d'Ille-et-Vilaine, Marie-Anne Chapdelaine, s'inquiète du nombre élevé de suicides parmi les jeunes amérindiens de Guyane française et présente 37 propositions..