Yvon Chotard, né le à La Madeleine (Nord) et mort le à ColombesÉtat civil sur le fichier des personnes décédées en France depuis 1970, est un éditeur et syndicaliste patronal français.
Biographie Famille - Jeunesse et formation - Carrière - Vie privée
Famille Il est le fils de Joël Chotard, industriel du textile et maire de Grézieu-la-Varenne, dans le Rhône, de 1944 à 1978.
Jeunesse et formation Il fait ses études au collège des jésuites de Lille, puis à l’université de Paris puis de Lyon. Licencié en droit, diplômé d’études supérieures de droit public, diplômé de l’École libre des sciences politiques de Paris, il obtient aussi un certificat d’études littéraires classiques.
Les noms de Joël et Yvon Chotard figurent dans les listes des petits contributeurs financiers du quotidien royaliste et nationaliste L'Action française de 1928 à la fin des années 1930L’Action française, 28 août 1939, Ibid., 3 janvier 1938, Ibid., 8 septembre 1935, Ibid., 9 octobre 1932, Ibid., 8 juillet 1928. Son père a en effet été membre de l'Action françaiseCollectif, L’entreprise et l’Évangile. Une histoire des patrons chrétiens, Presses de Sciences Po, 2018 (chap. 2).
Résistance Le , alors âgé de dix-neuf ans, il participe à la manifestation d’étudiants et de lycéens autour de l'arc de triomphe de l'Étoile pour commémorer la fête nationale, malgré l’occupation allemande. Il entre ensuite dans la Résistance au sein du réseau Alliance, dirigé par Georges Loustaunau-Lacau puis Marie-Madeleine Fourcade. Ce réseau recrutait alors dans les milieux de droite. Chotard est nommé responsable régional Marseille/Lyon du Commissariat général à la Jeunesse, tout en étant membre actif du réseau de résistance Alliance.
Carrière et engagements En 1945, Yvon Chotard crée à Paris la maison d’édition France-Empire, spécialisée dans les récits sur la Seconde Guerre mondiale et sur la Résistance, qu’il dirige jusqu’en 1990. Il s’est associé ensuite aux éditions Droguet & Ardant et a créé en 1969 une seconde maison d‘édition consacrée à l’économie et à la gestion sous le nom de Chotard & Associés. Parmi les livres qui ont fait le succès de France-Empire, on peut citer, en particulier, Casabianca du commandant L'Herminier, Les Mémoires d’un agent secret du Colonel Rémy, plusieurs livres de Christian Bernadac sur les camps de la mort, Mon pays la France par le Bachaga Boualem. Chotard a fondé une collection , dirigée à partir de 1959 par son ami le romancier Michel de Saint-Pierre. Avec comme auteur-vedette Cristiani, l’ancien professeur d’histoire de Chotard à la Faculté catholique de Lyon.
En 1969, il devient président de la Commission paritaire du Syndicat des éditeurs, puis vice-président en 1970 et 1971 et président en 1972 et ce, jusqu’en 1988. Il préside également à partir de 1975 le Cercle de la Librairie, organisme patronal interprofessionnel du livre. .
Tout en se consacrant à son métier, il s’est impliqué dans tout un ensemble d’activités d’ordre social, économique ou politique.
Il est l'un des principaux animateurs à la Libération d'une société secrète nommée « S », un club de pensée composé de catholiques intransigeants né avant la guerre. Parmi lesquels d'autres patrons comme Jacques Warnier, son président depuis la fin de l'année 1945, président du Centre des jeunes patrons (CDJ) de 1947 à 1949, ou Guy Raclet, futur président du CDJ, l'ingénieur Maurice Cambois, le journaliste Jean de Fabrègues. Elle compte environ en 1948 et semble disparaitre en 1952Jean-Pierre Warnier, Dix ans de bonheur. Un couple bourgeois à l’âge des extrêmes, Paris, éditions Karthala, 2023, chap. 10, « chrétienté » (en ligne sur Cairn.info)..
Partisan de la construction européenne, il adhère en 1949 au Mouvement fédéraliste français La FédérationYvon Chotard, Les patrons et le patronat, Calmann-Lévy, 1986, est président de 1951 à 1952 du Groupe des Jeunes Chefs d’entreprise de La Fédération, dont il est membre du Comité directeur. En 1952, il fonde le mouvement d’action civique Jeune Chambre économique française (JCEF). Cette initiative est menée avec Jacques-Yves Toulouse, Michel Nicolaï, Bertrand Vernes, André Cotte, son ami, ancien du réseau Alliance, et Gilles Barast, secrétaire général de La Fédération. Ce dernier en sera le secrétaire général, après avoir quitté La Fédération et Yvon Chotard le premier président, jusqu’en . Il garde ensuite le titre de président fondateur jusqu’à la fin de sa vie et ne cessera de veiller sur le mouvement. A l’échelon international, il est élu président du Conseil européen des Jeunes Chambres Economiques pour 1954 et devient vice-président de la Jeune chambre internationale (JCI) pour l’Europe et l’Afrique pour 1955/1956. En tant que chef de la délégation française, il participe à plusieurs congrès mondiaux de la JCI : Mexico en 1954, Edimbourg en 1955, Wellington en 1956, Tokyo en 1957, Minneapolis en 1958, Rio de Janeiro en 1959 et Puerto-Rico en 1961. C’est avec André Cotte et toute une équipe de Parisiens dirigée par lui, qu’il organise le Congrès de la JCI en 1960. Le président national, cette année-là, était Olivier Giscard d’Estaing. En 1961, à la suite du Congrès de Paris, Yvon Chotard a été promu « sénateur 0960 » de la JCI.
En 1955, il rejoint le comité directeur du Centre d'études politiques et civiques (CEPEC), animé notamment par Louis Salleron, ancien rédacteur en chef de Fédération. Sa maison d’édition publie des ouvrages de membres et de proches du CEPECLe colonel Rémy, l'amiral Gabriel Auphan : Histoire de la décolonisation. Contribution à l’étude la révolution mondiale, 1967, réédité en 1975, Histoire élémentaire de Vichy, 1971, L’honneur de servir : mémoires, 1978, Au service de l’Église. Paroles et écrits, publiés après sa mort (1982), en 1988. Robert Cassagnau : A l’Est de Saint-Sébastien, 1966, Le Méridien de Bordeaux, 1969, Vive l’anarchie !, 1973, André Piettre, Église missionnaire ou Église démissionnaire, 1978, Les chrétiens et le socialisme des origines à demain, 1984, Les chrétiens et le libéralisme, 1986. et de patrons catholiquesPierre de Calan, Les professions, solutions à la crise du syndicalisme, 1965, Chère inflation, 1975, Marcel Demonque (ancien vice-président du CEPEC) et Jean-Yves Eichenberger, La participation, 1968. Il présente Michel de Saint-Pierre lors d'une conférence donnée par ce dernier à un dîner-débat du CEPEC en 1964Les Cahiers du CEPEC, n° 23, texte de l'exposé fait le 20 février 1964 par Michel de Saint Pierre ; précédé d'une allocution de G-R Laederich et d'Y. Chotard ; conclusion par Louis Salleron.
Il s'est opposé à l'indépendance de l'Algérie. Avec Georges Laederich, président du CEPEC, il participe au premier colloque de Vincennes en . Réuni à l'initiative de Jacques Soustelle et Georges Bidault, ce colloque est la première tentative de fondation en métropole d'un groupe de pression pour s'opposer à toute négociation avec les indépendantistes algériens et défendre le maintien de l'Algérie dans la République françaiseJean-Claude Demory, Georges Bidault (1899-1983), Julliard, 1995, chap. 28.Nicole Racine, Michel Trebitsch (dir.), « Sociabilités intellectuelles-Lieux, milieux, réseaux », Cahiers de l’IHTP, n° 20, 3 -1992 ; Rémi Kauffer, OAS histoire d’une guerre franco-française, Seuil, 2002, , Dominique Venner, Guide de la politique, Balland, 1972, . France-Empire publie entre 1962 et 1964 des ouvrages du bachaga Boualem, écrits pour défendre les harkis. Chotard a également mis en place un réseau de distribution de livres, via une SARL, la Sodafe, au capital de , qui diffusa des ouvrages favorables à l’Algérie française de petites maisons d’éditions comme L’Esprit nouveau, les éditions Saint-Just, les éditions du FuseauHenry Coston, Le secret des dieux, Lectures françaises, décembre 1968, .
Il est successivement membre du comité directeur en , vice-président en 1958 puis président de . à 1970 d'une organisation patronale catholique, le Centre français du patronat chrétien (CFPC)Collectif, L’entreprise et l’Évangile. Une histoire des patrons chrétiens, Presses de Sciences Po, 2018. C’est pendant cette période qu’il crée l’ . de ce groupement, devenu depuis 2000 le mouvement des Entrepreneurs et dirigeants chrétiens (EDC). Chotard a accepté la présidence du CFPC avec le souci de chercher le « niveau exact où nous devons intervenir pour que la doctrine à laquelle nous croyons ne soit pas seulement l’expression de quelques principes dont la valeur d’engagement serait relativement limitée », conscient qu’une partie des membres du CFPC commettent « l’erreur de limiter (leur action) à (une) proclamation de principes dont ils (n’ont) pas cherché l’application sinon dans leur entreprise du moins dans les organisations professionnelles et l’économie nationale ». C’est que le CFPC traverse alors une crise d’identité qui se traduit par des conceptions divergentes sur ce que doit être le CFPC : des patrons comme Raymond Dreux, vice-président, estiment qu’il doit servir avant tout à « fortifier intellectuellement et spirituellement chacun de ses adhérents » et que, dès lors, ses prises de positions doivent être rares, alors que d’autres, tel Chotard, entendent concilier « pensée et action » et faire appliquer l’enseignement social de l’Église dans l’entreprise et dans la CitéAndré Aumonier, Un corsaire de l’Église. Du patronat chrétien au Secours catholique, Paris, Fayard, 1996, : Aumonier (1916-2004), ancien de la conférence Olivaint, a eu une carrière de responsable laïc d’organisations catholiques (Compagnons de France, Centre catholique des intellectuels français, CFPC, dont il fut le délégué général, le Secours catholique, qu’il a présidé de 1983 à 1992, etc.)Marie-Emmanuelle Chessel, Nicolas de Bemond d'Ars, André Grelon, L'entreprise et l'Évangile: Une histoire des patrons chrétiens, Presses de Sciences Po, 2018 . Il revendique sa .
À compter de 1968, il est vice-président de l’École supérieure des sciences économiques et commerciales de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Paris (ESSEC). De 1988 à 1998 il a été président de la fondation nationale pour l’enseignement de la gestion des entreprises (FNEGE).
Dès 1964, il est nommé membre du Conseil économique et social (CES) et y sera reconduit jusqu’à sa disparition. Il a participé aux travaux de différentes commissions : aménagement du territoire, activités sociales, économie régionale et travail. Il a été, en particulier, peu après sa nomination, rapporteur de la Commission de l’Aménagement du Territoire présidée par Philippe Lamour, le promoteur de l’opération d’aménagement du Bas Rhône-Languedoc. De plus, il a présidé de 1969 à 1998 le groupe des Entreprises privées du CES.