Varègues ou Varanges (vieux norrois : væringjar ; grec : Βάραγγοι, Βαριάγοι) est le nom donné dans l'Empire byzantin et par les Slaves orientaux aux Vikings de Suède (ou d’autres pays scandinaves qui empruntaient la route de l’Est ou austrvegr) qui, entre le , ont fondé et gouverné l’État médiéval de la Rus' de Kiev et qui, par la suite, formèrent la garde varangienne (garde varègue) des empereurs byzantins.

Selon la Chronique des temps passés, un groupe de Varègues fonda Novgorod en 862 sous la direction de Riourik. Marchands, mercenaires et pirates à l’occasion, ils menèrent des expéditions d’abord chez les Perses et les Arabes en empruntant la route de la Volga et la Caspienne, puis par les « routes menant chez les Grecs », soit le Don, le Dniepr ou le Dniestr, à Constantinople. Ils attaquèrent à plusieurs reprises les villes byzantines de la mer Noire et la capitale impériale elle-même, attaques qui, même repoussées, se soldèrent par des traités de paix leur concédant divers avantages commerciaux. À la même époque, les Varègues commencèrent à servir dans les armées impériales où leur valeur, leur loyauté à la personne de l’empereur et leur manque d’intérêt pour les intrigues de palais leur valurent de former la garde personnelle de l’empereur. Aux Varègues suédois des premiers temps s’ajoutent bientôt des Varègues danois et norvégiens dont le plus célèbre est Harald Sigurdarson (1016-1066). La conquête normande de l'Angleterre causa l’émigration de guerriers anglo-saxons et danois, dont quelques-uns s’enrôlèrent à leur tour et formèrent au une partie de la garde impériale byzantine jusqu’à la chute de Constantinople aux mains des troupes ottomanes en 1453.

Parmi les monarques ayant régné sur le peuple des Varègues, les plus connus sont Riourik et Harald III de Norvège.

Au sens large, le terme Viking désigne l’ensemble des Scandinaves de la période caractérisée par le phénomène viking.

Le terme de « Vikings » désignerait les Scandinaves, originaires des actuels Danemark et Norvège, et du Götaland (Suède du sud-ouest : Dalie, Bohuslän, Halland, Scanie), actifs essentiellement en Mer du Nord et dans l'Océan Atlantique.

Le terme de « Varègues » désignerait les Vikings (au sens de Scandinaves) de Suède, actifs surtout en Mer Baltique et en Europe de l'Est, dont la Rus' de Kiev, et opérant la route commerciale de la Volga et la route commerciale des Varègues aux Grecs.

vignette|400px|Expansion viking.

Ethnogenèse : Rus’ et Varègues Le terme grec Βάραγγος [Várangos] transcrit le slavon varęgŭ, dérivé du vieux norrois væringi, mot composé à l’origine de vár (pl. várar) signifiant « promesse, serment de fidélité » et gengi « compagnon », signifiant « un ami juré, un fédéré ». Selon le professeur Adolf Stender-Petersen, le terme Vaeringjar qui donna naissance au terme Varègues devrait être compris comme « des hommes qui pactisent dans une relation de responsabilité mutuelle » pour engager les biens, armes et navires en leur possession, ainsi que leurs propres vies, afin d’en tirer un profit à partager. Ces marchands guerriers devaient par conséquent être bien armés et voyager en groupe"Varangian", Online Etymology Dictionary.H.S. Falk & A. Torp, Norwegisch-Dänisches Etymologisches Wörterbuch, (1911), .J. de Vries, Altnordisches Etymologisches Wörterbuch, (1962), ..

Dès le , les sources étrangères (papales, germaniques) désignèrent la principauté de Kiev sous le terme de Rossia, alors que les sources slaves utilisaient le mot Rous’, transcrit en grec médiéval Rhos et en arabe Rûs. Ce nom vient du vieux norroisLe vieux norrois est une langue scandinave médiévale qui, dans sa variante occidentale, était parlée en Norvège et dans ses anciennes colonies d’outremer : Islande, îles Féroé, îles Shetland, îles Orcades, île de Man, certaines parties de l’Écosse, de la Normandie, du Groenland, ainsi que dans les quelques comptoirs vikings d’Irlande. róthr « ramer », roor « rameurs » et róðslágen « pays du gouvernail ». En finnois actuel, la Suède est nommée Ruotsi tandis que la Russie est désignée comme Venäjä qui rappelle le mot « Wendes » (Venedi ou Veneti en latin), nom donné par les Germains aux Slaves orientaux.

Toutefois, le terme Rous’ peut porter à confusion, étant utilisé selon les auteurs dans trois sens différents, pour désigner : les Vikings suédois ou Varègues passant la Volga, le Dniepr ou le Dniestr et prenant progressivement le contrôle des routes fluviales entre la Baltique et la mer Noire ; à la fois aux Varègues et à leurs sujets ou alliés slaves orientaux ; en cartographie moderne, l’ensemble des territoires concernés, qui forment aujourd’hui les pays baltes, la Russie européenne, la Biélorussie, l’Ukraine et la Moldavie, ainsi que les marges orientales de la Pologne, qui, dans les atlas historiques soviétiques et russes, forment la large étendue donnée à la notion de Rous’, apparaissant comme une assise historique ancienne à l’extension territoriale récente de l’Empire russe, de l’URSS et de la CEI, « légitimée » de la sorte aux yeux des lecteurs.

Les Varègues constituent la branche suédoise des Vikings scandinaves, qui se dirigèrent vers l’Est (Russie, Khaganat khazar), alors que les Danois et les Norrois se dirigèrent vers l’ouest (Angleterre, Écosse, Irlande et Islande) et vers le sud (France).

Historiographie Le cas des varègues présente plusieurs complexités historiographiques puisqu'ils s'intègrent directement dans l'historiographie de la naissance du premier État russe où deux principaux domaines d'études s'observent, l'un centré sur la Scandinavie, l'autre sur les peuples slaves, et où les théories s'opposent. Les chercheurs soviétiques sont farouchement opposés aux théories normanistes qui font des Varègues un groupe indispensable à la fondation de l'État Russe et ce notamment parce que ces théories sont particulièrement soutenues dans le régime nazi. Le chauvinisme grand-russe pousse également les chercheurs à favoriser les origines autochtones, et donc slave, de la Rus' de Kiev.

Cette vision anti-normaniste n'est pratiquement plus soutenue aujourd'hui au regard des différentes données archéologiques identifiées qui établissent une chronologie des premières implantations scandinaves ainsi que des processus migratoires durant l'âge des Vikings. Les recherches plus récentes réévaluent également le cadre géographique dans lequel s'inscrivent les Varègues que la version anti-normaniste associe prioritairement à la Rus' de Kiev. Elles révèlent que le centre politique et militaire des premières organisations politiques varègues s'enracinent d'abord dans le Nord de la Russie.

Histoire

Contexte et premières installations () thumb|400px|Carte montrant les principales routes varègues du : la route de la Volga (en rouge), la principale route vers les Grecs (en violet), les autres routes (en orange).L'apparition des premiers vikings dans les régions septentrionales de russie et dans les pays baltes n'est pas soudaine, cependant la chronologie s'est longtemps reposée sur la Chronique des temps passés qui a pour objectif de légitimer la dynastie Riourikides émergente, et a donc le défaut d'omettre les États et installations antérieures. Les sources scandinaves et les sagas nomment quant à elle le premier État varègue Garðaríki et établit une liste de rois légendaires et semi-légendaires. Les premières installations varègues se produisent dans un contexte où deux organisations politiques étendent leur influences jusqu'à la moyenne Volga, l'empire nomade turcique des Khazars et l'empire byzantin. L'Europe de l'Est est alors peuplée d'une grande diversité ethnique.

Vers le milieu du , les Varègues deviennent familiers du golfe de Finlande et du fleuve Neva à l’embouchure duquel sera édifiée Saint-Pétersbourg plus tard. Ils remontèrent le fleuve, le long duquel vivaient des populations finnoises et slaves, jusqu’au lac Ladoga. Leurs expéditions commerciales incluant souvent piraterie et prise d’esclaves, les Varègues eurent besoin d’édifier des comptoirs fortifiés (en russe goroda) autour desquels les habitants slaves, baltes et finnois se regroupèrent et en vinrent à former des amorces de petits États (volosti). C’est à cette époque que les protochronistes situent le « khaganat de la Rus' », entité politique que l’on suppose avoir existé au cours d’une période se situant entre la fin du et le début ou le milieu du La théorie du « khaganat de la Rus' s'appuie sur un passage des Annales de Saint-Bertin mentionnant une nation appelée Rhos avec un roi nommé Chacanos, ce qui fut rapproché du titre de khagan signifiant Khan des khans, c'est-à-dire empereur dans les langues mongoles, toungouse et turques.. La seule certitude scientifiquement établieLa dendrochronologie est une méthode scientifique permettant d'obtenir des datations de pièces de bois à l’année près, en comptant et en analysant la morphologie des anneaux de croissance (ou cernes) des arbres constituant les poutres des fortins varègues. est que l’un des tout premiers centres commerciaux fut Staraïa Ladoga (en russe, Ста́рая Ла́дога, en finnois, Vanha Laatokka, en vieux norrois Aldeigjuborg et en français Vieux Ladoga) dont la fondation remonte à 753.

Durant le , les Varègues créent un réseau d'emporia portuaires donnant sur la mer Baltique et renforcent fortement l'activité commerciale d'une route préexistante, la route commerciale de la Volga qui reliait le nord de la Russie (en vieux norrois Garðariki) avec le Moyen-Orient (Sekland) via la mer Caspienne. Remontant la rivière Volkhov jusqu’à Novgorod, les Vikings rejoignaient la rivière Lovat par le lac Ilmen. Après un portage, ils atteignaient la source de la Volga. Ils continuaient ainsi leur route jusqu’au khaganat des Khazars dont la capitale, Atil, était un port florissant sur la mer Caspienne. Puis, par la mer, ils se rendaient jusqu’à Bagdad par la route des caravanes. Ils apportaient avec eux des fourrures, du miel et des esclaves. On a trouvé des pièces de monnaie arabes tout le long de la Volga et à Petergof, près de Saint-Pétersbourg, un ensemble de vingt pièces comprenant des monnaies sassanides, arabes, khazares, grecques et vieux norrois. Khaganat de la Rus'

La route de la Volga perdit son importance vers le , probablement en raison du déclin de la production d’argent dans le califat abbasside et fut progressivement remplacée par la route commerciale des Varègues aux Grecs, passant de la mer Baltique, à la Neva, puis au lac Ladoga, à la rivière Volkhov, puis, par le Dniepr jusqu'à la mer Noire et à ConstantinopleLa vaste majorité () des pièces de monnaie arabes datant de la période des Vikings trouvée en Scandinavie vient du Gotland. À Skåne, Öland et Uppland on en a trouvé alors que l’on en a découvert que au Danemark et 500 en Norvège. Outre les pièces d’origine arabe, on a également identifié byzantines à Gotland. Voir Arkeologi i Norden 2. Författarna och Bokförlaget Natur & kultur. Stockholm 1999. Voir aussi Gardell, Carl Johan. Gotlands historia i fickformat, 1987 ..

En parallèle, les premières implantations varègues se renforcent dans le nord et des élites nordiques dirigent la région. Les Varègues imprègnent les différents groupes ethniques présents de leurs propres coutumes et rites culturels. Le site de Staraïa Ladoga constitue le point central d'une organisation politique émergente hypothétiquement dirigés par un Khagan. Si l'hypothèse d'un Khaganat de la Rus' est discutée, la présence d'une structure politique suffisamment importante pour s'impliquer dans la diplomatie byzantine et khazare est avérée. L'hégémonie de l'empire Khazar alimente les voies commerciales reliant la mer Noire à la mer Baltique de manière croissante durant la seconde moitié du et attire davantage de Varègues qui renforcent leurs implantations. Les échanges importants entre Varègues et Khazars sont probablement à l'origine de l'octroi du titre de Kaghan de la Rus'.

Les Varègues et la Russie kiévienne