Thomas Becket, ou Thomas À-Becket ou Thomas de Londres dit saint Thomas de Cantorbéry né à Londres le ou 1120, et mort à Canterbury le , est archevêque de Cantorbéry de 1162 à 1170. Au cours des années 1160, il est engagé dans un conflit avec le roi d'Angleterre sur les droits et privilèges de l'Église catholique d'Angleterre. À la suite de cela, il est assassiné par des partisans du roi en 1170.
Il est canonisé en 1173 dans la cathédrale de Cantorbéry, devenue lieu de pèlerinage. Il est considéré comme un saint et un martyr par l'Église catholique et la Communion anglicane.
Biographie Vie avant l'accession à l'épiscopat Il est né au cœur de Londres, rue Cheapside, en 1118 ou 1120Naissance en 1118, le jour de la Saint Thomas. Son père Gilbert, originaire de Thierville en Normandie, était un petit propriétaire terrien et peut-être un chevalierFrank Barlow, « Becket, Thomas (1120?–1170) » in Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, 2004.. Selon une légende forgée trois siècles après le martyre de Thomas Becket, mais insérée rétrospectivement dans l'hagiographie du d', son père Gilbert Beckett aurait rencontré sa mère Mathilde alors qu'il était en croisade en Terre sainte. Gilbert fut capturé par des Sarrasins, devint esclave d'un musulman dont la fille Mahatz (appelée aussi Roesia et plus tard Mathilde) le délivra par amour. Cette légende a été reprise au par les historiens romantiques, dont Froude et Sharon Turner en Angleterre et Amédée Thierry, ainsi que Jules Michelet en France.
Il reçut une excellente éducation à l’école-cathédrale de Canterbury, complétée par des études à Bologne, alors le centre majeur en Occident pour la science juridique.
De retour en Angleterre, il attira l’attention de Thibaut du Bec, archevêque de Cantorbéry, qui lui confia plusieurs missions importantes à Rome et le fit nommer archidiacre de Cantorbéry et prévôt de Beverley. Il se distingua par son zèle et son efficacité, aussi Thibaut du Bec le recommanda-t-il au roi quand le haut poste de primat d'Angleterre fut vacant. Il fut élevé à cette dignité le .
, comme tous les rois issus de Normandie et d'Anjou, désirait être le maître absolu, tant de son royaume que de l’Église d'Angleterre, et pouvait, pour ce faire, s'appuyer sur les traditions de sa maison. Il le fit quand il voulut se débarrasser des privilèges du clergé anglais qu’il voyait comme autant d'entraves à son autorité. Thomas Becket lui parut être l’instrument adapté pour accomplir ses desseins ; ce dernier se montra dévoué aux intérêts de son maître et un agréable grand ami tout en maintenant avec diplomatie une certaine fermeté, de sorte que personne, sauf peut-être Jean de Salisbury, n’aurait pu douter de sa totale fidélité à la cause royale.
Le roi envoya son fils Henri le Jeune, plus tard le jeune roi, vivre au domicile de Becket qui devint son précepteur et maître d'armes, comme c’était la coutume pour les enfants nobles d’être accueillis dans une autre maison. Plus tard, ce sera une des raisons pour lesquelles « le jeune roi » se retourna contre son père, s’étant affectivement attaché à son tuteur Becket.
L’archevêque de Cantorbéry Thibaut du Bec mourut le , et le chapitre apprit que le roi proposait Thomas Becket comme successeur. Il se rallia, avec quelque indignation, à l’avis royal ; l’élection eut lieu en , et il fut consacré le .
Archevêque
thumb|left|Thomas Becket trônant en tant qu'archevêque, albâtre de Nottingham, Victoria & Albert Museum. Dès qu’il fut nommé, une transformation radicale du caractère du nouveau primat s’opéra, à la stupéfaction générale du roi et de tout le royaume. Le courtisan gai et amant des plaisirs fit place à un prélat ascétique en robe de moine, prêt à soutenir jusqu’au bout la cause de sa hiérarchie. Dans la Légende dorée, Jacques de Voragine raconte qu’il se mortifiait en portant le cilice caché sous ses habits et que, chaque soir, il lavait les pieds de treize pauvres, les nourrissait, et les renvoyait avec quatre pièces d'argent.
Devant le schisme qui divisait l’Église, il se déclara pour le pape , fidèle à un homme voué aux mêmes principes hiérarchiques, et il reçut le pallium d’Alexandre au concile de Tours.
À son retour en Angleterre, Becket mit immédiatement à exécution le projet qu’il avait préparé, de libérer l’Église d’Angleterre des limitations mêmes qu’il avait contribué à faire appliquer. Son but était double : l’exemption complète de l’Église de toute juridiction civile, avec un contrôle exclusif de sa propre juridiction par le clergé, liberté d’appel, etc., et l’acquisition et la sécurité de la propriété comme un fonds indépendant.
Le roi comprit rapidement le résultat inévitable de l’attitude de Becket, et convoqua le clergé à Westminster le , demandant l’abrogation de toute demande d'exemption des juridictions civiles, et que soit reconnue l’égalité de tous les sujets devant la loi. Le haut clergé tendait à consentir à la demande du roi, ce que refusa l’archevêque. n’était pas prêt à une lutte ouverte et proposa un accord plus vague relevant de la coutume de ses ancêtres. Becket accepta ce compromis, en maintenant cependant des réserves sur la sauvegarde des droits de l’Église. Rien ne fut résolu, et la question restait ouverte. quitta donc Londres très content.
Désaccord avec le roi
convoqua une autre assemblée à Clarendon le où il présenta ses demandes en seize points. Ce qu’il demandait impliquait un relatif recul par rapport aux concessions faites aux Églises par lors du concordat de Londres en 1107, puis par le roi Étienne d'Angleterre en 1136, mais se situait dans la droite ligne d'une monarchie qui, depuis l’époque de Guillaume le Conquérant, entendait gouverner sans partage toutes les affaires du royaume. Les constitutions de Clarendon représentaient cependant une codification écrite, plus contraignante que la coutume qui prévalait jusque-là, et surtout entendaient placer tous les sujets du roi, y compris les clercs, de plus en plus nombreux, sur un pied d’égalité judiciaire (ce qui signifiait aussi percevoir les amendes afférentes aux condamnations), tous ne relevant que des tribunaux royaux. Le roi s’employa à obtenir l’accord du clergé et apparemment l’obtint, sauf celui du primat.
Becket chercha encore à parvenir à ses fins par la discussion, puis il refusa définitivement de signer. Cela signifiait la guerre entre les deux pouvoirs en place. Henri essaya de se débarrasser de Becket par voie judiciaire et le convoqua devant un grand conseil à Northampton le , pour répondre de l'accusation de contestation de l'autorité royale et malfaisance dans son emploi de chancelier.
Une autre raison de leur désaccord fut son refus d'autoriser le mariage de Guillaume Plantagenêt, vicomte de Dieppe et frère du roi d'Angleterre , avec Isabelle de Warenne, pour cause de consanguinité.
Becket quitte l'Angleterre vignette|210px|Extrait du vitrail de la vie de Thomas Becket sur le transept nord de la cathédrale de Coutances le représentant traversant la Manche. Becket dénia à l'assemblée le droit de le juger. Il fit appel au pape et, sentant que sa vie était trop précieuse pour l'Église pour être risquée, partit en exil volontaire. Le , il embarque à Sandwich, sur un petit bateau de pêcheurs, et gagne le port de Gravelines qui le débarqua en Flandre. Dans une lettre célèbre alors adressée au pape, il exalte le principe de la supériorité pontificale, notamment en matière judiciaire. Il s'en prend surtout à l'attitude des autres évêques anglais qui sont ralliés au roi et qui, selon lui, méconnaissent le principe de hiérarchie ecclésiastique. Il alla à SensHistoire des villes de France, Volume 3, ., où était réfugié le pape . Ce dernier venait de recevoir des ambassadeurs envoyés par le roi d'Angleterre, qui demandait au pape de prendre des sanctions contre Becket, et réclamait qu'un légat soit envoyé en Angleterre avec autorité plénière pour résoudre le conflit. Le pape Alexandre y opposa son refus et quand, quelques jours plus tard, Becket arriva et lui fit le récit complet de la procédure, le pape lui accorda son soutien.
poursuivit l'archevêque fugitif avec une série de décrets applicables à tous ses amis et partisans aussi bien qu'à Becket lui-même ; mais le reçut avec respect et lui offrit sa protection, d'autant qu'il s'agissait là d'un moyen d'affaiblir son royal vassal Plantagenêt (pour ses possessions continentales). Thomas Becket resta presque deux ans dans l'abbaye cistercienne de Pontigny (voir Cîteaux, ordre cistercien) (fin 1164-1166), jusqu'à ce que les menaces d'Henri l'obligent à se rendre de nouveau à Sens où il demeura à l'abbaye Sainte-Colombe de Saint-Denis-lès-Sens. , comme , organisa diverses missions de conciliation auxquelles prirent part des religieux de divers ordres, notamment chartreux et grandmontains.
Becket, en pleine possession de ses prérogatives, désirait voir sa position soutenue par les armes de l'excommunication et de l'interdit. Mais le pape , bien que sympathisant des idées de Becket, préféra temporiser, car son propre conflit avec requérait au moins la neutralité du roi d'Angleterre. Les divergences se creusèrent entre le pape et l'archevêque, et les relations devinrent même plus amères quand les légats furent envoyés en 1167 avec autorité d'arbitre. Négligeant cette limitation de sa propre juridiction et persistant sur ses principes, Becket palabra avec les légats, conditionnant toujours son obéissance au roi par les droits de son ordre.
Sa fermeté sembla récompensée quand enfin, en 1170, le pape fut sur le point d'appliquer ses menaces d'excommunication du roi qui, inquiet de cette éventualité, mit ses espoirs dans un accord qui permettrait à Becket de retourner en Angleterre et de continuer son ministère. Finalement, le , la paix qui fut conclue à Fréteval entre Henri et Becket permit à ce dernier de rentrer en Angleterre. alt=Vue de l'intérieur de la cathédrale avec un croisé d'ogive au plafond.|vignette|Intérieur de la cathédrale de Cantorbéry. Becket embarqua au port de Wissant et débarqua à Sandwich le . Deux jours plus tard il entrait à Cantorbéry. Mais les deux parties restèrent cependant inconciliables, et , incité par ses partisans, refusa de rendre les propriétés ecclésiastiques qu'il avait saisies. Becket avait déjà préparé la sanction contre ceux qui avaient privé l'Église de ses biens, et contre les évêques qui avaient inspiré la saisie.
L'assassinat vignette|gauche|Enluminure du représentant le meurtre de Thomas Becket.
Selon la tradition, une phrase du roi exaspéré aurait été prononcée : « N'y aura-t-il personne pour me débarrasser de ce prêtre turbulent ? » fut interprétée comme ordre par quatre chevaliers anglo-normands : Reginald Fitzurse, Hugues de Morville, Guillaume de Tracy et Richard le Breton. Ces quatre chevaliers projetèrent donc immédiatement le meurtre de l'archevêque, et le perpétrèrent près de l'autel de la cathédrale de Canterbury le .
Henri II se résolut alors à faire pénitence publique à Avranches en 1172, et à revenir sur les décisions entérinées dans les constitutions de Clarendon.
vignette|180px|Enseigne de pèlerinage en plomb représentant Thomas Becket, vendue aux pèlerins se rendant sur sa tombe à Canterbury, .
Becket fut ensuite vénéré par les fidèles dans toute l'Europe comme martyr. Il est le saint patron de l'église de Bénodet (Finistère). et Pleuven, sa voisine, possède une chapelle Saint-Thomas, son culte ayant été répandu dans le Pays fouesnantais par les moines de l'abbaye Notre-Dame de Daoulas.. Il est canonisé par le pape le Ursula Nilgen, Thomas Becket en Normandie, Les Saints dans la Normandie médiévale, puc, 2000, p. 189-204, sur http://books.openedition.org/puc/9969..