L'ordre du Christ (Real Ordem de Nosso Senhor Jesus Cristo) est un ordre honorifique officiel de la République portugaise ayant pour grand maître le président de la République portugaise.
C'est à l'origine un ordre militaire religieux qui reçut en dévolution les biens de l'ordre du Temple au Portugal après leur disparition en 1312. Il a été fondé en 1319, par la bulle Ad ea ex quibus de Jean XXII en date du , permettant la création de la « Christi Militia » sous le patronage de saint Benoît.
L'ordre se développe sous Henri le Navigateur, grand maître de l'Ordre. C'est durant le règne de Manuel que l'ordre entame une évolution d'un ordre régulier vers un ordre séculier. En 1529 et 1530, Jean III, aidé du frère Antoine da Silva de Lisbonne, tente de ramener l'ordre à ses origines sans grand succès. D'autres tentatives échouent encore comme la dernière de Marie la Pieuse. En 1834, quand le gouvernement devient anti-catholique après la défaite de Michel lors de la guerre civile, avec la suppression des ordres religieux et la confiscation de leurs biens, l'ordre du Christ disparaît définitivement en tant qu'ordre religieux militaire pour n'être plus qu'un ordre honorifique permettant à la royauté constitutionnelle portugaise de distinguer les membres de sa noblesse.
Avec la révolution du , l'ordre est supprimé comme tous les ordres honorifiques, puis rétabli en 1917 pour décorer les combattants de la Première Guerre mondiale. Depuis ce moment l'ordre du Christ, ayant pour grand maître le président de la République portugaise, est un ordre honorifique officiel de la République portugaise.
En cinq siècles, de 1319 à 1834, l'ordre évolue d'un ordre religieux militaire à un ordre honorifique de la royauté portugaise. Après une courte suppression de 1910 à 1917, il est finalement rétabli comme ordre honorifique de la République portugaise. Parallèlement à l'ordre religieux militaire, le Saint-Siège décerne une distinction honorifique sous le nom d'ordre du Christ, ce qui a créé quelques conflits entre royauté portugaise et papauté. Il existe aussi quelques ordres de fantaisie qui se réclament sans véritables fondements de l'ordre du Christ ou, mythologie oblige, des Templiers portugais.
Contexte historique
Avec l'invasion musulmane en 711 et la bataille du Guadalete, presque toute la péninsule Ibérique tombe sous la domination maure en moins de cinq ans. La Reconquista (reconquête) commence en 718 lorsque les musulmans sont défaits à la bataille de Covadonga par Pelayo, noble d'origine wisigothe ou asture. Seule la frange nord de l'Espagne, correspondant aux actuels Pays basque, Cantabrie, Asturies et Galice, reste sous domination chrétienne, au sein du royaume des Asturies.
La péninsule Ibérique fut le siège de la plus longue guerre sainte puisqu'elle durera près de huit cents ans. Elle apportera dans al-Andalus aux ordres militaires espagnols une renommée encore plus grande que celle des Templiers ou des Hospitaliers. À partir de 1031, le califat omeyyade de Cordoue, se scinde en taïfas permettant aux chrétiens de reprendre l'initiative militaire avec la conquête de Tolède en 1085. C'est pendant cette période que les Templiers et les Hospitaliers s'installent en Espagne en y fondant de nombreuses commanderies. En 1134, à la mort de Alphonse d'Aragon, celui-ci cède son royaume aux Templiers, aux Hospitaliers et aux chanoines du Saint-Sépulcre. Pour protéger Tolède des raids en provenance de Cordoue à travers les hautes plaines la séparant de la Sierra Morena, l'empereur Alphonse VII s'empare, en 1147, de la citadelle de Qualat Rawaah (château guerrier), à au sud de sa capitale, sur les marécages du Guadiana. Il charge les Templiers de la défense de cet avant-poste mais ceux-ci, doutant de pouvoir le conserver face à des rumeurs d'expédition, l'évacuent en 1157. Il faut donc très certainement rechercher l'origine de ordres militaires de la Reconquista, non dans les Templiers mais dans les hermangildas, groupes de paysans, inspirés des ribats, qui s'engagent par serment à protéger les chrétiens. Il est possible qu'ils prononçaient des vœux de célibat au moins temporaires. Les principaux ordres ibériques ont pour nom ordre de Calatrava, ordre de Santiago (ordre de Saint-Jacques), ordre d'Alcántara ou ordre d'Aviz.
Les précurseurs de l'ordre
L'ordre du Temple a été officialisé en 1129 par le concile de Troyes, bien que ses origines remontent à la création en 1118 de la "milice des Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon" lors de concile de Naplouse. L'ordre du Temple crée rapidement de nombreuses commanderies à travers l'Europe pour soutenir son effort en Terre sainte. Ils s'établissent ainsi au Portugal en 1128, leur premier pays d'établissement en Europe.
Dom Gualdim Pais, Maître de l'ordre du Temple au Portugal, fit construire le couvent de Tomar en 1160. Le couvent est un hommage au savoir architectural de l'ordre.
L'église octogonale est inspirée du lieu saint musulman du dôme du Rocher à Jérusalem, utilisée par les Templiers comme base arrière pour leurs opérations. Le dôme du Rocher est situé sur le mont du Temple, où se situait le temple de Jérusalem détruit en 70 , et les Templiers pensaient qu'il s'agissait d'un vestige de l'ancien Temple, duquel découle leur nom. L'ordre a intégré des caractéristiques du lieu saint dans leur iconographie et leur architecture, y compris le sceau des grands maîtres. L'architecture de l'église du Saint-Sépulcre pourrait aussi avoir servi de modèle.
Le , les Almohades assiègent les Templiers à Tomar. Cette épreuve de force confirme la puissance militaire des Templiers, faisant de l'ordre une pièce incontournable de la défense du Portugal. Dom Pais décède en 1195, après 50 ans de magistère.
La chute des Templiers et la dévolution des biens aux Hospitaliers
Combattant aussi aux côtés des ordres ibériques, les ordres de Terre sainte vont connaître des destinées différentes à la suite de la perte des États latins d'Orient. Les Templiers et les Hospitaliers se replièrent sur Chypre et alors que les Hospitaliers prennent possession de Rhodes, les Templiers rentrèrent en Europe en plein milieu d'une querelle qui opposait le roi de France Philippe le Bel au pape Boniface VIII. Ce dernier ayant affirmé la supériorité du pouvoir pontifical sur le pouvoir temporel des rois, en publiant une bulle pontificale en 1302 : Unam Sanctam. La réponse du roi de France arriva sous la forme d'une demande de concile aux fins de destituer le pape, lequel excommunia en retour Philippe le Bel et toute sa famille par la bulle Super Patri SolioVoir l'article Attentat d'Anagni pour plus de détails.. Boniface VIII mourut le , peu après l'attentat d'Anagni. Son successeur, Benoît XI, eut un pontificat très bref puisqu'il mourut à son tour le . Clément V fut élu pour lui succéder le . Alors que le pape envisage de regrouper les deux ordres Templiers et Hospitaliers, Jacques de Molay refuse brutalement par lettre en 1306 cette intention papale. L'arrivée en Europe des forces templières, estimées à quinze mille hommes dont mille cinq cents chevaliers, fortement entraînées au combat et surtout perçu par le roi de France comme entièrement dévouée au pape ne pouvait que rendre méfiant Philippe le Bel.
Aujourd'hui, les historiens sont partagés sur l'entente entre Philippe le Bel et Clément V, mais quand le roi de France lance sa procédure séculière, le pape nomme, par la bulle Faciens misericordiam, des commissions pontificales chargées aussi d'enquêter sur les Templiers. Jacques de Molay se confiant au pape demande à celui-ci une enquête pontificale qu'il lui accorde le . Cependant, Philippe le Bel était pressé. Il n'attend pas les résultats de l'enquête et fait arrêter le même jour, le , sur l'ensemble du territoire, tous les Templiers. Il enjoint aux souverains d'Espagne, du Portugal et d'Angleterre de faire de même. Tous refusent pour ne pas s'aliéner le pape. Même quand celui-ci, dans une dernière tentative de sauver les Templiers, fulmina la bulle Pastoralis preeminentie qui ordonnait aux souverains européens d'arrêter les Templiers qui résidaient chez eux et de mettre leurs biens et leurs personnes sous la protection de l'Église. De plus, le pape demandait à entendre lui-même les Templiers à Poitiers. Mais, la plupart des dignitaires étant emprisonnés à Chinon, pour aller entendre les témoins à Chinon. Un manuscrit ou parchemin de Chinon qui en traite indique que le pape Clément V absout les dirigeants de l'ordre à cette occasion.
Pour en finir, Philippe le Bel, lors du concile de Vienne, fait pression sur le pape pour obtenir le la bulle Vox in excelso qui ordonnait l'abolition définitive de l'ordre. Mais le pape va soustraire au roi de France les biens des Templiers qui, par la bulle Ad providam du , dévolue en totalité, partout dans tous les pays, les biens du Temple aux Hospitaliers. Par une troisième bulle, Considerantes dudum du , il scelle le sort des Templiers, ceux ayant avoué ou ayant été déclarés innocents se verraient attribuer une rente et pourraient vivre dans une maison de l'ordre alors que tous ceux ayant nié ou s'étant rétractés subiraient un châtiment sévère (en fait la peine de mort). Mais le pape se réservait du sort des dignitaires de l'ordre.
Une commissions pontificale, nommée le , constituée de trois cardinaux et d'avoués du roi, entend les quatre dignitaires qui réitèrent leurs aveux espérant la clémence papale. Le ou le , sur le parvis de Notre-Dame de Paris, Jacques de Molay, maître de l'ordre du Temple, Geoffroy de Charnay, précepteur de Normandie, Hugues de Pairaud, visiteur de France, et , précepteur en Poitou-Aquitaine apprennent leur condamnation à la prison à vie. Mais comme Jacques de Molay et Geoffroy de Charnay clament leur innocence, ils sont déclarés relaps pour avoir menti aux juges de l'Inquisition et remis à la justice royale qui les condamne au bûcher.
La création des ordres de Montesa et du Christ
Les Hospitaliers vont mettre des années pour récupérer les biens de Templiers. Mais au Portugal comme en Espagne la royauté s'oppose à la dévolution des biens situés dans leurs ressorts à un ordre souverain extérieur à la péninsule et surtout libre d'allégeance.
En Espagne, Jacques II d'Aragon refuse la réunion des biens des Templiers de ses états à ceux des Hospitaliers, il souhaitait les joindre à ceux de l'ordre de Calatrava. Une longue négociation s'engage avec le pape Jean XXII et qui se termine par une bulle datée du qui entérine la création d'un ordre de Montesa. Jacques a finalement obtenu que les biens des Templiers et les biens des Hospitaliers sur le territoire de Valence soit attribués à un ordre national sous la responsabilité du roi et non du pape. Jacques attribue le château et le territoire de Montesa à l'ordre pour en faire son couvent. En échange, il concède la dévolution des biens des Templiers aux Hospitaliers sur les territoires d'Aragon et de Catalogne. . Le premier grand maître de l'ordre est Guillem d'Erill, hospitalier catalan, nommé par le papeEnric Guinot Rodriguez dans ..
Au Portugal, Denis Ier, de la même façon qu'en Espagne, et pour les mêmes raisons d'affirmation du pourvoir royal, refuse au pape la réunion des biens du Temple à ceux des Hospitaliers. Dès 1318, les anciens Templiers ne sont certainement plus admis dans les nouvelles congrégations. Après d'encore plus longues négociations, mais sans compensation, il obtient de Jean XXII une bulle Ad ea ex quibus du , permettant la création de la « Christi Militia » sous le patronage de Saint Benoît, l'ordre du Christ.. Il était prescrit dans cette bulle que le grand maître devait, avant sa prise de fonction, rendre hommage au roi et lui prêter serment. Ce qu'aucun grand maître n'oubliera de faire, faisant de l'ordre du Christ le plus fidèle soutien du pouvoir royalIsabel Morgado Silva dans ..