Humbert, dit « Humbert-aux-Blanches-Mains », appelé aussi Humbert de Maurienne ou encore de Savoie (en italien, di Savoia dit Umberto Biancamano), né probablement entre 970 et 980 et mort un , entre 1042 et 1048, selon la tradition, est un comte, proche du dernier roi des Deux Bourgognes, , et à l'origine de la dynastie des Humbertiens connus plus tard comme comtes de Savoie, et dont est issue la maison de Savoie.

Le comte Humbert doit son (surnom) aux-Blanches-Mains () non pas à la couleur de ses mains, mais en référence, selon certains historiens, à ses qualités politiques.. Pour d’autres, l’appellation pourrait provenir d’une déformation de aux blanches murailles montagneuses faisant référence aux montagnes enneigées, c'est-à-dire celui qui contrôle le passage stratégique des grandes vallées alpines de la Savoie. Par ailleurs, ce surnom est apparu bien après sa disparition entre le , ou plus probablement au , dans les chroniques savoyardes.. Il n'est cependant désigné dans les chartes et par les annalistes contemporains que sous la forme de « comte Humbert ».

Les origines familiales À ce jour, les ascendances du comte Humbert sont inconnues tout comme ses date et lieu de naissance. Les historiens avancent généralement une après 970. Toutefois, du fait de l'importance du personnage à partir de l'an mil, les historiens de différentes époques ont cherché à trouver les ascendances de ce noble, en tentant parfois de le relier à une origine aristocratique prestigieuse, jusqu'à créer un mythe officiel. Les historiens contemporains semblent au gré des recherches s'éloigner des anciennes thèses en proposant quelques pistes nouvelles.

La légende Les différentes chroniques de Savoie depuis le , à la suite des origines avancées par Jehan d'Orieville (ou Orronville), dit Cabaret.. , donne pour père au comte Humbert un certain Bérold (parfois Berthold)Claude Genoux, Histoire de la Savoie, 1852, réédition La Fontaine de Siloé, Montmélian, 1997 , « Bérold de Saxe » .. Ce personnage serait un proche parent de l'empereur qui selon la Chronique de Savoye de Cabaret. aurait fui le Saint-Empire pour se réfugier dans le royaume de Provence, après avoir découvert puis assassiné la femme de l’empereur et son amant. Il se mit au service du roi d'Arles jusqu'à devenir son capitaine général. Victorieux face aux Piémontais, il devient par la suite le régent à la mort du roi. L'Empereur lui pardonne et donne la Maurienne à son fils, Humbert.

Cabaret apportait ainsi au comte une justification prestigieuse quant à l'origine des SavoieDaniel Chaubet, « Bérold de Saxe, un héros mythique fondateur de dynasties parmi d'autres », dans Mémoires de l'Académie de Savoie, 1990, .Laurent Ripart, « Les origines saxonnes de la Maison de Savoie », publié dans Razo - Cahiers du Centre d'études médiévales de Nice, , Université de Nice 1992, .. Cette origine permettait de prouver leur origine saxonne, tout comme la maison impériale des Ottoniens, et donc leur droit à ceindre, en tant que princes du Saint-Empire, la couronne impériale..

Les travaux des Les historiens piémontais ont tenté de démontrer que Humbert descendait de la maison d'Ivrée.

L'historien français Georges de Manteyer (1899) imagine lui une provenance de Bourgogne, du fait d'une proximité territoriale mais aussi d'alliances observées entre les Hugonides, comtes de Provence, et les HumbertiensGeorges de Manteyer, Les Origines de la maison de Savoie en Bourgogne (910-1060), Rome, Cuggiani, , , 1899, (lire en ligne).. Cette orientation se retrouve dans les travaux du médiéviste Maurice Chaume (1947)..

Le suisse Gingins La Sarraz (1865), dans un mémoire consacré aux origines de la maison de Savoie, avance l'hypothèse d'une proximité avec les Bosonides, descendants de Boson l'AncienFrédéric Charles Jean Gingins de la Sarraz (1790-1863), « Mémoire sur l'origine de la maison de Savoie », 1865, paru dans Histoire de la Cité et du canton des Equestres..

Maxime Reymond (1919), archiviste vaudois, propose comme ancêtres d'Humbert les Vermandois, du diocèse de BelleyMaxime Reymond, Les origines de la maison de Savoie, Anzeiger für schweizerische Geschichte = Indicateur de l'histoire suisse, 1919 (lire en ligne)..

Le médiéviste anglais Charles William Previté-Orton (1912) fait une synthèse des travaux précédents et s'interroge sur la possibilité de l'émergence d'une famille locale les Savoie-Belley avec un père Amédée (), fils d'un certain Humbert (927-976), comte de Belley.. Cette ascendance peut trouver un certain écho dans la mesure où le prénom, rare pour la période et la région, est portée par le fils du comte Humbert (Amédée). Selon cette généalogie, Humbert de Belley serait le fils de Charles-Constantin, comte de Viennois..

Les hypothèses actuelles Selon les historiens, Laurent Ripart (1999), maître de conférence à l'université de Savoie, ou encore Cyrille Ducourthial (2008), le personnage est mentionné dans une vingtaine à une soixantaine d'actes autour de l'an milLes différents actes sont étudiés dans la thèse de Laurent Ripart, « Les fondements idéologiques du pouvoir des comtes de la maison de Savoie (de la fin du au début du ) », Université de Nice, 1999, (sous la direction d'Henri Bresc), , ... L'origine d'Humbert pourrait être, d'après ces mêmes historiens, le Viennois. Lui, ainsi que son frère, Burchard, et l'évêque de Belley, Odon, qui semble très probablement être aussi un frère aîné, possèdent des terres et des droits dans le Sud de l'évêché de Belley. Toutefois, à ce jour, aucun acte ne mentionne le nom du père ou d'un quelconque ascendant. Le médiéviste François Demotz (2003) avance l'hypothèse que ce que l'on peut nommer les préhumbertiens correspond à un ensemble de plusieurs familles provenant de la Bourgogne et qui se seraient installées, là aussi, dans le ViennoisFrancois Demotz « Aux origines des Humbertiens : les Rodolphiens et le royaume de Bourgogne » in Aux origines des Humbertiens : les Rodolphiens et le royaume de Bourgogne, 2003, Ripaille, France , 2005.. Ces approches des -2010 reprennent en partie les hypothèses sur l'origine bourguignonne, avancées par l'historien Georges de Manteyer (1899). L'hypothèse d'un lien entre les premiers Savoie et les Bosonides reste toujours présente dans la recherche actuelle. L'usage de l'anthroponyme « Humbert », relèvent François Demotz ou encore Laurent Ripart, semble confirmer ce lien. Bernard Demotz souligne quant à lui que les droits des Humbertiens sur les comtés de Belley et de Savoie n'ont jamais été contestés, indiquant une implantation probablement ancienne mais qui reste à être précisée.

Les deux plus anciens actes connus mentionnant le comte Humbert remontent au tout début du . Une source extraite des Cartulaires de l'église-cathédrale de Grenoble, dits Cartulaires de saint Hugues, du , contient une souscription (signature) composée des trois noms : , signé au château de Bocsozel (castrum Bocizelo).. Ces trois personnages que l'on associe à une fratrie, sont énoncés avec en premier, Odon, évêque de Belley, qui pourrait être le grand frère, suivi du cadet, Burchard, et enfin le benjamin, Humbert. Un autre document daté du , castrum Bocissello (le même que le précédent ?), mentionne les trois frères, mais dans un ordre différent : . Humbert est, durant l'intervalle devenu, comte.

Cette famille peut être considérée comme puissante au niveau régional puisqu'une proche parente, peut être une sœur, Hermengarde ou Ermengarde, épouse en 1011 le dernier roi de Bourgogne, , pour qui c'est le second mariage.. Cette influence familiale s'observe déjà vers la fin du , lorsque Odon, fut qualifié par l'archevêque de Vienne Thibaud de Abbé Chevalier, Documents inédits des , relatifs à l'église de Lyon, Lyon, 1867, .. L'archevêque Thibaud laisserait ainsi entendre que les Humbertiens pourraient provenir d'une naissance illustre (), sans pour autant en apporter de preuves..

Carrière comtale Les premières mentions La première mention d'Humbert se fait aux alentours de l'an mil dans un acte de l'église-cathédrale de Grenoble, dits Cartulaires de saint Hugues, du . Il s'agit d'un acte signé par Humbert concernant l'échange de biens par lequel Odon, évêque du Belley, obtient le précaire de Traize et son , dans le comté de Belley, de Thibaud, archevêque de Vienne. Une clause précise que l'évêque dispose de ces terres et peut les léguer à l'un des membres de sa famille, dont ses frères. Trois années après, un second acte le mentionne comme comte, , sans autre précision.

Humbert s’installe au château-fort de Charbonnières, bâti vers le milieu du et qui domine la ville d’Aiguebelle, la capitale du comté, et défend la vallée de la Maurienne. Il était situé à un endroit stratégique, aux marches de la vallée de La Rochette et de ce qui est aujourd’hui la Savoie Propre et la Haute-Savoie. Ce castel féodal resta jusque vers le milieu du la résidence ordinaire des premiers comtes de Savoie.

Humbert intervient dans différentes affaires de la région. Ainsi en , il représente l'abbé de Cluny lors d'un échange entre un certain Ratcherius et l'abbaye de RomainmôtierActe du (REG 0/0/1/157).. En 1022, il est mentionné comme « comte de Maurienne » dans la donation de la terre d'Ambilly, dans le comté de Genève, par Lambert, évêque de Langres, en échange des droits sur l'église de CusyActe du (REG 0/0/1/165).. Trois ans plus tard, le , il intervient pour approuver un échange entre Brochard, évêque d'Aoste et fils du comte, et un certain nommé KatelmeActe du (REG 0/0/1/298)..

Le comte Humbert domine la partie septentrionale du Viennois avant 1025 avec le comté de Sermorens (ou Salmorenc, Salmourenc) (1003). Ces deux de Vienne et du Sermorens sont reçus en douaire (1014-1016) par la reine Ermengarde, à la suite de son mariage avec Die Urkunden der Burgundischen Rudolfinger (), , .Article de Laurent Ripart, « Du royaume aux principautés : Savoie-Dauphiné, », dans Christian Guilleré, Jean-Marie Poisson, Laurent Ripart, Cyrille Ducourthial (dir.), Le royaume de Bourgogne autour de l’an mil, Chambéry, 2008, .. Le fils d'Humbert, Buchard, obtient des suites de ce mariage l'évêché d'Aoste, entre 1018 et 1022. Il prête serment pour ces différents comtés au concile d'Anse de 1025.. Il obtient, grâce à son mariage, des droits en Valais et dans le Chablais, devenant notamment l'abbé laïc de abbaye territoriale de Saint-Maurice d'Agaune vers 1032...

La reine Ermengarde, après avoir fondé l'abbaye de Talloires en 1030, lègue des terres en amont du lac d'Annecy après avoir pris conseils auprès des grands personnages. Parmi eux, l'archevêque de Vienne, Léger, l'archevêque de Tarentaise, Aimon (?), les évêques de Genève, Frédéric, et de Valence, Ponce, ainsi que le comte HumbertActe du (REG 0/0/1/182).Auguste Bernard, Cartulaire de l'Abbaye de Savigny suivi du Petit cartulaire de l'Abbaye d'Ainay, 1853, , (Lire en ligne)..

La succession de Bourgogne À la suite de la mort du roi en 1032, la reine Ermengarde se réfugie auprès de son parent, le comte Humbert. Celui-ci devient son Die Urkunden der Burgundischen Rudolfinger (), , ., ou du moins selon Bernard Demotz son conseiller.