Ferdinand de Lesseps dit le comte de LessepsTitre nobiliaire irrégulier (Charondas, Le cahier noir)., né le Acte de naissance sur AD78 (). à Versailles et mort le à La Chesnaye près de Guilly (Indre), est un diplomate et entrepreneur français principalement connu pour avoir dirigé la construction du canal de Suez, un exploit technique et économique majeur du , et pour son implication dans le scandale de Panama.
Dès son plus jeune âge, il est immergé dans un milieu où les relations internationales et les enjeux géopolitiques occupent une place centrale. Il entame sa carrière diplomatique en 1825, suivant les traces de son père, Mathieu de Lesseps. Il occupe plusieurs postes en Europe et en Afrique du Nord, où il se familiarise avec les enjeux stratégiques du commerce maritime. En Égypte, en tant que consul à Alexandrie, il se lie d'amitié avec le vice-roi Méhémet Ali. En 1854, il est à l'initiative du canal de Suez. Il parvient à convaincre les autorités égyptiennes et à mobiliser des capitaux européens, notamment français.
Sa carrière est également marquée par des échecs notables. En 1880, il entreprend la construction d'un canal au Panama, destiné à relier l'océan Atlantique à l'océan Pacifique. Mais l'entreprise aboutit à un fiasco retentissant en 1889, avec la faillite de la Compagnie universelle du canal interocéanique et un scandale de corruption qui éclabousse de nombreuses personnalités.
Dans sa vie privée, il est marié deux fois et père de nombreux enfants. Sa première épouse, Agathe Delamalle, décède prématurément. Il se remarie en 1869 avec Louise-Hélène Autard de Bragard, de 37 ans sa cadette, avec qui il a douze enfants.
Biographie Naissance
Il est né à Versailles au 19, rue des RéservoirsIl est né dans l'ancien 18 actuel 19 de la rue des Réservoirs, à l'angle de la rue de la Paroisse, une plaque à hauteur du le rappelle., – au sur son acte de naissance – le à trois heures et demie de l'après-midi. Il passe ses premières années en Italie, où son père est en poste. Il suit ses études au lycée Henri-IV à Paris. Son éveil intellectuel se serait produit, selon le témoignage de l’intéressé, dans un cycle de conférences donné par l’abbé de La Mennais et ses amis ultramontains. Bachelier à Amiens, le futur perceur d’isthme s’inscrit aux cours de droit commercial en vue du quai d’Orsay, mais il préfère de loin les séances d’équitation. Il deviendra un cavalier remarquable, d’une adresse qui lui donnera grand crédit auprès de ses partenaires arabes. De 1825 à 1827, il est vice-consul auxiliaire à Lisbonne, où son oncle, Barthélemy de Lesseps, est chargé d'affaires. Cet oncle embarqua sur L'Astrolabe, commandée par Fleuriot de Langle, et participa ainsi à l'expédition de La Pérouse. Avant la disparition du navire, et alors que l'expédition faisait relâche à la presqu'île de Kamtchatka, La Pérouse lui demanda d'apporter ses documents à Versailles (journaux, cartes et notes), lui sauvant ainsi la vie, sans le savoir.
Surnommé « le Grand Français », Ferdinand de Lesseps – on voit souvent apparaître le deuxième prénom Marie mais son acte de naissance ne mentionne que Ferdinand – a été le principal promoteur des deux projets de canaux les plus ambitieux de son temps, le canal de Suez puis le canal de Panama. Ce dernier projet fit perdre tant d'argent aux actionnaires que le promoteur fut condamné à cinq ans de prison, peine qu'il ne purgea pas en raison de son grand âge (88 ans) et de son état de santé précaire. Sa statue trône sur la place de France à Panama avec son nom écrit de cette manière : Fernando Maria Vizconde de Lesseps.
Ses origines L'origine de sa famille remonterait à la fin du . Son plus ancien ancêtre connu en ligne paternelle est un maître charpentier né dans la deuxième moitié du . Un de ses arrière-grands-pères est le secrétaire de la reine Marie-Anne de Neubourg, veuve de Charles II d'Espagne, exilé à Bayonne après l'accession au trône de Philippe V..
Depuis le milieu du , les ancêtres de Ferdinand de Lesseps suivent la carrière diplomatique, dans laquelle lui-même occupe plusieurs fonctions de 1825 à 1849. Son oncle, Barthélemy de Lesseps, est anobli par le roi Louis XVI. Sa mère, Catherine de Grevigné (1774-1853), est espagnole, et tante maternelle de la comtesse de Montijo, mère de l'impératrice Eugéniediplomatie.gov.fr..
Il est le neveu du diplomate Jean-Baptiste Barthélemy, baron de Lesseps.
Vie familiale Ferdinand de Lesseps a eu 17 enfants avec 2 femmes, dont le dernier à l'âge de 78 ansPortrait de Pierre-Victor de Lesseps à l'âge de 8 ans | Galerie Christian Le Serbon.. Il se marie deux fois, en premières noces, à Agathe Delamalle (1819-1853), petite-fille de Gaspard Gilbert Delamalle, qui lui donne cinq fils : Charles-Théodore, Charles-Aimé, Ferdinand-Marie, Ferdinand-Victor et Aimé-Victor, puis en secondes noces après le décès d'Agathe, à Louise-Hélène Autard de Bragard (1848-1909), originaire de l'île Maurice, qui lui donne douze autres enfants : Mathieu-Marie, Ferdinand-Ismaël (1871-1915, mort pour la France), Ferdinande-Hélène, Eugénie-Marie, Bertrand (1875-1917, mort pour la France), Marie-Consuelo, Marie-Eugénie, Marie-Solange, Paul (1880-1955) , Robert (1882-1916, mort pour la France)Robert de Lesseps, lieutenant au meurt de ses blessures le 3 septembre 1916 lors de la bataille de la Somme ()., Jacques (1883-1927, pionnier de l'aviationChef d'aviation, son nom est cité dans la plupart des ouvrages consacrés aux débuts de l'aviation.) et GiselleClaude-André Donadello, Ferdinand de Lesseps, sa famille et sa descendance, éditions Christian, 1989..
Sa carrière thumb|Caricature par André GillLa Lune, . Diplomatie En 1828, Ferdinand de Lesseps est envoyé en tant que vice-consul auxiliaire à Tunis, où son père est consul-général. Il facilite courageusement l'évasion de Yusuf, alors mamelouk, poursuivi par les soldats du Bey dont il est un des officiers. Yusuf se montrera reconnaissant de cette protection française en se distinguant dans les rangs de l'armée française à l'heure de la conquête de l'Algérie : il deviendra général.. Ferdinand se voit ensuite confier par son père une mission auprès du comte Clauzel, général en chef de l'armée de conquête en Algérie. Dans une lettre du à Mathieu de Lesseps, le général écrit : « J'ai eu le plaisir de rencontrer votre fils, qui promet de soutenir avec grand crédit le nom qu'il porte. »
En 1832, Ferdinand de Lesseps rejoint Alexandrie comme Élève consul, avant d'y être nommé vice-consul, le Archives diplomatiques de La Courneuve, Paris, dossier PP n°2594, Papiers Personnels : M. Ferdinand de Lesseps.. Afin de le faire patienter pendant la quarantaine du navire, le Diogène (des Postes françaises) qui l'a conduit en Égypte, monsieur Jean-François Mimaut, consul général de France à Alexandrie, lui envoie plusieurs livres, parmi lesquels le mémoire écrit, selon les instructions de Bonaparte, par l'ingénieur Jacques-Marie Le Père, membre de l'expédition scientifique d'Égypte, chargé d'étudier le creusement d'un canal à travers l'isthme de Suez. De ces lectures et de sa rencontre avec les Saint-Simoniens (voir Cercle Saint-Simon) venus là marier l'Orient et l'Occident, naît le projet du canal dans l'imagination de Ferdinand.
Des circonstances bien particulières facilitèrent la réalisation du projet. Méhémet Ali, qui était le vice-roi d'Égypte, devait, au moins dans une certaine mesure, sa position aux recommandations faites au gouvernement français par Mathieu de Lesseps, consul-général en Égypte quand Méhémet Ali n'était qu'un simple colonel. Ferdinand fut donc amicalement et affectueusement accueilli par le vice-roi. Plus tard, c'est Saïd Pacha (fils de Mehemet Ali) qui lui accordera la concession pour la construction du canal de Suez.
Le , Ferdinand de Lesseps est promu consul de , cette fois-ci au Caire. Il est peu après chargé de la gestion du consul général d'Alexandrie. Pendant cette période, une terrible épidémie de peste sévit durant deux années, de 1834 à 1835, coûtant la vie de plus d'un tiers des habitants du Caire et d'Alexandrie. Faisant preuve d'une ardeur imperturbable, Ferdinand poursuit sa mission, allant d'une ville à l'autre, selon la présence du danger. Il est fait chevalier de la Légion d'honneur (par ordonnance du ) pour sa "conduite admirable" lors de ces évènements tragiques. Chargé une seconde fois de l'intérim du consulat général d'Alexandrie suite à un congé de Jean-François Mimaut, il reste en poste à Alexandrie jusqu'à la mort de ce dernier en , avant de laisser sa place consul Adrien-Louis Cochelet et de prendre un congé, fin 1837, afin de se marier avec Agathe Delamalle.
En , il est nommé consul à Rotterdam, et l'année suivante, transféré à Malaga en 1841, ville natale de sa mère. En 1842, il est envoyé à Barcelone, et bientôt promu au rang de consul général. Au cours d'une insurrection sanglante en Catalogne, qui finit par le bombardement de Barcelone, Ferdinand de Lesseps fait preuve du courage le plus persistant en sauvant de la mort, sans distinction, des hommes appartenant aux factions rivales, et en protégeant non seulement les Français en danger, mais aussi des étrangers de toutes les nationalités. En 1859, il crée une école pour scolariser les enfants des Français immigrés à Barcelone, cet établissementhttp://www.lesseps.net/ Site officiel de l'école française Ferdinand-de-Lesseps à Barcelone. qui porte son nom est aujourd'hui le plus ancien établissement français de la péninsule Ibérique. De 1848 à 1849, il est ministre de la France à Madrid. Il est ensuite nommé comme chargé d'affaires à Berne en , poste qu'il ne rejoint pas, puisqu'il est pour finir nommé à Rome.
La République romaine vignette|Demeure et bureaux de Ferdinand de Lesseps à Ismaïlia, près du canal de Suez. Après cela, il fut envoyé de toute urgence à Rome, en tant que légat de la République romaine naissante. Il se trouva que, le , un corps expéditionnaire français, dirigé par le général Oudinot, avait trompé à Civitavecchia, prétendant être venu défendre la République romaine de l'intervention des Autrichiens. Le , cependant, à la demande urgente du pape Pie IX, qui s'était enfui à Gaète avec la cour, il marcha sur la ville avec et quelques fusils (ce qui ne manqua pourtant pas d'endommager le Vatican), convaincu que " les Italiens ne l'[avaient] pas battu », mais où, au lieu de cela, le , il fut mis en fuite et inculpé par les hommes de Garibaldi, avec de nombreux morts, blessés et 300 prisonniers. Oudinot avait désormais besoin de gagner du temps pour attendre les renforts et se préparer au siège. À ce moment-là, Lesseps arriva, avec le poste de plénipotentiaire, mais en réalité en tant que temporeggiatore, et accepta la trêve des armes. Cela permit aux Français de rassembler et un puissant parc de siège. Plus tard, le , Oudinot rompit la trêve et, le , avec une nouvelle tromperie, il attaqua, mais seulement pour rencontrer une résistance beaucoup plus forte que prévu. L'Assemblée de la République romaine ne capitula pas, mais cessa toute activité belligérante le , donnant mandat à un nouveau triumvirat de le faire savoir aux Français. Désavoué, Ferdinand de Lesseps « [entra] en dissidence », selon son expression, et démissionna du service diplomatique. Il fut alors accusé de collusion avec l'ennemi, et sera défendu devant la Chambre par Ledru-Rollin, après avoir été déféré par l'Assemblée conservatrice devant la juridiction du Conseil d'État, qui l'accusa d'avoir reconnu au gouvernement romain « une autorité morale et point seulement de fait ». Il rédigea un mémoire qui fut rendu public en .
Le canal de Suez