Roman Iosypovytch Choukhevytch (en ; en ), dit Taras ou Tchouprine, né le à Krakovets près de Yavoriv en royaume de Galicie et de Lodomérie et mort le à , faubourg de Lviv, est une figure majeure du nationalisme ukrainien.
Complice d'un assassinat politique, entré à dix-neuf ans dans la clandestinité, il organise et participe au début des années 1930 aux attentats séparatistes que l'UVO mène sur le territoire de ce qui fut la Ruthénie annexé à la fin de la guerre soviéto-polonaise par la Pologne. Sous une couverture civile avec le soutien de l'Allemagne nazie puis sous l'uniforme de la Wehrmacht à la tête du bataillon Nachtigall et enfin dans le maquis, après avoir déserté la Schutzmannschaft, il conduit de 1937 jusqu'à sa mort l'action militaire de quelque vingt mille à deux cent mille insurgés de l'OUN contre les autorités polonaises, puis de l' contre l'occupation soviétique. Il fait assassiner des dizaines de milliers de civils polonais et juifs.
Biographie Une jeunesse galicienne L'idéal national en héritage (1907-1926) vignette|Photographie de famille en 1913 ou 14. Roman Choukhevytch est assis au milieu, au pied de son grand père paternel, qui mourra en 1915. Son père est debout, le deuxième à gauche. Sa mère, assise, la deuxième à gauche. Roman Choukhevytch nait sujet autrichien dans la vice régence de Galicie. C'est le petit fils de , un professeur de Lemberg, investi dans l'action socialeFiche généalogique de Volodimir Choukhevytch sur le site Rodovid. au sein de l'Église grecque-catholique ukrainienne et passionné d'anthropologie ukrainienne. Il est l'aîné d'une sœur et un frère. Sa mère, Eugénie Stotzka, est la fille très pieuse d'un pasteurYevhenia Stocky (1883 - 1956).. Son père, Zénon Joseph, avocatFiche généalogique de Nathalie Bérézinska sur le site Rodovid., est nommé commissaire politique de Krakovets durant la guerre polono-ukrainienne. Il héberge en 1921 et 1922S. Chakh, Roman Shukhevych - an unbroken symbol, , Ukrainian publishers Union pour Ukrainian Institute of Political Education, Londres, 1990. le chef de l'Organisation militaire ukrainienne (UVO), Eugène Konovalets. Promu juge par le gouvernement de la République populaire d'Ukraine occidentaleFiche généalogique de Joseph Choukhevytch sur le site Rodovid., en exil à Vienne depuis , il installe sa famille à Lwów, 18 rue Kosanersky, alors même que seule l'administration de la deuxième république de Pologne y est reconnue par le Haut Conseil de la Conférence de paix de Paris depuis le .
Le , la Société des Nations entérine l'annexion de l'Ukraine occidentale par la Pologne. Roman Choukhevytch a seize ans et s'engage dans l'UVO clandestineP. Sodol, Roman Shukhevych, in R. Senkus & al., Encyclopedia of Ukrain, University of Toronto Press pour Institut canadien d'études ukrainiennes de la faculté des Arts de l'Université de l'Alberta, Toronto, 1999.. Trois ans plus tard, le , il participe avec un complice, , à l'assassinat du recteur de l'université de Lwów, , accusé de poloniser l'instruction publiqueG. Motyka, Ukraińska partyzantka, 1942-1960, , Rytm pour l'Institut d'études politiques de Académie polonaise des sciences, Varsovie, 2006, ..
Entré à dix-sept ans à l'École polytechnique, où l'enseignement se fait en ukrainien alors qu'à l'Université il l'est en polonais, il y poursuit à la rentrée 1926 des études supérieures et y obtiendra un diplôme d'ingénieur en génie civil huit ans plus tard, en . Athlète plusieurs fois médailléT. Hryvul, V. Moroz, V. Muravsky & V. Okarynsky, Матеріали до пластового мартиролога, , Lviv, 2003., il étudie piano et chant à l'Institut de musique Lysenko avec son frère, ce qui les amène quelquefois sur la scène de l'opéra de la ville.
Des confréries plastiennes à l'insoumission (1927-1930) vignette|Camp dans les Carpates durant l'été 1926 des éclaireurs de la « grande troupe des diables de la forêt ». Roman Choukhevytch est au milieu du deuxième rang. Membre des éclaireurs de la grande troupe des Diables de la forêt au sein des confréries (tel l'ordre de l’Éperon de fer) du mouvement Plast, il fonde en 1927 sa propre meute, les TchornomorskyS. Chakh, Roman Shukhevych - an unbroken symbol, , Ukrainian publishers Union pour Ukrainian Institute of Political Education, Londres, 1990. (Чорноморські), à laquelle participe Stepan BanderaS. Bandera, Автобіографія, , Munich, 1964..
En , l'UVO adhère à la nouvelle organisation politique qu'Eugène Konovalets en exil fonde à Vienne, l'OUN, Organisation des nationalistes ukrainiens, qui réunit plusieurs associations de jeunesses ukrainiennes, et Roman Choukhevytch en devient le représentant pour la Galicie. Appelé au service militaire dans l'armée polonaise cette même année 1929, il est fiché comme suspect et le grade d'officier lui est refusé. Il déserte pour compléter une formation d'artilleur au sein de l'UVO clandestine dans les forêts de Volhynie à l'est de la ligne Curzon.
À la suite des élections de défavorables aux députés de la , des manifestations du centre gauche et du coup d'état du 14 mai conduit par le ministre de la défense Joseph Pilsudski, le gouvernement d'« assainissement » du président Ignacy Mościcki interdit le en Ruthénie comme il l'avait été en Volhynie en 1928. Des camps d'été avaient déjà été organisés de l'autre côté de la frontière en Ukraine carpathique sous l'égide du , l'association scoute de Tchécoslovaquie, mais le décret pousse un peu plus la jeunesse ukrainienne à la clandestinité.
En 1930, Roman Choukhevytch épouse Nathalie (-), fille du pasteur du village de Letsivka, à l'ouest d'Ivano-Frankivsk, et sœur de son compagnon d'armes . Il en aura un garçon et une fille.
Campagnes terroristes contre les autorités polonaises (1930-1934) vignette|gauche|Roman Choukhevytch en 1930 durant sa première clandestinité en Volhynie. Désormais clandestin, Roman Choukhevytch est choisi pour être adjoint du conseil militaire de l'OUN. Sous le pseudonyme de « Le glas » (Dzvin), qui se trouve avoir été aussi le titre de l'organe de presse de l'USDRP, il dirige en Galicie à partir du une campagne de sabotage des chemins de fer, routes et centraux téléphoniquesT. Snyder, Sketches from a Secret War: A Polish Artist's Mission to Liberate Soviet Ukraine, , Yale University Press, New Haven, 2007.. Quelque deux mille deux cents actes seront recensés. Les attentats visent également les propriétés des osadniks, qui sont des vétérans de l'armée polonaise reconvertis en colons, mais aussi celles d'ukrainiens collaborateurs.
Leur objectif est de provoquer dans le Kresy, la Pologne frontalière, une politique de répressionR. J. Crampton, Eastern Europe in the twentieth century, , Routledge, 1994. qui rallie les nationalistes ruthènes modérés à la cause séparatiste. Effectivement, le ministre de l'Intérieur polonais Bronisław Pieracki riposte le en arrêtant quatre députés de l'Alliance démocratique nationale ukrainienne. Le commencent plusieurs semaines de « », opération policière et militaire de délation et de fouilles ponctuée de violences sur les biens et les personnes.
En 1931, son premier enfant, Martusia, meurt en bas âge et sa femme retourne vivre chez ses parents. Un divorce est prononcé pour la sécurité de celle-ci et celle de leurs futurs enfants.
vignette|En 1930, Roman Choukhevytch, en pantalon rayé, sa femme Nathalie, sa belle mère et, avant-dernier à droite, son beau frère , qu'il exécutera au cours d'un braquage raté. Roman Choukhevytch, pour pouvoir continuer l'action terroriste, organise des braquages de banques et de trainsG. Motyka, Ukraińska partyzantka, 1942-1960, , Rytm pour Institut d'études politiques de Académie polonaise des sciences, Varsovie, 2006, ., participant lui-même le à celui de la poste de Gródek JagiellońskiG. Motyka, Ukraińska partyzantka, 1942-1960, , Rytm pour Institut d'études politiques de Académie polonaise des sciences, Varsovie, 2006, . au cours duquel, blessé, son beau-frère, Georges Bérézinsky, est exécuté pour ne pas être pris par l'ennemi.
Il orchestre plusieurs assassinats politiques : le , celui, commis par et , du journaliste prométhéiste , député polonais proche de Józef Piłsudski et favorable, par nationalisme anti russe, à une autonomie de la Galicie orientale, le , celui du Czechowski, auquel participe son beau frère, le , celui, commis par , du consul russe à Lwów, mais c'est le secrétaire de ce dernier, Alexeï Maïloff, qui est tuéG. Motyka, Ukraińska partyzantka, 1942-1960, , Rytm pour Institut d'études politiques de Académie polonaise des sciences, Varsovie, 2006, ., le , celui, commis par , du ministre de l'Intérieur polonais, Bronisław PierackiМірчук П. Нарис історії ОУН… — С. . (Mirchuk P. Essays in the history of the OUN - , celui-là même qui avait interdit en 1930 le scoutisme Plast en Galicie.
Entre deux attentats, tout en veillant à échapper à la surveillance policière, il retrouve sa femme, malgré la tragédie qu'a été l'exécution de son beau-frère, et son fils Georges Dieudonné (), prénommé ainsi en hommage au défunt, naît le Fiche généalogique de Georges Romanovitch Choukhevytch sur le site Rodovid..
Prisons (1934-1936) vignette|gauche|180px| aujourd'hui. Roman Choukhevytch y a été détenu cinq mois. vignette|La , ancien couvent de brigittines de la rue Kazimierzów à Lviv, où Roman Choukhevytch effectue en 1936 une peine d'une année d'incarcération. C'est là que le il découvrira les cadavres entassés des opposants au NKVD. À la suite de l'assassinat du ministre de l'Intérieur, Roman Choukhevytch est caché avec femme et enfant par le père Mitchak, prêtre uniate, dans le presbytère de Bilitch, village à l'écart de Staryï Sambir. Il est arrêté le ainsi que Mykola Lebed, livré par la Gestapo au cours de sa fuite à Dantzig, et Yaroslav Stetsko. Il est interné à , centre de rétention extra judiciaire de la chartreuse de Biaroza, qui est du ressort du gouverneur sanatiste de Polésie et ancien légionnaire . Roman Choukhevytch y organise un groupe de self defense. Faute de charges, il est libéré en .
Appelé à témoigner au procès de Yaroslav Stetsko qui se tient à Varsovie du au , il est mis à l'amende par le juge du tribunal pour avoir réclamé de pouvoir s'exprimer en ukrainien et crier en pleine séance « Gloire à l'Ukraine ». Il est incarcéré le à la de Lwów et poursuivi pour son activisme. Malgré la défense assurée par son oncle , il est condamné à quatre ans de prison. Sa femme lui rend régulièrement visite à . Une amnistie réduit sa peine à deux ans et, compte tenu de la peine préventive effectuée, le libère au début de l'année 1937.
Publicitaire et agent de l'Abwehr (1937-1940) vignette|380px|Roman Choukhevytch, patron de l'agence Fama en 1938 avec sa sœur Nathalie, cadette de quinze ans. Deux ans plus tard, elle sera arrêtée par le NKVD et condamnée à dix ans d'internement puis cinq de goulag à dans l'Oural et dix autres d'exil au DjamboulV. Karanda, Доля рідної сестри Романа Шухевича Наталії, in Народна правда, 20 mars 2010..
La couverture de l'agence Fama (1937) En , Roman Choukhevytch fonde une agence de publicité, Fama, qui devient la première de Galicie, où l'industrie prospère, en particulier grâce au pétrole extrait et raffiné à Drohobytch. La firme remporte des marchés pour les eaux minérales, multiplie les filialesB. Tchaïkivsky, Чайківський Б. ФАМА. Рекламна фірма Романа Шухевича, Centre d'études du mouvement pour la libération, Lviv, 2004 (document de propagande nationaliste à lire d'un œil critique).. Elle sert de couverture aux membres de l'UVO.
Agent de liaison du sitch des Carpathes (1938)