vignette|La mort de Roland au col de Roncevaux.Miniature de Jean Fouquet, Grandes Chroniques de France, Paris, Département des Manuscrits de la BNF, vignette|Le même sujet traité par Alphonse de Neuville en 1883.

La chanson de geste est un genre littéraire du Moyen Âge en Europe, constitué de récits versifiés relatant les exploits de héros appartenant le plus souvent à des époques antérieures à la composition de l'œuvre, notamment l'époque carolingienneSi la plupart des chansons de geste puisent dans un passé mythifié (et notamment le règne de Charlemagne), d'autres au contraire sont globalement contemporaines des personnages de la chanson (comme Hugues Capet, chanson du ). Sur la question de l'Histoire dans les chansons de geste, voir l'ouvrage de François Suard, Guide de la chanson de geste et de sa postérité littéraire, Honoré Champion, 2011.. Ce genre est particulièrement bien représenté dans la littérature française médiévale, avec pour archétype la célèbre Chanson de Roland, qui raconte la mort du héros à Roncevaux lors d'une bataille contre les Sarrasins.

Ces poèmes épiques sont le plus souvent en décasyllabes, plus tardivement en alexandrins ; les vers sont assonancés et regroupés en laisses, groupes de vers de taille variable présentant la même assonanceDéfinition du mot « laisse » dans le Dictionnaire de l'Académie française () sur le site CNRTL..

Il existe aussi des chansons de geste issues d'autres régions d'Europe, notamment l'Espagne et l'ItalieL'Espagne et l'Italie n'étant pas des États au Moyen Âge, mais des ensembles d'États..

Étymologie et signification du mot « geste » Le mot féminin « geste »Nom féminin singulier en français, à ne pas confondre avec le masculin ., vient du mot latin neutre pluriel gesta (participe passé du verbe gero, gerere, gessi, gestum) qui signifie « les choses qui ont été faites », « ce qui a été fait, accompli », et, avec une connotation épique « les exploits ». Le mot masculin « geste » a d'ailleurs la même étymologie.

La geste est donc le récit des exploits guerriers ou fantastiques de tel ou tel héros, différents modes d'expression pouvant être utilisés : la parole, le chant, le mime. Souvent anonyme, l'auteur de la geste est un troubadour (dénomination occitane) ou un trouvère (dénomination de langue d'oïl) qui la destine à être chantée et accompagnée musicalement, devant un public populaire ou noble.

Historique Le genre de la chanson de geste apparaît au début de la littérature française, au . Elles sont chantées principalement entre 1050 et 1150. Les dernières sont composées au cours du . Elles sont rédigées soit en ancien français, soit en ancien occitan.

Caractéristiques de la littérature médiévale, les chansons de geste prennent la suite des grandes épopées de l'Antiquité (l'Iliade, l'Odyssée, l'Énéide). Elles diffèrent d'un autre grand genre littéraire médiéval, la poésie lyrique, dont la langue est exclusivement l'occitan.

Selon le médiéviste Paulin Paris, les chansons de geste ont été précédées par les cantilènes, textes très anciens dans lesquels le mot « geste » Paulin Paris, Étude sur les Chansons de geste et sur le Garin le Loherain de Jean de Flagy page 15, dans l'introduction.. Paulin Paris pense que les grandes familles du haut Moyen Âge ont compilé en recueils les récits et cantilènes valorisant leur famille, en excluant plus ou moins les autres. Dans un second temps, l'invention s'est introduite et étendue dans ces récits, en mélangeant aussi des événements d'époques et de portées différentes, réagencés en renommant les personnages pour la cohérence interne de la geste ou pour convenir à un commanditaire.

Caractéristiques Classification vignette|Mariage de Girart, enluminure du , attribué au maître du Girart de Roussillon.

Au , Paulin Paris classe les gestes en trois types : les chansons de geste correspondant à une ; celles qui prolongent les précédentes en brodant librement sur la tradition primitive ; les .

Versification Elle correspond à des codes variant selon les époques, et devait aider les trouvères ou troubadours à mémoriser de longs textes, éventuellement chantés.

Le nombre de pieds est généralement de dix, mais il existe des textes, supposés plus anciens, où le nombre de pieds est de huit.

Sujets Écrites en langue d'oïl par les auteurs puis chantés par les trouvères, en langue d'oc, et par les troubadours, et en langue franco-vénitienne en ItalieL'Entrée d'Espagne, chanson de geste franco-italienne, tome II, publiée d'après le manuscrit unique de Venise par Antoine Thomas, Société des Anciens Textes Français, 1913, p. 324 (index of proper names) Günther HOLTUS, Peter WUNDERLI, Franco-italien et épopée franco-italienne, Heidelberg, Winter, 2005 (GRLMA, vol. III. Les épopées romanes, t. 1/2, fasc. 10)., elles chantent la valeur martiale de héros de l'époque carolingienne au cours de leurs batailles contre les musulmans. Mais ces héros ont le mode de vie et les comportements des chevaliers du , pas celui des guerriers de l'époque carolingienne, dont on sait d'ailleurs peu de choses.

À ces légendes d'origine historique s'est ajoutée une forte touche de merveilleux : des géants, de la magie et des monstres apparaissent parmi les ennemis avec les Sarrasins. Avec le temps, les aspects historiques et militaires se sont affaiblis en faveur des aspects merveilleux.

Les thèmes des chansons de geste sont devenus notoires en tant que matière de France, qui s'oppose à la matière de Bretagne, traitant du roi Arthur et de ses chevaliers, et à la matière de Rome, qui mélange la mythologie grecque (Guerre de Troie en particulier), et les récits sur Alexandre le Grand, Jules César, et d'autres figures de l'Antiquité présentées comme des exemples de chevalerie.

Lorsque les mœurs de la noblesse se sont adoucies, la chanson de geste a perdu sa prééminence au profit des récits d'amour courtois, qui en sont inspirés, mais privilégient les relations sentimentales entre le chevalier et sa dame.

thumb|Cour d'amour en Provence, Manuscrit du , Bibliothèque nationale de Paris.

Héros épique Dans les chansons de geste, seule la classe nobiliaire est mise en scène.

Le héros épique est un chevalier doué d'une force surhumaine, capable d'endurer toutes sortes de souffrances physiques ou morales. Exemplaire par sa fidélité à son seigneur, il est élu pour sa perfection et représente toujours une collectivité dont l'existence est en jeu. Avec Charlemagne, par exemple, c'est la « dulce France » et le monde chrétien qui luttent et souffrent pour vaincre à la fin, avec en général l'assistance des forces divines. La mort est le moment le plus émouvant du récit et recèle une leçon dictée par la vision religieuse et féodale de la société : la souffrance et la mort sont nobles lorsqu'elles sont subies pour Dieu et le suzerain. Ainsi le public, qu'il soit chevaleresque ou populaire, est appelé aux grandes émotions collectives et religieuses.

Les autres personnages ont des rôles définis : ami confident, traître, ennemi, lâche, etc. Ils figurent dans le récit pour souligner davantage l'héroïsme et les vertus du héros principal, comme dans la Chanson de Roland.

Principales gestes

Les trouvères des ont groupé les chansons de geste en trois grandes séries appelées « cycles » ou « gestes ». Chaque cycle comprend des poèmes épiques autour d'un héros ou des membres de sa famille.

Cycle de Charlemagne ou cycle du roi vignette|Couverture de l’Édition populaire de la Chanson de Roland (1881), illustrée par Luc-Olivier Merson.

Les sujets sont groupés autour de la famille des Rafanitus, notamment autour de la biographie légendaire de Charlemagne : les chansons constituent une transposition littéraire des guerres réelles contre les Lombards, Bretons, Saxons, Sarrasins. L'esprit et les articles de foi se résument en quelques points saillants : barons serviteurs du roi, service féodal dû au suzerain, honneur féodal, vaillance combative, intrépidité.

Ce cycle comprend vingt-sept chansons de geste, parmi lesquelles. : la Chanson de Roland, Berthe au grand pied, Mainet et Basin, composant les Enfances Charlemagne, Macaire, Aspremont, l'Entrée d'Espagne (en langue franco-vénitienne), la la Prise de Pampelune (en langue franco-vénitienne), Gui de Bourgogne, Aquin, Otinel, la Chanson des Saisnes, Anseïs de Carthage, le Pèlerinage de Charlemagne, la Destruction de Rome et Fierabras, composant le , Simon de Pouille. le Roman de Notre-Dame de Lagrasse (en prose).

Cycle de Guillaume d'Orange thumb|Illustration sur le manuscrit 24369, au recto du feuillet 197, au début de la chanson de geste Aliscans L'esprit de cette geste est différent : fierté du lignage (parfois plus importante que la religion), indépendance de la famille, mais fidélité à Charlemagne et à ses descendants légitimes, service sans réserve, importance des figures féminines (cf. Guilbourc). Le ton en est parfois plus libre, souvent comique, les scènes de brutalité se mêlent aux scènes d'un tragique sublime (cf. la mort de Vivien).

Le cycle comprend vingt-quatre chansons de geste.. L'ordre du cycle est le suivant : , Girart de Vienne, , Les Narbonnais, Enfances Guillaume, Couronnement de Louis, Charroi de Nîmes, Prise d'Orange, Enfances Vivien, Chevalerie Vivien, Aliscans, La Bataille Loquifer, Moniage Rainoart, Moniage Guillaume, Siège de Barbastre, Guibert d'Andrenas, la Mort Aymeri de Narbonne, Fouque de Candie, Les Enfances Garin, La Prise de Cordres et de Sebille, Renier, Galien le Restoré, Bueve de Commarchis, la Chanson de Guillaume.

Au sein de cet ensemble, le , ou , ne compte que dix chansons (Enfances Guillaume, Couronnement de Louis, Charroi de Nîmes, Prise d'Orange, Enfances Vivien, Chevalerie Vivien, Aliscans, Bataille Loquifier, Moniage Rainoart et Moniage Guillaume). Y sont enchâssés deux : celui de Vivien (Enfances Vivien, Chevalerie Vivien et Aliscans) et celui de Rainoart (Aliscans, Bataille Loquifier et Moniage Rainoart).

Cycle de Doon de Mayence ou cycle des barons révoltés vignette|alt=Page enluminée avec une peinture sur le tiers supérieur de la page représentant dans des couleurs vives des hommes en arme autour d'une forteresse et des chevaliers|La Chanson des quatre fils Aymon dans un manuscrit flamand du . BNF, Fr.764, f.119v.

Ce cycle comprend soixante chansons. L'idée principale est la lutte des féodaux contre la royauté. La plupart des poèmes de ce cycle sont isolés. Il n'y a pas de figure centrale.

Le cycle comprend surtout : Raoul de Cambrai, Renaut de Montauban ou les Quatre Fils Aymon, Doolin de Maience et sa continuation Gaufrey, Doon de la Roche, Girart de Roussillon, Auberi le Bourguignon, Huon de Bordeaux avec son prologue, Aubéron, et ses continuations, Esclarmonde, Clarisse et Florent, Yde et Olive. Gormont et Isembart Tristan de Nanteuil La Chevalerie Ogier

Gestes secondaires Geste des Lorrains

La Geste des Lorrains comprend : Hervis de Metz Garin le Lorrain, fils d'Hervis, Girbert de Metz, fils de Garin, Yonnet de Metz, fils de Girbert Anseÿs de Gascogne, fils de Girbert dans une autre tradition La Vengeance Fromondin

Geste de Nanteuil La Geste de Nanteuil comprend : Aye d'Avignon, Gui de Nanteuil, fils du précédent, Parise la Duchesse, sœur du précédent, Doon de Nanteuil, dont nous ne possédons que des fragments, Tristan de Nanteuil.

Geste de la Croisade

La geste de la Croisade comprend deux cycles successifs.

Le premier comprend les chansons suivantes. : la Naissance du chevalier au cygne, le Chevalier au cygne, la Fin d'Élias, les Enfances Godefroi, la Chanson d'Antioche, , la Chanson de Jérusalem et ses différentes continuations dont la Chrétienté Corbaran, la Prise d'Acre, la Mort Godefroi et la Chanson des rois Baudouin.

Les second, remaniement du premier, comprend les chansons suivantes. : le Chevalier au cygne, Baudouin de Sebourg, le Batard de Bouillon, Saladin.

Parodie de chanson de geste