, dit el Animoso en espagnol, c'est-à-dire « le Brave », né le au château de Versailles et mort le au palais du Buen Retiro à Madrid, est un prince issu de la maison de France (Capétiens), devenu roi d'Espagne et des Indes en 1700, à la mort de son grand-oncle . Il abdique brièvement en 1724 au profit de son fils Louis , avant de remonter sur le trône six mois plus tard, et ce jusqu'à sa mort en 1746. Son règne, de quarante-cinq ans et deux jours, est le plus long de la monarchie espagnole.
Fils cadet du Grand Dauphin et petit-fils du roi de France , le jeune Philippe de France est d'abord titré duc d'Anjou, avant d'être appelé à ceindre les couronnes espagnoles, au moment où s'éteint la maison d'Autriche, qui régnait sur l'empire espagnol depuis Philippe le Beau. Il fonde ainsi une nouvelle dynastie et devient le premier monarque espagnol de la maison de Bourbon.
Son règne, marqué dans un premier temps par la guerre de Succession et l'affermissement de son trône, inaugure aussi une ère de réformes, modifiant profondément l'organisation territoriale des royaumes hispaniques par l'abolition des royaumes de Castille et d'Aragon. De roi des Espagnes, il devient à la suite des décrets de Nueva Planta en 1716 roi d'Espagne.
Biographie
Enfance française et enjeux successoraux espagnols alt=|gauche|vignette|Portrait de Philippe, alors duc d'Anjou, par Pierre Mignard, 1686.
Naissance et éducation Philippe naît le au château de Versailles. Deuxième fils de l'héritier du trône de France, Louis, dit « le Grand Dauphin » et de Marie-Anne de Bavière, il est ondoyé le jour de sa naissance dans la chambre de sa mère par Emmanuel-Théodose de La Tour d'Auvergne, cardinal de Bouillon, et par Nicolas Thibault, curé de l'église Saint-Julien de Versailles, en présence de son grand-père, le roi , et de son grand-oncle, Philippe d'OrléansRegistre des baptêmes (1683) de l'église Saint-Julien de Versailles, Archives départementales des Yvelines.. Il est titré à sa naissance duc d'Anjou, titre traditionnel pour les cadets de la famille royale. gauche|vignette|Philippe V, duc d'Anjou enfant, par François de Troy 1696. Le , le même jour que ses deux frères Louis de Bourgogne et Charles de Berry, Philippe d'Anjou est baptisé par l'évêque d'Orléans et premier aumônier du roi, Pierre du Cambout de Coislin, dans la chapelle royale du château de Versailles, en présence de François Hébert, curé de l'église Notre-Dame de Versailles. Son parrain est « Monsieur », Philippe d'Orléans, frère du roi, et sa marraine est « Mademoiselle », Élisabeth-Charlotte d'Orléans, future duchesse de Lorraine et de BarRegistre des baptêmes (1687) de l'église Notre-Dame de Versailles, Archives départementales des Yvelines..
Son père et son frère aîné étant les héritiers présomptifs de la couronne, le duc d'Anjou n'est pas élevé dans la perspective de régner. Après avoir été confié aux soins de la gouvernante des enfants de France, Louise de Prie, Philippe passe aux hommes en 1690 : le duc de Saint-Aignan est désigné comme son gouverneur, et celui-ci s'adjoint un précepteur, le grand théologien et pédagogue Fénelon. La même année, le duc d'Anjou perd sa mère, la dauphine Marie-Anne de Bavière.
Enjeu de la succession espagnole
À la fin des années 1690, le problème de la succession d'Espagne devient aigu. Le dernier souverain espagnol de la maison de Habsbourg, Charles II, surnommé el Hechizado (« l'Ensorcelé »), est un homme malingre et contrefait, de santé très délicate, victime de la politique matrimoniale endogamique de son lignage. Incapable d'engendrer des enfants malgré deux mariages consommés, il n'a pas d'héritier direct. Avant même sa mort, les grandes puissances européennes tentent de s'entendre pour partager ses nombreuses couronnes, ne pouvant se satisfaire que soit conservée l'intégrité de l'immense empire espagnolL'enjeu est effectivement important : si l'Espagne allait aux Bourbons, le dauphin étant l'héritier le plus direct et l'aîné des neveux de , cela augmenterait l'influence déjà immense de , fils d'Anne d'Autriche (elle-même fille aînée de ) et époux de Marie-Thérèse d'Autriche (elle-même fille de ). Si l'Espagne allait à la maison de Habsbourg d'Autriche, (dont le roi d'Espagne est membre) l'empire de Charles Quint serait reconstitué et la France, de nouveau encerclée (cette théorie de l'encerclement connue son essor à la fin du lorsque la question de la succession d'Espagne se posa en 1870, et que la famille des Hohenzollern de Prusse proposa son candidat)..
gauche|vignette|redresse=1.1| Arbre généalogique de Philippe de France, duc d'Anjou, puis roi d'Espagne (1700-1746). Quoique arrière-petit-fils et petit-fils de deux infantes d'Espagne, Anne d'Autriche et Marie-Thérèse d'AutricheMarie-Thérèse est la fille de , d'un premier mariage avec Élisabeth de France ; elle est donc la demi-sœur du roi , né d'un second mariage de avec Marie-Anne d'Autriche., les droits du duc d'Anjou à la succession espagnole ne sont tout d'abord pas envisagés. En effet son père le dauphin et son frère aîné le duc de Bourgogne détiennent davantage de droits que lui, si était remise en cause la validité de la renonciation de Marie-Thérèse à ses droits sur la couronne espagnole au moment de son mariage avec . D'ailleurs, ce dernier et les autres monarques européens s'étaient accordés pour déclarer que l'héritier du trône d'Espagne serait, dans le cas de la mort sans héritier de , Joseph-Ferdinand de Bavière.
Ce premier traité de partition, confirmé à La Haye en 1698, accordait à Joseph-Ferdinand les royaumes de la péninsule espagnole (sauf le Guipuscoa), la Sardaigne, les Pays-Bas espagnols et les territoires américains ; à la France revenait le Guipuscoa, Naples et la Sicile ; à l'Autriche, le Milanais. À la mort prématurée du candidat bavarois en 1699, fut conclu un nouveau traité de partition, à Londres, en 1700, sans l'accord de l'Espagne. La France, la Hollande et l'Angleterre reconnaissaient comme roi l'archiduc Charles d'Autriche, à qui étaient dévolus les royaumes de la péninsule, les Pays-Bas et les Indes occidentales ; le duc de Lorraine, (gendre de Monsieur, frère de Louis XIV), recevait le Milanais à condition de céder la Lorraine et le Barrois au dauphin, qui recevait par ailleurs Naples, la Sicile et la Toscane. Mais l'archiduc Charles protesta, réclamant la totalité de l'héritage espagnol.
Cependant, pressé par son principal conseiller, le cardinal Portocarrero, et après avoir demandé l'avis du pape , opte pour la solution française. Son espoir et celui de ses ministres était que la puissance française saurait prémunir l'empire espagnol de tout éclatement et que Louis XIV pourrait préserver cette intégrité au profit de son petit-fils.
Le , Charles II d'Espagne fait du jeune duc d'Anjou, , son légataire universel et l'héritier du trône d'Espagne. Il meurt peu de temps après, le .
Roi d'Espagne
vignette|Philippe de France proclamé roi d'Espagne.|gauche
Proclamation et préparatifs La nouvelle de la mort de parvient à la cour de France, qui séjournait alors au château de Fontainebleau, le . Le , de retour à Versailles, annonce publiquement qu'il accepte le testament de son . Il présente alors son petit-fils, âgé de , à la cour, par ces mots : « Messieurs, voici le roi d'Espagne ». Puis il déclare à son petit-fils : Le marquis de Castel dos Rios, ambassadeur d'Espagne, aurait ajouté : Cette phrase, attribuée par le Mercure galant au marquis de Castel dos Rios, n’a vraisemblablement jamais été prononcée.. À la suite de l'événement, toutes les monarchies européennes, à l'exception de l'Empire, reconnaissent le nouveau roi, qui fonde ainsi la dynastie des Bourbons d'Espagne.vignette|Le jeune roi Philippe V, vêtu à l'espagnole. Le souverain porte cependant le cordon du Saint-Esprit, symbolisant sa naissance française (tableau de Hyacinthe Rigaud, 1700, château de Versailles).Immédiatement, Louis XIV traite son petit-fils en souverain : Philippe V quitte son appartement de l'aile du Nord, et loge au sein du grand appartement, installant sa chambre à coucher dans le salon de Mercure. Associé par son grand-père aux séances du conseil, le nouveau roi d'Espagne n'a que quelques semaines pour bénéficier des enseignements de son grand-père. Ces dernières semaines françaises sont aussi l'occasion de la commande de deux portraits emblématiques : l'un de Louis XIV en costume de sacre, et l'autre de Philippe V vêtu à l'espagnole. Ces œuvres, peintes par Hyacinthe Rigaud, étaient destinées pour la première à suivre Philippe en Espagne, en forme de souvenir de son grand-père, et pour la seconde à jouer le même rôle à Versailles.
Arrivée à Madrid Philippe quitte finalement le palais de son enfance le , quelques jours avant son dix-septième anniversaire, pourvu d’Instructions en , écrites par lui-même et résumant sa conception du pouvoir. Accompagné d'une suite française, il pénètre en territoire espagnol le par la ville d'Irun, et fait son entrée triomphale dans Madrid le suivant.
Le jeune homme de 17 ans, propulsé sur l'un des plus importants trônes d'Europe, ne parle pas la langue de ses sujets et découvre à l'Alcazar de Madrid une atmosphère pesante. Au fil des années, suivant le modèle versaillais et sous l'influence de la princesse des Ursins, Philippe parviendra à imposer ses réformes à la cour : dès 1703, il introduit les audiences royales, le dîner en public, les concerts ouverts à tous ; en 1705, il instaure une garde du corps et exige que le capitaine de cette unité soit assis à ses côtés à la chapelle, ce qui irrite les grands ; en 1709 enfin, une nouvelle étiquette est adoptée, compromis entre les anciens usages et ceux de la cour de France.
Guerre de Succession d'Espagne
Tensions diplomatiques Le coup de tonnerre diplomatique constitué par l'accession au trône d'Espagne (et de ses possessions en dehors de la péninsule) d'un prince français est accentué, au cours des mois suivants par une accumulation de motifs de tensions, notamment avec l'empereur : le , le Parlement de Paris rappelle par lettres patentes, que conserve tous ses droits à la couronne de FranceEn droit français de l'époque, la couronne n'appartient pas à la personne du roi, elle est au-dessus de la personne royale ; en conséquence de quoi n'avait pas le droit de renoncer à la couronne si celle-ci devait lui échoir, et il était en théorie obligé de l'accepter. En pratique il y renoncera en 1712, car c'était une condition sine qua non des négociations de paix imposées par la Grande-Bretagne après onze années de guerre. La renonciation de , discutable d'un point de vue juridique mais enregistrée dans les traités d'Utrecht, est l'une des pierres d'achoppement dans la querelle entre orléanisme et légitimisme.. Quand bien même le risque de réunion des couronnes française et espagnole semble minimeLe Grand Dauphin est en âge de régner et en parfaite santé, et son fils Louis, grand-frère de et père du futur , est lui aussi marié et en âge de régner., les monarchies européennes craignent de voir l'Espagne devenir un protectorat français ; toujours au mois de février, , à la demande du conseil de régence espagnol, envoie des troupes occuper des garnisons hollandaises sur la frontière des Pays-Bas espagnols, garnisons installées en vertu d'un traité bilatéral signé en 1698 ; des Français s'installent aux postes importants à Madrid (à l'image de la princesse des Ursins, amie de madame de Maintenon, nommée camarera mayor), ainsi qu'à Bruxelles, et orientent de façon nouvelle la politique espagnole ; par surcroît, à la mort en exil de Jacques II Stuart au mois de , Versailles reconnaît le fils de celui-ci, Jacques-François, comme nouveau roi d'Angleterre et d'Écosse, causant le courroux de Londres ;