Armand Frappier est un médecin et microbiologiste québécois né le à Salaberry-de-Valleyfield et mort le à Montréal.

Professeur au département de bactériologie de l'Université de Montréal de 1933 à 1963, il s'est spécialisé dans la lutte contre les maladies infectieuses. Fondateur de l'Institut de microbiologie et d'hygiène de Montréal, devenu aujourd’hui l'INRS – Institut Armand-Frappier, il a notamment mis au point des vaccins contre la tuberculose, la variole et la poliomyélite.

Surnommé « le Louis Pasteur des Canadiens français. », par son action dans le monde de la recherche et de l'enseignement, avec une poignée de ses contemporains, Armand Frappier est vu comme l'un des bâtisseurs de la communauté scientifique québécoise au 20e siècle.

Biographie

Enfance Armand Frappier vient au monde à Salaberry-de-Valleyfield, dans une famille « modestement à l'aiseYanick Villedieu, « Armand Frappier (1904-1991) », Figures marquantes de notre histoire, Fondation Lionel-Groulx, 28 mars 2017, p. 1. Consulté le 2 septembre 2023. ». Il est le fils aîné d'Arthur-Alexis Frappier (1871-1929), un éducateur et directeur d'école, et de Bernadette Codebecq (1883-1923), une ancienne institutriceAlain Stanké et Jean-Louis Morgan, « Ce combat qui n'en finit plus ... » : essai sur la vie et l'oeuvre de l'éminent microbiologiste canadien Armand Frappier, Éditions de l'Homme, 1970, p. 30.. Comptant huit enfants, la famille Frappier est un milieu où la curiosité et la créativité sont fortement développés. Cette créativité se manifeste à travers le goût pour la musique. Le père Frappier joue de plusieurs instruments, notamment du piano, de l'orgue et de la contrebasse, en plus de s'adonner au chant. Grâce à ses talents multiples, il devient maître de chapelle et organiste à la cathédrale de Salaberry-de-Valleyfield en 1907Yanick Villedieu, « Armand Frappier (1904-1991) », Figures marquantes de notre histoire, Fondation Lionel-Groulx, 28 mars 2017, p. 2. Consulté le 2 septembre 2023.. Grâce à son père, durant l'enfance, Armand Frappier apprend le violon – un instrument dont il jouera toute sa vie.

Son enfance se déroule dans un milieu ravagé par les maladies infectieuses, alors très répandues au Québec et ailleurs en Amérique du NordArmand Frappier, Un rêve, une lutte. Autobiographie, Presses de l’Université du Québec, 1992, p. 296.. À cette époque, les maladies telles que la coqueluche, la diphtérie, la rougeole, la méningite et la scarlatine frappent durement les personnes plus fragiles, en particulier les jeunes enfantsCarole Thibaudeau, « Le docteur Armand Frappier meurt à 87 ans », La Presse, 19 décembre 1991, cahier A, p. 2. Consulté le 2 septembre 2023.. La famille Frappier connaît sa première victime en 1912 lorsque Paul, l'un des petits frères d'Armand, meurt à la suite d'une méningite à l'âge d'à peine deux ansAlain Stanké et Jean-Louis Morgan, « Ce combat qui n'en finit plus ... » : essai sur la vie et l'oeuvre de l'éminent microbiologiste canadien Armand Frappier, Éditions de l'Homme, 1970, p. 30-31.. Ces morts d'enfants deviennent si fréquentes qu'elles mènent à l'apparition de « petits corbillards blancs » – des véhicules conçus spécialement pour transporter les corps des enfants emportés par ces maladies.

La tuberculose est également répandue. En 1923, la mère d'Armand Frappier contracte une « tuberculose pulmonaire "galopante" » (aiguë) et meurt trois mois plus tard, à l'âge de 40 ansArmand Frappier, Un rêve, une lutte. Autobiographie, Presses de l’Université du Québec, 1992, p. 49.. Cette mort est un drame pour la famille. Armand, qui n'a alors que 19 ans, est profondément bouleversé par la disparition de sa mère. Toutefois, cet événement le convainc de choisir sa voie : la médecineAlain Stanké et Jean-Louis Morgan, « Ce combat qui n'en finit plus ... » : essai sur la vie et l'oeuvre de l'éminent microbiologiste canadien Armand Frappier, Éditions de l'Homme, 1970, p. 32.. gauche|vignette|Armand Frappier fait son cours classique au Séminaire de Valleyfield. gauche|vignette|Il étudie à l'Université de Montréal (à l'époque dans le Quartier latin, sur la rue Saint-Denis) de 1924 à 1930.

Formation

Université de Montréal Finissant du Séminaire de Valleyfield où il étudie aux côtés du futur juriste et professeur Maximilien Caron, Armand Frappier est admis à la Faculté de médecine de l'Université de Montréal à l'automne 1924Armand Frappier, Un rêve. Une lutte. Autobiographie, Presses de l'Université du Québec, 2009, p. 16.. Afin de subvenir à ses besoins, durant ses études, il décide de jouer de la musique. Avec cinq autres étudiants en médecine générale et en médecine dentaire, Frappier forme un petit orchestre nommé Les Carabins. L'ensemble se produit durant cinq ans le midi dans des restaurants sur la rue Saint-Denis et dans les environs (près du campus de l'Université de Montréal, à l'époque située dans le Quartier latin), notamment au restaurant Kerhulu et Odiau et au restaurant du magasin Dupuis FrèresArmand Frappier, Un rêve, une lutte. Autobiographie, Presses de l’Université du Québec, 1992, p. 50, 56-57..

Durant ses études, Armand Frappier s'oriente vers la recherche plutôt que la pratique. Dans ce contexte, il développe un grand intérêt pour la chimie. Doué en cette matière, il est choisi par l'un de ses professeurs (le Dr Baril) comme préparateur et démonstrateur en cours de chimie, et devient également assistant-chimiste dans les laboratoires de deux hôpitaux voisins de l'Université de Montréal, l'Hôtel-Dieu et l'hôpital Saint-Luc.. En 1930, après avoir perdu brusquement sa sœur Marguerite (1928) et son père (1929), il obtient son doctorat en médecine de l'Université de MontréalArmand Frappier, Un rêve, une lutte. Autobiographie, Presses de l’Université du Québec, 1992, p. 50-51.Yanick Villedieu, « Armand Frappier (1904-1991) », Figures marquantes de notre histoire, Fondation Lionel-Groulx, 28 mars 2017, p. 4. Consulté le 2 septembre 2023..

Boursier de la Fondation Rockefeller Devenu médecin, Armand Frappier décide de compléter une licence ès sciences en 1931. Dans le but de poursuivre sa lutte contre la tuberculose, avec l'aide du doyen de la Faculté de médecine Télesphore Parizeau, il obtient une bourse de la Fondation Rockefeller pour étudier la microbiologie aux États-UnisArmand Frappier, Un rêve, une lutte. Autobiographie, Presses de l’Université du Québec, 1992, p. 60-61.. Pendant un an et demi, il séjourne dans des grands laboratoires de New York, d'Albany et de Rochester, dans l'État de New York (dont la Faculté de médecine et son hôpital affilié, le Strong Memorial Hospital, était à cette époque l'une des institutions les mieux cotées de l'Amérique) ainsi qu'au laboratoire de recherche du Sanatorium Trudeau dans les AdirondacksArmand Frappier, Un rêve, une lutte. Autobiographie, Presses de l’Université du Québec, 1992, p. 64-65.. vignette|À Paris, il est accueilli par les chercheurs de l'Institut Pasteur.

Institut Pasteur de Paris et BCG Cette expérience le confronte aux réalités de la recherche scientifique. Notamment, Frappier se bute à l'opposition farouche de ses confrères américains contre l'emploi du Bilié Calmette-Guérin (BCG, un vaccin contre la tuberculose chez les bovins) mis au point en 1908 par deux chercheurs de l'Institut Pasteur de Paris. L'innocuité du vaccin est déjà établie à cette époque (depuis 1924) dans des expériences menées par Calmette et Guérin sur des nouveau-nés d'une crèche parisienne. Cette efficacité a notamment mené à son utilisation à petite échelle sur l'humain, dès 1926 à Montréal, avec les efforts du professeur A. Pettit et du Dr J. Beaudoin de la Faculté de médecine de l'Université de Montréal. Toutefois, malgré ces preuves, les opposants au BCG en Amérique demeurent très nombreux. Un professeur de l'Université McGill ira même jusqu'à traiter de « criminel » Armand Frappier pour vouloir « préparer et administrer un vaccin vivant » à des maladesArmand Frappier, Un rêve, une lutte. Autobiographie, Presses de l’Université du Québec, 1992, p. 70.Yanick Villedieu, « Armand Frappier (1904-1991) », Figures marquantes de notre histoire, Fondation Lionel-Groulx, 28 mars 2017, p. 6-8. Consulté le 6 septembre 2023..

Toutefois, Frappier fait face à une situation urgente. En 1925, le taux de mortalité par tuberculose au Canada était de 82,5 par 100 000 personnesArmand Frappier, Un rêve, une lutte. Autobiographie, Presses de l’Université du Québec, 1992, p. 80.Ce chiffre n'inclut pas les Autochtones. À titre indicatif, dans une étude réalisée en 1933 par le docteur R.G. Ferguson, le Canada comptait 5000 cas de tuberculose contagieuse sur une population autochtone d'environ 125 000. Le taux de mortalité tuberculeuse chez les nouveau-nés autochtones était de 1 018,3 par 100 000. Voir R.G. Ferguson, « BCG Vaccination in Hospitals and Sanatoria of Saskatchewan », Amer. Rev. Tuberc., 54 (4-5), octobre-novembre 1946, p. 325-339; R.G. Ferguson, « BCG Vaccination of Indian Infants in Saskatchewan », Tubercle, 30 janvier 1949, p. 5-11.. Au Québec, l'une des régions les plus durement touchées par cette maladie, le taux de mortalité était de plus de 125 par 100 000 personnes (soit 3 300 morts par tuberculose chaque année) et le nombre de nouveaux cas connus annuels était évalué à « au moins dix fois plus ». Les sanatoriums étaient peu nombreux et plus de la moitié des patients tuberculeux mouraient en l'espace de 5 ansArmand Frappier, Un rêve, une lutte. Autobiographie, Presses de l’Université du Québec, 1992, p. 81..

Déterminé à apporter une solution rapide à ce problème, à la fin d', Armand Frappier quitte donc les États-Unis et se rend en France, à Paris, pour rencontrer les deux chercheurs à l'origine du BCG : Albert Calmette et Camille Guérin. Accueilli chaleureusement par ses confrères français, en moins de trois mois, Frappier apprend d'eux la technique du BCG, un vaccin fragile et difficile à produire car vivantArmand Frappier, Un rêve, une lutte. Autobiographie, Presses de l’Université du Québec, 1992, p. 65-67..

Organisation du Département de bactériologie à l'Université de Montréal Au début de 1933, Armand Frappier est rentré au Québec avec une souche « vivante mais atténuée » (donc assez affaiblie pour ne pas causer de maladie) du BCG afin d'en fabriquer de nouvelles doses à MontréalArmand Frappier, Un rêve, une lutte. Autobiographie, Presses de l’Université du Québec, 1992, p. 69-70.. Devenu professeur au Département de bactériologie de l'Université de Montréal, il se retrouve avec la tâche de développer son département, tant pour l'enseignement que la recherche, et produire sur une base régulière – une fois par semaine – le BCGYanick Villedieu, « Armand Frappier (1904-1991) », Figures marquantes de notre histoire, Fondation Lionel-Groulx, 28 mars 2017, p. 8. Consulté le 6 septembre 2023..

Toutefois, après avoir connu les laboratoires américains et l'Institut Pasteur, le professeur constate l'ampleur du manque de ressources de son institution. À cette époque, l'enseignement de la bactériologie était limité aux étudiants en médecine. Il n'y avait pas suffisamment de personnel qualifié pour enseigner aux deuxième et troisième cycles, ni pour former des techniciens, des assistants ou des experts pour les diagnostics ou les besoins du gouvernementArmand Frappier, Un rêve, une lutte. Autobiographie, Presses de l’Université du Québec, 1992, p. 68-69.. Enfin, le contexte difficile de la Grande Dépression coupait les vivres aux universités québécoises et les empêchait d'offrir de véritables carrières scientifiques, en microbiologie et dans d'autres disciplinesArmand Frappier, Un rêve, une lutte. Autobiographie, Presses de l’Université du Québec, 1992, p. 185..