Francisco Solano López, né à Asuncion, le et mort à Cerro Corá, le , est un homme d'État qui est maréchal et chef suprême héréditaire du Paraguay de 1862 à 1870.
Fils de Carlos Antonio López, il est le troisième dictateur du Paraguay et le deuxième sous un régime héréditaire et monarchique. Il remplit les rôles de commandant en chef des Forces armées et chef suprême de la nation paraguayenne durant la Guerre de la Triple Alliance.
Après la mort de son père le , Solano López réunit un congrès spécialement pour l'introniser officiellement comme le nouveau Chef de l'État. Il marque ainsi la continuité de la politique de son père et du système monarchique. Le seul chemin existant pour la mer depuis le Paraguay était celui du Río de la Plata. Mais ce dernier était sous contrôle étranger. López, déterminé à obtenir une sortie indépendante vers l'Océan, prépara une armée de plus ou moins quatre-vingt mille hommes. Se servant de l'intervention du Brésil dans la guerre civile uruguayenne, Solano ordonna la capture du navire Marquês de Olinda, qui remontait le Río Paraguay en direction du Mato Grosso. Cet incident déclencha une guerre entre le Paraguay et un groupe de pays qui fut appelé la Triple Alliance, formée par le Brésil, l'Uruguay et l'Argentine.
Au début du conflit López obtint des succès militaires significatifs. Mais bientôt la guerre évolua défavorablement pour le Paraguay. Au fur et à mesure des insuccès et vu la longueur du conflit qui s'éternisait, une opposition à la guerre se manifesta dans la population et au sein du gouvernement paraguayen. Francisco Solano López commença dès lors à exercer une répression cruelle contre ses opposants. Ainsi en 1868, il accusa plusieurs de ses compatriotes de trahison et de conspiration, ordonnant de les exécuter.
Le général Correia da Câmara et ses troupes le poursuivirent jusqu'à ce qu'ils le trouvent blessé et isolé alors qu'il essayait de traverser le Rio Aquidaban, après avoir perdu la bataille de Cerro Corá. Selon les relations historiques, même après avoir été désarmé, López résista. Il fut exécuté près de Cerro Corá, le .
Carrière politique et militaire
Fils de Carlos Antonio López et de son épouse Juana Pabla Carrillo Vianna, il est le petit-neveu du dictateur José Gaspar Rodriguez de Francia dit . En 1844, son père accède au pouvoir et met en place une nouvelle constitution et établit un régime aristocratique tout en s'attribuant les pleins pouvoirsChaves (1968), pág. 13-16.. Dès l'accession au pouvoir de son père, Solano devient son successeur désigné. À l'âge de 18 ans il fut nommé général de brigade. Par la suite il commanda l'armée qui lutta contre le caudillo argentin Juan Manuel de Rosas.
Entre 1853 et 1865 il voyagea à plusieurs reprises en Europe, où il étudia et observa le système militaire prussien. Durant ses voyages, il achetait des armes et des munitions pour les forces armées paraguayennes et il obtint la ratification de traités commerciaux avec la France et l'Angleterre. Il fréquenta la cour de Napoléon III, où lui fut présentée l'Irlandaise Elisa Lynch, qui le suivit à Asuncion et parvint à exercer une grande influence dans les affaires de l'état. Lorsqu'il fut nommé au poste de ministre de la Guerre et de la Marine, Solano fit adopter dans les forces armées paraguayennes le système militaire appris en Europe.
Accession au pouvoir Don Carlos Antonio López s'éteint le , dans son palais à Asuncion, à l'âge de 69 ans après 18 années de règne absolu sur le Paraguay. Comme convenu, c'est son fils aîné, Solano, qui lui succède à la tête du pays, instaurant ainsi une sorte de système monarchique. Dès le décès de son père, Solano réunit le Congrès afin que ce dernier le reconnaisse comme le successeur légitime de son père. Il est officiellement intronisé chef suprême quelques jours après les funérailles de son père. Dans le même temps, il s'attribue le titre de maréchal et de généralissime.
Règne
Premières années gauche|vignette|283x283px|Solano López et les membres de son cabinet. Solano Lopez hérite d'un lourd passé marqué par les tentatives d'empiéter sur la souveraineté du Paraguay : de la part de l'Argentine (expédition de Belgrano lors de l'Indépendance, fermeture du Parana par Rosas jusqu'à la fin de son gouvernement en 1852, refus du Parlement argentin de reconnaître cette indépendance en 1855, etc.), de la Grande-Bretagne (affaire Cansttat, tentative d'arraisonnement de son navire, le Tacuari, dans le Rio de la Plata, 1859), des États-Unis (affaire du consul Hopkins : intervention de la marine en 1860Voir Pablo Max Ynsfran, La expedición norteamericana contra el Paraguay (1858-1859). Edición Guarania, Mexico-Buenos Aires 1954.), et du Brésil (intervention de la marine de 1855 à la suite d'un conflit dans la région nord-est du Paraguay). Il agit alors sur appel du gouvernement ami uruguayen en péril, proche de son renversement par le Brésil. Très inquiet de la pression brésilienne sur le gouvernement ami de Berro, le Paraguay adresse au Brésil une note le , réitérée le suivant, énonçant que la mise en cause de l'équilibre politique et diplomatique dans le Rio de la Plata était inacceptable et que s'il advenait, le Paraguay interviendrait, précisant qu'il agirait motu proprioEfraim Cardoso, Paraguay independiente, Salvar ed., Barcelona, 1949, page 197.. Le , le Brésil envahissait l'Uruguay. Le , le Paraguay arraisonnait le cargo brésilien Marques de Olinda sur le fleuve Parana. Le , le Paraguay demandait à l'Argentine l'autorisation de traverser son territoire pour porter la guerre en Uruguay. N'ayant obtenu aucune réponse, il pénétra dans la province de Corrientes. Le , l'Argentine officialisait son refus : le , le Paraguay lui déclarait la guerre. Pendant ce temps, le Brésil permettait à son allié Flores de renverser le gouvernement uruguayen pour ensuite signer avec lui le protocole de Villa Unión le , par lequel l'Uruguay se rangeait à ses côtés dans la Guerre. Les trois pays signent alors le Traité secret de la Triple Alliance le , qui ne sera rendu public que par une indiscrétion à Londres, en 1866. vignette|Cordon de Francisco Solano López. Après l'accession à l'indépendance, les frontières entre Argentine, Brésil, Uruguay et Paraguay étaient contestées. L’Argentine avait dû se résoudre à reconnaître l'indépendance du Paraguay, État stable, autarcique en matière économique et en plein essor industriel après les gouvernements du dictateur Francia (stabilité et autarcie) et de Carlos Antonio López (développement économique autonome), prolongés par son fils Solano pendant ses deux premières années de règne. Le pays était en communication directe mais lointaine avec l'Uruguay par une « zone floue » dans la région nord-est de la province d'Entre Ríos, l'actuelle province argentine de Misiones. Le Paraguay et l'Argentine revendiquaient ce territoire mais aussi la région située à l'ouest du fleuve Paraguay entre Asuncion et le confluent du rio Bermejo ; le Brésil et le Paraguay revendiquaient une zone étendue au nord et au nord-est de la région orientale paraguayenne, le Brésil et l'Argentine conservaient des ambitions sur l'Uruguay, les uruguayens refusaient l'annexion aussi bien par le Brésil que par l'Argentine et des Uruguayens contestaient la frontière avec le Rio Grande do Sul brésilien.
L'Uruguay, zone historiquement incluse dans le vice-royauté espagnole du Río de la Plata, fut annexé par le Portugal puis le Brésil (indépendant en 1822) pendant sept ans. Le Portugal établit et le Brésil maintint la province Cisplatina (1821-1827). L’Uruguay (République Orientale d'Uruguay) a retrouvé l'indépendance grâce aux soulèvements contre l'occupant et à la Grande-Bretagne dont la politique favorisait l'émiettement des anciennes terres de la Couronne d'Espagne (1828). l'Argentine, se voulant l'héritière du Vice-Royaume tenta, de son côté, d'empêcher la « sécession »Sur les campagnes d'opinion contre le Paraguay depuis l'Indépendance, voir notamment : Alfred Demersay : Le docteur Francia, dictateur du Paraguay, Typo H. Plon, Paris, 1856, extrait de la Biographie Universelle Michaud, tome XIV - BNF ; Charles Quentin : Le Paraguay, Garnier, Paris, 1865; Hipolito Sanchez Quell : La diplomacia paraguaya de Mayo a Cerro Cora, editorial Kraft, Buenos Aires, édition sans date, bibliothèques IHEAL Paris ; George Frederick Masterman : Seven eventful years in Paraguay, Sampson Low, son and Martson, Londres, 1865 - BNF ; Charles A. Washburn : The History of Paraguay. With notes of personal observations and reminiscences of diplomacy under difficulties, Lee and Shepard Publishers, New York, 1871 - BNF, etc. Voir bibliographie thèse F. Chartrain..
Solano Lopez, réagissant à l'attaque du gouvernement conservateur ami de Montevideo par le parti des libéraux soutenus par le Brésil, après notification que le Paraguay ne pourrait accepter de modification de l'équilibre des forces dans le Rio de la Plata, ouvrit les hostilités contre le Brésil dès 1864 d'abord, donna prétexte à l'Argentine pour rejoindre le Brésil en faisant passer une colonne armée sur le territoire de la province d'Entre Rios ensuite et, enfin, le Brésil ayant renversé le gouvernement uruguayen favorable au Paraguay et installant son allié Venancio Flores, par ailleurs proche du président argentin Mitre, se trouva avec un troisième ennemi. Compte tenu du passé et du contexte régional, il n'était pas illogique pour Francisco Solano Lopez d'engager le combat, le temps jouant à moyen terme contre le Paraguay.
Personnalité et options politiques vignette|340x340px|Portrait équestre de Solano López.