Le jardin des plantes de Paris, ou simplement Jardin des plantes, est un parc botanique, écologique et zoologique situé dans le de Paris. Il est le siège et principal site du Muséum national d'histoire naturelle, qui possède en outre plusieurs implantations à Paris et en province. Par leur appartenance à cette institution de recherche, le Jardin des plantes et le « campus Buffon » forment un campus universitaire. En plus d'espaces verts (parterres, espaces botaniques, arbres, jardin à l'anglaise, perspective à la française…), le Jardin des plantes dispose d'une ménagerie, de serres et de bâtiments d'exposition scientifique comportant une galerie de Minéralogie et une galerie de Paléontologie. Le jardin en lui-même est ouvert gratuitement au public dans la journée ; les galeries du Muséum, les serres et la Ménagerie sont payantes. Le complexe est inscrit au Patrimoine mondial de l'Unesco dans le bien Paris, rives de la Seine depuis 2024.

Le Jardin des plantes est accessible par douze portails donnant, dans le sens des aiguilles d'une montre et en commençant par le nord, sur le quai Saint-Bernard le long de la Seine, la place Valhubert, une très courte section du boulevard de l'Hôpital, et les rues Buffon (vers l'ouest de laquelle il s'étend des deux côtés, cette rue étant une ancienne allée du Jardin sous l'intendance de Buffon jusqu'en 1788), Geoffroy-Saint-Hilaire et Cuvier, qui délimitent une étendue de s auxquels s'ajoutent s du « campus Buffon » situé au sud de la rue Buffon jadis appelé « clos Patouillet » ou « îlot Buffon-Poliveau ». Le Jardin est voisin de la mosquée de Paris, du campus de Jussieu et de la gare d'Austerlitz ; le quartier environnant a pris son nom.

Historique Les origines : le Jardin sous l'Ancien Régime

L'emplacement de l'actuel Jardin des plantes est au Néolithique et durant l'Antiquité un carrefour de voies d'eau à la confluence de la Bièvre et de la Seine. Au , le débit des eaux baisse, les terrains agricoles remplacent marais et forêts : de nombreux arpents de ce qui forme alors la « terre d'Alez » sont des friches où l'apothicaire, herboriste et pharmacien du roi Nicolas Houël donne des cours de botanique et d'herboristerieM. G. Valette, « La présentation des richesses artistiques de la Faculté : conférence de G. Valette et visite », Revue d'histoire de la pharmacie, , , . depuis les années 1540. Détournée par les Victorins vers leur moulin à eauAlfred Fierro, Histoire et dictionnaire des 300 moulins de Paris, éditions Parigramme, Paris, 1999, ., la Bièvre traverse alors l'actuel jardin au niveau de l'allée des BecquerelJacques Hillairet, Dictionnaire historique des rues de Paris, Paris, Les Éditions de Minuit, 1972, 1985, 1991, 1997, etc. ( éd. 1960), 1 476 p., 2 vol. [détail des éditions] , , p. 405., tandis que sur la butte Coypeau (actuellement le « grand labyrinthe ») se trouve le moulin de . Ces lieux et points de repère sont visibles sur le plan de Truschet et Hoyau, dit plan de Bâle (voir image « A » plus bas), représentant tous ces terrains en l'état où ils étaient vers 1550, alors même qu'Houël y dispensait ses leçons.

Selon Jules Quicherat, le jardin commence avec Jean Robin sous le règne d'Henri IV et de la grande mode des habits à ramages. L'idée est de fournir des modèles aux dessinateurs de patron, et le jardin est alors peuplé de plantes exotiques susceptibles d'inspirer les brodeurs. Le jardin devient bientôt une dépendance de la couronne, prend le nom de « Jardin du Roi » et Jean Robin en devient le simpliste (ou herboriste). vignette|Frédéric Scalberge, Jardin du Roy pour la culture des plantes médicinales à Paris, 1636, gouache sur vélin, MNHN. Avec les blasons de Claude de Bullion et de Guy de La Brosse. Vers 1625, Guy de La Brosse, .. Un édit du roi de crée le Jardin royal des plantes médicinales., ratifié par le parlement le De Horne, de la Servolle et Goulin, État de la médecine, chirurgie et pharmacie en Europe, 1778, .. Les premiers terrains de la terre d'Alez sont achetés le et les suivants en 1636Jules Caillet, De l'administration en France sous le ministère du cardinal de Richelieu, 1857, ., le tout couvrant alors . Il est ouvert au public en 1634 : Guy de La Brosse l'inaugure solennellement en 1640Augutin Challamel, Mémoires du peuple français depuis son origine, 1870, , .. Le graveur protestant Frédéric Scalberge peint, dès 1636, une aquarelle qu'il intitule Jardin du Roy pour la culture des plantes médicinales. Cette peinture montre qu'en 1636 la montée en spirale du grand labyrinthe a déjà été tracée sur la butte Coypeau.

Un des plus célèbres directeurs du Jardin royal est le naturaliste Georges-Louis Leclerc de Buffon (1707-1788). Nommé intendant du Jardin du roi en 1739, il occupe le poste jusqu’à sa mort. Agrandissant le lieu sans hésiter à avancer les frais de ses deniers personnels, il en fait l’un des plus importants centres de recherche scientifique en Europe à cette époqueYves Zarka et Marie-France Germain (collab.), Buffon, le naturaliste philosophe, Éditions Chemins de tr@verse, 2014..

Le Jardin du Roi présente dès ses débuts le dessin général de l'actuel jardin. À la Révolution, le jardin est nommé « jardin des plantes de ParisMichel Van Praët et Geneviève Meurgues, Le Cabinet d'histoire du Jardin des plantes, Paris, MNHN ; Yves Laissus, Le Muséum national d'histoire naturelle, Paris, Gallimard, 1995 ; Stéphane Deligeorges, Alexandre Gady et Françoise Labalette, Le Jardin des plantes et le Muséum national d'histoire naturelle, Paris, Monum, 2004 ; Philippe Jaussaud et Édouard-Raoul Brygoo, Du Jardin au Muséum en , Paris, MNHN, 2004 . ». thumb|Cartes diachroniques de l'évolution géomorphologique du Jardin des Plantes de Paris et de ses environs depuis , d'après les maquettes exposées à la Grande galerie de l'Évolution.

Le Jardin après la Révolution : le Muséum national d'histoire naturelle

La Révolution éclate un an après la mort de Buffon, intendant du Jardin du roi, et entraîne de nombreux changements dans l'organisation du Jardin. Voici le début du texte fondateur rédigé par les savants eux-mêmes, à la demande de l'Assemblée constituante en 1793 : article : l'établissement sera nommé Muséum national d'histoire naturelle ; article II : le but principal de l'établissement sera l'enseignement public de l'histoire naturelle, pris dans toute son étendue et appliquée à l'avancement de l'agriculture, du commerce et des arts ; article III : le Muséum d'histoire naturelle sera sous la protection immédiate des représentants de la Nation ; article IV : tous les officiers du Muséum d'histoire naturelle porteront le titre de professeurs ; article V : tous les professeurs du Muséum seront égaux en droits et en appointements.

Afin de conserver le salaire élevé de Daubenton, les savants le nomment avec Buffon fondateur du Muséum, et Daubenton, alors âgé de , est nommé directeur à vie. Il s'ensuit des temps plutôt confus, le gouvernement révolutionnaire ayant des affaires plus urgentes à traiter. En 1791, Bernardin de Saint-Pierre est nommé intendant du Jardin. C'est à son initiative qu'est alors créée, en 1793, la ménagerie du Jardin des plantes. vignette|gauche|Au nord-ouest du Jardin des plantes, en 1795, le « Grand labyrinthe » est déjà coiffé de la « gloriette de Buffon », et abrite la sépulture de Daubenton (buste) surmontés par le cèdre de Jussieu.

En 1797, le jardin s'agrandit au nord avec l'adjonction de la maison des Nouveaux-Convertis et de ses terrains, une institution catholique fondée en 1656 pour lutter contre le protestantisme à Paris.

D'autres lieux d'exposition s'ouvrent au public : en 1802 Georges Cuvier, nommé l'année même professeur titulaire de la chaire d'anatomie comparée, acquiert un bâtiment ayant appartenu à la compagnie parisienne des fiacres pour en faire les premières galeries d'anatomie comparée, qu'il ouvre au public en 1806. Ce bâtiment rectangulaire est partiellement conservé et surnommé « bâtiment de la baleine ». Un projet d'agrandissement du Jardin au Nord, inspiré des « jardins d'utopie » du (voir image « D » plus bas) est élaboré après la chute de Napoléon , sous la Restauration, par Gabriel Thouin, frère du botaniste André Thouin., mais ce sera la halle aux vins de Paris qui s'y agrandira, l'emportant sur le projet de Thouin qui reste dans les cartons.

À la place, en 1836, sont inaugurées les grandes serres (deux pavillons jumeaux, encore conservés de nos jours), et en 1837 vient le tour d'être inaugurée à la galerie de Minéralogie et de Géologie, le premier bâtiment en France à avoir été conçu en tant que musée. De nouveaux bâtiments voient ensuite le jour : la galerie de Zoologie en 1889 (devenue en 1994 la grande galerie de l'Évolution), la galerie de Paléontologie et d'Anatomie comparée en 1898 (qui remplace les galeries que Georges Cuvier avait ouvertes en 1806) ou la galerie de Botanique en 1935.

La Bièvre coulait jadis au sud du Jardin des plantes ; des tanneries et des mégisseries s'y étaient installées. À l'est de celles-ci, Buffon achete une grande parcelle sise de part et d'autre de la rivière, entre l'allée du Jardin des plantes qui allait devenir la rue Buffon, et la rue Poliveau : le clos Patouillet, rattaché depuis lors à l'établissementAnnuaire 1976-1977, Association de prévoyance et de secours mutuels des médecins du département du Nord, Éditions Librairie Droz , .. Recouverte au milieu du , la Bièvre devient ultérieurement une rue, nommée « Nicolas-Houël ». Lors de la guerre de 1870 un hôpital de campagne est bâti à la hâte dans ce clos Patouillet ; enfin la Troisième République rend au Muséum l'usage de cet ensemble de terrains (aujourd'hui nommés « îlot Poliveau ») dont les bâtiments abritent des laboratoires, des collections parmi les plus importantes au monde (lithothèques, entomothèques, malacothèques et carcinothèques) et des bibliothèques. Pendant la Première Guerre mondiale, la partie ouest de la rue Nicolas-Houël devient l'allée centrale de cet ensemble qui est alors clos.

En 1963, est inaugurée la nouvelle Bibliothèque centrale du Muséum national d'histoire naturelle. Les réserves longent la rue Geoffroy-Saint-Hilaire, derrière la Grande galerie de l'Evolution. Le bâtiment des consultations et la médiathèque s'élèvent à l'ouest du grand labyrinthe, avec une entrée dans le jardin et une autre au n°38 de la rue Geoffroy-Saint-Hilaire.