Le royaume d'Araucanie et de Patagonie, parfois appelé royaume de Nouvelle-France, est un royaume éphémère fondé en Araucanie et Patagonie (territoires du Chili et de l'Argentine depuis 1902) par deux ordonnances du et du signées sous le nom Orélie-Antoine par un Français, Antoine de Tounens (1825-1878), ancien avoué à Périgueux, proclamé ou autoproclamé roi lors d'assemblées de Mapuches du 25 au .
En , Antoine de Tounens est arrêté par les autorités chiliennes, jugé fou par la cour suprême de Santiago et expulsé vers la France. Après trois tentatives de retour en Araucanie afin de reconquérir son royaume, il meurt en 1878 dans la misère, célibataire et sans enfants, à Tourtoirac en Dordogne.
En 1882, son ancien secrétaire Achille Laviarde, faisant état d'un testament cryptographique d'Antoine de Tounens en sa faveur, se déclare son héritier et prétendant au trône d'Araucanie et de Patagonie. Depuis, différentes personnes se sont succédé en qualité de prétendants au trône du royaume d'Araucanie et de Patagonie. Depuis , le prétendant est Philippe Pichon, avocat au barreau de Limoges... Sa légitimité est toutefois contestée.., notamment par Frédéric Luz, ancien prince destitué par les conseils du royaume, qui exerce la profession d'héraldiste.
Histoire Contexte left|vignette|120px|Le lonco (chef militaire Mapuche) Quilapán, vers 1870.
Les Mapuches, ou Araucans, sont un peuple d'agriculteurs et d'éleveurs qui sont toujours parvenus à résister aux tentatives d'assujettissement par les Incas, les Espagnols et le gouvernement chilien. Ce dernier parvint cependant à les parquer dans des réserves, grâce à sa campagne de « pacification de l'Araucanie », en réalité des opérations de destruction systématique de leur habitat et de leurs moyens d’existence, menées de 1860 jusqu'en 1883. Ces réserves sont si exiguës pour être adaptées à leur mode de vie ancestral qu'elles sont appelées « réduits » ou encore « titres de pitié » (título de merced).
Au début des années 2000, la plupart des Mapuches vivent à Temuco, Santiago, mais aussi sur leurs terres ancestrales ; ils seraient au Chili et en Argentine....
L'indépendance des Mapuches, au sud du fleuve Biobío, avait été reconnue par des traités signés avec les Espagnols. Mais même si la Constitution chilienne de 1833 englobait l'Araucanie dans son territoire national, en 1860, la région et ses habitants restaient encore non soumis à l'autorité chilienne.
Fondation gauche|vignette|Antoine de Tounens acclamé par les chefs araucans.
Un Français, Antoine de Tounens (1825-1878), ancien avoué à Périgueux, débarque en 1858 au port de Coquimbo au Chili, s'installe d'abord à La Serena, et, après avoir passé quelque temps à Valparaíso et Santiago, se dirige vers l'Araucanie, à partir du port de Valdivia. Il entre en contact avec le lonco (chef militaire Mapuche) Quilapán, qui s'enthousiasme pour son projet de fonder un État pour le peuple Mapuche, afin d'être en mesure de résister à l'armée chilienne — la guerre d'Arauco faisant alors rage. Quilapán accorde à Antoine de Tounens un droit de passage sur ses terres, interdites aux huincas (Chiliens).
Antoine de Tounens gagne la confiance de quelques chefs Mapuches à qui il promet des armes. et qui l'élisent toqui (chef de guerre) suprême des Mapuches.....
Jean-François Gareyte écrit « Et parce qu'ils approuvent les propositions d'Antoine, et avec l'accord des Machis, le Périgourdin est nommé grand juge des Toki (chef de guerre de tous les chefs de guerre), maître de Mapu (maître de toutes les terres) et terreur des Pillans (terreur des démons) » ..
Antoine de Tounens, sous le nom d'Orélie-Antoine , fonde alors par une ordonnance du .. le royaume d'Araucanie.. Trois jours plus tard, il décrète par une seconde ordonnance l'union de l'Araucanie et de la Patagonie., fixant comme limites au désormais royaume d'Araucanie et de Patagonie le fleuve Biobío et le rio Negro au nord, l'océan Pacifique à l'ouest, l'océan Atlantique à l'est et le détroit de Magellan au sud. Selon les auteurs, il s'autoproclame roi....Édition hebdomadaire du journal des débats, Volume 18, 1911, page 1178..Axel Maugey, Les élites argentines et la France, Harmattan, 1998, page 117.. ou se fait proclamer roiAmérique latine, Numéros 5 à 8, Centre de Recherche sur l'Amérique Latine et le tiers monde, 1981, page 89..André-Pierre Chavatte, Rendez-vous avec la veuve à Périgueux, BoD 2012, page 132..Jean Lecompte, Monnaies et jetons des colonies françaises, Editions Victor Gadoury, 2000, page 8.. par quelques centaines d'Araucaniens..
Dans ses mémoires Antoine de Tounens relate comment cela s'est passé : « Je conçus le projet de me faire nommer chef des Araucaniens. Je m'ouvris à ce sujet à plusieurs caciques des environs de l'Impérial, et, après avoir reçu d'eux le meilleur accueil, je pris le titre de roi, par une ordonnance du , qui établissait les bases du gouvernement constitutionnel héréditaire fondé par moi » « Le , je rentrai en Araucanie pour me faire reconnaître publiquement roi, ce qui eut lieu les 25, 26, 27 et dernier. N'étions-nous pas libres, les Araucaniens de me conférer le pouvoir, et moi de l'accepter ? »..
Selon Bruno Fuligni, il s'invente alors deux ministres, Lachaise et Desfontaines, dont il appose la signature au bas de ses actes.. Il tire les noms de ces deux ministres imaginaires de deux hameaux (La Chèze et Les Fontaines) de son village natal de Chourgnac... Patrick Thevenon écrit « Il s'entraîna, ainsi, à écrire de trois façons différentes, qui lui permettaient de légiférer, tour à tour, au nom du roi, de M. Lachaise, Premier ministre, ou de M. Desfontaines, garde des Sceaux »..
Intervention des autorités chiliennes
Pierre Razoux écrit « Au-delà de son caractère anecdotique, l'affaire avait fait prendre conscience aux autorités chiliennes que les territoires d’Araucanie et de Patagonie pourraient susciter l’appétit d’aventuriers plus sérieux ou celui de puissances coloniales en mal de territoires ».. Le , Antoine de Tounens est arrêté comme agitateur politique par les autorités chiliennes. puis passe en jugement. Le procureur demande au juge une peine de dix ans de prison pénitentiaire pour le crime de perturbation de l'ordre public, mais le , le juge Matus rend sa sentence et affirme « qu'au moment où le délit a reçu un commencement d'exécution, M. de Tounens était fou ». Il suspend le procès et décide de remettre Antoine de Tounens à l'asile d'aliénés de Santiago, où un membre de sa famille pourra venir le réclamer, le Chargé d'Affaires de France étant chargé de son rapatriement. Antoine de Tounens fait appel de cette sentence, mais un arrêté de la cour de Santiago du confirme la sentence du juge en le déclarant fou.-368... Expulsé par les autorités chiliennes, le consul de France le fait embarquer pour la France le à bord du Dugay-Trouin comme passager à la ration..
Tentatives de retour en Araucanie vignette|gauche|upright|Carte du royaume vers 1865.
Rentré en France en , Antoine de Tounens s'installe à Paris, où il crée une petite cour, décernant décorations et titres., tout en étant pauvre et endetté, et considéré par certains comme un souverain de fantaisie....., d'un pays qui n'existait pas réellement. ou qualifié parfois « d'imaginaire »...
En 1864, il lance un appel qui échoue pour une souscription nationale de « pour donner à l'Araucanie un budget de recettes ». Il envoie en 1866 et 1867 deux pétitions aux députés et aux sénateurs français qui ne sont pas prises en considération.
En 1869, Antoine de Tounens tente une nouvelle expédition pour reconquérir son royaume et revient en Araucanie en compagnie d'un nommé Antoine Planchu qui est son nouveau bailleur de fonds et qui nourrit des arrière-pensées concernant le trône d'Araucanie ; mais en il décide de rentrer en France. Par charité, il est alors rapatrié vers Marseille..
En 1872, Antoine de Tounens apprend qu'Antoine Planchu a usurpé son trône et est parvenu à acquérir une influence considérable sur les Araucans et a entrepris plusieurs expéditions contre les Chiliens. Il fait publier la note disant que . Le succès d'Antoine Planchu ne dure pas longtemps, et on le retrouve noyé dans un cours d'eau quelque temps plus tard.
Le , Antoine de Tounens lance un autre appel pour une souscription de et annonce sérieusement que les revenus de son royaume atteindraient bientôt de francs.
En , avec quatre compagnons qu'il a rallié à sa cause, Antoine de Tounens fait une deuxième tentative pour se rendre en Araucanie et reconquérir son royaume, mais il est arrêté en mer et écroué à Buenos Aires en juillet et expulsé en . Il revient à Paris où il vit dans la misère.
En 1876, Antoine de Tounens retourne une dernière fois en Argentine, mais il tombe malade. On le ramasse, inconscient, dans une rue de Buenos Aires. Il est opéré, et le consul de France le rapatrie vers la France en quatrième classe.
Rentré en France, Antoine de Tounens retourne dans sa région natale où l'archevêque de Bordeaux s'intéresse à son malheureux sort. Pour se procurer des ressources, il vend des brevets d'un ordre de chevalerie « mais ce petit trafic ne lui assura même pas du pain ». Malade et à bout de ressources, il entre à l'hôpital de Bordeaux, d'où il envoie de nombreux courriers pour intéresser à son sort les innombrables membres de ses ordres de chevalerie.
Après toutes ces tentatives malheureuses pour conquérir son ancien royaume, Antoine de Tounens, ruiné, tombe gravement malade et meurt à Tourtoirac (Dordogne), le , âgé de , alors qu'il était hébergé chez son neveu, Jean dit Adrien Tounens, boucher à Tourtoirac (Dordogne), son héritier potentiel.. Sur son acte de décès, le maire de Tourtoirac porte la mention .
Quant aux territoires des Mapuches, revendiqués pour royaume par Antoine de Tounens, ils ne sont plus indépendants depuis leur partage, en , entre le Chili et l'Argentine sous l'arbitrage de la Grande-Bretagne...
Selon Jean-Pierre Blancpain, ..
Le royaume d'Araucanie et de Patagonie après la mort d'Antoine de Tounens
Cinq ans avant la mort d'Antoine de Tounens, à la suite d'une plainte de sa part envers le journal Le Droit pour diffamation, le tribunal correctionnel de Paris avait jugé le qu'Antoine de Tounens ne justifiait pas de sa qualité de souverain..
En 1882, trois ans et demi après la mort d'Antoine de Tounens, Achille Laviarde (1841-1902), son ancien secrétaire, fait état d'un testament cryptographique d'Antoine de Tounens en sa faveur, et dont le texte est publié en 1888., par lequel Antoine de Tounens l'a désigné comme son héritier et successeur au trône d'Araucanie et de Patagonie. Achille Laviarde fait signer le un acte de renonciation à l'héritier naturel, Adrien de Tounens, boucher à Tourtoirac.. Achille Laviarde se déclare en successeur d'Antoine de Tounens sous le nom d'Achille roi d'Araucanie et de Patagonie..
Depuis la succession revendiquée en par Achille Laviarde, qualifié parfois de « souverain de fantaisie »., différents Français se succèdent comme prétendants au trône du Royaume d'Araucanie et de Patagonie, micronation sans existence officielle., parfois qualifié de « royaume imaginaire ». ou de « royaume d'opérette »., qui à travers l'association Auspice Stella – Souvenir franco-araucanien célèbre le souvenir d'Antoine de Tounens et participe à la défense des droits des Mapuches......
Les prétendants au trône d'Araucanie et de Patagonie après Antoine de Tounens sont : Achille Laviarde (1841-1902), sous le nom d'Achille , du à 1902 ; Antoine-Hippolyte Cros (1833-1903), sous le nom d'Antoine II (en espagnol : Antonio II), de 1902 à 1903 ; Laure-Thérèse Cros, épouse Bernard (1856-1916), sous le nom de Laure-Thérèse I (en espagnol : Laura Teresa I), de 1903 à 1916 ; Jacques-Antoine Bernard (1880-1952), sous le nom d'Antoine III (en espagnol : Antonio III), de 1916 à 1951 ; Philippe Boiry (1927-2014), sous le nom de Philippe (en espagnol : Felipe I), de 1951 à 2014 ;