vignette|upright=1|Carte des (équivalent des AOC-AOP). vignette|upright=1|Carte des (équivalent des IGP). La viticulture a été introduite en Espagne dans le Sud, par les Phéniciens, et sur les côtes orientales par les Grecs venant de Massalia. La colonisation romaine a structuré le vignoble actuel.

En 2010, le vignoble espagnol a une superficie de ., dont utilisés pour produire du vin., ce qui en fait le premier au monde par sa surface, cependant la surface du vignoble est en forte baisse, l'Espagne a perdu entre 2008 et 2009. La région de Castille-La Manche à elle seule possède une surface d'environ .. Cependant, le volume de production en Espagne n'atteint que 80 % de la production de pays comme la France ou l'Italie.. Néanmoins, ces dernières années, la production espagnole a considérablement crû, au point que pour l'année 2011, la production espagnole égalant quasiment celle de l'Italie (39,9 millions d'hectolitres pour l'Espagne contre 40 millions pour l'Italie). D'autres sources annoncent, pour la même année, une plus forte production pour l'Espagne (40,3 millions d'hectolitres) que pour l'Italie (40,2 millions d'hectolitres).

Les vins de Xérès, de la Rioja, du Priorat et de la Ribera del Duero se trouvent parmi les plus prestigieux au monde.

Histoire vignette|gauche|Maquette du site de Cancho Roano.

Antiquité

L'abondance de cépages originaires d'Espagne favorise un démarrage précoce de la viticulture dans le pays avec la preuve de la présence de pépins de raisins datant de l'ère tertiaire. Les archéologues croient que ces raisins ont été d'abord cultivés quelque part au , bien avant que la culture viticole des Phéniciens ait fondé le poste commercial de Gadir (actuelle Cadix) vers .. Les archéologues espagnols ont mis en évidence un rituel de « libation du vin », daté de , à Cancho Roano (dans la province de Badajoz). Cette découverte, financée par l'OIV, a permis de retrouver le tracé de deux routes du vin remontant du sud de l'Espagne vers la Meseta centrale en bifurquant sur Avila et sur Salamanque ..

vignette|gauche|upright=0.6|Amphores à vin trouvées dans la province romaine de Tarraconaise.

L'installation des Phéniciens puis des Carthaginois (leurs principales colonies sont d'est en ouest : Ibossim, Akra Leuké, Qart Hadasht, Abdera, Malaka et Gadir) et des Grecs (emporions de Rhode et d'Empúries) le long des côtes de la future Espagne entraine l'introduction de nouvelles avancées techniques dans la région, y compris l'enseignement de la viticulture à partir de l'œuvre de Magon..

À la suite de la deuxième guerre punique entre les républiques carthaginoise et romaine, les Romains prennent le contrôle des côtes méditerranéennes à la fin du , puis progressivement de l'ensemble de la péninsule Ibérique (fin de la conquête sous Auguste), qui prend le nom d'Hispanie, divisée en plusieurs provinces. La province de Bétique (l'Andalousie actuelle) est la partie la plus prospère et la plus romanisée, exportant massivement ses produits dans des amphores, notamment du vin.

Moyen Âge vignette|Scène de musique dans un jardin. Miniature extraite du Hadîth Bayâd wa Riyâd, manuscrit marocain ou andalou, .

Au , l'invasion de l'Hispanie par les peuples germaniques tel que les Vandales, les Suèves, les Alains et les Wisigoths entrainent un déclin de la production.

La conquête musulmane en 711 ne fait pas disparaître la viticulture, plus ou moins tolérée non seulement pour les mozarabes (les populations ibériques arabisées), mais aussi pour les musulmans, du moins sous les Omeyyades de Cordoue (les Almoravides et surtout les Almohades sont bien plus austères et rigides). Tous les émirs et califes d'origine arabe ou berbère furent de grands buveurs et les palais de Grenade, Cordoue, Séville, Medinaceli et Almérie furent réputés pour leurs crus (buldän) et les beuveries qui s'y déroulaient. Les berbères islamisés venus du Maghreb apportèrent leurs cépages dans la péninsule ibérique : un de ceux-ci est encore cultivé en Andalousie, c'est le Faranat blanc de Tunis, connu en Espagne sous le nom de majorquin.. En al-Andalous, de nombreux agronomes musulmans décrivirent la viticulture, les différents cépages andalous et leur mode de culture. Le vignoble continua à produire du vin (hamriyya) auquel s'ajoutait le vin de palme (nabid), fait à base de raisins secs (par manque de palmiers-dattiers) et considéré comme non prohibé..

La Reconquista du sud de la péninsule Ibérique par les royaumes chrétiens du Nord est marquée par des plantations dans les terres conquises, où les chevaliers venus du nord obtiennent de grandes propriétés (les latifundia). Au bas Moyen Âge, les exportations espagnoles de vins reprennent, avec d'abord les vins de Galice (notamment le ) connu d'une part grâce aux pèlerins de Compostelle et d'autre part à travers les escales des navires faisant la liaison entre l'Europe du Nord et la Méditerranée (la Galice et le nord du Portugal étaient les dernières régions où on pouvait se fournir en vin avant de longer les territoires musulmans). L'important marché des îles Britanniques s'ouvre puis se ferme successivement aux vins espagnols selon la situation politique : en 1387, l'Angleterre s'allie avec le Portugal contre la Castille et la France, limitant ainsi le commerce ; en 1453, la Gascogne (vignobles de Bordeaux et du Sud-Ouest) est perdu par le roi d'Angleterre, dont les sujets se fournissent désormais en partie en Espagne.

Époque moderne vignette|Diego Velázquez, El almuerzo (Le Déjeuner), 1618-1619.

À partir de 1492, les voyages de découverte puis la colonisation des Amériques concernent la viticulture espagnole, car les escadres, les conquistadors et les missionnaires ont besoin de grandes quantités de vin. Par exemple quand Fernand de Magellan s'embarque pour son tour du monde il emmène pour de « vins de Jerez », dépensant plus pour le vin de ses équipages que pour son armement. La production américaine, notamment chilienne, à partir de cépages transplantés fait rapidement concurrence à celle de la métropole, mais ne couvre pas la consommation du Nouveau Monde. Les dépenses militaires nécessaires pour maintenir l'immense empire de Charles Quint et de ses successeurs étaient couvertes en partie par l'argent du Pérou (mines de Potosí) et du Mexique, mais principalement par les impôts levés en Espagne (notamment les levés à partir de 1590 en Castille, ainsi qu'un impôt spécifique sur le vin), d'où l'intérêt de la vigne qui rapporte plus que les céréales, et par les taxes sur le commerce (avec douanes entre les différentes provinces).

Quant aux exportations vers le reste de l'Europe, elles se développent car la Méditerranée orientale ne fournit plus de vins sucrés à l'Europe (l'Empire byzantin étant remplacé par l'Empire ottoman). Les vins andalous se vendent notamment sur le marché des îles Britanniques, à tel point que les vins sont élaborés exprès pour résister au voyage sur l'Atlantique et pour satisfaire le goût anglais, écossais et irlandais pour des boissons fortes. Les ports de Sanlúcar, Cadix et Malaga exportent les vins particulièrement alcoolisés appelés sacks puis sherry (qui ont donné aujourd'hui le xérès, le manzanilla et le malaga). Les tensions politiques entre l'Espagne et l'Angleterre, notamment l'annulation du mariage d'Henri VIII d'Angleterre avec Catherine d'Aragon en 1532 et l'expédition de l'Invincible Armada en 1588, limitent les échanges. L'Inquisition espagnole s'en prend aux négociants anglais tandis que les corsaires permettent l'approvisionnement de l'Angleterre en temps de guerre (tel que le pillage de Cadix en 1587 par Drake, puis en 1596 par Howard)..

Aux , la Cour royale espagnole se fournit notamment en vins de la Nouvelle-Castille (notamment les vins de La Mancha, au sud de Madrid), mais aussi en vins de Medina del Campo (aujourd'hui le rueda, produit dans la province de Valladolid)..

Époque contemporaine Dix-neuvième siècle Le développement économique de l'Espagne au , notamment dans la partie septentrionale du pays, entraîne un début de modernisation de la viticulture et de la vinification. L'influence bordelaise se fait sentir sur la Rioja (avec l'impulsion du pionnier qu'est Luciano Murrieta à partir des années 1850) et de façon isolée jusqu'en Vieille-Castille (avec la fondation des Bodegas Vega Sicilia), tandis que la méthode champenoise est appliquée en Catalogne avec l'invention du . Des cépages français (tels que le cabernet sauvignon, le merlot, le grenache) commencent à être plantés.

Pendant la seconde moitié du , le phylloxéra arrive en Europe venant d'Amérique, frappant d'abord en France dans le vignoble du Languedoc dès 1863, puis dans le vignoble de Bordeaux à partir de 1866. L'expansion de l'insecte vers l'Espagne commence plus tardivement, par importation de pieds contaminés ou par expansion naturelle à travers la frontière avec les Pyrénées-Orientales : en 1877 à Malaga (en Andalousie) et en 1878 à Gérone (en Catalogne). Malgré les mesures d'embargo et l'aménagement de cordons sanitaires aux frontières, la maladie s'étend à tous les vignobles, même si elle est freinée par le compartimentage du relief. Majorque (dans les Baléares) est touchée en 1891, Pampelune (en Navarre) à partir de 1896, Valence (sur la côte levantine) finalement en 1905.

Dans un premier temps, les vignobles espagnols profitent des difficultés des autres pays producteurs car l'offre de vin a considérablement baissé pendant la décennie 1870 : les négociants français viennent se fournir dans la Rioja, en Navarre et en Catalogne, ces exportations étant favorisées par la construction du réseau ferroviaire, permettant le transport par wagon-foudre. Dans un second temps, étant donné l'arrivée tardive du puceron en Espagne, les viticulteurs bénéficient des solutions développées dans les autres pays, principalement l'arrachage des pieds de vigne avant de replanter sur des porte-greffes d'origine américaine (qui eux résistent à la maladie). Les deux principales conséquences du phylloxera en Espagne est d'abord d'avoir modifié considérablement l'encépagement avec l'introduction de nouveaux plants provenant des vignobles voisins et étrangers, ensuite d'avoir accéléré la modernisation des façons de vinifier le vin, à partir des pratiques étrangères, notamment dans toute la vallée de l'Èbre.

Vingtième siècle En 1926, est fondé un organisme de contrôle du rioja, le , suivi par le décret du , transformé en loi du sous le nom d' destinée à réglementer la production viticole. L'article 30 de cette loi donne la première définition d'une désignation géographique d'un vin .. La région de production du xérès obtient elle aussi un texte de protection de l'appellation en 1933, juste avant le début des troubles de la guerre civile (1936-1939). La période du franquisme (1939-1975) est marquée par le développement des coopératives, ainsi que le début de l'exode rural et de la mécanisation des campagnes.

En décembre 1970, un nouveau texte de loi () est chargé de contrôler et protéger la production, sous forme de (abrégée en « DO », équivalente à une appellation d'origine contrôlée), mais le redécoupage de l'Espagne en communautés autonomes en 1978 puis l'entrée dans la Communauté économique européenne en 1986 entrainent des modifications importantes. Les dénominations de « sauternes », de « chablis » ou de « champagne » pour des vins espagnols sont désormais interdites.

Vingt-et-unième siècle

vignette|gauche|Collection de bouteilles espagnoles, dont une de Vega Sicilia.

Finalement, une classification est mise au point par le gouvernement espagnol pour correspondre à la réglementation de l'Union européenne (en AOP ou en IGP), dont les définitions sont données par la loi du () ..