Protagoras (en grec ancien, ) ; est un philosophe présocratique et professeur grec du (490 - vers 420 av. J.-C.) ; ; ; ; . Considéré par Platon comme un sophiste ; ; , il est reconnu comme tel par la tradition antique. Voir entre autres les témoignages de , et et récenteDepuis Hermann Diels () les fragments et témoignages sur Protagoras sont présentés au sein des recueils sur les sophistes. Sur la reconnaissance moderne des sophistes : .. Renommé de son vivant, Protagoras est resté célèbre pour son agnosticisme avoué et un certain relativisme ; ; : et ..
Biographie
En dépit de sa renommée dans l'Antiquité, très peu d'éléments sont connus avec certitude sur la vie de Protagoras. Les témoignages et fragments sont insuffisants pour se prononcer : Héraclide du Pont dit qu'il est né à Abdère, en Thrace, dans la première moitié du ; , d'un père nommé Méandre (ou Méandrios) ; ; Concernant l'hypothèse d'un père nommé Artémon, v. . Il est établi qu'il fit plusieurs séjours à Athènes ; , où il fut proche de Périclès ; ; ; . Le reste des sources disponibles sur Protagoras est parfois divergent : il serait selon certains d'origine modeste, selon d'autres issu d'une famille riche. Il aurait été disciple de Démocrite, ou à l'inverse maître de celui-ci. Alors que Platon dit qu’il a joui d'une estime générale jusqu'à sa mort, d'autres le présentent condamné par la justice athénienne et contraint de fuir la cité ; . La vie de l'auteur est ainsi entourée d'une part de légende ; .
Les dates précises de la naissance et de la mort de Protagoras sont incertaines. Après avoir un temps proposé 485 ; , les recherches contemporaines font désormais naître Protagoras vers 490 ; . Elles suivent ainsi la chronologie d'Apollodore, et la date plus précise de 492 est parfois avancée ; . Platon affirme que le sophiste serait mort à 70 ans, ce qui situerait sa mort vers 420. Bien que d'autres sources parlent d'un décès vers 90 ans ; ; , c'est la date de 420 qui est retenue.
Concernant sa jeunesse et ses origines sociales, deux versions existent. Selon Philostrate ; , le père de Protagoras aurait été l'un des plus riches Thraces, et aurait même hébergé le roi perse Xerxès lors de la seconde guerre médique. À cette occasion, Protagoras aurait pu fréquenter et être éduqué par des mages perses, à l'instar de Démocrite. Les historiens de la philosophie considèrent toutefois cette anecdote comme une légende, peut-être fabriquée pour expliquer l'agnosticisme de Protagoras par des influences étrangères ; . L'hypothèse d'un Protagoras riche mais sans lien avec les Perses n'est toutefois pas exclue.
À l'opposé, Diogène Laërce rapporte qu'il était d'origine humble, exerçant au départ un travail manuel. Protagoras aurait été portefaix. Diogène donne Épicure comme sa source sur ce point., et aurait inventé la tulè, élément qui sert à porter des fardeaux. Diogène donne Aristote (Sur l'éducation) comme sa source sur ce point.. Son ingéniosité l'aurait fait remarquer par Démocrite, qui l'aurait pris pour disciple ; ; . Cette version s'accorde toutefois mal avec les dates actuellement retenues pour Démocrite (naissance vers -460, soit de 30 ans plus jeune que Protagoras). L'hypothèse d'un lien personnel entre Démocrite et Protagoras pourrait être elle-même une invention tardive.
Devenu sophiste, Protagoras séjourna plusieurs fois à Athènes. Sa première visite pourrait dater de 460. Il semble avoir été présent en 444, période à laquelle Périclès lui aurait confié la rédaction de la constitution d'une nouvelle colonie ; . D'autres visites en 432 et vers 420 sont susceptibles d'avoir eu lieu, soit respectivement avant la guerre du Péloponnèse et après la mort de Périclès. Au-delà d'Athènes, Platon attribue à Protagoras une visite en Sicile ; .
Plusieurs témoignages suggèrent un lien entre Périclès et Protagoras. Ce dernier aurait été suffisamment proche de Périclès pour s'entretenir une journée entière avec lui sur une question de responsabilité juridique ; , et ses vues politiques auraient été assez favorables à la démocratie pour que Périclès lui confie l'établissement d'une constitution ; ; . Diogène rapporte en effet que Protagoras a été choisi pour donner des lois aux habitants de Thourioï, colonie fondée pour remplacer Sybaris après sa destruction. Si la constitution finale n'a pas été d'esprit spécifiquement démocratique, le mandat donné à Protagoras indiquerait une proximité minimale entre le sophiste et le pouvoir athénien.
thumb|250px|right|Localisation de Thourioï, indiquée "Thurii" sur la carte.|alt=Carte du sud de l'Italie indiquant Thourioï, dans le golfe de Tarente
Apulée et Diogène rapportent un procès entre Protagoras et son disciple Évathlos : Évathlos refusait de payer son maître parce qu’il n'avait pas encore gagné de procès. Protagoras le cita en justice : si le disciple perdait, il devrait payer son maître ; mais s'il gagnait, il devrait aussi payer son maître, puisque la valeur de l’enseignement reçu aurait été ainsi démontrée. Apulée développe l'anecdote en mentionnant une réponse du disciple : s'il perd, il ne devra rien, puisque les leçons de Protagoras auront été inefficaces ; et s'il gagne, il ne devra rien, puisqu'il aura été absous. L'authenticité d'une telle histoire paraît douteuse, tant elle s'apparente à un scénario comique. Cela n'interdit pas qu'elle ait un fondement : selon Diogène, Aristote fait mention d'un procès contre Évathlos, quoique dans un contexte différentDiogène Laërce rapporte que le procès aurait été intenté à la suite de la lecture de Sur les dieux, traité dans lequel Protagoras exprime une position agnostique..
Les dernières années de Protagoras semblent marquées par des événements tumultueux. Certaines sources indiquent une condamnation du sophiste pour impiété, son expulsion d'Athènes, et le fait qu'on a brûlé ses livres en public ; ; ; ; . Ces informations sont toutefois loin d'être avérées.
Protagoras aurait été condamné pour avoir écrit qu'il ignorait si les dieux existaient ou non ; . À la suite d'une lecture publique de son écrit Sur les dieux, Protagoras aurait été accusé, peut être par un dénommé Pythodore, partisan de l'oligarchie et membre des Quatre-Cents ; ; . L'accusation se serait appuyée sur le décret de Diopite, qui visait à frapper les intellectuels partisans de Périclès. L'impiété serait alors un prétexte, le motif réel du procès étant politique. Cette version des événements est cependant contestée. L'existence d'un tel décret, la tenue d'un procès ; , ou encore le fait qu'on a brûlé les œuvres du sophiste ont été mis en doute.
Un des motifs pour rejeter ces hypothèses est l'autorité de Platon ; . Bien que Protagoras soit cité, mis en scène, et discuté dans plusieurs dialogues platoniciensProtagoras est cité et/ou discuté dans le Cratyle, l’Euthydème, l’Hippias majeur, le Phèdre, le Sophiste et le Théétète. Il est mis en scène dans le Protagoras., jamais le philosophe ne mentionne de condamnation ou de fuite du sophiste. Au contraire, il écrit dans le Ménon que Protagoras serait mort estimé de tous, sans que jamais sa réputation ne s'estompe. Ce passage du Ménon présente toutefois des ambiguïtés qui rendent sa fiabilité incertaineDans ce passage du Ménon, Protagoras est cité aux côtés de personnages dont l'un des points communs est de tous avoir fait l'objet d'une condamnation. Protagoras serait donc une exception dans cette liste, sauf à admettre qu'il ait été lui aussi condamné. Par ailleurs, dans son Protagoras Platon fait dire au sophiste qu'il a trouvé un moyen d'exposer ses théories sans aucun risque. Si Protagoras a réellement été condamné, le texte platonicien prend une dimension comique et ironique qui n'est pas inhabituelle chez Platon. Voir , et les textes platoniciens sont souvent ironiques ou peu soucieux de vérité historique.
La mort de Protagoras pourrait être due à un naufrage. Philostrate rapporte que le sophiste serait mort pendant sa fuite d'Athènes. Son décès serait ainsi rattaché à son expulsion, et correspondrait à une période de réaction anti-péricléenne. D'autres sources ; signalent un naufrage pendant un voyage vers la Sicile. Là encore, nos informations sont faibles et peu assurées.
Carrière La carrière de Protagoras n'est pas connue avec précision.. On lui attribue un parcours de sophiste typique, bien que certains éléments distinguent Protagoras. Comme ses semblables, l'Abdéritain mène une carrière d'enseignant itinérant, allant de cité en cité pour prodiguer ses leçons. C'est un professionnel du savoir. Ses cours sont payants et constituent pour lui une source de revenus et de popularité. On insiste usuellement sur trois éléments : Protagoras est l'initiateur du mouvement sophistique ; . ; .. ; il demande un salaire très élevé ; . ; il est célèbre auprès de ses contemporains ; ...
On attribue à Protagoras le fait d'être le premier des sophistes. Il serait le premier à exiger un salaire contre son enseignement. Cette pratique est jusque là inédite en Grèce et enseigner contre salaire devient un trait distinctif des sophistes.. Selon Platon., Protagoras serait même un promoteur actif de la profession : il l'assume ouvertement et la défend face aux critiques. Certaines sources. ; . font aussi de Protagoras l'inventeur des discours éristiques et rhétoriques. Il deviendrait alors à la fois l'inventeur des techniques rhétoriques et du métier qui les utilise.
Beaucoup de témoignages... insistent sur les tarifs et la richesse du sophiste. Diogène affirme qu'il demandait un salaire de 100 mines, soit 1000 fois le salaire moyen d'un artisan de l'époque.. Ce salaire fait de Protagoras l'objet de critiques, mais participe également à sa renommée. Il contribue à forger une image négative des sophistes, perçus comme riches et cupides.
Dernier point, Protagoras est l'un des sophistes les plus célèbres de son époque. Par ses thèses provocantes, ses tarifs élevés et sa profession controversée, le sophiste d'Abdère a marqué ses contemporains. Eupolis le met en scène dans ses Flatteurs., et Aristophane semble s'inspirer de lui dans ses Nuées.Bien que ce soit Socrate qui soit mis en scène dans Les Nuées, Aristophane s'inspire de plusieurs intellectuels célèbres de l'époque. Voir .. Une génération plus tard, sa présence dans les dialogues de Platon témoigne d'une réputation encore vive.
En tout, la carrière de Protagoras se serait étalée sur 40 ans.. L'Abdéritain aurait enseigné dans plusieurs villes, dont Athènes, et aurait peut-être été jusqu'en Sicile...
Enseignement Protagoras serait, selon Platon, le premier penseur à s'être revendiqué « sophiste » et à avoir demandé une rétribution financière pour son enseignement ; ; . Il offrait un enseignement qui était plus général que la rhétorique enseignée par la plupart des sophistes. Il eut à ce titre, plusieurs élèves : EuripideLivre XV des Nuits attiques de Aulu-Gelle Théodore de CyrèneD'après Diogène Laërce (III, vi) Prodicos de CéosDictionnaire historique et critique, Volume 3, page 820, par Pierre Bayle Euathlos Selon Pierre Bayle, Socrate, qui opposa son école à celle de Protagoras, comme le montrent les études de la plupart des dialogues de Platon. Cependant, l'affirmation de Bayle repose sur une déduction et n'avance pas de preuves déterminantes d'un enseignement direct de Protagoras à Socrate. Il s'agit donc probablement d'un enseignement indirect par le contact avec ses doctrines, puisque Protagoras et ses idées étaient déjà largement connues à Athènes à l'époque de Socrate.