Le baron Victor Horta, né le à Gand et mort le à Bruxelles, est un architecte belge. Il est un des principaux acteurs de l'Art nouveau en Belgique.

Il rompt avec l'architecture traditionnelle des maisons bourgeoises, défend le plan libre, la fluidité de l'espace organisé autour du vestibule et de la cage d'escalier et le passage de la lumière favorisé par les verrières et les puits de lumière. Il conçoit chaque détail de ses habitations, jusqu'au mobilier, assemble les matériaux de construction avec les matériaux les plus luxueux, utilise largement le métal et le verre à côté de la pierre. Son vocabulaire architectural est basé sur la ligne courbe, le coup de fouet qui devient vite sa marque de fabrique. L'Art Nouveau passe rapidement de mode et les œuvres d'Horta sont délaissées puis détruites et, maintenant, réhabilitées.

Biographie Origines familiales Pour le côté paternelVoyez Guy Waltenier, Les quartiers d'ascendance de Victor Horta (1861 - 1947), dans L'Intermédiaire des Généalogistes, 1981, pages 392 à 396. : le père de Victor Horta, nommé Petrus Horta, était un modeste artisan cordonnier, né à Bruges en 1795 et venu s'établir à Gand. On retrouve ainsi les huit arrière-grands-parents de ce Petrus Horta à Bruges. Le trisaïeul en ligne paternelle de Victor Horta (le père de son arrière-grand-père), et semble-t-il premier porteur de ce nom Horta à Bruges, Salvator Horta, était mort à l'Hôpital Saint-Jean de Bruges le . Le registre des décès mentionne à cette date : 9 (decembre 1727) Salvatoor Oortha van Napels. Il s'agissait vraisemblablement d'un soldat napolitain qui s'était arrêté dans les Pays-Bas méridionaux. Il avait épousé une certaine Isabelle Bruggeman, Bourgeman ou Bourgman. Il laissait trois enfants nés à Bruges, et baptisés à Notre-Dame (3e portion) : Michaël Carolus né le , Regina née le et Guido né le . Ce dernier sera le père de Jacobus Horta, menuisier, baptisé à Bruges (Notre-Dame 3e portion) le , qui épousa à Bruges en 1790 Anna Theresia De Ceuninck, née à Bruges en 1769. Ces derniers seront les grands-parents de Victor Horta, qui ne les connaîtra cependant jamais car ceux-ci étaient déjà morts lorsqu'il naquit à Gand. Il est vrai que le père de Victor était déjà âgé à la naissance de son fils, et que Victor sortait à peine de l'adolescence lorsqu'il perdit son père en 1880.

Pour le côté maternel : la mère de Victor Horta, que Petrus Horta avait épousé en secondes noces à Gand en 1851 se nommait Henriette Coppieters. Elle était née à Lede en 1824, et son père Jacques Coppieters y était aubergiste bien que né à Hamme. Le grand-père maternel de celle-ci, Joannes Baptiste Vandersteen, était huissier à Lede. Ainsi , les origines familiales maternelles de Victor Horta sont à trouver dans la région entourant Termonde, avec ses ascendants ayant vécu à Waesmunster, Zele, Lede, etc.

Jeunesse vignette|gauche|redresse=1.25| Victor Petrus Horta naît à Gand le au sein d'une famille nombreuse. Il est le quatorzième de quinze enfants. Sa mère, Henrica dite Henriette Coppieters (née à Lede le ), est la seconde épouse de Petrus Jacobus Joannes dit Pierre Horta (né à Bruges le ), qui a déjà dix enfants de son premier mariage. C'est un artisan cordonnier qui « exerçait son métier avec une telle supériorité que pour lui il était un art »Mémoires, , .. Henrica donne naissance à cinq enfants, Victor étant le quatrième. Pierre Horta aimait également la musique et le jeune Victor se sentit brièvement attiré par la pratique du violon. Mais il est renvoyé pour indiscipline du conservatoire de musique et s'inscrit en dessin d'architecture à l'académie royale des beaux-arts de Gand. En 1878, il part pour Paris chez l'architecte décorateur, Jules Dubuysson à Montmartre et revient à Gand deux ans plus tard, à la mort de son père. Il épouse en 1881 Pauline Heyse. Elle est enceinte, ils sont mineurs et Victor Horta n'a pas encore achevé sa formation. Le couple s'installe à Bruxelles. Leur fille, Marguerite, née à Bruxelles le , meurt à l'âge de sept mois. à Bruxelles le .

Victor Horta suit des cours à l'Académie des Beaux-Arts tout en travaillant pour assurer sa vie quotidienne : il est admis dans l'atelier de l'architecte Alphonse Balat qu'il révèrera toute sa vie.. Il travaille avec Balat sur la construction des serres royales de Laeken, c'est son premier bâtiment à utiliser le verre et le fer.

Dans son testament, rédigé en 1944, Horta ressent encore le besoin d'affirmer sa dette à l'égard de son maître.

En 1884, Victor Horta remporte le premier prix Godecharle pour l'architecture.. Cette bourse l'amène à voyager en France et en Allemagne..

En 1888, il rejoint la franc-maçonnerie en étant admis dans la loge maçonnique bruxelloise Les Amis philanthropes, qui compte déjà son ami le sculpteur Godefroid Devreese parmi ses membres.

C'est grâce à Balat que le jeune homme, fort seulement de trois maisons construites à Gand en 1885, reçoit la commande en 1889 d’un petit édifice destiné à abriter la sculpture monumentale de Jef Lambeaux, Les Passions humaines (Parc du Cinquantenaire à Bruxelles).

Le , à Bruxelles, naît sa seconde fille Simone : dans ses Mémoires rédigées à partir de 1939, il évoque son amour profond pour cette enfant. Il obtiendra sa garde après son divorce en 1906.. Elle mourut à Ixelles le .

Carrière Hôtels de maître vignette|droite|redresse=0.8| vignette|droite|redresse=0.8| Après des années de galère, la carrière d’Horta prend soudainement son essor. Deux amis, Eugène Autrique et Emile Tassel, dont il a fait la connaissance au sein de la loge maçonnique des Amis Philanthropes où il a été admis en 1888, lui confient chacun la construction d’un petit hôtel de maître (Maison Autrique, 266 chaussée de Haecht à Schaerbeek et Hôtel Tassel, 6 rue Paul-Émile Janson à Bruxelles). Horta touche au but qu’il s’était fixé, « créer une œuvre personnelle dans laquelle se retrouverait le rationalisme constructif, architectural et social » (Mémoires, p. 13).

Hôtel Tassel Construite en 1893, cette maison est considérée comme la première maison de l'Art nouveau à Bruxelles. C'est la concrétisation d'un système constructif imaginé par Viollet-le-Duc dans sa maison à pans.. Son plan diffère de la répartition classique des habitations bourgeoises de l'époque, tout en répondant parfaitement aux besoins des propriétaires comme toutes les maisons de Victor Horta.

Le passage de la lumière est soigneusement étudié : puits de lumière, portes munies de vitraux ou lanterneaux laissent passer la lumière.

Maison Autrique En 1893, Victor Horta fait construire une maison de ville pour son ami Eugène Autrique. L'intérieur a un plan traditionnel, en raison d'un budget limité, mais la façade comprend déjà certains des éléments qu'il va ensuite développer : la mosaïque, les vitraux, les colonnes de fer, les sgraffites et la sculpture sur bois..

Victor Horta ne semble pas avoir conçu le mobilier de cette maison mais l'intérieur comporte des éléments de décorations typiques comme les motifs en gerbe de la rampe d'escalier et la ligne courbe à partir d'un point central dans la mosaïque.

En 1894, Horta est élu président de la Société centrale d'architecture belge, dont il démissionne dès l'année suivante à la suite d'un différend provoqué par l'attribution de la commission pour un jardin d'enfants rue Saint-Ghislain sans concours public.

À cette époque, grâce à des conférences et des expositions organisées par l'association d'artistes Les Vingt, Horta se familiarise avec le mouvement britannique Arts and Crafts qui influence son travail ultérieur..

Hôtel Solvay C’est grâce à un ami de Tassel, l’ingénieur Charles Lefébure, secrétaire d’Ernest Solvay, qu’Horta sera introduit en 1894 auprès de la famille Solvay. Aux deux premières commandes plutôt modestes succèdent la transformation du château de La Hulpe, la construction d'un bel hôtel de maître, 224 avenue Louise (1894) et d'un château à Chambley-Bussières (en Lorraine française) pour le baron Henry de Wangen, gendre de Solvay (1897).

L'hôtel Solvay est sans doute une des œuvres les plus remarquables de Victor Horta. Il dispose d'un budget considérable et d'une carte blanche pour cette construction.

L'immeuble occupe 15 mètres à front de rue et s'étend sur 20 à 25 mètres en longueur. La façade avant est relativement sobre mais d'une grande élégance. Elle est en grande partie symétrique, en pierre bleue et pierre blanche mais intègre aussi le verre et le fer, des matériaux plus modernes. Elle est percée de bouches d'aération qui assurent la climatisation naturelle des espaces intérieurs et donnent un grand confort à la maison..

À l'intérieur, Horta innove avec le décloisonnement des espaces, l'utilisation des structures métalliques et de matériaux précieux (marbres, bois exotiques, velours, or et laiton) et par le traitement de la lumière.. À côté des matériaux luxueux, il utilise aussi, avec audace, des matériaux à caractère industriel comme les briques vernissées et les poutres rivetées. Le mobilier reprend les formes et motifs de l'architecture, notamment la fameuse ligne courbe. Victor Horta conçoit chaque détail : meubles, tapis, luminaires, vaisselle et même la sonnette.

Pour la décoration de l'escalier, Horta coopère avec le peintre pointilliste belge Théo Van Rysselberghe.

L'hôtel Solvay est classé par l'arrêté royal du . Le jardin et les anciennes écuries sont classés par arrêté gouvernemental du . Depuis 2003, l'hôtel est inscrit, à l'instar d'autres œuvres bruxelloises de Victor Horta, sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco..

L'hôtel appartient désormais à la famille Wittamer qui l'a acheté en 1958 et considérablement rénové. Tout le mobilier, les lustres, les tapis, les horloges et les vases d'origine ont été préservés et sont encore présents dans la maison.

En 1894 toujours, l'avocat Maurice Frison, avec qui Horta a noué une solide amitié, lui confie la construction de sa maison, 37 rue Lebeau à Bruxelles, une commande qui semble attirer l'attention de Charles Buls, alors échevin. La Ville de Bruxelles, hors de toute procédure de concours, commande à Horta un jardin d'enfants dans les Marolles (40 rue Saint-Ghislain). Dans ce même quartier populaire de Bruxelles, Horta construit un bâtiment majeur : la Maison du Peuple pour le Parti ouvrier belge (1895-1899). Il affirme dans ses Mémoires qu'il a été choisi pour « sa manière esthétique »Mémoires, , . et pas pour ses idées politiques « quoiqu'elles correspondaient ». Les sympathies d'Horta étaient manifestes : il avait donné des cours à la Section d'Art, dans l'ancienne Maison du Peuple, rue de Bavière, et fréquentait amicalement des intellectuels du parti comme Max Hallet, Léon Furnémont (pour qui il construira) ou Emile Vandervelde, qui jouera un rôle important plus tard dans la commande du Palais des Beaux-Arts.

Hôtel Aubecq vignette|Photographie de l'Hôtel Aubecq avant sa destruction au 520 avenue Louise à Bruxelles. Commandé par l’industriel bruxellois Octave Aubecq en 1899, cet hôtel particulier se situe au 520 de l'Avenue Louise à Bruxelles. L’édifice associe architecture, mobilier, vitraux et boiseries. Horta y convoque sa maitrise de la stéréotomie tout en faisant s’interpénétrer les volumes créant un effet d’enchainement des espaces. Le mobilier, imbriqué dans la création architecturale, épouse le mode de vie spécifique du commanditaire afin de s’adapter à ses goûts, à sa vie et à son esprit. Il s’adapte à une nouvelle bourgeoisie bruxelloise d’esthètes.

Suite à des difficultés économiques, l'hôtel est revendu en 1948 au couple Vanderperre, des promoteurs immobiliers qui projettent de le démolir. Malgré la mobilisation de Jean Delhaye, ancien collaborateur de Victor Horta, et d’autres défenseurs, l'édifice sera démoli en 1950.