vignette|upright|alt=image humoristique d'une pluie d'animaux. |Il pleut des chats, des chiens, et des fourches, sur cette image humoristique du , illustrant ainsi les dictons anglais ( - « Il pleut des chats et des chiens ») et français (Il pleut des hallebardes) concernant de fortes pluies.

La pluie d’animaux est un phénomène météorologique caractérisé par d'extraordinaires chutes d'animaux du ciel, souvent d'une seule espèce. Cette précipitation atypique est accompagnée ou non d'une averse classique. Des témoignages du phénomène se retrouvent dans plusieurs pays et à de nombreuses époques. Ils suscitent donc mystères et controverses à travers l'Histoire.

Des poissons et des grenouilles se trouvent le plus souvent dans ces « pluies ». Certaines espèces d'oiseaux sont aussi fréquemment mentionnées. Le phénomène est parfois si violent que les animaux retombent déchiquetés. D'autres fois, ces derniers survivent à cette chute, en particulier les poissons. Ceci laisse à penser que le laps de temps séparant le « décollage » et le retour au sol reste relativement faible. Des témoignages décrivent les grenouilles tombées du ciel, comme parfaitement intactes. Souvent les animaux chutent gelés du ciel, parfois emprisonnés dans la glace : ceci tendrait à montrer que certains animaux terrestres ou aquatiques pourraient être aspirés par des trombes à des altitudes élevées ; la température est alors inférieure à .

Légendes et témoignages Textes et légendes jusqu’au Moyen Âge

vignette|gauche|Gravure d'O. Magnus, datée de 1555, représentant une pluie de poissons.

Les témoignages de pluie animale, de pluie de sang, ou de chute d'objets organiques divers abondent dans la littérature antique et médiévale.

Le papyrus d’Alberto Tulli, papyrus perdu par son propriétaire et dont l'existence est contestée, témoigne déjà de phénomènes étranges dans l’Égypte antique, en particulier l'apparition de ce qui pourrait être un OVNI, mais plus particulièrement d'une chute, depuis le ciel, de poissons et d'oiseaux..

Dans la Bible, une pluie de grenouilles est l'une des dix plaies d'Égypte (Exode 8:2), châtiment divin des Égyptiens.. La Bible évoque d’autres interventions célestes de ce type, comme la pluie de cailles tombant du ciel qui s'abat dans le désert sur les Hébreux pour les sauver de la faim, bénédiction divine (Exode 16:13).

Au , le Grec Athénée évoque une pluie de poissons ayant duré trois jours dans la région de Chéronée dans le Péloponnèse.

Au , Pline l'Ancien rapporte plusieurs survenances de pluies de lait, de chair, de sang, et d'autres matières animales comme la laine..

Enfin, au Moyen Âge, la fréquence du phénomène dans certaines régions pousse certains de leurs habitants à s'imaginer que les poissons naissent adultes dans les cieux et tombent ensuite dans la mer.

À Besançon par exemple, lors d'une éclipse le , les oiseaux tombent au sol et sont récupérés par les enfants.

Témoignages de l’époque moderne La liste des témoignages s'est allongée avec l'arrivée de l'époque moderne et des médias de masse. Quelques exemples choisis sont énumérés ci-dessous.

En 1578, de grosses souris jaunes s'abattent sur la ville norvégienne de Bergen. En 1625, une pluie de grenouilles a touché Tournai.. De même, d'après un certain John Collinges, une pluie de crapauds se serait abattue sur la ville anglaise d'Acle, dans le comté de Norfolk, si bien que le patron de la taverne du village dut les enfourner par centaines pour s'en débarrasser. Le , en Franche-Comté, des oiseaux morts par milliers et de toutes sortes ont été retrouvés entre Dole et Salins, selon les Lettres de Besançon de Raphael Isaac David.. Le est lue à l'Académie des sciences une lettre envoyée du Sud de la France par un professeur de Cahors.

Le , la ville de Singapour connaît un important séisme, suivi de trois jours de pluies importantes. Après trois jours et la fin des pluies, les habitants découvrent dans les flaques des milliers de poissons-chats. Les autochtones affirment les avoir vus tomber du ciel, les occidentaux se montrent plus prudents dans leurs témoignages. Une fois les eaux retirées, on trouve d'autres poissons dans les flaques asséchées, notamment à des endroits n'ayant pas été touchés par l'inondation. Le , le Scientific American rapporte une averse de serpents, atteignant pour certains de long (soit environ ), sur la ville de Memphis le . On trouve aux États-Unis plus d'une quinzaine d'exemples de pluie d'animaux au seul ... En 1906, .. Le , à Santa Cruz en Californie, une pluie d’oiseaux se jette contre les domiciles. Une étude de 2011 a montré que des conditions marines et météorologiques particulières ont produit une efflorescence d'algues notamment des Pseudo-nitzschia pouvant produire de l’acide domoïque. Ces algues furent consommées par des poissons puis par des oiseaux puffins fuligineux. Les volatiles intoxiqués sont alors venus percuter la côte. Ce fait divers a été l’une des influences du film Les Oiseaux d'Alfred Hitchcock... En 1968, les journaux brésiliens évoquent une pluie de chair et de sang s'abattant sur une aire relativement large (). En , des canards morts tombent sur la ville de St. Mary's City dans le Maryland. D'après le Washington Post du , le vol de canards avait été frappé de mort subite en plein vol, comme s'il avait subi une explosion, que personne n'a pourtant vue ou entendue. En 1978, il pleut des crevettes en Nouvelle-Galles du Sud (Australie). En 2002, les poissons pleuvent en Grèce. Le journal Le Monde note : « Il ne fait pas toujours beau à Athènes certes. Et pas davantage dans les montagnes du nord de la Grèce. Mais les orages y ont le bon goût parfois d'aider au sourire et à la rêverie. À Korona, village haut perché, il a plu, mardi, des centaines de petits poissons. ». Le , le village de Knighton, dans le Powys reçoit une pluie de poissons.. Au début du mois de , il pleut des têtards dans plusieurs villes de la préfecture d'Ishikawa au Japon. Il n'y a pas eu de vents violents qui auraient pu être à l'origine de ladite pluie selon l'observatoire local de météorologie.. Plus tard, les scientifiques ont confirmé que les têtards ont été vomis par des hérons.. Pluies d'oiseaux morts de : le soir de la Saint-Sylvestre 2010-2011 : cinq mille oiseaux morts tombent à moins de autour de la ville de Beebe, en Arkansas.. La plupart sont des carouges à épaulettes (Agelaius phoeniceus). Un responsable des services vétérinaires de l’État de l'Arkansas, George Badley, affirme à l’Agence France-Presse être « presque sûr que c’est un traumatisme qui a causé la mort » des oiseaux ; le : cinq cents oiseaux tombent raides morts en Louisiane, ainsi que plusieurs dizaines dans la ville suédoise de Falköping.. L'analyse des dépouilles de Falköping par l'Institut vétérinaire national suédois révèle que la mort résulte d'hémorragies internes dues à des chocs sur le corps, sans signe d'infection ou de maladie, et sans trace extérieure de ce qui aurait pu les tuer . ; le : quatre-vingts pigeons tombent morts près de la ville de Saint-Augustin-de-Desmaures au Québec. ; le : pluie de tourterelles et de pigeons (plusieurs centaines) à Faenza près de Ravenne en Italie. Le : pluie de poissons dans la commune du Lorrain sur l'île française de Martinique.. : pluie d'araignées vivantes à Goulburn en Australie. Des millions de petites Tetragnatha guatemalensis ont ainsi recouvert le paysage de leurs toiles.. : des poissons retombent sur le village de Lajamanu, dont certains encore vivants, en même temps qu'une tempête pluvieuse..

Note : cette liste est une sélection et n'est absolument pas exhaustive. Elle relève quelques cas parmi les plus inhabituels ou les plus significatifs.

Explications du phénomène Explications archaïques La science a longtemps délaissé les témoignages qui lui parvenaient, considérés comme trop épars et de fiabilité non prouvée. En 1859, un témoin d'une pluie de poissons à Moutain Ash, au pays de Galles, envoie un spécimen au zoo de Londres, et le directeur du British Museum, J. E. Gray, déclare : « À la lumière des faits, il semble que le plus probable est qu'il ne s'agisse que d'une blague : l'un des employés de a renversé un seau d'eau rempli de poissons sur l'autre, ce dernier pensant alors qu'ils tombaient du ciel. »Charles Hoy Fort, Le Livre des damnés, chapitre 7 .

En l'absence de toute observation faite par des professionnels de la météorologie, les pluies d'animaux sont restées longtemps sans explication scientifique, si bien que les théories les plus saugrenues se sont développées..

Au , le philosophe grec Théophraste nie l’existence des pluies de crapauds en expliquant simplement que ceux-ci ne tombent pas avec la pluie, mais que c’est la pluie qui les fait sortir de terre.

Au , Reginald Scot avance une première hypothèse. Selon lui « il est certain que certaines créatures sont engendrées spontanément, et n'ont pas besoin de parents. Par exemple, […] ces grenouilles venues de nulle part. Elles sont transportées par la pluie. Ces créatures grandissent d’elles-mêmes et naissent des averses... » Reginald Scot, The Discovery of witchcraft, 1584 .

Au , certains affirmèrent que l'évaporation des eaux faisait monter les œufs de grenouilles dans les nuages où ils éclosaient avant de redescendre sur terre dans l'averse.

Explications scientifiques

Les tornades vignette|gauche|Une tornade peut capturer des animaux et les emmener au loin avant de les laisser retomber.

André-Marie Ampère, tenant, contrairement à la plupart de ses collègues, les nombreux témoignages de son temps pour vrais, tenta de proposer une explication aux pluies de crapauds, explication proche de celle désormais avancée par les scientifiques. Il avança à la Société des sciences naturelles qu’à une certaine saison, les crapauds et les grenouilles vagabondaient en très grand nombre et groupés dans les campagnes, si bien que les coups de vent pouvaient en capturer une grande quantité et les déplacer plus loin..

Une explication scientifique récente du phénomène est qu'il serait dû aux trombes marines. Les vents tourbillonnant au sol d'un tel phénomène seraient capables de capturer, grâce à une combinaison de la dépression dans la trombe et de la force exercée par le vent vers celle-ci, des objets et des animaux. Les animaux terrestres et les poissons seraient capturés depuis la surface, tandis que les oiseaux le seraient parfois en plein vol.

Par la suite, ces trombes, ou même tornades, les transporteraient à des altitudes relativement élevées et sur d'assez longues distances. Ainsi, les vents seraient capables de capturer des animaux sur une surface relativement large pour ensuite les laisser tomber, au contraire, en masse en un point très localisé. Plus spécifiquement, certaines tornades et trombes seraient capables d’assécher totalement une mare, avant de relâcher l’eau et ses habitants (batraciens et autres), plus loin, sous la forme de pluie d’animaux.

Cette explication semble logiquement confirmée par la nature des animaux généralement transportés : petits et légers et souvent issus du milieu aquatique, tandis que le phénomène est très souvent précédé d'un orage. D’autres détails posent au contraire problème. L'effet des trombes d'eau, même les plus puissantes, ne se fait pas sentir au-dessous de la surface de l'eau et l'humidité qu'elle absorbe est immédiatement dirigée vers l'extérieur, sans que l'effet de siphon imaginé n'ait lieu. William R. Corliss souligne également qu'il est improbable qu'une seule espèce soit visée par un tel mécanisme.

vignette|upright=1.5|Image Doppler d’un radar météorologique du Texas qui montre la rencontre d’un orage tornadique avec un vol de chauves-souris. Le rouge indique qu’elles se dirigent vers le nuage.