La Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC) est un syndicat de salariés français se référant lors de sa fondation en 1919 à la doctrine sociale de l'Église (DSE).

Depuis 1947, elle s'inspire de la morale sociale chrétienne qui se réfère à la doctrine sociale de l'Église catholique. Lors du congrès confédéral de , une rupture est intervenue entre l'aile gauche du mouvement, influencée par le marxisme (70 % des mandats, environ), favorable à la lutte des classes, et ceux qui restaient attachés aux valeurs chrétiennes. Les minoritaires décidèrent de maintenir la CFTC d'inspiration chrétienne alors que les majoritaires donnèrent le nom de Confédération française démocratique du travail (CFDT) à la structure issue de la transformation. Il s'est ensuivi une longue et complexe bataille juridique. La justice finit par reconnaître que l'on ne pouvait pas qualifier de scission l'attitude de la minorité puisqu'elle continuait l'esprit et les valeurs chrétiennes de la grande CFTC. Sur un plan matériel, la loi de la majorité permit à la CFDT de récupérer la quasi-totalité du patrimoine de l'ancienne CFTC.

Depuis le retour de la CFDT dans le camp réformiste, les rapports entre CFTC et CFDT se sont apaisés.

La CFTC a été reconnue « représentative » par un décret interministériel de 1966, au même titre que la CFDT, la CFE-CGC, la CGT et la CGT-FO au titre de la présomption irréfragable. Après la fin de celle-ci (par la loi du qui a mis fin à cette situation en introduisant de nouveaux critères de représentativité syndicale), elle a conservé sa représentativité ayant rempli les nouveaux critères lors des élections professionnelles.

Avec la CFDT, l'UNSA et la CFE-CGC, elle constitue le « pôle réformiste » des centrales syndicales françaisesRémi Barroux, « L'UNSA veut construire un pôle syndical réformiste », Le Monde, le 27 novembre 2009.

Histoire

Le syndicalisme chrétien naît sous la forme d'une « Association des jeunes ouvriers », fondée par Maurice Maignen en 1855, qui devient en 1865 le « Cercle des jeunes ouvriers », plus connu sous le nom de Cercle Montparnasse, sis au 126, boulevard du MontparnasseMaurice Maignen et la contre-révolution, pensée et action d'un catholique social 1871-1890, Mémoire présenté sous la direction de Michèle Cointet, UFR Arts et sciences humaines Département d’Histoire Université de Tours 2004 . En 1871, après la Commune de Paris, le comte Albert de Mun s'appuie sur ce cercle pour créer une association nationale, l'Œuvre des cercles catholiques d’ouvriers, appelée aussi les « cercles ouvriers », qui comptait en France en 1878.

Le , l'abrogation de la loi Le Chapelier par la loi Waldeck-Rousseau légalise les syndicats, ce qui permet la création dès 1886 du Syndicat des journalistes français, sous le nom de « Corporation des publicistes chrétiens ». Son fondateur est Victor de Marolles, directeur du journal de l’Œuvre des cercles catholiques d’ouvriers. L'année suivante voit la naissance du Syndicat des employés du commerce et de l'industrie, uniquement masculin, regroupant de l'Œuvre, le . Présidé par Paul Baé, il s'installe rue des Petits Carreaux à Paris, où il ouvre un restaurant ouvrierFort comme le collectif, libres comme l'individu, histoire de la Fédération des Services CFDT 1887-1990, Marguerite Bertrand, Rémy Jehan, tiré à part supplément au magazine Inform'Action .. Quatre ans plus tard, il lance son propre journal L'employé puis se structure en 1894 autour de : employés administratifs, tissus, employés aux écritures et bâtiment. Au même moment apparaissent, hors de la sphère chrétienne, la Fédération nationale des syndicats, ancêtre de la CGT, en 1886 et la Bourse du travail de Paris en 1887.

Marie-Louise Rochebillard crée en 1899 le premier syndicat féminin (pour ouvrières de la soie), à Lyon, au 13 rue Sainte-Catherine, d'inspiration sociale chrétienne (CFTC).

La fondation Après l'intense effort industriel de la Première Guerre mondiale, les syndicats chrétiens nés en 1886-1887 sont à l'initiative de la fondation de la CFTC les et . Elle regroupe et se réclame de l’encyclique Rerum Novarum. L'objectif est de contrer la toute-puissance de la CGT dans le milieu ouvrier. Le mot d'ordre de la nouvelle CFTC est « la paix sociale ».

Au début de l'année, il n'y a encore qu'un peu plus de et trois fédérations : l'enseignement libre, les cheminots et les employés, ainsi que deux fédérations de syndicats exclusivement féminins« Les communistes et la CGT » dans la Revue communisme, ., dont l'Union des Syndicats libres féminins"Métiers, corporations, syndicalismes", , par Michelle Zancarini-Fournel.. Mais rapidement, la « Fédération des Syndicats indépendants d'Alsace et de Lorraine », menée par le Mulhousien Camille Bilger (1879-1947), Léon Adolf et Jean Keppi prend une part prépondérante dans les débuts du nouveau syndicat, en apportant ses , essentiellement dans le textile et les mines. Constituée en 1920, . En 1920 aussi, la CFTC contribue avec d’autres syndicats chrétiens européens à fonder la Confédération internationale des syndicats chrétiens. Créée en "Soufflons nous-mêmes notre forge: une histoire de la Fédération de la métallurgie CFTC CFDT, 1920-1974", aux Éditions de l'Atelier, 1991 - page 25 , la Fédération de la métallurgie CFTC décide en 1922 la création d'une caisse fédérale de résistance, pour secourir les grévistes, malgré l'avis d'Henri Meck, qui souligne l'échec des caisses professionnelles, et rappelle le succès en Alsace des caisses interprofessionnelles. Bassin houiller du Nord-Pas-de-Calais Dans le Pas-de-Calais, Jules Pruvost et son collègue Jules Catoire fondent dans l'arrière-salle du café « L'Espérance », le « Syndicat libre des mineurs » (SLM), qui se heurte aux pressions des dirigeants des houillères auprès de l’Évêché"Des syndicalistes chrétiens en politique (1944-1962): De la libération à la République", par Bruno Béthouart aux Presses Univ. Septentrion, 1999 . En décembre, Jules Pruvost en est élu secrétaire général. Le SLM se rattache dès 1924 à la Fédération Française des Syndicats Professionnels des Mineurs, animée par Henri Meck, qui a travaillé à l'implantation de la CFTC au sein des houillères de Lorraine, puis est devenu secrétaire général de la Fédération CFTC des mineurs, rejoint par Louis Delaby.

Les syndicalistes chrétiens participent ensuite pendant la guerre à la grève patriotique des cent mille mineurs du Nord-Pas-de-Calais en mai-juin 1941.

Bassin houiller de Saint-Étienne René Mathevet est la du syndicalisme chrétien dans le Bassin houiller de Saint-ÉtienneJean-Paul Bénétière, L’union départementale de la CFTC-CFDT de la Loire. Déconfessionnalisation, autogestion, crise et résistance au « recentrage », 1944-1988, Rennes, aux Presses universitaires de Rennes, 2017 et symbole du décalage entre la « ligne ouvrière » de son département et la ligne plus confessionnelle de la majorité confédérale CFTC, s'appuyant plus sur les « employés ». Ouvrier chez Manufrance avant la guerre, de juillet à , il anima le comité des loisirs (bals, théâtre, jeux collectifs, chorale) durant la grève de , dont 45 d’occupation de l’usine, composant à cette occasion la chanson "La Madelon des grévistes" mais fut ensuite licenciéBiographie Le Maitron de René Mathevet Biographie Le Maitron de Jean Rechatin .

L'autre est Jean Rechatin, mineur à La Ricamarie-Le Chambon-Feugerolles qui participa à la Résistance en diffusant Témoignage Chrétien, puis, avec la CGT à la grève des Houillères en 1948 avant de présider la société de Secours Minière de la Loire. Dans la Loire, en 1944, les mineurs n'étaient plus que 16000 en 1944 contre 20000 en 1939, seul le retour des prisonniers de guerre français et le recours à des prisonniers de guerre allemand permettant ensuite un rebondJean-Paul Bénétière, L’union départementale de la CFTC-CFDT de la Loire. Déconfessionnalisation, autogestion, crise et résistance au « recentrage », aux Presses universitaires de Rennes, page 28.

La Seconde Guerre mondiale et la Résistance La CFTC est officiellement dissoute en novembre 1940 par le régime de Vichy. Jules Pruvost entre dans la résistance et s'occupe d'une filière qui prend en charge les aviateurs alliés"Démocrates chrétiens de la région du Nord dans la Résistance", par André Caudron, dans la Revue du Nord', tome 60, , de juillet à septembre 1978 . Jules Catoire, aidé par Joseph Sauty, Louis Delaby et Joseph Martin, diffuse les Cahiers du Témoignage chrétien dans le département du Pas-de-Calais, ainsi que le journal clandestin La Voix du Nord. Louis Delaby prend position en faveur du pluralisme syndical"Un grand résistant du Pas-de-Calais : Jules Catoire", par Bruno Béthouart et soutient Gaston Tessier dans sa lutte contre une tendance participationniste au sein de milieux catholiques. Ce dernier, fondateur du mouvement de résistance Libération-Nord, représente la CFTC au Conseil national de la Résistance et publie un article dans le quotidien L'Aube « Syndicalismes » pour insister sur la place qui doit revenir au fait syndical et souligner que la CFTC et la CGT ont « donné à la Résistance un concours extrêmement dévoué qui s'est accentué à la veille de l'insurrection nationale par l'ordre de grève générale lancé d'un commun accord par le comité d'entente », après avoir participé à la grève patriotique des cent mille mineurs du Nord-Pas-de-Calais en mai-juin 1941. Les deux syndicats présentent des listes communes aux élections professionnelles après la guerre..

Les années d'après-guerre Dans ces années d'après-guerre, la minorité de la CFTC réclame une nouvelle organisation, avec des fédérations par grands types d'activités, car elle s'est rendu compte que les employés, qui dominaient la direction de la confédération représentaient plus qu'un tiers des effectifsJean-Paul Bénétière, L’union départementale de la CFTC-CFDT de la Loire. Déconfessionnalisation, autogestion, crise et résistance au « recentrage », aux Presses universitaires de Rennes, page 34, à la suite de l'arrivée de nombreux adhérents à la Libération, en particulier dans le bassin minier, textile et métallurgiste de Saint-Étienne. Ceux-ci s'inscrivent dès 1946 à une « union régionale métaux », provoquant la colère de la direction confédérale.

Lors de l'importante bataille de la production de 1945-1946, la CFTC n'a cependant pas la même approche que la CGT, s'inquiétant des risques accrus de silicose, mais prend un virage plus militantJean-Paul Bénétière, L’union départementale de la CFTC-CFDT de la Loire. Déconfessionnalisation, autogestion, crise et résistance au « recentrage », aux Presses universitaires de Rennes, page 29. Plus largement, si la CGT cherche un rapprochement avec la CFTC suite aux pratiques unitaires des deux syndicats pendant l'Occupation, la CFTC cherche au contraire à maintenir une position et un développement autonomes. Cette stratégie est récompensée par de bons résultats au élections de la sécurité sociale de 1947, où la CFTC remporte 26,4% des suffrages.

René Mathevet, élu à la tête de l'union départementale de la Loire de la CFTC en , sera ensuite, au niveau national, de la CFTC vers la déconfessionalisation dans les années 1950, puis sera un des au recentrage de la CFDT dans les années 1980Critique du livre de Jean-Paul Bénétière par Claude Roccati dans Revue d’histoire moderne & contemporaine en 2019 . Dans son département, lors des grèves de 1947, sur fond d'émeutes de la faim dans plusieurs régions, la CFTC se joint à la CGT pour faire grève dans les mines le , mais en réclamant une « prime contre la vie chère » et le vote de la grève à bulletins secrets, alors que la CGT le fait à mains levées et demande une hausse des salairesJean-Paul Bénétière, L’union départementale de la CFTC-CFDT de la Loire. Déconfessionnalisation, autogestion, crise et résistance au « recentrage », aux Presses universitaires de Rennes, page 30.