vignette|Eleanor Roosevelt tenant la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948. vignette|La Déclaration des droits (Bill of Rights) de 1689.
Les droits de l'homme (parfois écrits « droits de l'Homme »), également appelés droits humains ou droits de la personne (par exemple dans un contexte de communication gouvernementale au Canada), sont un concept à la fois philosophique, juridique et politique, selon lequel tout être humain possède des droits universels, inaliénables, quel que soit le droit positif (droit en vigueur) ou d'autres facteurs locaux tels que l'ethnie, la nationalité ou la religion.
Selon ce concept, tout être humain a des droits « inhérents à sa personne, inaliénables et sacrés », et donc opposables en toutes circonstances à la société et au pouvoir. Ainsi, le concept de droits de l’homme est par définition universaliste et égalitaire, incompatible avec les systèmes et les régimes fondés sur la supériorité en dignité d’une caste, d’une race, d’un peuple, d’une classe ou d’un quelconque groupe social ou individu par rapport à un autre ; incompatible tout autant avec l’idée que la construction d’une société meilleure justifie l’élimination ou l’oppression de ceux qui sont censés faire obstacle à cette édification.
Les droits de l'homme, prérogatives dont sont titulaires les individus, sont généralement reconnus dans les pays démocratiques par la loi, par des normes de valeur constitutionnelle ou par des conventions internationales, afin que leur respect soit assuré par tous, y compris par l'État. L'existence, la validité et le contenu des droits de l'homme sont un sujet permanent de débat en philosophie et en science politique.
Terminologie Depuis 1948 et la promulgation de la Déclaration universelle des droits de l'homme, le terme de est d'usage courant dans la plupart des langues dans lesquelles elle a été traduite. Néanmoins, en français, notamment en France, l'expression est consacrée par l'usage., notamment dans le texte fondateur de la Déclaration des droits de l'Homme et du citoyen de 1789, qui ne distingue pas les hommes des femmes, mais les hommes des citoyens.
La dénomination française est néanmoins parfois perçue comme sexiste. ou non représentative.... En effet, l'expression , héritée du , est la seule parmi les langues romanes à véhiculer l'ambiguïté l'homme et l'Homme , bien que le mot latin dont elle découle étymologiquement désigne l'être humain (l'homme mâle étant désigné par le mot ). En 1998, la Commission nationale consultative des droits de l'homme préconise de maintenir l'expression traditionnelleAvis de la Commission française consultative des droits de l'homme sur la modification de l'expression « Droits de l'homme »..
Néanmoins, le Haut Conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes, comité de réflexion consultatif placé auprès du Premier ministre, préconise depuis le terme « droits humains » dans son Guide pratique pour une communication publique sans stéréotype de sexe. et va jusqu'à appeler, en 2018, à cesser l'utilisation du terme , qu'il considère comme discriminant envers les femmes, pour préférer l'expression .. Le guide du HCEFH ne fait toutefois pas l'unanimité.. Toutefois, « droits humains » est aussi critiqué en raison des connotations liées à l'adjectif (droits appliqués avec humanité). et du fait même d'utiliser un qualificatif (droits qui sont de nature humaine) en effaçant la référence au sujet alors qu'il s'agit d'exprimer que ces droits appartiennent à un individu.. En d'autres termes, « Ce ne sont pas les droits qui sont humains, c'est l'Humanité qui a des droits »..
L'expression qui est utilisée lorsqu'il est spécifiquement question des femmes. (comme on parle des et des ) peut donner à penser que les femmes auraient des droits différents de ceux des hommes en général. Pour sortir de ces ambiguïtés, certains comme le Mouvement français pour le planning familial (MFPF), proposent de parler de , comme il est fait au Canada francophone, où l'expression est principalement utilisée. Amnesty International en France a explicitement choisi de parler de comme le fait la section suisse de cette organisation dans ses publications en français. Les autorités suisses utilisent régulièrement, au plus haut niveau, l'expression plutôt que Exemple courant de l'utilisation de l'expression par les autorités suisses sur la page web de la confédération qui décrit brièvement le Conseil de l'Europe, sur ch.ch..
L'usage avec un majuscule à , ce qui donne au mot le sens de personne collective, n'est guère attesté dans les dictionnaires de langue française. En revanche, il est souvent utilisé chez les juristes et dans les textes normatifs français, comme les journaux officiels.. À l'origine, le mot « homme » ne prend, en effet, pas de majuscule dans cette expression et cette écriture est conservée par des organismes tels que les Nations uniesEmploi de la majuscule, Manuel de rédaction et d’édition de l’Organisation des Nations Unies.. Certaines sources écrivent toutefois le mot avec une majuscule, principalement par volonté d'englober plus explicitement tout le genre humain, et d'accéder à une expression pleine et entière de la personne..
Histoire Cylindre de Cyrus vignette|droite|Le cylindre de Cyrus, conservé au British Museum.
.. Ainsi, le cylindre de Cyrus est souvent mentionné anachroniquement comme la « première charte des droits de l'homme ». Gravé dans l'argile à la demande de Cyrus le Grand après sa conquête de Babylone en -539, ce document fut redécouvert en 1879 et traduit en 1971 par l'Organisation des Nations unies dans toutes ses langues officielles.
Le cylindre décrète les thèmes normaux de la règle persane : tolérance religieuse, abolition de l'esclavage, liberté de choix de profession et expansion d'empire. Il se situe dans la tradition mésopotamienne présentant l'idéal du roi juste, dont le premier exemple connu est celui du roi Urukagina de Lagash, ayant régné au , et dont un autre représentant illustre est Hammurabi de Babylone, avec son code datant du
L'inscription de Cyrus présente pourtant quelques caractères novateurs, notamment sur les décisions concernant la religion.
Ce document retrace les événements ayant précédé la prise de Babylone, puis expose les décisions de Cyrus le Grand pour les Babyloniens : il règne pacifiquement, délivre certaines personnes de corvées considérées comme injustes, il octroie aux gens déportés le droit de retour dans leur pays d'origine et laisse les statues de divinités autrefois emmenées à Babylone revenir dans leurs sanctuaires d'origine. Il proclame la liberté totale de culte dans son empire.
Autres références dans l'Antiquité Des droits naturels ou intrinsèques à l'homme sont déjà explicitement mentionnés : dans l'Éthique à Nicomaque, Aristote évoque le principe de dignité et le respect que l'individu doit porter aux autres. ; dans les Pensées de Marc Aurèle et les Tusculanes de Cicéron (sur la notion de jus hominum, « droit des hommes »), reprenant Platon. ; dans des textes religieux (comme les Dix Commandements, qui commandent le droit à la vie, à l'honneur).. ; chez saint Paul, dans l’épître aux Corinthiens, qui parle de l’homme intérieur, totalement vierge, en lui accordant une dignité absolue ; dans des textes littéraires, comme la pièce de théâtre Antigone de Sophocle (bien qu'il puisse s'agir d'une tradition) ou purement philosophiques, comme dans les textes de l’école de pensée des stoïciens..
Édit de Milan
Selon le prélat catholique Dominique Mamberti, les droits de l'homme, tels qu'ils sont apparus dans l'histoire européenne et tels qu'ils se sont ensuite généralisés au monde entier à travers les organisations internationales, tirent plus particulièrement leur origine de l'édit de Milan, édit de tolérance a été promulgué en 313 par l'empereur romain Constantin afin d'autoriser la liberté de culte aux chrétiens. Dominique Mamberti y voit l'application concrète des enseignements de Jésus-Christ et de saint Paul Mamberti : le concept de droits de l'homme est né dans un contexte chrétien, 14 décembre 2013 , sur news.va..
Autres références en Afrique Au , en Afrique, voir le texte-serment de la charte du Manden (inscrite par l'Unesco au patrimoine immatériel de l'humanité), qui énonce déjà des formulations très modernes des principes d'égalité devant la loi et de non-discrimination. Aux , les grands jurisconsultes islamiques de l'empire du Mali établissent des principes très similaires à ceux qui seront établis plus tard dans les déclarations « modernes » des droits de l'homme (voir en particulier les manuscrits de Tombouctou).
Époque moderne vignette|redresse=1.2|Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, adoptée par l'Assemblée nationale française le , par Jean-Jacques Le Barbier. vignette|redresse=1.2|Sur ce monument dédié à la République, le sculpteur Émile Peynot a posé sur les genoux de l'allégorie la République un grand parchemin portant la mention « LES DROITS DE L'HOMME »(Lyon, Parc Georges-Bazin)
La notion de droits minimaux dus à la seule qualité d'être humain, ou « droits naturels », est à la fois ancienne et générale.
Ce qui caractérise l'idée des droits de l'homme, c'est la volonté de les inscrire explicitement dans le droit (oral ou écrit), de leur reconnaître une application universelle et une valeur juridique supérieure à toute autre norme. On passe alors souvent par une forme de proclamation, plutôt que par les règles ordinaires d'édiction des normes légales ; les termes utilisés sont ceux d'une évidence préexistante et indiscutable, qu'on découvre et qu'on reconnaît, plutôt qu'une simple convention discutable. L'unanimité est implicitement convoquée comme source de la légitimité de ces droits. Même si des références au divin ou des influences religieuses peuvent se trouver, elles apparaissent comme accessoires, et l'application des droits se veut indépendante de toute affiliation religieuse. Cette indépendance constitue la principale différence entre la base philosophique des droits de l'homme et celle du droit divin, sachant que les deux ont en commun la croyance en l'existence de règles universelles et permanentes. Ne comportant de référence à aucune religion particulière, si ce n'est à l'« Être suprême », pour la déclaration française de 1789, les droits de l'homme ont vocation à s'appliquer indépendamment des différentes sensibilités religieuses.
Grands textes () Avec cette définition (non du contenu, mais de la forme), on peut remonter au moins jusqu'au Moyen Âge pour trouver les premières manifestations, concrètes et avec des effets réels dans les pratiques, de l'idée des droits de l'homme. : la Magna Carta (1215). Ce texte est important mais n'a été véritablement utilisé qu'à partir du comme instrument contre l'absolutisme royal des Stuart ; les Douze Articles en 1525 ; la Pétition des Droits en 1628 ; l'Acte d'Habeas Corpus, 1679 (fondement du droit pénal) ; la Déclaration des droits (Bill of Rights) en 1689. Elle est considérée dans le monde anglophone comme la base des concepts actuels des droits humains.
Pendant le , en Occident, la découverte des peuples indigènes de l'Amérique par les Européens et les premières pratiques de déportation d'Africains vers le « Nouveau Monde » sont à l'origine de l'activisme pour les droits humains de Bartolomé de las Casas et certains secteurs de l'Église catholique, comme la papauté elle-même, qui se manifestent avec les actes Veritas ipsa et Sublimis Deus.
Une approche des droits de l'homme et du citoyen sur le modèle antique apparaît en 1755 avec la Constitution du Généralat de Pascal de Paoli en Corse (le premier État démocratique du siècle des Lumières pour Voltaire et Rousseau), reprise ensuite par Lafayette et Thomas Jefferson pour les États-Unis (Loge des Neuf sœurs). La constitution corse contient les prémices de droits de l'homme dans une société démocratique, tels que la séparation des pouvoirs et le suffrage universel.