Lancelot-Théodore Turpin de Crissé (1782-1859) fut un artiste peintre, collectionneur français, et administrateur des Beaux-Arts.

Peintre d'histoire, de scènes de genre et de paysage, le comte Lancelot-Théodore Turpin de Crissé participe régulièrement au Salon et mène une brillante carrière administrative dans le domaine des Beaux-Arts. Il fut nommé en 1816 membre libre de l'Académie des beaux-arts, puis membre de la Commission des beaux-arts à la préfecture de la Seine. À partir de 1824, Turpin de Crissé devint membre honoraire du Conseil des musées royaux, et inspecteur général de la Maison du Roi, attaché au département des Beaux-Arts, des manufactures royales et des théatres. En 1829, il fut nommé gentilhomme honoraire de la Chambre du Roi, et enfin membre honoraire de l'Académie des beaux-arts de Venise.

Pendant plus de quarante ans, Turpin de Crissé rassembla une riche et éclectique collection d'œuvres d'art à la fois antiques et contemporaines, qu'il achète en Italie et à Paris, lors de ventes et auprès de particuliers, et qu'il reçoit aussi de la part des artistes qu'il soutient. Turpin de Crissé appartenait à un cercle de collectionneurs initiés et était proche des conservateurs des musées. Il a aussi joué un rôle important dans la circulation des collections.

Par volonté testamentaire, Lancelot-Théodore Turpin de Crissé légua l'intégralité de sa collection à la ville d'Angers. Aujourd'hui, l'ensemble de son fonds est conservé dans les musées d'Angers.

Biographie

Famille et origines Lancelot-Théodore Turpin de Crissé est né le à Paris et mort dans la même ville le . Il est issu d'une grande famille angevine d'aristocrates, d'artistes amateurs et de militaires. Son père Henri Roland Lancelot Turpin de Crissé, dit marquis Turpin de Crissé, (, Paris - 1797 / 1802, Philadelphie, États-Unis) fut colonel de hussards, collectionneur français et aussi un artiste peintre amateur. Il a notamment exposé au Salon de 1787 et a fini par entrer à l'Académie royale de peinture et de sculpture en 1785. À la Révolution, il a quitté la France pour l'Angleterre, puis il est parti en Amérique où il est décédé vers 1800.

En France, sa famille, dont son fils Lancelot-Théodore, traverse ces années dans une grande indigence, leurs biens ayant été confisqués. Sa mère, Émilie-Sophie de Montullé, marquise Turpin de Crissé, ( - , Paris), fut également une artiste peintre. Pendant la Révolution, alors que la famille sejournait à Anjou, la marquise Turpin de Crissé peignait et vendait ses miniatures d'une qualité rare pour survivre cette période.

Dernier des trois enfants du couple, Lancelot-Théodore a deux frère et sœur :

Lancelot Jean Baptiste Alexandre Turpin de Crissé ( - , Carbonne), décédé à l'âge de quatre ans.

Aline Louise Élisabeth Lancelot Turpin de Crissé (, Paris - ) qui épouse le le général Joseph de Meulan (, Paris - , Mende). Sa grand-mère maternelle, Élisabeth-Françoise Haudry ( - , Paris), était une salonnière connue pour le salon qu'elle tenait au milieu du : dans son grand hôtel particulier situé au , rue du Cherche-Midi, à Paris, puis au château de Sainte-Assise (Seine-et-Marne), et enfin au château de La Briche, à Épinay-sur-Seine.

Son petit neveu, Étienne de Saint-Genys ( - ), fut un diplomate brillant, un grand collectionneur et un mécène.

Début de la carrière artistique et séjours italiens Depuis le , le séjour en Italie s'est imposé comme l'étape essentielle dans la formation artistique. Lorsque Lancelot-Théodore Turpin de Crissé commençait son parcours d'artiste au début du , les jeunes peintres devaient encore effectuer un passage à Rome afin d'achever leur apprentissage. Turpin de Crissé est parvenu à se rendre en Italie grâce à la protection et à l'aide financière de son parrain, le comte de Choiseul-Gouffier (1752-1817) qui fut un diplomate, un écrivain, un archéologue philhellène et également un collectionneur d'antiquités. Au début des années 1800, ils ont voyagé ensemble en Suisse, où le jeune Turpin de Crissé a réalisé ses premières études d’après nature. À son retour en France, en 1806, il a exposé pour la première fois au Salon et a reçu une médaille d’or comme peintre de paysage.

Entre 1807 et 1808, Choiseul-Gouffier lui permet d’effectuer son premier voyage d’étude en Italie afin que le jeune artiste puisse terminer sa formation. Grâce à une recommandation de Talleyrand, il logea à Rome, dans l'ancien couvent de l'église de la Sainte-Trinité-des-Monts. Ce lieu, qui dépendait alors de la Villa Médicis, accueillait des artistes qui n'ont pas pu obtenir le grand prix. Situé à côté de l’Académie de France à Rome, il offrait lui aussi une vue sur la ville. vignette|431x431px|Lancelot Théodore Turpin de Crissé Vue de la Villa Médicis à Rome (vers 1807 - 1808). Plume, encre brune et mine de plomb, restauré en 2006. H. 24.8 x L. 40.3 cm. Paris, Musée du Louvre, Département des Arts graphiques, inv. MI 619, Recto. Pendant ce premier séjour en Italie, Turpin de Crissé a visité Rome, Florence et Naples, et a produit de nombreux dessins des vues de Rome et de ses alentours. Ces œuvres sont conservées aujourd'hui au département des arts graphiques du musée du Louvre. Il s'est lié aussi avec de nombreux artistes, parmi lesquels François Marius Granet, également pensionnaire à la Trinité-des-Monts.

Turpin de Crissé retourna en Italie en 1814 et visita Sienne, Rome et Naples. En 1818, il séjourna à Florence, Rome et Naples, puis en 1824 à Pérouse, Mantoue et Naples. Il y copia les antiques à la demande du comte Charles de Clarac, conservateur des Antiquités et de la Sculpture moderne du musée du Louvre. En 1829, Turpin de Crissé visita Gênes et Venise, en 1836 et 1838 il séjourna dans le nord d'Italie, dont Milan, Padoue et Venise où il dessina pour Clarac.

Retour en France et carrière administrative De retour en France en 1809, Lencelot-Théodore devint chambellan auprès de l'impératrice Joséphine, fonction qu'il occupa jusqu'à la mort de celle-ci en 1814. Ensemble, ils ont visité la Savoie, la Suisse et l'Italie. Un grand nombre de dessins que Turpin de Crissé rapporte de ses voyages traduisent son goût pour les arts, un goût inculqué par son père qui s'était rendu compte de ses dons précoces.

Inspiré du voyage en Savoie et en Suisse en compagnie de l'impératrice, Turpin de Crissé a réalisé un Album de voyage de l'impératrice Joséphine en 1810 à travers la Suisse et la Savoie avec les trente-trois sépias exécutées au cours du voyage, dont l'original est conservé aujourd'hui au musée du château de Malmaison.

Turpin de Crissé a également bénéficié de la protection de Hortense de Beauharnais, reine consort de Hollande, de Caroline Bonaparte, reine consort de Naples, ainsi que du vice-roi d'Italie Eugène Rose de Beauharnais.

Il s'est lié avec Anne-Louis Girodet, peintre, illustrateur et graveur français, dont l'influence a marqué sa manière d'appréhender la technique du paysage.

Le , il a épousé sa cousine issue de germain, Adèle de Lesparda (1789-1861)., fille de Jean, baron de Lesparda, président du canton de Montereau et conseiller général de Seine-et-Marne, et d'Adélaïde Haudry de Soucy. Le couple n'a pas eu d'enfant.En 1816, Turpin de Crissé a été nommé membre libre de l'Académie des beaux-arts, puis membre de la Commission des beaux-arts à la préfecture de la Seine. En 1824, Turpin de Crissé est devenu membre honoraire du Conseil des musées royaux et, un an plus tard, il a été nommé inspecteur général de la Maison du Roi, attaché au département des Beaux-Arts, des manufactures royales et des théâtres. En 1829, il a été nommé gentilhomme honoraire de la Chambre du Roi et, enfin, membre honoraire de l'Académie des beaux-arts de Venise.

Après la Révolution, Turpin de Crissé a démissionné de toutes ses fonctions administratives et s'est consacré entièrement à la peinture.

En 1832, Turpin de Crissé a participé au Salon de l'Académie royale des Beaux-Arts à Londres. Il continuait à peindre et à militer en faveur des Bourbons, jusqu'à sa mort survenue le à Paris. Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise ().

Le collection Turpin de Crissé

Turpin de Crissé et le collectionnisme Lancelot Turpin de Crissé fut aussi collectionneur : pendant plus de quarante ans, il a rassemblé une collection d'œuvres d'art antiques et contemporaines. Ce goût pour le collectionnisme lui était venu de son grand-père qui possédait lui-même une collection importante, de son parrain le comte Choiseul-Gouffier et de l'impératrice Joséphine, célèbre en son temps pour sa collection d'antiquités.

Appartenant à un cercle de collectionneurs initiés, Turpin de Crissé suivait de près les évolutions des recherches archéologiques en Italie et consultait régulièrement les conservateurs des musées par rapport aux objets de son cabinet. Il enrichissait sa collection en achetant des objets en Italie (Florence, Rome, Naples) et en France, à Paris, lors de grandes ventes et auprès des particuliers. Il achète notamment auprès de Charles-Louis Rollin (1777-1853), l'un des plus grands marchands des antiquités à Paris au .

Turpin de Crissé a également joué un rôle important dans la circulation d'œuvres d'art entre mains privées et vers les institutions publiques.

Le cabinet d'antiquités de Turpin de Crissé Turpin de Crissé a rassemblé un cabinet éclectique comprenant des objets archéologiques, des tableaux des maîtres anciens et contemporains. Pendant ses voyages en Italie avec son épouse, il achetait des objets en faïence, des terres cuites, des intailles, des céramiques antiques. Il a également acquis, auprès de Rollin, des monnaies et des bronzes anciens. Un nombre important de pièces du cabinet d'antiquités de Turpin de Crissé provenaient d'autres grandes collections parisiennes.

Turpin de Crissé collectionnait des maîtres anciens, parmi lesquels figurent les primitifs flamands et français, et les peintres contemporains tels que Jean-Auguste-Dominique Ingres, Jean-Joseph-Xavier Bidauld, Merry-Joseph Blondel, Antoine-Félix Boisselier, Alexandre-François Caminade, Antoine-Laurent Castellan, Auguste Couder, André Giroux, François Marius Granet, François-Joseph Heim, Jean-Charles-Joseph Rémond et Louise-Joséphine Sarazin de Belmont.

Devenir posthume de la collection En 1858, Turpin de Crissé a rédigé une lettre "à M. le Directeur du musée d'Angers ou M. le conservateur", conservée aujourd'hui à la documentation des musées d'Angers, qui constitue à la fois l'histoire et l'inventaire de son fonds. Dans cette même lettre, il se préoccupe également sur l'avenir de sa collection. Sur les deux premières pages, adressées à "Monsieur Bodinier, directeur et conservateur du musée de la ville d'Angers", en s'inspirant du musée du Louvre, il a reproduit un plan d'une éventuelle salle et un dessin d'une vitrine où les antiquités seraient exposées. L'accrochage que Turpin de Crissé avait imaginé, n'a finalement pas été adopté, car depuis 1861 les antiquités sont exposées à l'hôtel de Pincé

Par volonté testamantaire, Turpin de Crissé a légué l'ensemble de sa collection à la ville d'Angers. L'inventaire de la collection a été rédigé par sa veuve. Details de la collection Turpin de Crissé L'ensemble de 1055 objets de la collection de Lancelot-Théodore Turpin de Crissé est aujourd'hui conservé dans les musées angevins : musée Pincé et musée des Beaux-Arts d'Angers. Parmi ces oeuvres, figurent notamment :