L’Eubée (en grec ancien / , en grec moderne / ), historiquement également appelée Ellopie, Aonie, Abantis, Chalcis, Égripos ou Négrepont, est la deuxième des îles grecques après la Crète par la superficie : elle est longue de Esquisse de la géographie physique de l'île d'Eubée dans ses relations avec la structure géologique par J. F Deprat, Annales de géographie (1905] pour et compte (2011). Située en mer Égée en face de l’Attique et de la Béotie, elle en est séparée par le détroit de l’Euripe. Avec l’île de Skyros, ainsi qu'une partie continentale (Anthidona et Avlida), l'île forme le district régional d'Eubée de la périphérie de Grèce-Centrale.

Noms Le nom d’Eubée date de l’Antiquité et son étymologie renvoie à εὖ : « bon », et βοῦς : « bétail ». L’île a aussi été appelée EllopieEllopie ou Ellopia est aussi une contrée de l'Eubée, historiquement c'est aussi un lieu dont les habitants migrants vers Histiée, forcés d'agrandir cette ville, par la tyrannie de Philistide après la bataille de Leudres selon le témoignage de Strabon. (d'après Ellops fils d'Ion), Aonie (d'après les Aones), Abantis (d'après les Abantes), d'après Strabon, Géographie, X,1. Elle a par ailleurs souvent été appelée du nom de sa ville principale, Chalcis, et inversement. À partir du Moyen Âge, le nom couramment utilisé pour la ville et l'île est Égripos (et ses variantes), dérivé du nom du canal de l'Euripe, donnant par déformation le nom latin de Négrepont (et ses variantes). Depuis l'indépendance, le nom Eubée (Evvia) est le seul utilisé.

Mythologie Selon Nonnos de Panopolis, Eubée, une potamide, fille du dieu fleuve Asopos et de la naïade Métope, fille de Ladon, est l'amante du dieu de la mer Poséidon qui la transforma en l'île d'EubéeNonnos de Panopolis, Dionysiaques, 42.411. Avant lui, Aristote avait été le premier à la citer comme éponyme de l'îleAristote, Fragment 105 par Strabon 10, 445; 2,141. On l'identifie parfois à la naïade Chalcis, une de ses sœurs, qui aurait donné son nom à la cité eubéenne de ChalcisEustathe de Thessalonique, Commentaire sur Homère 278f

Un certain nombre de mythes eubéens sont liés à l'activité volcanique présente sur l'île. Ils évoquent surtout les Titans et les Géants. Ils s'inscrivent d'abord dans le cadre de la Titanomachie, principalement dans l'affrontement entre les Titans et les Hécatonchires. Un des Hécatonchires vainqueurs, Briarée, était honoré à Carystos sous ce nom et à Chalcis en tant que Œgéon. Il habiterait sous l'île qui le sentirait encore s'agiter. Le Géant Tityos séjournerait aussi dans l'île, où Rhadamanthe serait venu lui rendre visite. Son antre, appelé Élarium, était montré aux visiteurs. Selon certaines versions, Orion aurait été élevé sur l'île.

Une autre série de mythes est liée à Zeus et à ses amours. Lors du mariage sacré de Zeus et Héra, les Curètes vinrent en Eubée dont Zeus leur confia la garde. Io fut aussi dissimulée sur l'île et y enfanta. Surveillée par Argos pour le compte d'Héra, elle fut délivrée par Hermès qui tua le gardien dans un lieu qui prit le nom d'Argoura. Le culte de Dionysos fut apporté sur l'île par les Thébaines. Le roi de l'île, Aristée, confia l'enfant à sa fille la nymphe Macris qu'Héra poursuivit ensuite de son courroux et chassa d'Eubée. Ces mythes pourraient être des souvenirs du passé archaïque de l'île. Aristée fils d'Apollon, autre divinité importante de l'île, passait pour avoir enseigné aux hommes l'art d'élever des troupeaux, d'élever des abeilles et de faire de l'huile d'olive. La richesse agricole de l'île dans l'Antiquité pourrait avoir inspiré ces légendes, Dionysos ajoutant la viticulture. Quant aux Curètes, ils pourraient faire référence au fait que l'Eubée fut, un temps, soumise à la domination crétoise.

Selon Homère, les habitants de l'Eubée auraient été appelés Abantes (). Ils sont décrits comme « respirant la fureur », « impétueux, à cheveux longs sur la nuque, guerriers ardents »Iliade, II, 536–545. Ils sont menés, lors de la guerre de Troie, par Éléphénor, qui apporte quarante nefs à la coalition grecqueGrimal, p. 136b.. Les historiens ignorent si ce nom dérive de la ville phocidienne d'Abaé, ou d'Abas, le héros argien. On peut parfois aussi retrouver le nom de la région comme Abantide ou en grec Abantis, lorsqu'elle était habitée par les Abantes après l'invasion thessalienne.

Dans Salammbô, Flaubert mentionne les « trois mille deux cents talents euboïques exigés par Lutatius » de Carthage lors des guerres puniques.

Archiloque se posant en « serviteur du dieu de la guerre », regrette la manière « homérique » de combattre des Abantes d'Eubée, au corps à corps, honorable mais moins efficace que celle des Thraces, qui, avec leurs flèches et frondes, inquiétaient beaucoup les colons de l'île Thasos.

Histoire

Préhistoire L'Eubée compte des villages dès le néolithique comme en témoignent les sites archéologiques du centre et à l'ouest de l'île remontant au . Une activité commerciale avec les Cyclades est attestée alors. La période de l'âge du bronze ancien en Eubée, est représentée par la découverte d'un site urbain très important à Manika (près de Chalcis). L'étude d'une nécropole permet d'affirmer que l'alimentation des hommes de cette époque comportait une consommation régulière de légumes et de viande. Cette découverte vient rejoindre quelques rares spécimens déjà trouvés sur sol eubéen à Magoula près d'Érétrie et à Styra, qui confirment, avec d'autres trouvailles, des liens étroits qu'entretenaient l'Eubée et l'Érétrie avec les Cyclades au Cycladique Ancien II (environ 2500 )La civilisation cycladique n'apparaît qu'à la fin du quatrième millénaire. Les archéologues divisent cette période préclassique en trois phases : le Cycladique Ancien I (3200-2880 ) ; le Cycladique Ancien II (2800-2300 ) ; le Cycladique Ancien III (2300-2000 ).

Antiquité

Période mycénienne Au la présence mycénienne est archéologiquement attestée sur l'île.

Âges obscurs Les périodes post-palatiale et submycénienne vont de 1200 à 1050 Elles ont laissé peu de vestiges. La période protogéométrique va de 1050 à 900 La nécropole de Toumba à Lefkandi où le tombeau d'un noble (sûrement un roi) a été mis au jour date du début du La période géométrique (vers 900-700 ), est marquée par une migration eubéenne en Italie et en Chalcidique. La période Géométrique Moyen II (vers 775-770 ), est marquée par une colonisation eubéenne vers Pithécusses (actuelle Ischia), île italienne située en mer Tyrrhénienne, au nord du golfe de Naples, dans le groupe des îles Phlégréennes.. Cumes, qui est la première colonie de Grande Grèce, est fondée par des colons de Chalcis vers 740

Période archaïque thumb|Cruche orientalisante eubéenne, représentant deux femmes : vers 625-600 av. J.-C.

La richesse minière et agricole de l'Eubée a attiré de nombreux belligérants, d'autant que sa position stratégique permet de contrôler la région. En étroites relations avec les habitants de l'Attique, les insulaires sont, à la période archaïque, des Lélèges, des Courètes venant d'Étolie, et quelques Phéniciens ; les cités de Chalcis et d'Érétrie participèrent à la colonisation grecque. Selon Homère, les habitants du Nord de l'île étaient des Histéens, plus au sud des Ellopiens, le centre étant habité par des Ioniens venus de l'Attique : c'est sur cette partie centrale de l'Eubée, habitée auparavant par les Abantes ou les Curètes, que les Athéniens établissent les colonies d'Érétrie et de Chalcis. Enfin au Sud de l'île vivaient les Driopes.

Selon les récits légendaires, les Curètes auraient été les premiers à se protéger par une armure de bronze lors des combats. Une ville nommée Histiée et son district Histiœotide situés au nord de l'île ont été, selon Strabon, donnés également à une ville du nord de la Thessalie par des colons histiéens émigrés, chassés par les Perrhœbes.

Colonies athéniennes Selon Strabon et Conon, les premières colonies athéniennes, sur l'île d'Eubée, se forment avant l'arrivée de Xouthos. Les fils d'Érechthée, rejetés par le pouvoir, cherchent refuge sur l'île d'Eubée. Thespios un de ses fils fonde Thespies, selon Pausanias. Eustathe, affirme que cette ville est fondée par Thespios fils de Teuthras et petit-fils de Pandion. Ellops, fils d'Ion (selon la mythologie), entraîne une forte migration athénienne et fonde la ville d'Ellopia, sur la province appartenant aux Histiéens. Homère indique que ces colons se sont établis sur Histiée, à Corinthe, à Édepse et à OropiœCe lieu de l'Eubée, a presque entièrement disparu lors d'un tremblement de terre : vers 426 Strabon dit qu'Orobiœ était le siège d'un des oracles d'Apollon Sélinuntien. Les manuscrits donnent différentes orthographes au nom, comme Orybae ou Orobae.

Selon Scymnos de Chio, Pandoros aurait fondé Chalcis et Érétrie. Après les guerres médiques, l'Eubée est totalement soumise aux Athéniens, tandis que les colonies de Cumes en Grande Grèce et Naxos en Sicile, sont affiliées à Chalcis. La ville de Chalcis est si puissante qu'elle multiplie les colonies jusqu'en Macédoine.

Les Eubéens subissent de nombreuses guerres, en particulier contre les Athéniens, les Perses, et les Spartiates. Ils sont tantôt asservis, tantôt libérés. Dans l'Antiquité l'histoire de l'île se confond avec celles de ses villes principales Chalcis et Érétrie :

Vers 700 : Chalcis colonise la Chalcidique, constituée des trois presqu’îles de Athos, Cassandra et Sithonia. Chalcis défait sa rivale Érétrie lors de la guerre lélantine, et à la suite de cette victoire domine toute l’Eubée. Vers 506 : à la suite de la défaite de la coalition des Béotiens et Chalcidiens, Athènes va implanter plusieurs milliers de colons en Chalcidique, et colonise l’Eubée affaiblie par la guerre interne entre Chalcis et Érétrie. Vers 490 : début des guerres médiques entre Grecs et Perses qui se terminent vers 449 Datis, chef de la flotte perse s’empare de Carystos et pille la ville. Érétrie, menacée à son tour, demande l’aide d’Athènes qui envoie 4000 colons athéniens de Chalcis. Les Erétriens, divisés, capitulent après six jours de siège. La ville est pillée et sa population déportée en captivité. Vers 480 : deuxième guerre médique entre les Grecs et les Perses. Bataille navale du cap Artémision, situé au nord de l’île d’Eubée, la flotte grecque commandée par Eurybiade de Sparte tient tête trois jours à la flotte perse, et se replie à Salamine à l’annonce de la mort de Léonidas. Vers 340 : Philistidès, soutenu par Philippe II de Macédoine, opprime cruellement la ville d'Histiée, successivement soumise par Philippe II, Alexandre le Grand et Antigone le Borgne. Antiochos dit le Grand et Mithridate s'en emparent ensuite.

Période romano-byzantine L'Eubée devient romaine à l'issue des guerres romano-pontiques. Marc Antoine la donne aux Athéniens, puis Auguste la déclare indépendante, et elle le restera jusqu'au règne de Vespasien. Sous l'Empire romain d'Orient (que nous appelons « byzantin »), l'Eubée christianisée eut très tôt un évêque, installé à Chalcis. Il dépendit d'abord du métropolite de Corinthe avant de devenir suffragant d'Athènes. L'île avait aussi un gouverneur civil et militaire qui dépendait du préfet de la Ville de Constantinople. Elle intégra ensuite le cinquième thème d'Europe avec l'Attique, puis le thème de l'HelladeA. Pertusi, Constantino Porfirogenito: De Thematibus, Biblioteca Apostolica Vaticana, Rome 1952, p. 171. En 911, Romain Lécapène fut le stratège de l'îleMalamut, p. 83..