Les Ailes du désir (, littéralement « Le ciel au-dessus de Berlin »)Philippe Elhem & Philippe Reynaer, « Point de vue de l’ange : entretien avec Wim Wenders. », in 24 images, n° XXXVI, , Érudit, Montréal, 1987 . « À ce sujet le mot anglais desire n'est pas aussi bon que le mot français désir. Désir est plus ouvert, avec une connotation plus... crue. Mais le titre allemand était intraduisible, ciel ou sky ou heavens, ce n'est pas la même chose que Himmel. Je pense que ce film a comme deux vrais titres qui disent en chacun quelque chose de différent. » (Wim Wenders) est un film franco-ouest-allemand appartenant au genre merveilleux, produit et réalisé par Wim Wenders et sorti en 1987.

Ce onzième long métrage du cinéaste allemand est un conte allégorique narrant l'incarnation d'un ange qui renonce au Ciel par amour pour une femme. Il se déroule dans un Berlin divisé où des êtres invisibles et bienveillants donnent à entendre les monologues intérieurs des humains confessant leurs angoisses et aspirations. Leur quête d'identité est ponctuée par un récitatif reprenant en leitmotiv un poème de Peter Handke sur l'enfance perdue et retrouvée. Éclairé par Henri Alekan, le film est tourné pour moitié en noir et blanc dans une atmosphère mélancolique et fluide, procédé choisi pour représenter le monde insensible tel que le voient les anges. La couleur intervient dans un changement de rythme, rock, au début de la seconde et dernière partie, quand le désir humanise l'ange.

À son avant-première, en , le drame, toutefois couronné du prix de la mise en scène, ne reçoit pas la Palme d'or, que Wim Wenders avait déjà remportée trois ans plus tôt. Sélectionné en 1988 pour représenter l'Allemagne à la cérémonie des Oscars, le film n'a pas non plus été retenu pour l'Oscar du meilleur film en langue étrangère. Le réalisateur a donné en 1993 une suite qui se déroule dans Berlin réunifié : Si loin, si proche !

Synopsis vignette|Le mur graffité le long duquel l'ange déchu fait ses premiers pas d'humain est une métaphore essentielleW. Wenders, « Essai de description d'un film indescriptible », 1986, cité in , The Logic of Images, , Faber & Faber, Londres, 1991 . du film paradoxalement traité comme un documentaireSimone Malaguti, « Intermediale Beziehungen im Film Der Himmel über Berlin », in Contingentia, , , UFGRS, Porto Alegre, 2010. sur un centre ville aujourd'hui disparu. L'acteur hollywoodien Peter Falk, interprétant son propre rôle, arrive dans le Berlin-Ouest d'avant la chute du mur pour jouer dans un film reconstituant la chute de la capitale nazie, en 1945. Il erre dans la ville sur la trace des souvenirs de sa feue grand-mère, juive. Les passants ne sont pas sûrs de reconnaitre l'inspecteur Columbo.

Damiel (Bruno Ganz) et Cassiel (Otto Sander), deux anges invisibles, errent de leur côté à l'écoute des voix intérieures des habitants, P. Handke, Faux Mouvement, , Christian Bourgois, Paris, 1980. enferméesAlexander Graf, « Chapter Three: Wings of Desire », in The Cinema of Wim Wenders: The Celluloid Highway, , Wallflower Press, Londres, 2002 . dans leur quotidien et ses soucis, que ce soit la vieillesse, l'enfance, l'infirmité, le deuil, l'accouchement, le déménagement, le divorce. Depuis , ces esprits « messagers » documentent, tel le cinéaste filmant les vestiges de la villeAlexander Graf, « Chapter Three: Wings of Desire », in The Cinema of Wim Wenders: The Celluloid Highway, , Wallflower Press, Londres, 2002 ., les désirs et angoisses secrètes des humains afin de témoigner de tout ce qui chez eux relève d'une démarche artistique et traduit une recherche de sens et de beauté. Présents depuis toujours, ils ont assisté, comme des enfants découvrant le monde, au début de la lumière, à la fin d'une ère glaciaire, à la formation des rivières, à l'apparition des animaux. Quand un premier homme est apparu, ils ont découvert avec lui le rire, la parole, la guerre, l'histoire. Le poète Homère (Curt Bois), comme les aveugles, croit sentir parfois une présence qu'il ne soupçonne pas être la leur et rêve que cette histoire soit désormais celle de la paix.

Préoccupé d'agir dans le monde, en quête d'un rôle inscrit dans une histoireVera Yuen, « Ambrosia under the sky of Berlin: Wenders' Himmel über Berlin. », Université Simon Fraser, Burnaby, [s.d]., avide d'un présent qui ne soit plus l'éternitéSophie Galabru, « Les Ailes du Désir de Wim Wenders », in La Cause littéraire, Limoges, 7 mai 2013 . qu'il dénonce comme un P. Handke & W. Wenders, Der Himmel über Berlin - Ein Filmbuch von Wim Wenders und Peter Handke, , Éditions Suhrkamp, Francfort, 1987 ., Damiel éprouve la tentation de revêtir la condition humaine. C'est alors qu'il découvre une femme exilée, Marion (Solveig Dommartin), qui est devenue, à la suite d'une séparation, trapéziste dans un cirque. Quand celui-ci est sur le point de fermer, elle est au bord du désespoir, devant réinventer une fois de plus sa vie. Sensible au concret des aspirations de l'âme endolorie de la circassienne, touché par la grâce du corps féminin évoluant avec peine au-dessus du public, Damiel décide de renoncer à l'immortalité afin de pouvoir goûter auprès de Marion aux plaisirs des sens et de l'effort créateur. Pour ce faire, il obtient le secours de Peter Falk mais son destin ne sera fixé que par la seule décision de la femme, « Voir avec un cœur d'enfant. », Paris, 9 janvier 1995, in P.O.V., , université du Jutland, Aarhus, décembre 1999 ..

Fiche technique

Descriptif Budget de production : . Pays de production : , . Langues : allemand, anglais, espagnol, français, hébreu, japonais, turc. Format : Couleur/Noir et blanc - 1,66:1 - Dolby - . Genre : merveilleux, drame, romance. Durée : (2 h 08), .

Titres Titre original : Der Himmel über Berlin (littéralement : Le Ciel au-dessus de Berlin). Titre international : Wings of Desire. Titre français : Les Ailes du désir. Conception Scénario : Wim Wenders, Richard Reitinger Dialogues : Peter Handke, Wim Wenders

Réalisation Réalisateur : Wim Wenders. Scripte : Gabriele Mattner. Assistantes réalisatrices : Claire Denis et Carola Hochgräf. Assistant réalisateur : Knut Winkler. Secrétariat : Ulla Zwicker.

Préparation Décors : Heidi Lüdi (non créditée« Der Himmel über Berlin », Wim Wenders Stiftung, Düsseldorf, mai 2015.). Scénographie : Klaus Bieling, Dieter Bähr. Extérieurs : Alexander Korn, Markus Pluta. Sculptures : Joost van der Velden, Claude Lalanne. Accessoiristes : Peter Alteneder, Esther Walz, Henrik Gross. Équipement : Andreas Olshausen. Costumes : Monika Jacobs, Brigitte Friedländer-Rodriguez, Irmtraud Simone Simon. Maquillage : Viktor Leitenbauer, Regina Huyer.

Opération Photographie : Henri Alekan. Assistant opérateur : Louis Cochet. Cadrage : Agnès Godard. Mise au point : . Deuxième assistant opérateur : Peter Uhlig. Équipe de relais : Peter Ch. Arnold, , Frank Guido Blasberg, . Prises de vues en hélicoptère : Klemens Becker, Klaus Krieger. Éclairage : , Dieter Dentzer, Thomas Gosda, Claus Gerling.

Postproduction Montage : Peter Przygodda. Assistantes monteur : Anne Schnee, Leni Savietto-Pütz. Mixage : Hartmut Eichgrün. Doublage : Lothar Mankewitz. Graphiste : Uli Mayer. Musique : Jürgen Knieper, Laurent Petitgand. Son : Jean-Paul Mugel, Axel Arft. Assistante son : Uwe Thalmann. Effets spéciaux : Fritz Lehmann, .

Production Producteurs : Anatole Dauman, Wim Wenders. Sociétés de production : Argos Films, , Wim Wenders Stiftung. Coproducteur : West Deutscher Rundfunk (WDR), Producteur exécutif : Ingrid Windisch. Administrateur de production : Inge Ruf. Régisseur général : Herbert Kerz. Secrétaire de production : Barbara von Wrangell. Photographe de plateau : Ralf Strathmann. Presse : Joachim von Mengershausen. Assistants de production : Pascale Dauman, Chris Sievernich. Société de distribution : (absorbées en 1999 par Canal+Image, devenu StudioCanal). Distribution internationale : Argos Films.

Dates de sorties en salles France : (Festival de Cannes), , (sortie nationale), (version restaurée 4K) Allemagne : (Allemagne de l'Ouest), , (sorties nationales), Suisse : .

Distribution vignette|Portrait d'Homère en vieillard illuminé peint par Rembrandt qui a inspiré à Peter Handke le personnage du Poète (Curt Bois) inventant une épopée de la paix. Rôles principaux Bruno Ganz (VF : lui-même) : Damiel Solveig Dommartin : Marion Otto Sander : Cassiel Curt Bois : Homer, le vieux poète Peter Falk (VF : Serge Sauvion) : lui-même

Rôles secondaires Nick Cave : lui-même Jürgen Heinrich, le jeune homme récupérant l'appartement de sa mère défunte Hans-Martin Stier : le mourant Sigurd Rachman : le suicidé

Silhouettes Laurent Petitgand : le chef d'orchestre Chick Ortega : le batteur Lajos Kovacs : l'entraîneur de Marion

Figurants Elmar Wilms : un homme triste Didier Flamand : l'ange de la bibliothèque : la jeune prostituée Bruno Rosaz : un clown : femme sur l'autoroute

Tournage Lieux vignette|Une cafétéria telle que celle où le démon tentateur joué par Peter Falk fraternise avec les anges et recrute les candidats à la chute. vignette| dont le cadreur a habilement escamoté les surajouts récents.

Le film célèbre Berlin pour son . Il est également une représentation de la ville encore séparée en deux par le mur. Depuis la disparition de celui-ci, il en est lui-même devenu un documentR. Robin, Berlin chantiers, , Coll. Un ordre d'idées, Stock, Paris, 2001 .. Plusieurs scènes sont filmées à proximité du mur, comme lorsque l'ange Cassiel porte son ami Damiel, en passe de devenir homme, du côté occidental de la ville, où se trouve la funambule Marion.

Le film a été tourné notamment à l'église du Souvenir (Kaiser-Wilhelm-Gedächtniskirche), devant et dans les ruines de la gare d'Anhalt, place de Potsdam, où Homère ne retrouve pas le dans un Berlin-Mitte méconnaissable par rapport à sa configuration d'aujourd'hui, au de la rue Pallas à Schöneberg, à la colonne de la Victoire (Siegessäule) et à la Bibliothèque d'État, tous deux à Tiergarten. La scène de l'accident a été tournée à l'entrée du pont Langenscheidt, qui sera reconstruit peu après. Le cirque a été installé , devant le haut lieu de la vie alternative qu'est le . La scène finale est filmée dans ce qui a été préservé du Grand Hôtel Esplanade.

Plusieurs films d'archives datés de 1945 sont insérés, évoquant le châtiment de la capitale du mal sur laquelle continuent de veiller ceux des anges qui ne sont pas déchus. Le Berlin de la guerre est longuement évoqué par une mise en abyme, la représentation du tournage d'un film sur la chute de Berlin au cours duquel des figurants, susceptibles d'avoir connu la guerre et venus jouer les Juifs devant être déportés, sont entassés dans l'abri anti-aérien d'un bunker.

Quelques plans de Berlin-Est ont été tournés clandestinement, en violation de l'interdictionG. Lefort, « Les Ailes du désir est l’acmé du cinéma de Wim Wenders, un film sur la bienveillance humaine. », in France Culture, Paris, 25 avril 2018.. Le mur filmé du côté oriental est une reconstitution en carton pâte. vignette|gauche|850px|Le terrain vague qu'est devenu la place de Potsdam sur laquelle erre le personnage d'Homère s'y souvenant des fiacres et des cafés d'avant-guerre.

Improvisation vignette|L'ange d'or de la colonne de la Victoire au Tiergarten d'où, quarante ans après la chute de Berlin, Cassiel, l'archange du châtiment, est tenté de déchoir. Peu avant le tournage, le monument a été restauré par la France pour le de Berlin.