William Lloyd Garrison ( à Newburyport, dans le Massachusetts – à New York) est un abolitionniste et directeur de publication américain qui a consacré sa vie à lutter contre l'esclavagisme et les discriminations fondées sur la race, en prônant une réforme morale et apolitique pour l'émancipation immédiate de tous les esclaves, qu'il voyait comme une nécessité absolue découlant de la doctrine chrétienne de « non-résistance », liée à la reconnaissance des droits égaux pour les femmes, et seule compatible avec la règle d'or, le droit naturel et les idéaux républicains.
Il a été un instigateur de l'American Anti-Slavery Society et un meneur zélé de la lutte pour l'abolition de l'esclavage et la reconnaissance des droits des Noirs en Amérique, en dédiant à cette cause le journal le Liberator qu'il a fondé et publié à Boston de 1831 à 1865, et en créant diverses organisations militantes dont l'American Anti-Slavery Society / Société anti-esclavagiste américaine. Avec l'ardeur intellectuelle et la hardiesse que Garrison a insufflée dans ces organisations, opérées dans le respect scrupuleux de la liberté de conscience et de la presse, l'esclavage est devenu la question centrale de toute une génération, et la démonstration a été faite que « la persuasion morale est une méthode viable de changement social »Mayer, Henry. All On Fire; William Lloyd Garrison and the abolition of slavery. New York; W. W. Norton & Company, 1998, et 589..
Garrison a été « méprisé mais écouté » avant la Guerre de Sécession, et « honoré mais ignoré » durant la période de Reconstruction qui s'est ensuivieMayer, Henry. All On Fire; William Lloyd Garrison and the abolition of slavery. New York; W. W. Norton & Company, 1998, .. Sa lutte contre l'esclavage a été victorieuse, mais son désir de voir disparaitre la ségrégation raciale ne s'est jamais réalisé. Son œuvre d'éducateur moral de l'opinion publique américaine, et de polémiste, est la clé de voute du grand mouvement historique qui a permis d'établir le « pont » entre la Déclaration d'Indépendance et la Constitution des États-Unis, en ce qui concerne la citoyenneté et les droits civiquesMayer, Henry. All On Fire; William Lloyd Garrison and the abolition of slavery. New York; W. W. Norton & Company, 1998, et 574.; mais les versions superficielles de l'histoire, qui sont romantiques et patriotiques, n'en retiennent généralement que l'aboutissement, soit le décret du amendement par Abraham Lincoln en 1865Mayer, Henry. All On Fire; William Lloyd Garrison and the abolition of slavery. New York; W. W. Norton & Company, 1998, ..
L’œuvre de Garrison est rapidement tombée dans l'oubli, même si de son vivant Abraham LincolnNOTE : Lincoln a confié à l'un de ses généraux, Daniel H. Chamberlain, qu'il se considérait « seulement comme un instrument dans la lutte » anti-esclavage ; que « la logique et le pouvoir moral de Garrison, et le sentiment anti-esclavagiste dans le peuple et dans l'armée ont tout fait ». Mayer, Henry. All On Fire; William Lloyd Garrison and the abolition of slavery. New York; W. W. Norton & Company, 1998, ., Victor HugoMayer, Henry. All On Fire; William Lloyd Garrison and the abolition of slavery. New York; W. W. Norton & Company, 1998, . et John Stuart MillMayer, Henry. All On Fire; William Lloyd Garrison and the abolition of slavery. New York; W. W. Norton & Company, 1998, . en ont fait l'éloge, Henry David Thoreau s'en est inspiré, et que, par la suite, Léon Tolstoï la situait en lien direct avec sa philosophie chrétienne, qu'elle donnait une impulsion à certains des premiers mouvements pour les droits des femmes, et que Martin Luther King en a été non seulement le continuateur mais en fait l'imitateur, en joignant l'agitation politique à la « vision » d'un idéal moral.
Biographie Parents et enfance (1805-1818) Tous les grands-parents de William Lloyd Garrison ont vécu dans des communautés agricoles isolées, pratiquement autonomes, dans la province britannique du Nouveau-Brunswick.
L'arrière-grand-père « Lloyd » de Garrison, John Lawless, a reçu des terres de la couronne britannique pour avoir combattu avec le Général Wolfe dans la Bataille des Plaines d'Abraham à Québec en 1759 et, lors de la traversée avec sa femme Caroline en 1770, leur fille Mary (Lawless) a connu le gallois Andrew Lloyd, apprenti sur le navire Owen ; de l'union de ces derniers est née en 1776 Frances Maria Lloyd, la mère de Garrison, à Campobello Island dans la Baie de Passamaquoddy.
Le grand-père « Garrison », Joseph Garrison, est probablement un descendant d'immigrant qui a fui la persécution des huguenots en France, tandis que sa femme, Mary Palmer, était venue dans la région fertile de avec une centaine d'autres familles originaires de Newbury dans le Massachusetts; leur fils Abijah (Garrison) était un marin qui naviguaient sous les drapeaux britanniques et américains dans les années 1890, lorsqu'il a connu Frances Maria LloydMayer, Henry. All On Fire; William Lloyd Garrison and the abolition of slavery. New York; W. W. Norton & Company, 1998, et 8..
La mère et la grand-mère Palmer de William Lloyd Garrison étaient des dissidentes religieuses par rapport à leurs parents respectivement anglicans et de l'église congrégationnaliste; elles avaient adopté la foi baptiste évangélique de prédicateurs itinérants, Henry Alline (1748-1784) et d'autres après lui, qui prêchaient la renaissance dans la communauté aimante du ChristMayer, Henry. All On Fire; William Lloyd Garrison and the abolition of slavery. New York; W. W. Norton & Company, 1998, ..
Après avoir eu James (1801) et Caroline (1803) à St-John (New Brunswick), Abijah [Garrison] et Frances Maria [Lloyd] se sont installés en 1805, pour fuir la crise économique qui sévissait dans les provinces maritimes, à Newburyport dans le Massachusetts, troisième ville de l'état, avec et une importante activité maritime; William y est né le , puis Maria Elyzabeth en 1808, - année du décès de leur sœur Caroline. Mais Newburyport connu un grand déclin économique à cause de l'embargo de 1807, Abijah se retrouva sans emploi, devint intempérant et abandonna sa famille en 1808Mayer, Henry. All On Fire; William Lloyd Garrison and the abolition of slavery. New York; W. W. Norton & Company, 1998, , 12-13.; « On ne sait pas s'il est mort sur terre ou en mer »William Lloyd Garrison In The American Cyclopaedia. New York; D. Appleton and Company (G. Ripley, C. A. Dana eds), 1883, ..
Frances Maria Lloyd, une « femme de caractère, pieuse et charmante »Garrison, William Lloyd In Encyclopaedia Britannica. New York, 1910, vol. XI, . éleva seule ses trois enfantsFauchald, Nick. William Lloyd Garrison : Abolitionist And Journalist. Compass Point Books, 2005, ., tout en devenant "infirmière" - probablement puéricultrice privée. Elle décéda à l'âge de , en .
Pendant de longues périodes, William Lloyd était séparé de sa mère, qui vivait dans une autre ville pour travailler, alors qu'elle l'avait confié aux soins d'une tante ou d'amis baptistes, à Newburyport ou à Lynn, avec plusieurs déménagements et retours. Lui et sa mère s'écrivaient régulièrement. Il fréquenta seulement quelque temps l'école de NewburyportFauchald, Nick. William Lloyd Garrison : Abolitionist And Journalist. Compass Point Books, 2005, .. Il fut apprenti chez un fabricant de chaussures, employé chez un scieur de bois, et passa l'année 1815 avec sa mère à Baltimore, où il était garçon de course.
L'Adolescent apprenti-imprimeur et le jeune auteur (1818-1824) thumb|right|upright=1.9|Imprimerie artisanale (1824) semblable à celles où Garrison a exercé son art : Presse en fer Stanhope et matériel de composition, avec feuilles suspendues pour sécherL'illustration de John J. Johnson, Stanhope press (London 1824), est une Courtoisie de Cary Graphic Arts Collection, Rochester Institute of Technology, . En 1818, Garisson a été placé comme apprenti chez Éphraïm W. Allen, éditeur du ,Library of Congress. About Newburyport herald. ([Newburyport, Mass.]) 1818-188? pour y apprendre l’art de l’imprimerie. Féru de littérature et de poésie, Garrison soumet à Allen de manière anonyme, et notamment sous le nom de "Un vieux célibataire", quelques fantaisies littéraires au ton humoristique qui sont publiées. (Il aurait fait de même à la Library of Congress. About The Salem gazette. (Salem [Mass.]) 1790-1892 ).
Il passe par la suite des travaux pénibles, par exemple dans les odeurs d'urine pour préparer le papier, à la composition, qui sollicite ses talents naturels de dextérité et mémoire. L'imprimerie fournit un petit revenu à Allen, qui assume la pension et l'entretien du jeune, en lui communicant sa foi en la liberté de la presse. Garrison resta avec Allen six ans, après quoi son contrat prend fin.
Premières expériences comme éditeur (1826-1829) De mars à , Garrison est éditeur du Free PressLibrary of Congress. About The free press. (Newburyport [Mass.]) 1826-1826. , qui était le renouvellement de l'Essex Courant de son ami . Mais Newburyport était un endroit « sans dynamisme, » et l'entreprise échouaNOTE: en anglais « a sleepy place »; Garrison, William Lloyd In Encyclopaedia Britannica. New York, 1910, vol. XI, .. Après avoir été ouvrier à Boston, il y travailla en 1827 au National PhilanthropistLibrary of Congress. About National philanthropist. (Boston [Mass.]) 1826-1829. , le premier journal jamais fondé pour promouvoir l’abstinence de la consommation d'alcool. Mais avant la fin de l'année un changement de propriétaire mena à son retrait. En 1828 il se fait engager par le Parti (Républicain?) pour établir à Bennington (Vermont) un Journal (Journal of the TimesLibrary of Congress. About Journal of the times. (Bennington, Vt.) 1828-1829. ), qui soutiendrait la réélection de John Quincy Adams à la présidence des États-Unis. Ayant obtenu "carte blanche" pour ses éditoriaux, Garrison traite de pacifisme, de tempérance, et d'abolitionnisme. Après un contrat de six mois, il retourna à Boston, où il travaillait dans des imprimeries, comme ouvrier remplaçant ou supplémentaire.
Discours à l'Église de la rue Park (Boston) sur l'égalité des races thumb|left|upright=0.6| Benjamin Lundy (1789-1839). Seule une poignée de Quakers militaient contre l'esclavage, dont Elliott Cresson et Benjamin Lundy; ce dernier était un réformateur itinérant qui avait fait le tour des États-Unis en amenant plusieurs propriétaires à libérer volontairement leurs esclaves, qu'il accompagnait alors parfois personnellement à Haïti. Lundy transmit à Garrison le feu sacré de l'abolitionnisme, en lui témoignant que les outrages et persécutions exigeaient patience et persévérance.
Garrison perdit tout intérêt pour le débat entre fédéralistes et "républicains" (anti-fédéralistes)). Le , il présente à l'Église de la rue Park (Boston), dans un style iconoclaste et enflammé, très direct et aux accents provocateurs (« Le est un jour d'intoxication et d'hypocrisie », commença-t-il, pour finir en paraphrasant Thomas Jefferson) un plaidoyer remarquable pour l'égalité des races ; en fait, l'affirmation la plus complète de ce principe entre la Déclaration d'indépendance de 1776 et le discours de Lincoln à Gettysburg en 1865. Les centaines de spectateurs de la "bonne société" de Boston sont restés, malgré quelques sursauts, dans leur apathie, en ce jour traditionnellement consacré aux activités missionnaires de l'American Colonization Society, qui soutenait officiellement l'idée d'une émancipation graduelle des esclaves. Mais les contacts politiques qui étaient proches de cette organisation, et avaient invité l'ancien éditeur de Bennington à tenir un discours, ignoraient qu'ils s'était radicalisé sur le sujet ; et ils ont été alarmés par l'ampleur de son argumentation, sans même qu'il renie leur credo officiel.
L'exigence morale de l'émancipation immédiate des esclaves