Les forces armées turques (en ou TSK) constituent la puissance militaire de la république de Turquie, chargée de la défense de la population, du territoire et des intérêts nationaux. Elles sont composées de l'armée de terre, de la force aérienne, de la marine nationale, de la gendarmerie et des garde-côtes. En termes d'effectifs c'est la deuxième armée de l'OTAN après l'armée américaine et la neuvième puissance militaire au niveau mondial. De manière historique, elle occupe une place particulière en Turquie. Son rôle dans la vie politique, bien qu'encore important, a été réduit par les réformes adoptées par la Grande Assemblée nationale de Turquie (TBMM) depuis et depuis la tentative de coup d'État militaire de . L'armée turque ne peut pas agir ou intervenir dans un conflit sans l'accord de la TBMM.

L'armée turque est l'une des plus puissantes du Proche-Orient devant l’Iran et l’Égypte. Exerçant jadis son influence dans la vie politique turque, son rôle s'est désormais recentré dans le domaine purement militaire. Aguerrie avec ses accrochages incessants avec les combattants du PKK dans le Nord de l’Irak, disposant d'un encadrement de haut niveau, acteur économique de premier plan, elle exerce son influence à bien des niveaux dans le pays. Elle s'est aussi distinguée par plusieurs coups d’État.

Selon le classement affiché par le site Globalfirepower en 2025, l'armée turque est la neuvième armée la plus puissante du monde après l'armée japonaise et devant l'armée italienne.

Dans le cadre du partage nucléaire, la Turquie possède sur son sol 50 missiles nucléaires B-61 dans l'Incirlik Air Base, mais Ankara n'est pas en mesure de les utiliser sans l'accord des États-Unis.

thumb|Défilé militaire à Ankara. vignette|Hulusi Akar, ministre de la défense nationale. vignette|Les soldats turcs gardent le mausolée d'Anıtkabir. vignette|Yașar Güler, Chef d'état-major des armées (Genelkurmay Bașkani).

Histoire

L’effectif de l’armée grandit considérablement sous le pouvoir des Jeunes-Turcs. Il atteint en 1914, alors qu’il était de en 1828..

L’armée turque descend des armées de l’Empire ottoman et demeure le garant de la sécurité et de l'intégrité de la république fondée par Atatürk.

Avant la république

Après la Première Guerre mondiale Plusieurs guerres eurent lieu lors de l'effondrement de l'Empire ottoman et de l'établissement de la république de Kemal. La guerre d'indépendance turque remportée par Mustafa Kemal Atatürk, avec les guerres franco-turque, arméno-turque et gréco-turque, permit à l’armée d’effacer la défaite de la Première Guerre mondiale, de conforter sa position dans la vie publique et de s'affirmer comme une nation reconnue par les puissances françaises et britanniques.

Lorsque la république démocratique de Géorgie est envahie par l'armée rouge à partir du , la Turquie profite de la situation et rentre dans le pays le . Malgré quelques contre-attaques, la république géorgienne s'effondre le . Des combats ont lieu sporadiquement entre Turcs et Soviétiques entre le 17 et le , ces derniers repoussant l'armée turque de Batoumi ; le traité de Kars signé le stabilise la nouvelle frontière soviéto-turque..

En , l'armée reste pauvrement motorisée alors le pays compte environ 14 millions d’habitants avec une économie sous-industrialisée et des infrastructures archaïques. L'armée turque se compose à cette date de neuf corps d'armées comprenant 18 divisions d'infanterie et cinq divisions de cavalerie, dont trois divisions actives et deux divisions de réserve. Chaque corps d'armée comprend de la cavalerie, un régiment d'artillerie de corps d'armée, un bataillon du génie, un bataillon de transmissions et un bataillon de transport motorisé. Chaque division comprend trois régiments d'infanterie et un régiment d'artillerie de campagne à deux bataillons. Chaque division de cavalerie comprend trois ou quatre régiments de cavalerie et un escadron d'artillerie à cheval composé de deux ou trois batteries. Infanterie : 54 régiments. Chaque régiment d'infanterie est composé de 3 bataillons de 4 compagnies, dont 1 compagnie de fusils mitrailleurs. Cavalerie : 24 régiments (chiffre approximatif). Chaque régiment de cavalerie comprend trois escadrons et un bataillon de mitrailleuses. Artillerie : 27 régiments, 1 escadron d'artillerie à cheval.

L'armée de terre compte officiellement en été contre en hiver. Pour des raisons d'économie, les effectifs totaux de l'armée de terre n'ont jamais dépassé à . sont appelés chaque année. Selon la loi en vigueur, un effectif de est requis pour la formation des conscrits. Le nombre total d'officiers comprend les officiers militaires, les civils et les cadets des écoles militaires, qui sont au nombre de .

En et , l’armée est employée dans le massacre de Dersim lors d'une rébellion.

Seconde Guerre mondiale En dépit du sort ménagé au Sandjak d'Alexandrette en 1938-1939, la Turquie demeure neutre jusqu'aux dernières étapes du deuxième conflit mondial. Libre d'embargo de la part des belligérants, elle parvient avec Ismet Inönü lors de la deuxième conférence du Caire des 4, 5 et à maintenir sa neutralité à simple dessein de bloquer l'accès des forces de l'Axe aux réserves stratégiques de pétrole du Moyen-Orient.

La Turquie déclare la guerre à l'Allemagne nazie et au Japon le et rejoint ainsi les Alliés après l'annonce faite à la conférence de Yalta que seuls les États formellement en guerre au contre le Reich et ses alliés pourraient être admis aux Nations unies, mais ne participe à aucun combat.

Guerre froide

La Turquie participa à la guerre de Corée en envoyant un bataillon d'infanterie de combattre aux côtés des forces des Nations unies; celui-ci se battra vaillamment mais essuiera d'énormes pertes.

Le coup d'État militaire du inaugure une série d'interventions de l'armée dans la vie politique turque. Les dirigeants du Parti démocrate sont traduits en justice ; trois d'entre eux sont exécutés, dont Adnan Menderes. En , l'armée pousse le Premier ministre Süleyman Demirel à la démission. La loi martiale est instaurée et des milliers de personnes sont arrêtées.

Plus de sont stationnés depuis le dans la moitié nord de Chypre à la suite de l'intervention militaire Turque connue sous le nom d’opération Attila consécutive à un coup d'État favorable aux intérêts de la Grèce. Cela conduisit à des combats avec des unités de l’armée grecque venues en soutien des forces chypriotes.

Des incidents aéronavals ont lieu régulièrement en mer Égée entre les deux armées mais restent à un niveau limité.

À la fin des années 1970, la Turquie semblait prête à basculer dans le chaos, situation qui pousse l'armée, en septembre 1980, à s'emparer directement du pouvoir. Survenant un an et demi après la révolution islamique iranienne, ce coup d'État est accueilli avec soulagement par les puissances occidentales. Le général Kenan Evren, qui devient chef de l'État, suspend la Constitution, dissout les partis politiques, interdit les formations syndicales, censure la presse et arrêtent ou exécutent des dizaines de milliers de personnes : l'ordre public est restauré aux dépens des libertés démocratiques.

L'armée instaure dans les années 1980 un culte de la pensée de Mustapha Kemal dans sa version nationaliste et xénophobe. Elle réhabilite également l'islam comme ciment social, et désigne la gauche et le nationalisme kurde comme ses ennemis.

Le régime militaire promulgue une nouvelle Constitution, soumise à référendum en 1982, mais ne peut empêcher un civil, Turgut Özal, fondateur du Parti de la mère patrie (ANAP), de remporter les élections de 1983. Le Conseil de sécurité nationale permet toutefois à l'état major de contrôler les actes du gouvernement. La Turquie continue parfois d’être considérée comme une dictature militaire jusqu'aux années 1990.

Rôle de la Turquie au sein de l'OTAN Neutre durant la Seconde Guerre mondiale, la Turquie entre dans l’OTAN en , en même temps que la Grèce, et fut l’un des alliés les plus fiables des États-Unis durant la guerre froide face à l’Union soviétique qui, poursuivant la politique de l’Empire russe, chercha à s'assurer le contrôle des détroits du Bosphore et des Dardanelles.

La Turquie peut ainsi bloquer l'accès de la Méditerranée à l'Union soviétique et servir de base de lancements pour les armées nucléaires américaines installées sur son territoire au début des années 1960. Elle fait également barrage à l'influence soviétique au Moyen-Orient.

L'armée turque est la deuxième armée en effectifs de l’OTAN après l’armée américaine. Entrée après la guerre de Corée, la Turquie a constitué le flanc sud de l'Otan jusqu'à l'effondrement de l'URSS. Une montée en puissance de la Turquie au sein de l'OTAN a pu être observée, aidée par un rôle économique et politique actif dans les Balkans, au Caucase, au Moyen-Orient, en Afrique et en Asie Centrale.

La Turquie sert de plateforme logistique pendant les deux guerres de l'OTAN contre l'Irak, en 1991 et 2003. Elle participe également à des opérations en Afghanistan, au Liban, en Bosnie et au Kosovo. Elle entre par ailleurs dans le système de bouclier antimissile contre l'Iran.

En 1987, ses effectifs étaient de mais son matériel était en grande partie vieillissant et les États-Unis disposaient alors de vingt-six bases et postes d’observation sur son sol..

De nos jours, le territoire turc continue d’accueillir de nombreuses installations de l'OTAN : stations radars, bases de lancements de missiles, base aérienne d'Incirlik, etc.

Après l’échec de la tentative de coup d’État en 2016, plus de la moitié des personnels militaires turcs présents à l'OTAN ont été remplacés.

Des photos publiées, notamment des photos du ministère turc de la Défense, ont révélé que la Turquie avait transféré à la Libye des chars M60, des canons d'artillerie automoteurs T-155 Fırtına et des lance-roquettes multiples T-122 Sakarya.

En 2022, dans un contexte d'invasion de l'Ukraine par la Russie et de tensions entre l'OTAN et la Russie, la Turquie confirme vouloir s'équiper de systèmes anti-missiles russes malgré son appartenance à l'OTAN..

« Nouvel ordre mondial » À partir des années 1990, sa stratégie de défense est dite de « deux guerres et demie », les principales menaces identifiées étant la Grèce, la Syrie et une insurrection à l’intérieur du territoire national, en l’occurrence kurde. Cela a conduit temporairement à une alliance avec Israël pour prendre à revers la Syrie, celle-ci étant déclinante depuis l'arrivée au pouvoir en 2002 du Parti de la justice et du développement.

La Turquie, désireuse d'entrer dans l’Union européenne et membre associé de l’Union de l'Europe occidentale depuis 1992, a tenté à partir de 1999 d'améliorer ses relations avec la Grèce et de réduire ses effectifs militaires, mais sa présence militaire sur Chypre entrée dans l'U.E. en 2003 continue de poser problème, de même que le différend portant sur la mer Égée.

Elle participe à plusieurs forces de casques bleus et à plusieurs opérations de l’OTAN en Bosnie-Herzégovine depuis 1995, au Kosovo depuis 1999 et à la guerre d'Afghanistan depuis 2002.

Depuis les années 1980/1990, l’armée et la Jandarma (gendarmerie turque) luttent dans le sud-est de la Turquie contre le PKK, organisation armée Kurde tenue pour terroriste par l’Union européenne et les États-Unis, ce qui conduisit l’armée turque à effectuer des offensives en Anatolie du sud-est et sur le territoire du Kurdistan irakien; la situation en 2010 n’est toujours pas sous contrôle.

À partir de , l'armée turque est engagée sur le territoire syrien dans une deuxième campagne visant à contrôler la région syrienne d'Afrine tenue par les YPG kurdes, et s'allie pour cela à différents groupes rebelles parmi lesquels l'émanation d’Al-Qaida Tahrir Al-Cham. En 2017, les images de soldats de l’OTAN circulant accompagnés par des djihadistes issus d’Al-Qaida avaient mis en exergue la nature ambiguë des relations entre ce groupe et Ankara..