Le raï (en ) est un genre musical algérien, né dans sa forme traditionnelle au début du dans la région de l'Oranie (Oran, Sidi-bel-Abbès et Aïn Témouchent). Cette musique s'est ensuite modernisée dans les années 1970, puis internationalisée depuis les années 1990...

En 2022, le raï, est inscrit sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité en tant que chant populaire d'Algérie.

Origines du terme gauche|vignette|101x101px|Cheikh Hamada (1889-1968), maître de la chanson bédoui, ancêtre de la musique raï. Le mot raï possède en arabe plusieurs significations connexes : « façon de voir », « opinion », « point de vue », « conseil », voire « objectif », « plan », « pensée », « jugement », « volonté », « libre choix ». Selon le journaliste Mohamed Balhi, qui, le premier, a étudié ce genre musical alors officiellement prohibé et popularisé dans les médias, ce nom viendrait de l’époque où le cheikh (maître), où les poètes de tradition melhoun du style bedoui et plus précisément sa variante le wahrani, prodiguaient sagesse et conseils sous forme de poésies chantées en darija.

Une autre explication au nom donné à cette musique d'improvisation est l'interjection Ya raï (Va, dis !) utilisée pour relancer l'inspiration des musiciens et des chanteurs dans les fêtes rituelles.

Ce terme dérive de la racine arabe R-Y, qui exprime l'idée de « voir » ; son champ sémantique recouvre ainsi la notion de point de vue, mais aussi celles de dessein, de jugement ou de volonté, renvoyant à une forme de liberté de pensée et de libre arbitre, à la possibilité pour l'individu d'agir sur les choses en dehors du cadre collectif. Par sa forme brève et monosyllabique, le mot s'est prêté à des usages multiples dans le chant — cri de ralliement, soupir, plainte ou refrain — avant de désigner le genre musical lui-même.

Selon le lexique établi par Bouziane Daoudi et Hadj Miliani, le terme peut également, par extension, désigner dans les chansons le destin ou le sort ; le genre musical lui-même aurait d'abord été nommé « pop raï » à partir de 1975, avant que l'appellation générique de « raï » ne s'impose, une graphie « ray » restant également attestée.

Histoire Débuts gauche|vignette|139x139px|Cheikha Remitti (1923-2006), chanteuse de raï traditionnel et de bedoui, considérée comme la mère spirituelle du raï, tous styles, générations et sexes confondus.

Le raï est une musique rurale originaire de l'Ouest algérien, ancrée dans les traditions des Bédouins. Cette forme musicale a été popularisée au début du XXe siècle par les medahates, des groupes composés de femmes. Elles chantent des louanges à Dieu et au prophète Mahomet. Leur unique accompagnement musical se composait de percussions traditionnelles comme le bendir et le gallal. Les medahates ont établi les fondations d'un genre musical qui a continuellement évolué depuis.

Depuis les années 1930, en parallèle de ces groupes de femmes, les maîtres et maîtresses du melhoun traditionnel de l'Ouest algérien tels Cheikh Khaldi, Cheikh Hamada ou Cheikha Remitti, représentent la culture guerrière traditionnelle. Leur répertoire est double. Le registre officiel célèbre la religion, l'amour et les valeurs morales lors des fêtes des saints des tribus, les mariages ou les circoncisions. Le registre irrévérencieux (une échappatoire aux rigueurs de la morale islamique) est interdit et chanté essentiellement dans les souks et les tavernes. Danseuses et musiciens ambulants y parlent de l'alcool et des plaisirs de la chair. Ces deux formes sont à l’origine du raï moderne.

Le raï serait ainsi né vers 1920, en réaction à un certain élitisme de la grande poésie populaire du melhoun, dont l'apprentissage restait réservé à un cercle restreint de chioukh peu enclins à partager leur savoir. Il aurait émergé de la déculturation et de la déstructuration de la société paysanne du début du siècle, porté par de jeunes paysans sans terre, des travailleurs saisonniers ou de petits prolétaires urbains désireux d'exprimer à leur manière joies et peines, notamment par le biais de bergers-chanteurs itinérants et de danseuses-chanteuses. Les textes, composés de fragments de qsayed du melhoun mêlés à de l'improvisation, comblaient les moments creux de l'inspiration par le mot er-ray, qui se muait en longue plainte dans les chants tristes.

Dans les années 1930, on chante le wahrani, accompagné à l'accordéon, au banjo ou au piano. Sur le plan musical, le raï primitif hérite directement de l'instrumentation du bedoui : un environnement sonore sobre, réduit à la gasba (flûte en roseau) et au gallal, que perpétuent encore aujourd'hui certains interprètes du raï traditionnel le plus proche de ses origines rurales. Les instruments traditionnels du raï (nay, derbouka, zoukra et bendir) s'accommodent, à partir de la fin des années 1960, de percussions, du luth, du violon puis de l'accordéon.

Cheikha Remitti, considérée comme la donne déjà des concerts très discrets à l'époque de la colonisation française. Le raï a . Dans les années 1950, Belkacem Bouteldja, puis Boutïba Saïdi et Messaoud Bellemou introduisent des instruments modernes dans le raï traditionnel. C'est l'association du chanteur Belkacem Bouteldja avec le trompettiste Messaoud Bellemou, qui fonde le « Pop-Raï », appellation dont les deux artistes revendiquent la paternité.

Dans les années 1960 apparaissent deux orchestres qui font bouger la ville d'Oran : l'orchestre « Les Adam's », et l'orchestre « Les Student's ». À cela il faut ajouter, les influences des populations judéo-algériennes, européennes d'Algérie, et d'artistes berbères sur cette musique. . Entre les années 1960 et la fin des années 1980, le raï traditionnel subit encore de nombreuses transformations avant d'arriver à sa première forme connue en France, forme qui permettra le début de son internationalisation.

Modernisation et popularisation thumb|Les frères Rachid et Fethi, les premiers qui ont modernisé profondément à l'occidentale la musique raï et propulsé plusieurs chebs sur la scène artistique comme : Anouar, Khaled, Houari Benchenet et Sahraoui.

Dans la fin des années 1960, le raï se modernise grâce à Ahmed Zergui (1948-1983), chanteur considéré comme l'un des pères du raï moderne, et qui y a introduit dans les années 1970 la guitare électrique et l’accordéon, pour ce qu'on a appelé le « pop raï ».

L'apparition de la cassette en Algérie a joué un rôle crucial dans le développement du raï. En contournant les réseaux officiels de distribution, la cassette a permis à cette musique, souvent mal vue, de se diffuser largement. Ce nouveau support, facilement copiable, a offert aux auditeurs le loisir de savourer le raï tranquillement chez eux. Le raï a donc bénéficié de l'essor de la cassette, et inversement.

Au début des années 1980, les synthétiseurs et les boîtes à rythmes font leur apparition, le raï s’imprègne des styles rock, pop, funk, reggae et disco avec notamment le duo Rachid et Fethi qui développent la production raï. «Contact», une émission de la radio Alger Chaîne 3 (composée notamment de l’animateur Mohamed Ali Allalou et du réalisateur Aziz Smati), est la première émission à passer le raï sur les ondes..

C'est seulement à partir du milieu des années 1980 que le raï est véritablement catapulté au rang de musique nationale avec l'arrivée de nouveaux chanteurs, les Chebs (« jeune », féminin cheba). Ensuite le raï se développe avec Cheba Fadela - Cheb Sahraoui (N'Sel Fik 1983, repris en 1988 dans l'album solo de Chaba Fadela You are mine), Cheb Khaled (Kutche, 1989), Cheb Mami (Let Me Raï, 1990), Chaba Zahouania, Cheb Hamid, Gana Maghnaoui, Cheb Kader, etc. Il existe également des groupes comme Raïna Raï (Hakda, Zina), très populaire en Algérie, qui colore ses morceaux avec d'autres genres musicaux. Il existe également plusieurs artistes féminines de raï (qui viennent souvent de Medahates) telles que Cheikha Rabia, Chaba Zahouania ou Cheikha Djénia.

Cette nouvelle musique mélange instruments traditionnels, synthétiseurs, batterie électronique et basse, remettant au goût du jour de vieilles mélodies. Le premier Festival raï a lieu à Oran en 1985. Face à l’engouement des jeunes algériens, le gouvernement reconnaît officiellement le raï.

Internationalisation et naissance d'autres variantes thumb|left|Festival de la chanson raï en France (1986), de gauche à droite : Cheb Mami, Cheb Khaled, Cheb Hamid, Cheb Sahraoui.

Au tout début des années 1980, les patrons de bars algériens de Paris diffusaient régulièrement des cassettes de Cheikha Djénia, Cheikha Remitti, Chaba Zohra, Cheb Khaled, Bellemou… que proposaient les clients. Parfois même des groupes s’y produisaient. On peut citer le bar de Bougie sur le boulevard de la Chapelle, le bar de Larry (métro Simplon, arrondissement) que fréquentaient des journalistes de Libération et d’autres comme Le Pont tournant sur le quai de Jemmapes ().

En Algérie, Mohamed Balhi fait écouter de la musique raï au journaliste français Jean-Louis Hurst de Libération, qui lui consacre des articles. En 1986, le Festival de Raï de Bobigny organisé à la MC93 par Martin Meissonnier pendant quatre jours avec Cheb Khaled, Cheb Sahraoui, le groupe Raïna Raï, Cheb Kader, Cheb Mami, Cheb Hamid crée un emballement médiatique. Deux ans plus tard sort l'album Kutche de Cheb Khaled et Safy Boutella réalisé par Martin Meissonnier. Arrivé en France à la fin des années 1980, le raï y atteint une forte popularité dans les années 1990 grâce d'une part à son enrichissement et son perfectionnement au contact des artistes et studios d'enregistrement français et d'autre part au soutien des jeunes issus de l'immigration maghrébine à la recherche d'une musique leur ressemblant. Les artistes les plus connus en France sont Cheb Kader (avec ses tubes légendaires tels que Sel Dem Draï et Sid El Houari en 1988., donnant ce souffle international à la musique raï, en la fusionnant avec le raï traditionnel), Khaled (Didi un tube qui fit le tour du monde), Rachid Taha (reprise de Ya Rayah, musique chaâbi de Dahmane El Harrachi), Faudel (Tellement n'bghick), Cheb Mami (Parisien du Nord) ou encore Dalida (Salma Ya Salama, vendu à plus de en 1977.).

Son succès s'étend et se renforce lorsque des compositeurs de styles différents se joignent au mouvement (Jean-Jacques Goldman écrit Aïcha pour Khaled) et beaucoup de chansons sont interprétées en français. Le raï en profite pour se mélanger à d’autres formes de musique comme le rap, le reggae, le rock ou la musique techno. On note également des samples de chansons Raï dans d'autres genre de la scène contemporaine comme le début de N'Sel Fik par dans son titre We Are I. E.. Puis, pendant l'été 2004, une nouvelle vague musicale conjuguant raï et rhythm and blues émerge en France, grâce notamment à la compilation Raï'n'B Fever qui réunit de grands noms des deux genres musicaux.

C'est donc au contact de l'Occident (à Marseille principalement) que le raï, né dans sa forme première à Oran, gagne ses lettres de noblesse et d'où naîtront de nouvelles variantes. Citons par exemple le raï-RnB du chanteur algérien Mohamed Lamine ou de la chanteuse Leslie. D'autant qu'en Algérie, la guerre civile entre le gouvernement et divers groupes islamiques crée des tensions dans la société, y compris dans la vie culturelle. En 1994, le roi du raï sentimental Cheb Hasni est assassiné à Oran, au coin de la rue où il vivait. Un mois plus tôt, au Festival Musicolor de Montreuil, le chanteur Cheb Sahraoui, qui s'y produit, indique à un journaliste du journal Le Monde : . , complète alors sa compagne, la chanteuse Chaba Fadela. Le rôle prépondérant de la France dans cette période (collaborations et influences d'artistes, studios d'orchestration, public…) explique pourquoi les chanteurs de raï parmi les plus connus à travers le monde ont fait leur révolution ou leur début en France.