vignette|Carte de la République sociale italienne en 1943. La République sociale italienne ou RSI ( ), également appelée République de Salò ( ), est un État fantoche fasciste établi par Benito Mussolini en Italie du Centre et du Nord, dans les zones contrôlées par la Wehrmacht (l'armée allemande), du jusqu'au milieu du mois d’. Avant l'adoption le du nom officiel de l'État fasciste restauré, les noms État républicain d'Italie et État national républicain () étaient indifféremment utilisésMarco Palla, Mussolini and Fascism, 2000, p. 137, .. La RSI fut la seconde incarnation de l'État fasciste en Italie.

Histoire

La République sociale italienne fut fondée à la suite de la libération de Benito Mussolini par un commando aéroporté commandé par le SS Otto Skorzeny, le . Le gouvernement de la République sociale, tout en revendiquant Rome comme seule capitale, mais confronté au refus allemand de l'y laisser siéger, installa son administration dans le Nord de l'Italie et notamment dans la région des lacs des Préalpes italiennes : la petite ville de Salò, au bord du lac de Garde, accueillit ainsi le ministère des Affaires étrangères et le sous-secrétariat d'État à la Propagande du ministère de la Culture populaire., de même que l'agence Stefani et les correspondants de presse ; la plupart des communiqués officiels étaient introduits par les mots ., ou , d'où le nom officieux — république de Salò — donné à ce régime fasciste de courte durée..

La forme républicaine du gouvernement, inédite en Italie en 1943

La forme républicaine, tout en récupérant une des doctrines du premier fascisme, fut choisie pour souligner le détachement final que l'histoire de l'Italie aurait dû avoir face à la maison de Savoie, responsable de la reddition aux Alliés et de la trahison du pacte avec l'Allemagne. Les autorités et les combattants républicains furent surnommés les « repubblichini » ou « petits républicains » par les tenants du gouvernement sous contrôle allié formé dans le Sud par Victor-Emmanuel III et le maréchal Badoglio. vignette|gauche|200px|Pavillon de guerre des forces armées de la République sociale italienne. Le drapeau étatique de la RSI était le drapeau tricolore italien, sans marque distinctive. Le drapeau militaire s'avéra cependant plus populaire parmi les sympathisants du régime et demeure le symbole le plus connu de cet État fasciste. Dissous sur les territoires italiens contrôlés par le gouvernement royal, le Parti national fasciste (PNF) fut reconstitué sous la forme d'un Parti fasciste républicain (PFR) dans les territoires occupés par les Allemands.

Les difficultés de la RSI : une institutionnalisation problématique La République sociale, un État n'ayant pas la maîtrise de son territoire

En raison de l'existence d'une résistance organisée et territorialement puissante, la République sociale ne contrôle pas la totalité des territoires théoriquement placés sous sa juridiction. En effet, durant la période comprise entre et , c'est-à-dire durant toute son existence, la RSI doit affronter les forces de la résistance qui contrôlent une partie non négligeable de l'Italie du Nord échappant à l'occupation des Alliés. Si les institutions de la RSI contrôlent les vallées et les plaines, les groupes de résistants étendent leur autorité sur les zones montagneuses, moins faciles d'accès.

Le partage effectif du contrôle territorial entre RSI et résistants facilite le développement d'une forme de banditisme opportuniste, les voleurs opérant dans les zones RSI puis se réfugiant dans les zones contrôlées par la résistance et vice-versa. Rapidement, se mettent en place des mécanismes de coexistence entre résistants et militaires de la République sociale pour réprimer les délits de droit commun. Ainsi, dans les Alpes italiennes, des actions communes associant troupes de la RSI et groupes de la résistance sont organisées contre des bandes de détrousseurs se faisant passer pour des militants politiques.

La Résistance contre l'occupation Dès les premiers jours du régime, une résistance organisée apparaît, composée d'anciens militaires, de militants venus d'horizons divers : socialistes, communistes, catholiques, nationalistes, conservateurs, tous hostiles à l'occupation allemande.

La politique allemande aggrave les conditions de vie de la population italienne, déjà fortement marquée par les privations liées au conflit. Ainsi, les déprédations allemandes provoquent une forte inflation, cause de grèves à caractère politique durant toute la période.

De nombreuses tensions internes Dès sa formation, la RSI doit compter en son sein avec des hommes venus d'horizons multiplesMilza, Berstein, Le Fascisme italien, op. cit., p. 410..

Une tutelle allemande très pesante

La création d’un gouvernement fasciste dans les territoires occupés avait déjà été planifiée en secret par les Allemands (opération Achse) au sommet de Berlin, avant la libération de Mussolini. La création d’un gouvernement avec Alessandro Pavolini, Vittorio Mussolini et Roberto Farinacci — exilés en Allemagne après le — avait d’abord été envisagée, mais aucun d’eux ne semblait donner de garanties suffisantes pour l’Allemagne et Farinacci a refusé chacune des tâches proposées. La possibilité de confier le gouvernement à fut ensuite soulevée. La libération de Mussolini a résolu le problème. Celle-ci avait été méticuleusement organisée par les Allemands, par ordre direct de Hitler, et réalisée le dans le raid du Gran Sasso par les troupes d’élite dirigée par Kurt Student, Harald Mors-Otto et le major Otto Skorzeny qui, après avoir pris possession des lieux et libéré le prisonnier, l’amenèrent à Munich. Trois jours après son sauvetage, Mussolini fut emmené en Allemagne pour rencontrer Hitler à Rastenburg à son quartier général de Prusse-Orientale. Mussolini y discuta avec Hitler pendant deux jours de la situation dans le Nord de l’Italie. En mauvaise santé, Mussolini voulait prendre sa retraite, mais Hitler voulait qu’il retourne en Italie et mette en place un nouvel État fasciste. Devant l’hésitation de Mussolini, déprimé et incertain, Hitler menaça de réduire l’Italie à « pire que la Pologne » en détruisant Milan, Gênes et Turin, s’il ne s’exécutait pas. Mussolini accepta à contrecœur les exigences d’Hitler de créer un gouvernement fasciste.

Dès le début, la République sociale italienne fut à peine plus qu’un État fantoche dépendant entièrement de l’Allemagne, avec présence militaire et tutelle politique et économique. La RSI ne reçut la reconnaissance diplomatique que de l’Allemagne, du Japon et des États fantoches satellites de l'Axe. Même l’Espagne, plutôt sympathisante, refusa d’établir des relations diplomatiques formelles avec la RSI. Dès le début, les Allemands se méfièrent de la capacité des fascistes italiens à contrôler leur propre territoire. En dépit de déclarations publiques assurant qu’il était en plein contrôle de la RSI, Mussolini était bien conscient de n’avoir aucun pouvoir réel. Sans constitution ou économie organisée, le financement de l’État dépendait entièrement de Berlin. Les forces allemandes elles-mêmes avaient peu de respect pour cet « État » et le mouvement fasciste agonisant de Mussolini. Pour elles, le régime ne servait qu’à maintenir l’ordre et réprimer les partisans italiens, tâche notamment effectuée par Pietro Koch et la Banda Koch au nom de l’Allemagne.

Une forte présence militaire Dès ses débuts, la RSI doit faire face à une forte présence allemande. En effet, l'Italie sous administration RSI est d'abord un pays militairement occupé par les Allemands. Ces troupes étrangères sont déployées en territoire italien depuis le mois de pour contrer le débarquement allié en Sicile (Opération Husky), puis regroupées sur le continent le long de la ligne Gustave et de la ligne gothique. Elles sont ensuite engagées dans les diverses opérations de la campagne d'Italie.

Mais les soldats de la Wehrmacht ne sont pas seulement mobilisés dans les opérations contre les Alliés, ils sont également chargés de missions d'occupation des territoires du Nord de l'Italie. Ce faisant, ils contribuent à donner une dimension patriotique à la guerre civile italienne, multidimensionnelle, de la période – . Il est à noter aussi la présence de déserteurs de la Wehrmacht dans les rangs des partisans dès l'automne 1943, et de diverses attitudes qui laissent perplexes les résistants.

La mise en coupe réglée des territoires occupés Les régions occupées en Italie représentent en 1943 les régions les plus industrielles du royaume.

Comme l'ensemble de l'Europe de l'Ouest, l'Italie n'échappe pas au pillage à compter de la restauration de l’État fasciste ; en effet, durant la période d'occupation, les Allemands prélèvent sur les territoires italiens qu'ils contrôlent près de 10 milliards de reichsmarks, tandis que le ministère des Affaires étrangères du Reich lie explicitement les frais d'occupation, transformés en contribution à l'effort de guerre, et la politique commerciale menée par le Reich à l'égard de son allié satellisé. De plus, dès les premières semaines de l'occupation allemande, alors que le régime n'est pas encore mis en place, les autorités d'occupation allemandes prennent le contrôle des stocks et des usines.

Durant la période précédente, l'Italie présentait un solde commercial positif avec l'Allemagne — un solde tel que les diplomates l'estiment impossible à solder. Ainsi, dans les conventions commerciales entre le Reich et le nouvel État, contenues dans le traité signé le , la contribution financière italienne à l'effort de guerre remplace, pour l'Italie, nominalement alliée au Reich et théoriquement traitée sur un pied d'égalité (malgré des marques de sujétion nombreuses et évidentes), les frais d'occupation réclamés à la France, par exemple. Cette contribution reste à la charge du trésor italien et s'élève mensuellement à 100 millions de lires, contribution fixée non en fonction des coûts réels de l'occupation, mais en fonction des besoins de financement allemands en Italie : en vertu des accords entre les deux États, cette contribution peut être revue selon les besoins allemands. Ainsi, le total des contributions italiennes représente un total de de reichsmarks pour la période comprise entre et , montant qui est commercialisé via les accords de compensation. Avec ces montants, le Reich peut non seulement solder son déficit commercial avec l'Italie, mais aussi financer son effort de guerre par des achats d'armes, l'établissement de fortifications, sur la ligne Gustave puis sur la ligne gothique, ou encore en payant les personnels de l'armée affectés en Italie, en achetant des fournitures envoyées par l'Allemagne sur d'autres fronts.

Cette mise en coupe réglée du territoire contrôlé par la RSI se fait aussi, comme en France, par l'établissement d'un taux de change avantageux pour le Reich : en effet, avant la constitution de la RSI, 100 lires valaient 13,20 reichsmarks, les accords d' définissent un taux de change fixé à 10 reichsmarks pour 100 lires Ce taux de change permet non seulement aux troupes allemandes cantonnées en Italie d'acheter tout ce qu'elles peuvent à des prix avantageux, mais aussi aux industriels de se fournir en Italie à moindre coût.

Face à cette situation, les Italiens organisent une forme de résistance passive avec l'appui des autorités républicaines, les industriels s'opposant aux demandes allemandes, la population par une mauvaise volonté face aux demandes allemandes, les autorités en laissant se développer un marché noir qui prend des proportions de plus en plus importantes au fil des mois.

Un régime marqué par la guerre civile, conséquence d'une guerre étrangère 300px|vignette|Évolution territoriale de la République sociale italienne. 1943 : le renversement des alliances et des allégeances