vignette|Article publié dans la revue Nature en 2024. thumb|Vidéo explicative: Comment fonctionne la publication des résultats de recherche?, 0:39

L'expression « publication scientifique » regroupe plusieurs types de communications scientifiques et/ou de diffusions numériques que les chercheurs scientifiques font de leurs travaux en direction de leurs pairs et d'un public de spécialistes.

Ces publications scientifiques décrivent de manière détaillée les études ou expériences menées et les conclusions qui en sont tirées par les auteurs. Elles subissent un examen de la valeur des résultats et de la rigueur de la méthode scientifique employée pour les travaux menés.

Cette procédure implique un comité éditorial qui arbitre les décisions de publication, après l'examen par un comité de lecture indépendant constitué de pairs, des scientifiques du domaine qui interviennent de manière anonyme pour les auteurs des travaux, pour garantir l'indépendance de l'expertise. Le comité de lecture demande fréquemment des modifications ou des compléments aux auteurs du travail de recherche, pour préciser ou compléter la qualité de la démonstration scientifique de l'article.

Ce système constitue le pilier de la validation des résultats de la recherche scientifique.

La notion de littérature scientifique désigne plus largement l'ensemble des publications scientifiques. Les publications scientifiques permettent de diffuser des informations scientifiques et techniques, produites et utilisées notamment par les chercheurs. Une partie de cette littérature est ensuite réutilisée par les revues de vulgarisation scientifique.

Quantités et qualités Plus de trois millions d'articles sont annuellement publiés dans ces revues, chaque chercheur étant poussé à publier par les processus d'évaluation académique ()., encourageant une logique perverse, profitant aux grands éditeurs et encourageant des fraudes scientifiques.. L'article scientifique change de nature, il n'est plus une unité de connaissance, mais est devenu une unité d'évaluation », selon Philippe Huneman de l'Institut d'histoire et de philosophie des sciences et des techniques (CNRS) « C'est une machine à transformer de la connaissance en gains symboliques et financiers. L'article est donc au cœur du système de recherche et la source de nombreux problèmes ». .

Catégories On peut distinguer les publications scientifiques selon leur origine (académique, recherche privée...) ou selon support ou type de parution : les revues scientifiques à comité de lecture ; les comptes-rendus de congrès scientifique à comité de lecture ; les ouvrages collectifs rassemblant des articles de revue ou de recherche autour d'un thème donné, coordonnés par un ou plusieurs chercheurs appelés éditeurs ou directeurs (à ne pas confondre avec l'éditeur qui, en tant que maison d'édition, publie l'ouvrage) ; les monographies sur un thème de recherche.

Les publications qui entrent dans l'un des cadres ci-dessus sont généralement les seules considérées pour l'évaluation de la recherche scientifique et des chercheurs (et de leurs laboratoires parfois) et les études bibliométriques et scientométriques.

Les manuscrits de thèse rassemblent un travail de recherche évalué par les pairs, librement consultable (dans la majorité des cas) et susceptible d'être cité dans une bibliographie.

Éléments de définition Sont habituellement exclues de la catégorie « publication scientifique » : les revues sans comité de lecture, par exemple les revues d'actualité des sociétés savantes ; les comptes-rendus de conférences sans comité de lecture ; les monographies d'enseignement ; les comptes-rendus de congrès (au moins dans certaines disciplines qui ne les comptabilisent pas comme « articles scientifiques », tout en reconnaissant qu'ils participent aux missions de communication de résultats par le chercheur ou son équipe).

Le cas des pré-publications est plus complexe. Il s'agit d'articles destinés en général à être formellement publiés, dans une revue par exemple, mais que leurs auteurs choisissent de mettre immédiatement à la disposition de la communauté scientifique, sur un site internet par exemple. Elles ne sont donc pas comptabilisées en tant que publications dans le cadre de la bibliométrie, mais ont le contenu d'une publication scientifique, et la rigueur qu'on peut attendre d'un article n'ayant pas encore été révisé selon les commentaires d'un comité de lecture.

Évolutions, tendances En nombre absolu la production mondiale d'articles scientifiques croît depuis plusieurs générations, passant de en 1988 selon la National Science Foundation à en 2008 selon le rapport sur la science-2010 de l'Institut de statistique de l'UNESCO.

Le rapport de l'UNESCO sur la science de 2021 indique à nouveau que « la tendance est à l’augmentation des publications scientifiques : la production mondiale a ainsi augmenté de 21 % en 2019 (par rapport à 2015). Les publications sur les technologies stratégiques transversales, telles que l'intelligence artificielle et la robotique, l'énergie et la science des matériaux, ont même bondi de 33 %. Parmi les domaines plus larges, ce sont les sciences de l'environnement qui ont affiché la croissance la plus rapide entre 2015 et 2019 (+45,7 %), malgré un départ tout en bas de l’échelle : elles ne représentaient en effet que 3,6 % de la production mondiale en 2015. Au niveau mondial, le taux de collaboration scientifique internationale est passé de 22 % à 24 % entre 2015 et 2019, avec néanmoins de grandes variations selon les pays ».

Cependant depuis les années 1960, alors que la tendance à former de grandes équipes scientifiques, parfois très multidisciplinaires, il semble y avoir un nombre croissant de scientifiques qui publient au moins une fois mais avant de rapidement cesser de publier dans une revue scientifiqueVirginia Gewin (2019) Rise of the temporary workforce ; Increased job competition over the past 50 years has cut the average length of time astronomy and ecology graduates spend in academic posts from 35 to 5 years. |Nature, Carrer News |06 février 2019 . Ceci a été montré pour le domaine de l'astronomie et de l'écologie ou encore de la robotique (pour un chercheur en robotique, en 2019, sa « demi-vie » moyenne de carrière scientifique (c'est-à-dire le temps nécessaire à un scientifique d'une cohorte donnée pour produire des articles) a chuté de dans les années 1960 à seulement cinq ans dans les années 2010Milojević, S. et al. (2018) Changing demographics of scientific careers: The rise of the temporary workforce | Proc. Natl Acad. Sci. USA 115, 12616–12623 (2018).. Dans les années 2010, le nombre d'« auteurs de soutien » augmente (c'est-à-dire le nombre de post-doctorants, et autres scientifiques ou chercheur peu expérimentés apportant leurs savoirs et savoir-faire, mais sans diriger la publication). Au sein des cohortes des années 2010, seuls 40 % environ des chercheurs en écologie et en astronomie ont été auteur principal d'un article, alors qu'au milieu des années 1960, ils étaient environ 80 %.

Le statut d'auteur reste cependant très important : dans les domaines scientifiques ci-dessus évoqués les jeunes chercheurs n'ayant pas réussi à publier durant leurs cinq premières années de carrière sont ceux qui statistiquement parlant risquent le plus de quitter l'environnement universitaire. Cependant malgré une corrélation significative entre le fait d'avoir été un jeune auteur productif et la durée de la carrière universitaire, ni la productivité scientifique, ni le facteur d'impact pas plus que le niveau initial de collaboration ne sont de bons prédicteur de la longévité dans le métier de scientifique.

L'internet semble en train de bouleverser la mise à disposition des travaux scientifiques, de même que les approches open science/open data ;

La question de l'accès (payant ou non) à la donnée brute (souvent nécessaire à la vérification complète) ou même au contenu des articles est source de débats récurrents, avec des enjeux économiques complexes, mais aussi de protection de la donnée médicale et personnelle (par exemple dans le cas de la donnée biomédicale ouverte qui nécessite une anonymisation parfaite. Dans la société de l'information et pour les approches collaboratives, et face aux crises financières, écologiques, climatiques et sanitaires un accès rapide aux données nouvelles (y compris relatives aux échecs expérimentaux) devient crucial.

En , après deux jours de réunion à Bruxelles du Conseil sur la compétitivité (Competitiveness Council ou COMPET mis en place par la Commission européenne et qui rassemble les ministres européens chargés des sciences, de la recherche, de l'innovation, du commerce et de l'industrie), Carlos Moedas, Commissaire européen à la recherche, à l'innovation et à la science et les dirigeants européens ont unanimement appelé à un accès ouvert (open data ) « immédiat » à tous les articles scientifiques dès 2020Martin Enserink (2016), « In dramatic statement, European leaders call for ‘immediate' open access to all scientific papers by 2020 » ; Science News, DOI: 10.1126 / science.aag0577. En 2023, pour faciliter l'accès et le partage des connaissances, l'INRAE publie un guide Bonnes pratiques pour atteindre 100 % de publications librement accessibles en 2030.

« Quantitatif » versus « qualitatif » ? Ce sujet fait l'objet de débats récurrents alors que le nombre d'articles scientifiques et le nombre d'articles « cités » sont en forte augmentation depuis deux siècles, et plus encore depuis deux décennies en raison notamment de l'apparition de l'Internet et de ses moteurs de recherche. C'est un enjeu qui pourrait être exacerbé par le développement du big data et de l'open data.

En dépit de la mise en place de processus de scientométrie, de bibliométrieWeingart P (2005) Impact of bibliometrics upon the science system: Inadvertent consequences ?. Scientometrics, 62(1), 117-131. et de management de la publication scientifique, des auteursMaddox J (1988) Why the pressure to publish ?. Nature, 333, 493 (résumé).Angell, M. (1986). Publish or perish : a proposal. Annals of Internal Medicine, 104(2), 261-262 ([résumé http://annals.org/article.aspx?articleid=700246]).De Rond M & Miller A.N (2005) Publish or perish bane or boon of academic life ? ; Journal of Management Inquiry, 14(4), 321-329.Darnill A (1996) Publish or perish. Accountancy , 118 (1,237), 97.Colquhoun D (2011) Publish-or-perish: Peer review and the corruption of science. The Guardian, 5(09).Lehrer J. (2010) The truth wears off: is there something wrong with the scientific method ? The New Yorker (article en ligne). alertent sur l'existence d'études trompeuses, biaiséesFanelli D (2010) Do pressures to publish increase scientists' bias ? An empirical support from US States Data. PloS one, 5(4), e10271. ou de piètre qualité qui polluent le processus de rechercheThe pressure to publish pushes down quality Scientists must publish less, says Daniel Sarewitz, or good research will be swamped by the ever-increasing volume of poor work, 11 mai 2016 ; Nature 533,147 (en ligne 12 mai 2016) doi:10.1038/533147a. et discréditent la scienceWheeler A.G (1989). The pressure to publish promotes disreputable science.. malgré les processus internes de rectification du corpus (articles complémentaires, corrections ou rétractations d'articles respectivement incomplets, erronés ou inconclusifs). Certains alertent aussi sur le fait qu'une nouvelle idéologie de l'évaluation (qualifiée de par Gori & al. en 2009Gori, R., & Del Volgo, M. J. (2009). L'idéologie de l'évaluation: un nouveau dispositif de servitude volontaire? . Nouvelle revue de psychosociologie, (2), 11-26.) et une « pression de publication » croissante peut encourager un Mensah L.L (1982) Academic espionage : Dysfunctional aspects of the publish or perish ethic. Journal of advanced nursing, 7(6), 577-580. et en réaction une fermeture des laboratoires, au détriment d'un large partage des connaissances.