vignette|Mausolée royal de Maurétanie, Tipaza, Algérie. La Maurétanie (berbère : ⵜⴰⴳⵍⴷⵉⵜ ⵏ ⵉⵎⵓⵔⵉⵢⵏ, latin : ), ou royaume de Maurétanie, est un ancien royaume berbère (Libye antique) établi dans l'actuel nord du Maroc et issu d'une fédération des tribus maures allant de l'océan Atlantique à l'ouest jusqu'à la Moulouya à l'est, frontière étendue, au début du , à l'Oued-el-Kebir dans l'actuel Est de l'Algérie.

Après l'annexion romaine en 42 ou 43, elle est divisée en deux provinces : la Maurétanie tingitane et la Maurétanie césarienne.

Ses habitants indigènes, des pasteurs semi-nomades, de souche ancestrale berbère, sont connus des Romains comme les Maures.

Le royaume commence à être mentionné dès la fin du .. Le roi Baga choisit l'alliance avec Rome lors de la deuxième guerre punique. Ce choix diplomatique est maintenu par tous les rois maurétaniens suivants. À la mort du roi , en , Octave décide d'administrer le royaume en l'élevant au rang de royaume client puis en y plaçant, en , un roi élevé à Rome, , puis son fils Ptolémée de Maurétanie.

Étymologie La Maurétanie existe en tant que royaume tribal du peuple berbère . Strabon note qu'il s'agit de leur nom natif, au début du Cette appellation a également été adoptée en latin, alors que le nom grec pour la tribu est Maurusii (Μαυρούσιοι). Les Mauri lèguent plus tard leur nom aux Maures, de la côte méditerranéenne, en Afrique du Nord, au moins au

L'adjectif latin signifie « de Maurétanie ». Les trois formes de son nominatif singulier (mauritanicus, mauritanica, mauritanicum) sont utilisées aujourd'hui comme épithètes spécifiques pour nommer des espèces animales ou végétales découvertes ou décrites en Afrique du Nord, pas nécessairement en Mauritanie (dont le nom dérive aussi de la Maurétanie romaine).

Géographie Après l'annexion romaine en 42 ou 43 par l'empereur romain Claude, la Maurétanie est divisée en deux provinces romaines : la Maurétanie tingitane qui compte 7 colonies romaines : Zilis, Babba, Banasa (fondées par Auguste), Tingis, Lixus (fondées par Claude), Rusadir et Volubilis ; la Maurétanie césarienne qui en compte 21 : Cartennae, Gunugus, Igilgili, Rusconiae, Rusazus, Saldae. Succabar, Tubusuptus (fondées par Auguste); Caesareia, l'ancienne Jol, capitale de Juba, et Oppidum novum (fondées par Claude); Sitifis (fondée par Nerva); Arsenaria, Bida, Siga, Aquae Calidae, Quiza, Rusucurrum, Auzia, Gilva, Icosium (actuelle Alger), Tipasa.

L'itinéraire d'Antonin nous apprend que les deux provinces romaines limitrophes de Maurétanie tingitane et de Maurétanie césariene ne sont reliées par aucune voie terrestre et que les liaisons sont uniquement réalisées par la mer Méditerranée.

Historiographie et archéologie Sources antiques L'existence de la Maurétanie est mentionnée dans plusieurs sources antiques romaines comme l'Itinéraire d'Antonin, un guide qui retrace les villes-étapes de l'Empire romain et leurs distances sous le règne de l'empereur romain Caracalla, puis mis à jour sous le règne de Dioclétien.

La table de Peutinger, carte retraçant les principales voies romaines du sous le Haut-Empire, est manquante pour cette partie de l'Empire. Les dernières limites qui y apparaissent pour le secteur sont au sud-est de Gérone et à l'est du cap Matifou. L'Anonyme de Ravenne, dénommé aussi Géographe de Ravenne, dans son traité de géographie mentionne plusieurs noms de lieux, mais ils restent parfois difficiles à identifier ou à placer. Autre élément, les bornes milliaires ne vont pas plus loin que Lalla Maghnia en Maurétanienne césarienne.

Tacite, historien et sénateur romain du , dans ses Histoires évoque lui aussi la Maurétanie. Dion Cassius, consul et historien romain du , dans son Histoire romaine mentionne le règne de et les territoires donnés par l'empereur Auguste. Strabon, géographe et historien grec du et , dans son livre Géographie mentionne lui aussi ce transfert de territoires. Florus, historien romain du dans le livre II de son Abrégé de l'histoire romaine depuis Romulus jusqu'à Auguste et Paul Orose, prêtre du dans Histoires contre les païens complètent les informations sur le règne de Juba II.

Claude Ptolémée, astronome et astrologue grec, dans son livre de Géographie décrit la Maurétanie. L'ouvrage de Claude Ptolémée a quelques inexactitudes géographiques comme la côte de Tingis au Cap Bon orientée est-sud-est ou la côte atlantique orientée sud-sud-est. Pour établir son récit, il a probablement interrogé des voyageurs commerçants ou fonctionnaires ayant effectué le trajet entre les villes maurétaniennes.

Sources modernes Pierre Salama, archéologue et historien français du , dans son livre Les routes romaines d'Afrique du Nord, évoque l'organisation du réseau de transports dans les provinces romaines de Maurétanie. Jean Baradez, colonel dans l'aviation française et précurseur dans l'archéologie aérienne, a lui aussi cherché en vain des traces des voies de communication terrestre entre les deux provinces.

Jérôme Carcopino, historien français du , dans son livre Le Maroc antique et Louis Châtelain, historien et archéologue français du , dans son ouvrage Le Maroc des Romains évoquent tous les deux la localisation de quelques villes de Maurétanie.

Charles-Joseph Tissot, diplomate et archéologue français du et Maurice Euzennat, historien et archéologue français du , ont effectué des fouilles dans quelques localités romaines en Maurétanie.

Archéologie La numismatique a permis d'obtenir des informations sur la Maurétanie comme lors de la découverte de monnaies romaines produites lors de la révolte du Numide Tacfarinas ou lors des règnes des princes Numides et Ptolémée de Maurétanie.

Les villes les plus importantes de la Maurétanie ont fait l'objet de fouilles archéologiques comme à Caesarea, Tipasa et Volubilis, ce qui a permis de mieux localiser les implantations maurétaniennes puis romaines.

Histoire Mythologie Le mythe fondateur du royaume veut que l'émergence de royaumes organisées se déroule après la mort d'Héraclès et la dispersion de son armée en Espagne. Les Mèdes qui constituaient son armée ont alors traversé le détroit de Gibraltar et plusieurs d'entre eux se sont installés et se sont mêlés aux populations locales, formant les Maures. Ceux-ci ont maintenu le contact avec les populations en Espagne et ces échanges renforcés ont stimulé l'urbanisation des territoires et la formation de royaumes..

Royaume maurétanien vignette|gauche|Présence carthaginoise dans la partie occidentale de la Maurétanie. Dès le début du , la côte méditerranéenne de la Maurétanie, bénéficie de ports de commerce avec les Phéniciens, puis les Puniques de Carthage au . Les tribus berbères, qui se sont établies dans la région dès le début de l'âge du fer contrôlent l'intérieur des terres. Mais depuis les comptoirs puniques de Tanger et de Lixus, le commerce va s'intensifier avec les locaux, et la langue punique et ses institutions vont se propager à l'intérieur des terres de la Maurétanie.

À la fin du apparait dans les sources un certain Baga , qui, quoiqu'on aie très peu d'informations à son sujet, pourrait être affilié à la dynastie des futurs rois de Maurétanie connus comme Bocchus I ou Bogud..

Pendant la deuxième guerre punique, Baga, le roi de Maurétanie rejoint le parti du roi des Numides et de leur roi Massinissa, allié des Romains contre les Carthaginois. Au , les limites du royaume restent encore floues. À cette même période, à partir de Carthage, la culture grecque va se répandre dans le royaume maurétanien. Après la troisième guerre punique et la chute de Carthage, en , la Maurétanie est unifiée.

Règne de Bocchus

Le roi Bocchus, qui règne à partir de , choisit dans un premier temps, en , de soutenir Jugurtha dans sa guerre contre Rome. Puis, il trahit son allié pour rejoindre l'alliance romaine et en particulier celle de Sylla. Après la victoire romaine, le royaume de Maurétanie reçoit en échange une partie de l'ancien territoire de Jugurtha et son roi reçoit le titre d'« ami et allié du Peuple romain ».

Règnes de Bogud et de

À la mort de Sosus, Bogud et prennent sa succession en se partageant la Maurétanie. Pendant la guerre civile entre Jules César et Pompée le Grand, les deux rois décident de prendre parti pour Jules César. combat ainsi les Pompéens et ses alliés et . Après l'assassinat de Jules César, Bogud s'allie alors à Marc Antoine en pour le rejoindre en Orient et profite de cet évènement pour annexer les territoires de son frère. Le royaume maurétanien atteint désormais son apogée de l'Océan Atlantique jusqu'à l'embouchure de l'Ampsaga. Le choix politique de Bogud lui coûte la vie.

parvient, après la réunification, à agrandir son territoire en soutenant le gouverneur romain de la province d'Afrique, Titus Sextius contre Arabion, le dernier roi numide.

décède à son tour en sans héritier et donne son territoire à Octave. Mais la loi romaine ne permet pas à Octave d'acquérir personnellement le royaume, la Maurétanie passe alors en possession du peuple romain et rejoint l'.

Interrègne À la mort de , Rome annexe la Maurétanie malgré une présence romaine très faible, avec pour objectif de créer un vaste ensemble africain. Octave, le dirigeant de la partie occidentale du territoire romain à cette époque, compte s'appuyer sur les deux provinces romaines qui entourent la Maurétanie : l'Hispanie ultérieure et la province d'Afrique. Des unités romaines, probablement une légion, s'installent à Caesarea. Rome installe également des vétérans de ses légions dans quatre villes : Baba, Banasa, Tingis et Zilil. Stéphane Gsell évoque que la gestion de la Maurétanie confiée à deux préfets de l'ordre équestre, mais aucune source ne permet d'affirmer l'existence de ces deux préfets à cette époque. La Maurétanie est désormais un royaume-client comme peuvent le prouver des émissions de monnaies romaines qui font références au pouvoir d'Octave avec la mention sur l'avers « IMP. CAESAR » et sur le revers « DIVI F. » datant de cette époque émises en Maurétanie.

Règne de

vignette|Territoires de Maurétanie et de Gétulie de Maurétanie en possession de . Puis, à l'automne , les Romains installent, un prince numide éduqué à Rome, comme roi-client sur décision de l'empereur romain Auguste. Les deux souverains ayant fait quelques campagnes militaires communes, probablement lors d'une partie des guerres cantabres en 26-, afin de former le futur roi maure. La décision d'Auguste d'établir un royaume-client est motivée par l'engagement des troupes romaines sur d'autres fronts en Hispanie et en Syrie, troupes n'étant pas disponibles pour une conquête militaire de la Maurétanie.

reçoit donc les anciennes terres de Bogud et de , ainsi qu'un autre territoire. Selon Dion Cassius il s'agirait d'une partie de la Gétulie alors que Strabon mentionne les états de son père , qui s'est suicidé après la défaite des forces de Pompée le Grand à la bataille de Thapsus contre Jules César. Paul Orose complète en mentionnant le fait que les Gétules supportent mal d'être dirigés par un roi pro-romain est qu'il s'agit des motivations de leur révolte.

Le roi maurétanien rencontre cependant de réelles difficultés à garder le contrôle sur la Gétulie de Numidie, ce qui oblige Rome à y stationner des troupes pour des opérations de police afin de contrôler les tribus venant du désert à la recherche de pâturages. En , pendant un an, le proconsul romain d'Afrique Lucius Cornelius Balbus mène une campagne militaire contre les Gétules dans le Constantinois et le Hodna pour prêter assistance au royaume maurétanien.

Il épouse en la fille de Marc Antoine, et de : . Les deux époux sont probablement élevés à la cour impériale par la sœur d'Auguste, Octavie la Jeune. Ils sont tous les deux citoyens romains sous le nom de pour et d' pour . De ce mariage, nait Ptolémée de Maurétanie, lui aussi citoyen romain sous le nom de .