L’Hispanie (en latin Hispania) est le nom donné par les Romains à la péninsule Ibérique.

Depuis le l’Hispanie est l’hôte des États modernes espagnol et portugais.

Selon Isidore de Séville, le nom peut provenir soit de Hispalis : « Occident, pays de l’Ouest », de même étymologie indo-européenne que Hesperos, Hesperia en grec, soit du phénicien 𐤉𐤍𐤐𐤎𐤉𐤀 : ’yspny, pouvant être interprété de deux manières : « contrée des damans » (s’agissant des lapins que les carthaginois ont pris pour des damans) ou bien « contrée des forges », le pays étant renommé pour ses minérauxFélix Gaffiot, « Hispania », dans Dictionnaire latin français, Hachette 1934 ; Charlton T. Lewis et Charles Short, « Hispania » dans A Latin Dictionary, Clarendon Press, Oxford 1879..

Son histoire peut se découper en trois périodes : de -501 à -202 : période ibère, avec une importante influence celtique dans le centre et présence carthaginoise dans le sud (Hispanie barcide) ; de -202 à 409 : période romaine, s’achevant avec l’arrivée des Vandales, des Suèves et des Alains, puis des Wisigoths ; de 507 à 711 : période wisigothique, lorsque la péninsule Ibérique devient l’Hispanie wisigothique à partir du , avec une présence byzantine dans le sud entre 552 et 624 (province romaine d’Orient appelée Spania ou Hispania).

Présence carthaginoise durant la période ibère

Au début les Carthaginois installent des comptoirs commerciaux sur la côte, sans pousser plus profondément à l’intérieur de l’Hispanie. En -501, ils s’emparent de Gadès (Cadix), une ancienne colonie phénicienne. Après la première guerre punique, les Carthaginois s'étendent rapidement dans le Sud, sous la conduite des Barcides. Ils y exploitent des mines d’or et redonnent à Carthage sa puissance économique et commerciale. En -230, ils fondent Carthagène, la nouvelle Carthage (Cartago Nova).

En -218, Hannibal forme une puissante armée qui comprend un contingent d’Ibères, et commence la deuxième guerre punique en prenant Sagonte, puis en marchant vers l’Italie. Les Romains ne peuvent l’intercepter en Gaule, et dirigent une partie de leurs forces sur l'Hispanie, qui devient un théâtre d’opération de cette guerre. Après divers affrontements, Scipion l'Africain prend Carthagène en -209, et en -207, Hasdrubal mène les dernières forces carthaginoises de l'Hispanie vers l'Italie. En -202, la capitulation de Carthage livre officiellement l’Hispanie carthaginoise à Rome.

Conquête romaine

En -197, les Romains divisent l’Hispanie en deux provinces : Hispanie citérieure, donnant sur la Méditerranée, et Hispanie ultérieure (car plus éloignée de Rome), comprenant le Sud et tournée vers l’océan. La conquête romaine de la péninsule Ibérique fut longue, pour plusieurs raisons : dans la première partie du , le Sénat romain n’avait pas de vision expansionniste, il se contentait de conserver ses acquis territoriaux et d’affaiblir les adversaires potentiels ; les peuples locaux opposèrent souvent une résistance acharnée, et infligèrent plusieurs défaites aux armées romaines.

La chronologie résumée est la suivante : de -191 à -189, révolte des Celtibères, soumission de l’intérieur de l’Hispanie ; en -154, occupation de la Lusitanie ; de -147 à -139, le berger lusitanien Viriate organise une résistance efficace, et bat plusieurs armées romaines. Les Romains ne purent en venir à bout qu’en le faisant assassiner par ses partisans ; de -142 à -133, guerre contre Numance entre l’Èbre et le Douro. En 137, le consul Gaius Hostilius Mancinus capitule avec son armée devant les Numantins ; en -137, campagnes contre les Galèces (Galleacia) ; en -134, arrive à la péninsule le consul Scipion Émilien accompagné par son état-major, parmi lequel se trouvent l'auxiliaire numide Jugurtha, Caïus Gracchus ainsi que par l'historien Polybe. Scipion attaque les indigènes et détruit leurs récoltes pour empêcher qu'ils aident les Numantins. Il entame le siège de Numance en construisant d'imposantes ouvrages de circonvallation ; en -133, la ville est prise par Scipion et débutent les campagnes contre les Vascons.

La conquête de la péninsule suit une pause pendant un siècle, car l’Orient constitue un champ de conquête beaucoup plus attractif que l’Hispanie, tandis que les populations hispaniques ont montré leur capacité de résistance. La partie nord-ouest de l’Hispanie reste donc insoumise. de -80 à -72, révolte de Sertorius, partisan de Marius. Il enrôle de nombreux hispanes dans ses légions, s’entend avec les élites locales et contribue à la romanisation du pays à partir de la ville de Clunia. Pompée parvient à réduire cette révolte. en -61 et -60, Jules César est propréteur en Hispanie ultérieure en -49 et -45, campagnes éclairs de Jules César contre les pompéiens, vaincus à la bataille de Munda. de -29 à -19, Auguste puis Agrippa avec 5 légions soumettent difficilement les montagnards Asturiens et les Cantabres. Leurs chefs soumis furent relégués dans une fondation au nord des Pyrénées, Lugdunum Convenarum.

Hispanie romaine

La conquête romaine de la péninsule est achevée, Auguste la divise en trois provinces : l’Hispanie ultérieure est divisée en Bétique, conquête ancienne bien romanisée qui devient une province sénatoriale et Lusitanie. L’Hispanie citérieure devient la Tarraconaise. Tarraconaise et Lusitanie sont encore occupées par des légions (6 légions en l’an 6), et ont le statut de provinces impériales.

Des colonies romaines sont fondées aux endroits stratégiques : Bracara Augusta (Braga) et Asturica Augusta (Astorga), surveillant les peuples montagnards du nord de la péninsule Ibérique restés insoumis à Rome (Astures, Cantabres, Vascons) ; Emerita Augusta (Merida) capitale de la Diócesis HispaniarumNotes et références

Liste de Verona. XI:Dioecesis Hispaniarum habet provincias numero VII (sic): Baetica. Lusitaniam. Karthaginiensis. Gallecia. Tarraconensis. Mauretania Tingitania.

Le diocèse d'Hispanie est composé de sept provinces : Bética, Lusitania, Cartaginense, Gallaecia, Tarraconense et Mauretania Tingitana. ; Caesaraugusta (Saragosse).

La via Augusta vient de Gaule narbonnaise par le Perthus et traverse le pays par Tarraco, Valentia, Corduba, Hispalis et Gades. Les trois provinces connurent une longue période de paix, et le nombre des légions présentes fut progressivement réduit à une seule, la VIIe Gemina stationnée à León.

Intégration politique dans l’Empire romain

La culture autochtone de l’Hispanie est progressivement transformée par l’occupation romaine. De même que l’on parle des Gallo-romains pour souligner la profonde transformation des peuples de Gaule sous l’Empire romain, l’historiographie parlera d’hispano-romains : c’est l’origine des langues ibéro-romanes.

Les Romains bâtissent les aqueducs, les ponts, les bains, les amphithéâtres… ils dotent leurs provinces d’Hispanie d’institutions, d’une hiérarchie. Ils en fixent les nouvelles classes sociales : l’aristocratie, la classe moyenne (regroupant les administrateurs, les juristes, les lettrés, les ingénieurs, les militaires, les commerçants, les industriels et les petits propriétaires) ; le peuple constitué par les hommes libres n’appartenant à aucune des deux catégories précédentes, ils étaient des travailleurs des mines, des agriculteurs, des soldats, des pêcheurs ; et enfin les esclaves sans droits.

Même si la politique de l’Hispania romaine était sous le contrôle du gouvernement impérial de Rome, des élections prenaient place chaque année pour désigner le gouvernement des villes et des régions. Rome établit des lois et des constitutions pour organiser le territoire, fonda de nombreuses colonies romaines et accorda de plus en plus la citoyenneté romaine aux autochtones ; l'empereur Vespasien la généralisa à toutes les villes de la péninsule. L’Hispanie fut la terre natale d’écrivains romains, Martial, Quintilien, Sénèque, Lucain et de plusieurs empereurs (Trajan, Hadrien, Théodose ).

Apports culturels et religieux

Le plus grand apport culturel est sûrement la langue latine qui donnera les langues ibéro-romanes dont sont issus le castillan, le catalan, l’aragonais, le galicien et, à partir de ce dernier, le portugais.

L'apparition du commerce et des prémices de l'individualisme avec la propriété privée ont bouleversé l'Hispanie qui est urbanisée.

L'agriculture et les mines étaient les principales richesses d’Hispania, l'amenant à échanger avec d'autres régions de l'Empire romain. Les Romains ont développé le commerce en Hispanie en favorisant les échanges avec d'autres régions d'Europe. La péninsule exportait les produits miniers (argent, plomb, or), les céréales, l'huile d'olive et le vin.

Il est en revanche légendaire que saint Paul ait voyagé en Hispanie. La christianisation débute au . Le développement du christianisme s'est effectué rapidement, du littoral vers l'intérieur des terres, grâce à la présence romaine dans le pays. Au , la nouvelle religion devient majoritaire, et fournit un évêque de Rome (Damase de 366 à 384) puis, en 385, le premier évêque de l'histoire exécuté pour « hérésie » : l'ascète Priscillien. Par la suite, un autre schisme divisera les chrétiens de la péninsule entre les disciples d'ArienJohn Henry Newman, Les Ariens du quatrième siècle, Téqui 1988. et les fidèles du christianisme nicéen (que les sources espagnoles, ainsi que Michel Le Quien ou Charles George Herbermann, assimilent à l'église catholique telle qu'elle s'est affirmée depuis mille ansMichel Le Quien, Oriens Christianus ; Charles George Herbermann, Encyclopédie catholique.

De leur arrivée en Hispanie jusqu'en 587-589, les Wisigoths adopteront la forme arienne du christianisme, avant de se convertir au christianisme nicéen (chalcédonisme, appelé catholicisme par les sources postérieurs au schisme de 1054) sous l'influence de Léandre de Séville, lors du troisième concile de TolèdeAdolphe-Charles Peltier, Dictionnaire universel et complet des conciles tant généraux que particuliers…, tome 2, éd. Jacques-Paul Migne, 1846 , .. Ce changement inaugura, pour les Juifs d'Hispanie dits « séfarades », une longue série de persécutionsBruno Dumézil, « Les conversions forcées ont-elles existé ? », in : L'Histoire n° 325, novembre 2007, pp. 69-73. qui culmineront bien plus tard par leur expulsionVictor Malka, Les Juifs Sépharades, PUF, coll. Que sais-je ?, Paris, 1986 ..

L'Hispanie wisigothique (507-711)

Les Wisigoths pénétrèrent en Hispanie dès 414, comme fédérés de l'Empire romain. Depuis l'Hispanie romaine, les Wisigoths avaient déjà régulièrement lancé des raids militaires pour combattre les Vandales, les Suèves (organisés en un petit royaume Gallaecia dans le nord-ouest du pays) et les Alains, eux aussi à la solde de Rome. La péninsule Ibérique devient alors lHispanie wisigothique après la bataille de Vouillé en 507. En 508, moins d'un an après la bataille de Vouillé, la pression franque pousse ensuite les Wisigoths, qui ne conservent au nord des Pyrénées que la Septimanie, à se replier en masse sur l'Hispanie où ils établissent leur capitale à Barcino (Barcelone) de 531 à 542, avant de se replier définitivement plus au sud, à Tolède. Une nouvelle période commence, qui va durer un peu plus de deux siècles et unir indissolublement les Wisigoths à la péninsule ibérique.