L'église Saint-Gervais-Saint-Protais de Paris, généralement connue sous le nom d'église Saint-Gervais, est située sur la place Saint-Gervais, dans le quartier Saint-Gervais, auxquels elle donne leurs noms, dans le , à l'est de l'Hôtel de Ville.
Depuis 1975, les offices sont célébrés par les Fraternités monastiques de Jérusalem, qui rassemblent des moines et moniales, qui vivent l'esprit de la solitude monastique au cœur des grandes villes.
Historique
Première église thumb|left|235px|Église Saint-Gervais-Saint-Protais sur le plan de Truschet et Hoyau (v. 1550). Elle est bâtie sur les fondations du premier lieu de ̩culte connu de la rive droite à Paris, une basilique fondée entre 387 et 576 à côté d’un cimetière gallo-romain sur le monceau Saint-Gervais, butte non inondable dans un territoire marécageux. Elle est également la plus ancienne paroisse en dehors de la première cathédrale de l'île de la Cité, datant probablement de la deuxième moitié du .
L'église est mentionnée dans le testament d'Ermintrude (estimé fin ) : baselicae Domni Gervasi, anolo aureo, nomen meu[m i]n se habentem scribtumTelma : Chartes originales antérieures à 1121 conservées en France, Testament d'ErmentrudeAmédée Gabourd, Histoire de Paris depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, Gaume frères et J. Duprey éditeurs, Paris, 1863, tome 1, (lire en ligne) (« basilique saint Gervais, avec un anneau d'or, et mon nom écrit dessus »).
Le duo des saints Gervais et Protais est très populaire à l'époque de la fondation de cette église, et on compte de nombreuses autres sous leur invocation au cours de cette période (aux alentours du ).
Église actuelle
La construction de l'église actuelle, commencée en 1494, s'est déroulée sur une période de environ. Des dates laissées par les artisans en rappellent la progression. La chapelle de la Vierge est achevée en 1517, le chœur en 1540 et le transept en 1578. Après une longue période d'interruption, probablement causée par les guerres de Religion, la nef est réalisée entre 1600 et 1620, juste avant la façade ouest.
Cette façade, due à l'architecte Salomon de Brosse, est construite de 1616 à 1621. Le jeune François Mansart en a reproduit les deux niveaux supérieurs (ionique et corinthien) sur la façade de l'église conventuelle des Feuillants (1623-1624).
L'église est classée au titre des monuments historiques en 1862, par le biais de la liste éponyme.
Le 29 mars 1918, un obus allemand tiré par un canon de type Pariser Kanonen, improprement appelé Grosse Bertha tomba sur l'église tuant et en blessant 68 autres. L'obus pulvérisa le toit de la nef pendant l'office du Vendredi saint« En images : Paris bombardée pendant la Première Guerre mondiale », paris.fr, 6 novembre 2019.. Ce fut le bombardement le plus meurtrier de la guerre. Quelques traces de cet événement subsistent sur le pilier à l'angle ouest de la nef et du transept sud.
L'église fut restaurée une première fois sous la maîtrise d'œuvre de l'architecte Baltard entre 1827 et 1844, puis une nouvelle fois entre 1863 et 1869, avec notamment la réfection des chapelles (décor) et des vitraux. Des travaux furent encore entrepris en 1957 et plus récemment vers 2000, en 2013 et en 2022 (clocher et transept Nord).
En 1975, la paroisse est confiée à Pierre-Marie Delfieux par le cardinal Marty, afin qu'il y établisse les Fraternités de Jérusalem. En 2015, sept frères et quinze sœurs sont installés dans le monastère attenant à l'églisePhilippe Baverel, « Ces religieux des villes font vivre l’église Saint-Gervais depuis », leparisien.fr, 8 novembre 2015..
Les offices monastiques en direct de l’église avec les Fraternités monastiques de Jérusalem sont diffusés sur la chaîne chrétienne KTO.
Liste des curés Liste des curés de Saint-Gervais du Concordat à nos jours : 1802-1812 : Antoine Chevalier 1812-1814 : Pierre de La Rue 1815-1823 : Jean-Baptiste Frasey 1823-1824 : Martin Casset 1824-1827 : Étienne Hunot 1827-1831 : Pierre Haumet 1831-1847 : Gabriel Rouvières 1847-1853 : Jean-Baptiste Leve 1853-1865 : Guillaume Chenailles 1865-1873 : Claude Borel 1873-1902 : Joseph de Bussy (frère de Louis de Bussy) thumb|Plan de l'église (Est en haut). 1902-1907 : Auguste Mailles 1907-1929 : Marcel Gauthier 1929-1948 : Louis Brochard 1948- : René Laine
Description
Architecture Plan
L'église relève d'un plan allongé avec transept non saillant. Elle possède une tour-clocher avec abat-sons jouxtant le chœur. Ce dernier, entouré d'un déambulatoire bordé de chapelles, est composé de quatre travées tout comme la nef. Si l'architecture de l'église Saint-Gervais est d'aspect globalement gothique, la façade est en revanche inspirée par le classicisme français.
Extérieur
L'église reste encore relativement insérée dans le milieu urbain ; la façade Est n'est visible que du sud-est et celles du Nord et du Sud sont masquées par des constructions. La façade sud est toutefois accessible par une voie qui la longe : le passage du Gantelet.
Sur une des deux d'angle du transept sud, se trouvent deux cadrans solaires verticaux. Un troisième cadran est installé sur la tour clocher.
Seule, la face ouest est bien dégagée depuis l'agrandissement de la place adjacente au . Réalisée entre 1616 et 1620 par l'architecte Clément II Métezeau et le maître maçon Claude Monnart, ce dernier s'en inspire pour concevoir la façade occidentale de la cathédrale Saint-Étienne de Châlons.. Cette façade, qui donne sur la place Saint-Gervais et son orme, se compose d’un corps central à trois niveaux et de deux ailes à deux niveaux seulement : le rez-de-chaussée est orné de colonnes doubles et canneléesLes colonnes centrales sont surmontées d'un fronton.. Le premier étage qui reprend le même agencement est orné de niches abritant la statue de saint Gervais sculptée par Antoine-Auguste Préault et de saint Protais par Antonin Moine. Le dernier étage est formé d’un grand Fronton (architecture)fronton curviligne en partie évidé, contrebuté par des ailerons. Les deux ailes sont couronnées de la statue de saint Matthieu et saint Jean l'Évangéliste.. Pour rattacher la façade à la nef gothique, large et élancée, l'architecte a ajouté une travée et érigé une chapelle en quart de cercle ogival aux extrémités. Cette façade présente la particularité de disposer des colonnes des 3 ordres : dorique au rez-de-chaussée, ionique au premier étage, corinthien au second étage. Annonçant un style nouveau en France, le classicisme, il s'agit de la première façade d'une église monumentale à reprendre le vocabulaire classique des ordres selon la mode à l'antique qui prévalait aux Site du patrimoine religieux.
Le clocher de l'église est un des points hauts du centre du Paris ; de nombreuses vues de la ville ont été prises de son sommet, notamment la célèbre carte postale Vue des sept pontsVoir par exemple cette photo..
Intérieur
Globalement, l'intérieur de l'église relève du gothique tardif. On trouve deux niveaux d'élévation avec de grandes arcades en arcs brisés et des fenêtres hautes à remplages. L'église Saint-Gervais-Saint-Protais de Paris possède une voûte à liernes et tiercerons à la croisée du transept et quadripartite dans la nef.
Chœur
Nef
Chapelles
Depuis la chapelle Sainte-Anne, on peut accéder à une curiosité : la Chapelle dorée. Concédée à Antoine Goussault et sa femme Geneviève Fayet en 1628 et construite avant 1634, cette chapelle minuscule, qui ne se visite qu'exceptionnellement, possède une décoration remarquable de style Louis XIII la recouvrant entièrementChapelle Dorée sur le site Paris.catholique. Cette décoration se compose de petits panneaux figurant des scènes de la Passion et de la Résurrection dans une boiserie richement ornée de différents motifs. Au-dessus de l'autel se trouve une œuvre de Claude Vignon, Le Christ au mont des oliviers.
Les œuvres d'art Une cinquantaine d'objets sont classés monuments historiques. Vitraux L'église possède une grande variété de vitraux réalisés depuis la Renaissance : parmi les vitraux datant du , ceux réalisés par Jean Chastellain : La Sagesse de Salomon (baie ) réalisée en 1531 et dans la chapelle de la Vierge datant de 1517, restaurée par Baltard, on trouve des vitraux réalisés par Jean Chastellain décrivant la vie de la Vierge : Mariage de la Vierge et La Vierge au Temple (baies ), les vitraux consacrés à Anne et Joachim (baie ) puis La Visitation et Le doute de saint Joseph (baie ). On lui attribue aussi les deux anges du tympan de la baie .
Vitrail : la Sagesse de Salomon
les vitraux réalisés probablement sur des dessins de Jean Cousin (1490-1561) en 1540 près du maître-autel : La Guérison du paralytique (baie ), La Résurrection de Lazare (baie ) et Le Martyre de saint Laurent (baie ). des vitraux du début du se trouvent dans les baies du côté nord des chapelles du chœur : verrière de Marie-Madeleine (baie ) réalisée entre 1494 et 1503 par celui désigné sous le nom de convention de Maître de la Vie de saint Jean-Baptiste, le vitrail de la Vie de saint Jacques (baie ) dont il subsiste des fragments, puis la progression de la construction des chapelles se faisant de l'ouest vers la chapelle d'axe, sont réalisés avant 1517 les vitraux de la chapelle des Trois-Maries (chapelle Sainte-Geneviève-et-Sainte-Barbe) qui illustrent la Vie de sainte Isabelle de France (baie ) et La Passion (baie ). De ces vitraux il ne subsiste que les tympans, car la confrérie de Sainte-Geneviève obtient en 1734 l'autorisation d'« éclaircir » sa chapelleFrançoise Gatouillat, Claudine Lautier, La première Renaissance (1500-1520), dans Vitraux parisiens de la Renaissance, 53-55, Délégation à l'Action Artistique de la Ville de Paris, Paris, 1993
Vitrail restauré du « Baptême du Christ » ()
la reprise des travaux de construction de l'église à la fin du va permettre la mise de verrières hautes dans la nef au début du - vitrail Le lavement des pieds (baie ) vers 1600-1605, Apparition de saint Jacques à la bataille de Clavijo (baie ) vers 1610-1620.
Autre vitrail du (détail)
on trouve également des vitraux du début du , ou du moins leurs tympans, dans la baie (chapelle Sainte-Catherine).
Autre vitrail du (Saint Nicolas et Sainte Catherine)
des vitraux du , dont la verrière de sainte Philomène (posée en 1894), exécutée par Henri Carot sur un carton de Henry Lerolle. des vitraux abstraits réalisés dans la seconde moitié du par le maître-verrier Sylvie Gaudin sur les thèmes de La Nativité, Le Baptême, La Crucifixion, La Pentecôte et La Résurrection. des vitraux modernes réalisés par le maître verrier Claude Courageux pour les baies hautes du vaisseau central sur Adam et Ève, L'Arche de Noé, les grands patriarches et leurs épousesAline Dumoulin, Alexandra Ardisson, Jérôme Maingard, Murielle Antonello, Reconnaître Paris, d'église en église, 71-76, Massin, Paris, 2008 .
Autres vitraux
Tableaux L'église abrite une copie ancienne de L'Inhumation de sainte Pétronille de Giovan Francesco Barbieri Guercino (original à Rome, musées du Capitole), parfois donnée au maître lui-même, ainsi qu'une grande toile de Sebastiano Ricci, Saint Grégoire le grand et Saint Vital intercédant pour les âmes du Purgatoire.
Statuaire La chapelle de Brégy située au sud de la chapelle de la Vierge abrite le cénotaphe du chancelier de France Michel Le TellierHurtaut & Magny, Dictionnaire historique de la ville de Paris, tome III, 1779, page 154 sculpté par Pierre Mazeline (1686)Jacques Hillairet - Dictionnaire historique des rues de Paris - T.2, en collaboration avec Simon HurtrelleJacques-Benjamin Saint-Victor - Tableau Historique Et Pittoresque de Paris: Depuis Les Gaulois..., Volume 3, voir ici.
Les statues de René Potier (1579-1670), premier , de son épouse Marguerite de Piney-Luxembourg, et de leur fils Louis, provenant du couvent détruit des Célestins, ont été transférées dans la même chapelle.