Le complexe militaro-industriel allemand fonctionna à plein régime pendant les deux guerres mondiales. De forme évolutive, il passe des Konzern associés aux marchands de canons et d'obus de la Ruhr en 1914, forme prise par le capitalisme lié à de riches familles associées à l'aristocratie prussienne et militaire, à un secteur de l'armement intégré par les nazis comprenant des concepteurs de techniques de pointe qui, en 1945, intéresseront les vainqueurs du deuxième conflit mondial.

Observant la forme prise par l'industrie de guerre dans les régimes fascistes, le livre de Daniel Guérin sorti en 1936, Fascisme et grand capital. Italie-Allemagne, examine l'interventionnisme du gouvernement dans l'industrie lourde. Cette implication peut être caractérisée comme Le complexe militaro-industriel mis en place par les nazis se conformera à cette définition.

vignette|upright=1.4|Chevalement et enseigne de l'entreprise métallurgique Zeche Zollverein à Essen, située au cœur du complexe minier de la Ruhr. Ces lieux font partie du patrimoine mondial de l'UNESCO.

Première Guerre mondiale

vignette|Usine Krupp fabriquant des pièces d'artillerie durant la Première Guerre mondiale.

Le complexe est situé géographiquement dans les houillères de la Ruhr pour l'essentiel ; il est associé à la production métallurgique de masse assurée par le financement de grandes familles capitalistes au sortir de la concentration monopolistique obtenue par la révolution industrielle : ce capitalisme rhénan structure les Konzern, intégrations verticales et horizontales liées à tout le secteur du charbon et de l'acier donnant un avantage en termes de puissance de feu à la Deutsches Heer.

La production d'armements s'effectuait entre autres dans les arsenaux impériaux allemands comme l’Arsenal Germania de Kiel (exemple d'armement : Maschinengewehr 08). La production de canons était principalement réalisée par Krupp Ag, Thyssen et Preussag, lesquelles étaient liées à la métallurgie dans le bassin de la Ruhr (exemple de canon : Grosse Bertha).

Seconde Guerre mondiale

Alors que le Traité de Versailles avait interdit à l'Allemagne d'avoir des armements modernes, la République de Weimar parvint peu à peu à contourner celui-ci et permit à ses industries de maintenir une capacité de recherche et développement.

Accédant au pouvoir en Allemagne en 1933, en plein contexte de crise mondiale lié aux conséquences du « jeudi noir », Hitler décide d'en finir avec la Reichswehr, qualifiée de « honteuse armée de Versailles », et des gausseries sur les Tankattrappen (chars d'assaut simulés par des voitures bâchées) des mises en pratique de Guderian. Remilitarisée par l'industrie, l'armée allemande serait crainte à nouveau par ses voisins, restaurant le mythe de son invincibilité qui avait été retournée dans l'opinion par le « coup de poignard dans le dos » au sortir de la Première Guerre mondiale.

Les entreprises doivent légalement se constituer en cartels dès le .

Le Führer lance le pays dans une politique de grands travaux pour le moderniser. Ce seront bientôt les Panzer qui circuleront de part et d'autre des frontières sur les nouvelles autoroutes (voir Autobahnen) ; parmi ces grands travaux se trouve une militarisation menée tambour battant qui mobilise l'acier obtenu des mines de fer de Suède et de Norvège avant la guerre.

Le nouveau régime s'appuie dans sa politique de réarmement sur la puissance de l'industrie mécanographique fournie par la Dehomag, dont une nouvelle usine s'ouvre en 1934. Cette technique de traitement de l'information, antérieure aux ordinateurs, contribua à organiser et optimiser les lignes de production.

La structure féodale du régime nazi multiplie les programmes empêchant une concentration des ressources et les interventions directes des divers responsables souvent à contresens ont largement gêné la production militaire.

vignette|Fabrique de Panzer VI Tigre, en 1943.

L'intégration du complexe industriel bâti par les nazis passe par le traitement des grandes familles industrielles chrétiennes qui réalisèrent la première industrialisation dans la Ruhr : certains capitaines d'industrie seront naturellement favorables (héritier Krupp, Emil Kirdorf), d'autres seront manipulésLe film Les Damnés de Luchino Visconti, sorti en 1969, montre la manière dont les nazis obtiennent la mainmise sur une puissante famille bourgeoise, dont le patriarche farouchement antinazi laisse la place à un héritier ambigu qui se laisse séduire par la propagande du régime ; ce que révèle la dernière image de l'héritier faisant le salut de la main.. La refondation de l'industrie de l'armement donna un potentiel guerrier extrêmement dangereux pour l'Europe à la veille du conflitJusqu'à la drôle de guerre où le ministre de la Défense français lut avec incrédulité un rapport présentant la disparité drastique des unités d'aviation comparées à la Luftwaffe (Source) dont les matières premières parviennent jusqu'en en très grande partie des relations économiques entre l'Union soviétique et l'Allemagne nazie.

Le , Fritz Todt est nommé ministre de l'Armement du Reich et organise la rationalisation du secteur en temps de guerre dans une perspective d'intégration des industries des pays occupés, mais l'inefficacité et les conflits d'intérêts persistèrent. Celle-ci tournera à plein régime à partir de 1942, mais la capacité de production de ses adversaires s'est montrée largement supérieure.

Le complexe militaro-industriel soviétique combiné à celui des États-Unis et du Commonwealth ont contribué à écraser l'Allemagne et ses alliés par une production industrielle conjointe de matériel logistique et de guerre supérieure en quantité : c'est ce que Roosevelt a désigné sous le terme d'« arsenal des démocraties ». +Comparatif de la production Allemagne nazie/Union soviétique sur la période 1941-1945 en milliers d'unitésSeconde Guerre mondiale magazine .Allemagne nazieUnion soviétiqueFusilsPistolets-mitrailleursMitrailleusesMortiers73351,8Blindés43,4102,8Avions80,6112,1 Ce tableau en image donne un comparatif Allemagne nazie/États-Unis/Union soviétique sur quatre « années pleines » de guerre :

vignette|450px|centré|Effort de guerre industriel de l'Allemagne, des États-Unis et de l'URSS.

Acteurs vignette|Baraquements des prisonniers travaillant dans l'Arbeitslager de Dora-Mittelbau, en Thuringe. À la fin du conflit, ils assemblaient des missiles V2 dans les anciennes mines de gypse souterraines, au prix de pertes humaines effroyables. Les prisonniers de guerre étaient eux confinés dans des Stalags. La lecture du roman de Cavanna, Les Russkoffs, plonge le lecteur dans les conditions de vie de tels camps dans la région de Berlin jusqu'à l'effondrement du régime nazi. upright=1.4|vignette|Photo aérienne du complexe industriel I.G. Farben de Monowice, en Pologne, prise le 14 janvier 1945 par l'US Air Force ; vraisemblablement pour identifier les dommages causés par les bombardements tapis effectués l'année précédente.

Au sein de l'appareil nazi Trois responsables nazis se détachent dans ce domaine durant le conflit : le Gauleiter de Thuringe, Fritz Sauckel, proche de Bormann, et l'architecte Albert SpeerR.J. Evans, Le Troisième Reich : 1939-1945, ., chargé de trouver la main-d'œuvre en Europe sous domination nazie et d'en dynamiser les contributions. À compter de 1938, Fritz Todt fonde l'organisation Todt qui systématisa le recours au travail forcé une fois le conflit déclaré.

Ouvriers et déportés

À partir de l'automne 1941, lorsqu'il semble clair à l'état-major allemand que la guerre est appelée à durer, le nombre de travailleurs étrangers augmente sensiblement. Les pertes entraînent la mobilisation d'un nombre sans cesse croissant d'ouvriers allemands, dans tous les secteurs d'activité, y compris les industries de guerre, en principe protégéesR.J. Evans, Le Troisième Reich : 1939-1945, .. À partir de ce moment, l'emploi de travailleurs originaires des territoires occupés devient une nécessité économique. Selon leur origine, le traitement des ouvriers par les autorités allemandes diffère : à l'Est, la réquisition pure et simple de main-d’œuvre semble la règle ; dans les pays occupés de l'Ouest, dans un premier temps du moins, des mesures incitatives sont mises en place pour attirer cette main-d’œuvre dans les usines allemandes. Soumis à un afflux massif de travailleurs étrangers, les autorités allemandes encouragent la construction de logements, camps et hôtels, dans tout le ReichR.J. Evans, Le Troisième Reich : 1939-1945, ..

Le régime de collaboration adopté par l'État français instaure en une forme rencontrée nulle part ailleurs dans les pays occupés : le Service du travail obligatoire, présenté à la population comme sauf-conduit pour le retour des infortunés prisonniers de guerre de l'Armée française, détenus dans le Reich depuis la campagne de 1940.

En effet, les travailleurs de l'Est sont réquisitionnés de manière brutale par les SS dans les villages et les villes, parfois au hasard dans les rues. Ces transferts massifs de population vers le Reich ont pour conséquence de permettre à l'industrie de guerre allemande de disposer d'environ de l'Est à l'automne 1944R.J. Evans, Le Troisième Reich : 1939-1945, .. De plus en , Hitler ordonne la réquisition des prisonniers de guerre soviétiques et leur utilisation comme travailleurs forcés dans le Reich : on estime à le nombre de prisonniers soviétiques travaillant en Allemagne en , et en 1944R.J. Evans, Le Troisième Reich : 1939-1945, et 419.. Cette réquisition entraîne la présence massive de cette main-d’œuvre originaire de Pologne et d'Union soviétique dans les usines et dans les villes, que la législation tente au maximum d'isoler des citoyens du ReichR.J. Evans, Le Troisième Reich : 1939-1945, .. Guère , ces travailleurs sont très mal nourris, et donc victimes de nombreuses maladies ; à partir de 1942, Rosenberg, allié ainsi aux industriels fait pression sur Hitler pour améliorer le sort de cette population et leur efficacité au travailR.J. Evans, Le Troisième Reich : 1939-1945, ..

En 1944, l'Allemagne employait dans l'agriculture et l'industrie 5,3 millions de civils étrangers et 1,8 million de prisonniers de guerre soit 24 % de l'ensemble de la population active. Au total, entre 1939 et 1945, de personnes seront utilisées comme main-d'œuvre forcée.

À partir de l'été 1944, l'ensemble des travailleurs étrangers présents dans le Reich voient leur sort se détériorer : dans ce contexte, la fuite ou le passage à la clandestinité demeurent les deux principaux choix de ces travailleurs ; d'autres tirent au flancR.J. Evans, Le Troisième Reich : 1939-1945, et 818. Ainsi, les déplacements des travailleurs étrangers sont toujours plus contrôlés par la police. De plus, des hiérarchies se mettent rapidement en place, basées sur la nourriture (colis), et un marché noir de grande ampleur s'organise, essentiellement au profit des travailleurs occidentaux, à destination des travailleurs de l'Est et des Italiens ; en 1944, un certain nombre de travailleurs de l'Est s'organisent en bandes : ces bandes sont composées non seulement de travailleurs de l'Est, mais de déserteurs et d'évadés de prison et de camps de concentration, qui n'hésitent pas à attaquer des postes de police ; dans un contexte marqué par le chaos grandissant en Allemagne à la fin de 1944, la Gestapo arrête et exécute des centaines de travailleurs étrangers : ces exécutions se poursuivent jusque dans les derniers jours du conflit, comme à Dortmund en R.J. Evans, Le Troisième Reich : 1939-1945, ..

Composantes les sous-marins : 26 types d'U-boote furent élaborés par l'Arsenal Germania à destination de la marine allemande pour livrer la guerre sous-marine, menée par Karl Dönitz, lors de la bataille de l'Atlantique. la chimie : IG Farben (production de Zyklon-B, essence Leunabenzin et caoutchouc Buna). le char d'assaut : Porsche, Hanomag, Rheinmetall, Krupp, Henschel, MAN et Daimler Benz…