La Cimade (à l'origine acronyme de Comité inter-mouvements auprès des évacués) est une association loi de 1901 de solidarité active et de soutien politique aux migrants, aux réfugiés et aux déplacés, aux demandeurs d'asile et aux étrangers en situation irrégulière.

Elle est fondée le peu après le début de la Seconde Guerre mondiale par des mouvements de jeunesse chrétiens de confession protestante, dont certains liés au scoutisme (Éclaireuses et éclaireurs unionistes de France). La Cimade, membre de la Fédération protestante de France, est devenue une association œcuménique dont une partie des bénévoles se définissent comme laïcs.

La Cimade intervient dans les domaines suivants : assistance juridique aux étrangers retenus en centre de rétention administrative, gestion d'établissements sanitaires et sociaux, formation et adaptation linguistique. Ces activités sont assurées par des financements et conventionnements publics ; accueil des étrangers dans des permanences juridiques, actions de solidarité internationale, interventions en prison et en locaux de rétention, sensibilisation du grand public et des politiques aux thèmes portés par l'association. Ces activités sont principalement financées sur les fonds propres de l'association.

Selon ses statuts, la « Cimade a pour but de manifester une solidarité active avec ceux qui souffrent, qui sont opprimés et exploités et d’assurer leur défense, quelles que soient leur nationalité, leur origine, ou leur position politique ou religieuse. En particulier, elle a pour objet de veiller scrupuleusement au respect des droits et de la dignité des personnes, quelle que soit leur situation. La Cimade rassemble des personnes d’horizons nationaux, confessionnels, philosophiques et politiques divers, engagées dans ce service ».

Le siège de l'association est situé à Paris.

Histoire Au début : les évacués d'Alsace-Lorraine En , à la suite de l’entrée en guerre contre l’Allemagne, les habitants des zones frontalières d'Alsace et de Moselle sont évacués vers le Sud-Ouest de la France (Haute-Vienne, Dordogne, Landes, Lot-et-Garonne, Gers). Commencent alors cinq ans d'exil dans des conditions difficiles pour plus de deux cent mille personnes. Les Alsaciens et Mosellans, souvent germanophones, sont parfois perçus comme des étrangers et fréquemment confrontés à des réactions de rejet de la part des populations d'accueil. Alors que l'Alsace et la Lorraine sont de grands berceaux du protestantisme, les départements d'accueil sont majoritairement catholiques.

Suzanne de Dietrich, protestante d'origine alsacienne, vice-présidente depuis 1929 de la Fédération universelle des associations chrétiennes d'étudiants, entreprend un voyage dans ces régions du Sud-Ouest. À la suite de cette mission, fin septembre et début , les mouvements de jeunesse de la Fédération protestante de France se regroupent au sein d'un Comité inter-mouvements (CIM). Ils envoient des équipes dans le Sud-Ouest (Périgueux, Haute-Vienne…). Georgette Siegrist coordonne les premières actions des équipières sur le terrain et devient la première secrétaire générale et Jane Pannier la présidente. La structure s’institutionnalise avec la création « du » Cimade en , sous la présidence de Jane Pannier, .. Le , Madeleine Barot succède à Georgette Siegrist affaiblie, au poste de secrétaire générale de la Cimade et Violette Mouchon en devient présidente.

Les camps d'internement pour étrangers À partir d', la Cimade intervient dans le camp d'internement de Gurs, où sont enfermés de nombreux étrangers, républicains espagnols, Tziganes, communistes, réfugiés politiques, intellectuels allemands ayant fui le nazisme, notamment. La Cimade assiste également les Juifs fuyant les persécutions, en particulier en organisant leur accueil au Chambon-sur-Lignon dès 1940 avec l'aide des paroisses protestantes et en coordination avec le « Comité de Nîmes ». À partir de 1943 et l'occupation de la zone Sud, l'association étend son action en fabriquant de faux papiers d'identité, et en envoyant en Suisse des Juifs menacés de déportation. La Cimade a ainsi contribué à sauver des Juifs de la Shoah en organisant physiquement (déplacements clandestins en bus) ou en assistant administrativement (notamment grâce à l'obtention de faux papiers) leur fuite vers la Suisse, notamment vers les communes du lac Léman et la ville de Genève. Les convoyeurs de la Cimade travaillent notamment avec la filière de Douvaine pilotée par l'abbé Rosay..

La Cimade est également impliquée dans le sauvetage de 108 enfants juifs du camp de transit de Vénissieux, en , notamment en la personne de Madeleine Barot..

Après la Seconde Guerre mondiale En Allemagne, des équipes Cimade interviennent dès 1946 à Mayence et Berlin, notamment dans des camps de réfugiés venus d'Europe de l'Est. En 1955, deux infirmières, équipières de la Cimade, s'installent à Dakar. En 1951, Madeleine Barot effectue une mission dans les camps palestiniens au Liban, en Syrie et en Jordanie. À partir de 1967, la Cimade s'engage dans le soutien à ses partenaires palestiniens et israéliens dans la recherche d'une paix juste.

En 1956, la Cimade ouvre son premier « poste » en France, rue d'Aix à Marseille, puis dans les camps du Grand Arenas, Colgate et la Grande Bastide. En 1959, un poste est ouvert à Paris, et à Lyon en 1962. Y sont proposés en particulier des cours d'alphabétisation, de français, de soutien scolaire, ou encore de couture.

Dès 1957, des membres de la Cimade interviennent dans les « centres d'assignation » où sont enfermés des Algériens. En 1958, un premier poste Cimade est installé à Alger, au clos Salembier.

Dans les années 1960 Au début des années 1960, les services de l'association sont répartis entre des activités centrales et plusieurs secteurs. Les services centraux comprennent la direction, les services généraux, l'éducation œcuménique et les cours interconfessionnels. Les secteurs sont : le secteur des réfugiés, réparti en sept missions (immigration, émigration, réfugiés Viêt Nam, vestiaire, centres d'hébergement, distribution de vivres, cours, ciné-club) ; le secteur nord-africain, qui organise des interventions en France (camps d’assignation à résidence, postes de Marseille, Paris -, puis Lyon au lendemain de l’indépendance) et en Algérie (Alger, Médéa, Sidi Nahmane, Belkitane et centres de regroupement) ; Coudekerque (Nord) : action sociale et éducative dans la continuation du travail entrepris après la guerre ; Dakar : une équipe permanente a ouvert un dispensaire ; la Maison internationale des étudiants de Sèvres accueille une soixantaine d'étudiants d'origine et de niveaux divers ; le service des prisons et libérés a été associé aux réformes pénitentiaires ; le service des sinistrés d'urgence.

La Cimade dispose alors d’un centre d’accueil à Sucy-en-Brie depuis 1948 et de maisons de retraite pour réfugiés russes à Cannes, Saint-Raphaël et au Perreux-sur-Marne. En 1970, ouvre le poste de Strasbourg. Roby Bois, secrétaire général de La Cimade de 1973 à 1984 et qui vécut en Algérie pendant la guerre d’indépendance, fut particulièrement impliqué pendant cette période.

Après la proclamation de l’indépendance de l'Algérie, certains équipiers de la Cimade continuent à travailler dans le pays, dans le cadre du « Comité chrétien de service en Algérie » créé par le Conseil œcuménique des Églises. En 1966, une équipe de la Cimade s'installe dans le camp de Sainte-Livrade-sur-Lot où sont installés des harkis et des rapatriés d'Indochine. La Cimade est aussi présente dans d'autres camps, comme dans celui de Saint-Maurice-l'Ardoise dans le Gard.

Dans les années 1970 Au début des années 1970, l'association est réorganisée, autour d'une direction composée d'un conseil, d'un comité directeur et d'un secrétaire général, de services nationaux et des équipes.

Les services nationaux se répartissent entre services techniques (émigration, immigration, régularisation, étudiants, alphabétisation, artisanat, assistance et urgences, et prisons), services administratifs (comptabilité, secrétariat, reprographie, standard et Grenelle), et des services spécialisés (Information, documentation, fichier, personnel et bénévoles, développement).

Les équipes sont réparties en secteurs : Tiers-Monde (Dakar, CCSA Algérie et Proche-Orient), réfugiés (accueil Paris et Massy), migrants (Saint-Denis, Nanterre, Sucy, Paris, Lyon, Strasbourg, Corse, Marseille Dames et Marseille Arenc) et entraide (Harkis, Sainte-Livrade et Cannes).

Dès l'arrivée des premiers réfugiés politiques brésiliens en 1964, la Cimade suit la situation en Amérique latine. À partir de 1973, elle s'engage dans l'accueil de réfugiés chiliens, dont certains sont accueillis au centre de Massy dirigé par André Jacques, à côté des Mozambicains, Grecs, Angolais… À partir de 1975, la Cimade est impliquée dans l'accueil des réfugiés d'Indochine. Elle s'occupe en particulier de formation linguistique, avec un financement de l'État (FAS).

Dans les années 1980 En 1984, la Cimade connaît une nouvelle réorganisation. Sous l'autorité du secrétaire général se trouvent un service d'administration, un groupe « droits de l'homme » et des postes régionaux respectivement situés à Paris, Lyon, Marseille, Montpellier, Strasbourg et Montbéliard. Par ailleurs, une équipe de direction réunit, outre le SG, les responsables des départements communication, développement et étrangers (organisé en « défense des droits - accueil », « actions économiques et culturelles » et « foyer de Massy »).

Dans les années 1990 En 1991, à côté des instances élues (assemblée, conseil et bureau) la Cimade s'organise en pôle national, équipes nationales et équipes régionales. Le pôle national comprend le secrétariat général, le service administratif et financier et la communication. L'équipe nationale gère un bureau « défense des droits des étrangers », la « défense des étrangers en rétention » (DER), l'adaptation linguistique, un « programme femmes » et le service des solidarités internationales.

Des « équipes régionales » sont implantées en Île-de-France (Paris-Batignolles, Paris-Trévise, Massy), Méditerranée (Marseille, Montpellier, Nice, Perpignan), Centre Alpes Rhône (Lyon, Clermont-Ferrand), Est (Strasbourg, Montbéliard, Besançon), Sud-Ouest (Toulouse, Bordeaux), Ouest (Nantes) et Nord (Lille).

Localement, des groupes locaux organisent les activités.

Dans les années 2000 En 2006, la Cimade lance une campagne intitulée qui dénonce les injustices et les humiliations subies par les migrants autour de huit thèmes. Cette campagne aboutit en 2007 à l'élaboration de pour une politique d'immigration juste et réfléchie . Laurent Giovannoni, secrétaire général, présente le projet de la Cimade aux candidats à l'élection présidentielle comme une alternative au règlement actuel de l'immigration.

En 2011, la Cimade publie « » sous le titre général d’Inventer une politique d'hospitalité. Elle y propose de tendre vers un droit universel à la liberté de circulation et d’installation tout en prenant en compte la nécessité de procéder par étapes.

Dans les années 2020 vignette|Manifestation contre le racisme (« Marche des solidarités ») du 22 mars 2025 à Paris. À partir du , et jusqu'à fin , les locaux de la Cimade à Mayotte sont bloqués par un collectif xénophobe, le Collectif de défense des intérêts de Mayotte. Ce collectif, qui est à l'origine de plusieurs intimidations envers l'association depuis 2018, reçoit la visite et le soutien de Marine Le Pen au cours du blocage en .