Le camp de concentration de Dora, en Allemagne, également appelé Nordhausen-Dora, est un camp de concentration nazi créé en comme dépendance du camp de Buchenwald et destiné à la fabrication de missiles V2. Il devient un camp de concentration autonome en sous le nom de Dora-Mittelbau.

Environ de vingt-et-un pays y sont passés et on estime que plus de y sont morts.

Plusieurs des scientifiques ayant travaillé dans ce camp ont par la suite travaillé au service des Américains, des Soviétiques et des Français dans le cadre des recherches en balistique et pour l'exploration spatiale.

Histoire Origines vignette|redresse=1.4|Chaîne de montage souterraine des V1. vignette|redresse=1.4|Chaîne de montage de V2 dans le complexe Mittelwerk de Dora. vignette|redresse=1.4|L'argent du camp.

Depuis que l'Allemagne est menacée, en particulier après la bataille de Stalingrad (début 1943), le ministère de l'armement et la SS collaborent étroitement afin de mobiliser toute la main-d'œuvre disponible pour la guerre totale. Les détenus des camps de concentration et les travailleurs forcés doivent eux aussi être employés dans l'industrie de l'armement.

Les 17 et , le centre de recherche sur les fusées (« armes de représailles » (armes V) prônées par Joseph Goebbels) de Peenemünde sur la mer Baltique est bombardé ; aussi, la décision est prise de placer l'usine d'assemblage des fusées dans un lieu protégé souterrain. Dès la fin du mois, un site est choisi près de Nordhausen, sur la colline du Kohnstein, non loin du camp de Buchenwald sous la dépendance duquel le camp de Dora est placé. Un vaste réseau de tunnels existe déjà dans la colline, qui est un gisement d'anhydrite.

Camp Travaux d'aménagement (août 1943 – janvier 1944) La SS est responsable des travaux d'aménagement. L'« État-major Kammler », dirigé par Hans Kammler, est compétent pour l'ensemble du « Sperrgebiet Mittelbau » (« zone interdite Mittellbau »), qui s'étend au nord jusqu'à Göttingen, au sud jusqu'à Bad Langensalza et à l'est presque jusqu'à Eisleben.

Des détenus de Buchenwald sont affectés à Dora pour aménager les lieux afin d'y installer une usine dénommée Mittelwerk (« usine du centre »). Elle appartient à la SARL Mittelwerk, propriété du ministère de l'armement du Reich.

Mittelwerk est installé dans deux tunnels parallèles sinusoïdaux reliés entre eux par quarante-six tunnels transverses.... Chaque tunnel est suffisamment large pour recevoir une double voie ferrée.

Ces hommes sont enfermés jour et nuit dans les tunnels où les conditions de vie et de travail sont atroces. Au total meurent, dont trop faibles pour travailler dans les tunnels lors de marches en direction des camps de Maïdanek et Bergen-Belsen..

Démarrage de la production de l'usine (janvier – octobre 1944) La production commence en afin de fournir « le polygone d’essai » du camp polonais de Blyzna.

C'est seulement au printemps 1944 qu'un camp de baraques est construit à la surface dans le but de fournir de la main-d'œuvre pour la fabrication des fusées organisée en deux équipes (une de jour et une de nuit) travaillant chacune douze heures.

Entre et , un total de sont fabriqués à Mittelwerk, sont lancés dont la moitié environ atteignent leur cible : tombent sur l’Angleterre, tuant et blessant , détruisant , en endommageant plus de . La Belgique connaît le même sort. Tous pays confondus, Anvers sera la ville la plus visée par les lancements de V2.. En , Londres reçoit vingt-cinq V2 par jour et Anvers dix. Le tir le plus meurtrier tombe sur Anvers le : sont tuées dans un cinémaL'histoire des V2 A4, l'encyclopédie de l'espace, d'après un article de Gérard Hartmann.

Camp autonome (octobre 1944 – avril 1945) En , le camp de Dora obtient, sous le nom de Dora-Mittelbau, son autonomie. Il se développe en tant que centre d'un vaste complexe avec plus de quarante camps extérieurs et kommandos de travail (Ellrich, Harzungen...), dans presque tous les lieux de la région, réseau de camps et d'installations souterraines renforcé en permanence jusque dans les dernières semaines de la guerre.

Seulement un dixième des prisonniers de Dora sont employés dans l'usine souterraine, où, sous la direction de l'équipe des spécialistes des fusées (Wernher von Braun, Arthur Rudolph), ils travaillent avec des ingénieurs et des travailleurs civils allemands.

Les prisonniers sont traités de manière inhumaine. Il y a toutefois de grandes différences de traitement entre les spécialistes, souvent des Français, qui sont affectés à des postes nécessitant une bonne maitrise technique, et les personnes affectées aux transport des pièces, généralement des Russes, Polonais ou Ukrainiens qui, mal nourris et obligés d'exercer des travaux de force, succombent rapidement à ce régime.

Les brutalités sur les prisonniers, les exécutions des saboteurs réels ou présumés par des pendaisons publiques et l'assassinat des détenus mal vus en particulier politiquement sont chose courante dans la phase finale.

Bombardement et libération vignette|redresse=1.4|Vue du camp de Dora-Nordhausen après le bombardement allié avec les bâtiments endommagés et les tués lors de sa libération par les Alliés le .

Le , à partir de , l'aviation anglo-américaine, qui croyait qu'il s'agissait d'un camp militaire, l'a massivement bombardé. Sur les , 400 ont survécu aux bombes et à l'incendie. Le lendemain matin à , l'aviation est revenue bombarder la ville voisine de Nordhausen qui a été entièrement rasée.

Le , des unités du de la américaine libèrent le camp. Ils trouvent quelques centaines de prisonniers vivants, et et mourants.

Dans son livre, intitulé , Charles Lindbergh raconte sa visite, le , du camp de Dora et des installations souterraines destinées à la production des V1 et V2. Des centaines de V2 sont sur les chaînes d'assemblage. L'aviateur, alors qu'il avait probablement eu quelques sympathies pour l'idéologie nazie avant guerre, est choqué des traitements infligés aux prisonniers. Il lui semble impossible que des hommes civilisés puissent s'abaisser ainsi.

Bilan humain Sur un peu plus de du camp de concentration Mittelbau-Dora et des établissements environnants, on estime que ont péri abattus ou battus à mort ou morts de maladie ou de famine : dont dans les camps ou durant les transports (la plupart d'entre eux dans les kommandos de construction : d'épuisement au travail, dont 200 pour sabotage.) et durant l'évacuation organisée par les nazis pour fuir l'avance des troupes alliées.

Prisonniers notables

Abbé Pierre Davignon (1912-1945), résistant, adjudant ARA. Il a également hébergé des juifs et des résistants en danger* Marie-Pierre d'Udekem d'Acoz, Pour le roi et la patrie. La noblesse belge dans la Résistance, Tielt, 2003, p. 201.. Emmanuel Jooris (1914-1945), résistant belge, lieutenant-colonel ARA, mort sous le nom d'Emmanuel Vincent. L'article est basé sur les dossiers individuels de guerre archivés au CEGESOMA à Bruxelles.. Gérard Willemot (1901-1945), résistant belge, lieutenant ARA.. Charles Ailleret, résistant françaisVoir le site de l'Association française Buchenwald, Dora et Kommandos, Charles Aileret. Léon Bronchart (), résistant français et seul cheminot ayant refusé de conduire un train de déportés. Léon Delarbre (1889-1974), artiste peintre, conservateur de musée, résistant. Il est connu pour ses dessins de son expérience des camps de concentration. À la Libération, ses œuvres sont acquises par le musée d’Art Moderne de Paris puis déposées au musée de la Résistance et de la Déportation de Besançon, qui a numérisé son fonds. Marcel Dartigues, résistant français. Christian Desseaux (), né le à Margny-lès-Compiègne, résistant français dès 14 ans. Il fait de la Résistance avec des camarades de collège. Le , il adhère au réseau « Jean-Marie Buckmaster » où il participe à des parachutages. À la suite d'une dénonciation, il est arrêté le et soumis à des interrogatoires musclés. Il arrive à Buchenwald le où il travaille à la carrière. Le , il est affecté au Kommando de Mittelbau-Dora. Pendant trois mois, il creuse des galeries dans des conditions extrêmes. Puis il est affecté comme tourneur dans un atelier de mécanique. Le , il est évacué avec le dernier convoi, celui des « spécialistes ». Il arrive à Ravensbrück le . Lors d'une nouvelle évacuation, il s'évade avec deux camarades. Ils sont aidés par des prisonniers de guerre français qui leur fournissent des vêtements plus discrets. Le , il est libéré par l'armée soviétique. Michel Depierre (), né le à Villers-Vermont, résistant français appartenant à OCM et à l'AS. Il est membre du maquis des Usages à Crisolles depuis le quand il est arrêté par la Gestapo à la suite d'une dénonciation le . Il arrive à Buchenwald le et affecté au camp de Mittelbau-Dora le . Il est libéré par les américains le . En très mauvaise santé, il est rapatrié en France par avion le Michel Depierre, Jean-Yves Bonnard, Déporté à Dora à 18 ans, n°81350, Scérén, 2009, ... André Guillaume (), né le à Troyes, résistant cheminot français. En , il rejoint le réseau « Ceux de la Libération » où il s'occupe, entre autres, des parachutages. Le , il est arrêté par la Gestapo sur son lieu de travail et déporté à Buchenwald où il arrive le . Le , il est transféré au Kommando de Mittelbau-Dora où il est serrurier. Le , il est évacué avec le dernier convoi, celui des « spécialistes ». Il arrive à Ravensbrück le . Puis, il est une nouvelle fois évacué à pied par la route. Il est libéré par les Américains le et rentre en France le . Paul-André Lobstein (), médecin et résistant français. Jean Mialet (), officier français, résistant, survivant du camp de concentration de Mittelbau-Dora, haut fonctionnaire de l'État dans l'entourage du général de Gaulle et juge à la Cour des comptes française. Maurice de La Pintière (1920-2006), résistant françaisVoir le site de Wolheim Memorial, Maurice de la Pintière.. Gérard Pichot (), né le à Tourtenay et mort le , résistant français appartenant à l'Organisation civile et militaire. Il participe à des parachutages et les matériels sont cachés dans la cave troglodyte de la ferme familiale. Le , il échappe à une arrestation menée par les Allemands dans la ferme familiale ; il est à son tour arrêté le . Le , dans le cadre de l'opération Meerschaum, il est déporté avec son père et les membres de son groupe à Buchenwald. Il est immédiatement transféré au Kommando de Mittelbau-Dora où il est séparé de son père. Il est affecté au transport des pièces des V2, puis comme magasinier dans un des tunnels où il retrouve son père. Devant l'avancée des troupes alliées, il est évacué avec son père le . Les deux hommes sont libérés par l'armée américaine le .. Léonce Pichot (), résistant français de l'Organisation civile et militaire. André Sellier (), résistant français (Mouvement Libération-Nord), auteur de Histoire du camp de Dora (1998). André Schock (), résistant et homme politique français. Simone Veil (), femme politique française. Eugène Maës (), footballeur français.

Après la guerre Avenir des lieux Jusqu'à la fin du mois de , des ingénieurs américains sauvegardent les installations de production souterraines et récupèrent documents, machines et fusées complètes, qu'ils transfèrent avec les principaux ingénieurs aux États-Unis.

En , à la suite des accords de Potsdam, l'administration militaire soviétique responsable de la zone d'occupation orientale, prend en charge les installations encore existantes.

L'ancien camp de baraques sert jusqu'en 1946 de camp pour les réfugiés et est ensuite presque complètement rasé. Les tunnels sont détruits en 1949.

vignette|redresse=1.4|Mémorial de Mittelbau (sculpture de Jürgen von Woyski).

En 1946, l'administration militaire soviétique érige un premier monument commémoratif dans la zone du crématoire. En 1949, celui-ci est transféré aux autorités de la ville de Nordhausen.