La Gascogne (en gascon : ou ) est une région culturelle du sud-ouest de la France et une ancienne province située sur le territoire actuel des départements français des Landes, du Gers, des Hautes-Pyrénées et, pour partie, d'autres départements des régions de Nouvelle-Aquitaine et d'Occitanie, ainsi que de la comarque du Val d'Aran, au nord de la communauté autonome de Catalogne (Espagne).

Successivement appelée Aquitaine, Novempopulanie, Vasconie puis Gascogne, elle a disparu en tant qu'entité politique propre en 1063 lors du rattachement au duché d'Aquitaine ; toutefois le nom de Gascogne est resté usité jusqu'à la Révolution française. Région naturelle de France localisée entre océan Atlantique, Garonne et Pyrénées, elle se distingue par son identité culturelle fondée sur l'évolution historique de peuples aquitains de langue protobasque vers un peuple gascon caractérisé par une langue romane, occitano-romane ou « aquitano-romane » aux fortes spécificités. Elle recouvre imparfaitement l'aire linguistique du gascon.

Géographie

Localisation vignette|gauche|La réalité d'un territoire naturel du Grand Sud-Ouest français enserré dans des limites physiques claires entre Atlantique, Garonne et Pyrénées. La Gascogne est située grosso modo dans le territoire compris entre la Garonne et les Pyrénées : Grand Sud-Ouest français et Val d'Aran en Espagne (Généralité de Catalogne). Philippe Lartigue a synthétisé les différences entre le territoire historique et les limites linguistiques telles que définies à la fin du XIXe sièclePhilippe Lartigue. Gasconha. Lenga e identitat. (en gascon, basque, français et espagnol). En ligne..

La géographie de la Gascogne est profondément marquée par ses limites naturelles que sont l'océan Atlantique, de la frontière espagnole à l'estuaire de la Gironde à l'ouest, le cours de la Garonne au nord, son sous-affluent la Lèze à l'est et les contreforts des Pyrénées au sud.

La Lèze est un affluent de l'Ariège dont la confluence avec la Garonne est proche du sud de Toulouse.

D'autre part, Serge Brunet rappelle que la forêt de Bouconne, sur les hautes terrasses alluviales de la rive gauche de la Garonne, est une frontière pluriséculaire entre Gascons et Languedociens.

Limites administratives La Gascogne n'est pas une région administrative mais une aire naturelle, culturelle et linguistique. La province historique est de fait éclatée entre les trois régions de la Nouvelle-Aquitaine, d'Occitanie et de Catalogne sans les constituer en totalité. Elle recouvre entièrement les départements des Landes, du Gers et des Hautes-Pyrénées, et comprend pour partie ceux des Pyrénées-Atlantiques, de la Gironde, de Lot-et-Garonne, de Tarn-et-Garonne, de la Haute-Garonne, de l'Ariège et de la région autonome du Val d'Aran en Catalogne espagnole. La zone d'influence du gascon se prolonge sur une partie du territoire de l'ancienne province de Guyenne.

Le Val d'Aran, bien qu'appartenant à l'Espagne, fait partie linguistiquement de la Gascogne, et à ce titre, bénéficie au sein de la Catalogne, dont il dépend administrativement, d'une autonomie linguistique faisant de cette région gasconne la seule dont la langue aquitano-romane et son parler aranais bénéficie d'un statut officiel. Les langues officielles de la Catalogne sont le catalan, l'« occitan gascon » et l'espagnol.

Pays de Gascogne

Aguais Airais Albret landais Armagnac Bas-Armagnac Arrensou Arroustang Astarac Auribat Baronnies des Pyrénées Barousse Bazadais Béarn Bigorre Bordelais Bourgeais Brassenx Brulhois Chalosse Comminges Condomois Corrensaguet Couserans Cubzaguais Eauzan Entre-deux-Mers Fézensaguet Gabardan Grande Lande Graves Haute-Lande-Girondine Lavedan Libournais Lomagne Luchonnais Magnoac Maremne Marensin Médoc Montanérès Nébouzan Neurest Pays d'Albret Pays d'Auch Pays de Born Pays de Buch Pays de Gaure Pays de Gosse Pays de l'Adour landais Pays de Marsan Pays d'Orthe Petites Landes Quatre-Vallées Queyran Rivière-Basse Rivière-Verdun Savès Seignanx Soubestre Tursan Vallée d'Aure Vic-Bilh Volvestre

Physionomie vignette|gauche|Paysage de Gascogne, laissant apparaître la chaîne des Pyrénées en arrière-plan. La Gascogne s'ouvre à l'ouest sur le golfe de Gascogne. Elle s'appuie au sud sur le massif montagneux et le piémont, côté France, des Pyrénées, entre Béarn et Couserans, et s'étage de coteaux en collines découpés par l'éventail des rivières, jusqu'à la Garonne. Se trouvent sur ces coteaux une part notable des vignobles du Sud-Ouest français et du Vignoble de Bordeaux.

Concernant l'Ariège, affluent oriental de la Garonne situé en amont de Toulouse : la limite de la Gascogne linguistique s'éloigne progressivement (d'une trentaine de kilomètres au maximum) vers l'ouest du cours de l'Ariège jusqu'aux Pyrénées, dans la région appelée Couserans.

La vallée de la Garonne, entre Toulouse et Bordeaux, est une voie de communication depuis l'Antiquité et même l'Âge du bronze. L'Adour, second fleuve par son bassin, forme à l'extrême sud-ouest la limite avec le Pays basque, où il se jette dans l’Océan Atlantique via le golfe de Gascogne.

Les Landes de Gascogne (avec la Forêt des Landes, protégée par des dunes littorales) couvrent un vaste triangle, à cheval sur trois départements (Landes, Gironde, Lot-et-Garonne). Il s'agit surtout d'une plaine sablonneuse.

Les coteaux de Gascogne s'étendent sur le Gers et (au nord et à l'est) jusqu'à la vallée de la Garonne, sur Chalosse et Tursan (département des Landes) au sud de l'Adour, ainsi que sur le nord du Béarn et de la Bigorre.

Hydrographie vignette|Chevelu des rivières du Gers, avec noms et communes de source et de confluence. Les principaux cours d'eau gascons qui drainent la région sont les rivières descendant du Plateau de Lannemezan, affluents de la Garonne et de l'Adour : la Baïse et son bassin (la Gélise, l'Osse), le Gers, l'Arrats, la Save et son bassin (la Gesse), l'Adour et son bassin (le Luy, l'Arros, le Gave de Pau et l'Eyre), réseau hydrographique pour partie responsable des inondations catastrophiques de 1977.

Julos Beaucarne met en musique en 1976 sur une mélodie originale. la chanson à dire La Garonne (Si la Garonne avait voulu) publiée en 1895 par Gustave Nadaud. et interprétée en 1903 par Charlus. où l'on apprend que

Histoire La région, peuplée d'Aquitains — proches des Vascons (d'où son nom dérivé de Vasconia) — a été conquise par l'Empire romain, puis par les Wisigoths et enfin par les Francs.

La Gascogne était une principauté au sud-ouest de la Gaule au Haut Moyen ÂgeCharles Dartigue, Histoire de la Gascogne, P.U.F. Que sais-je ?, Paris, 1951. Le nom de Gascogne fait référence à cette principauté () qui vit l'apogée unitaire de la région. Elle a disparu en tant qu'entité politique en 1063, lorsque le comte de Gascogne Bernard II Tumapaler a dû abandonner la Gascogne à l'Aquitaine après sa défaite devant le duc d'Aquitaine Guillaume VIII à la bataille de La Castelle. Après le traité de Paris de 1259, le duché d'Aquitaine a pris le nom de duché de Guyenne, terme désignant alors l'ensemble des possessions continentales du roi d'Angleterre.

Avec ces différentes dominations, la Gascogne a émergé comme un État indépendant pendant un temps et, à ce jour, la Gascogne a gardé la réputation d'être habitée par un peuple têtu et indépendant. Malgré ces évolutions, une identité gasconne culturelle et linguistique a subsisté à travers tout l'Ancien Régime jusqu'à nos jours.

La préhistoire Le paléontologue gersois Édouard Lartet a défini le Pliopithecus antiquus et le Dryopithecus fontani, primates fossiles du Miocène et du Pliocène et le Pelagornis, oiseau préhistorique du Gélasien, à partir des fouilles menées à Sansan (Gers) dans l'Astarac et à Saint-Gaudens (Haute-Garonne) dans le Comminges.

Des traces de l'occupation humaine, dès le Paléolithique supérieur (Aurignacien, Gravettien, Magdalénien), du territoire actuel de la Gascogne, sont présentes dans les grottes, parfois ornées, du Labourd (Sare) dans les Pyrénées-Atlantiques, du pays d'Orthe (Duruthy) dans les Landes, des Quatre-Vallées (Troubat, Labastide, Noisetier) dans les Hautes-Pyrénées, du Comminges (Aurignac — fouillée par Édouard Lartet et à l'origine de l'Aurignacien — Gargas, Marsoulas, Tarté) en Haute-Garonne, ou du Couserans (Tuc d'Audoubert, Trois-Frères) en Ariège.

Outre les traces d'une présence humaine depuis l'Acheuléen (Paléolithique inférieur) et la découverte de la mandibule de Montmaurin attestant d'un Néandertalien ancien dans les gorges de la Seygouade (grottes de Montmaurin), ce site du Comminges dans les Hautes-Pyrénées et celui de Brassempouy en Chalosse dans les Landes, ont fourni des représentations féminines datées du Gravettien, les Vénus paléolithiques de Lespugue et de Brassempouy. De ce dernier site a été extraite la Dame à la capuche, dans la coiffure de laquelle nombre d'auteurs ont voulu voir le capulet pyrénéen.

Le mégalithe de Guillay en Tursan dans le département des Landes et la voie de transhumance de la Ténarèze qui traverse les deux régions d'Aquitaine et de Midi-Pyrénées, de l'océan à la montagne, témoignent de l'activité des hommes sur le territoire de la Gascogne depuis le Néolithique.

L'Antiquité L'Aquitaine protohistorique

Lorsque les Romains conquirent la Gaule narbonnaise, ils se heurtèrent, au-delà de Toulouse à un peuple nouveau pour eux. Ce n’étaient ni des Ligures, ni des Celtes. Diodore de Sicile, qui les mentionne pour la première fois en 60 av. J.-C., les qualifie de « Celtibères ». Ils s'appelaient « Aquitains », bien que César reconnaisse qu’ils avaient beaucoup d’analogies avec les Ibères du sud des Pyrénées, et leur nom, comme le rapporte Pline l'Ancien, fut donné à la région qu'ils habitaient. Les anthropologues et les linguistes reconnaissent désormais à ces peuples, distincts des Gaulois, le caractère de populations protobasques, ayant des affinités ethnique et linguistique avec les Vascons.

Le territoire de l'Aquitaine était alors habité par une trentaine de tribus d'importance inégale : Consoranni (Couserans), Biguerres (Bigorre), Ilourais (Oloron), Bénéharnais (Béarn), Tarbelles (Dax), Tarusates, plus tard Aturenses (Aire), Sotiates (Sos), Lactorates (Lectoure), Elusates (Eauze), Ausques (Auch), Vasates (Bazas), Convènes (Comminges), Garumni (rive gauche Gironde), Vocates (sud-est Gironde), Boïens (Pays de Buch) et Cocosates (Pays de Born).

L'Aquitaine de César Spectateurs de la conquête de la Gaule par les Romains, les Aquitains en devinrent les acteurs en 56 av. J.-C. lorsque Publius Crassus fut chargé par César de soumettre l’Aquitaine. Ce fut d'abord le siège de l'oppidum de Sos où les Sotiates et leur chef Adiatuanos furent battus. Crassus poursuivit ensuite son œuvre qu’il mena à bien assez rapidement sur l'Adour malgré l'aide des Cantabres qui avaient combattu dans la guerre sertorienne contre Pompée où le légat Lucius Valerius Preconius et le proconsul Lucius Manlius avaient été défaitsJules César, Commentaires sur la guerre des Gaules, Livre III. C'est après la conquête qu'apparaissent les Bituriges Vivisques, Celtes déportés par Rome dans le Bordelais, sur la rive gauche de la Garonne et vivant, selon Strabon, sur le territoire des Aquitains, sans payer de tribut.

En 51 av. J.-C., César se rend lui-même en Aquitaine dans l'objectif de « pacifier » la contrée avec l'appui de deux légions et une prise d'otages parmi les peuples aquitains incomplètement soumis par Publius CrassusJules César, Commentaires sur la guerre des Gaules, Livre VIII.

L'Aquitaine d'Auguste