Alain Bombard est un docteur en biologie humaine, né le à et mort le à Toulon. Sa spécialité de médecin est la biologie, il est plus orienté vers la recherche appliquée que vers le soin direct auprès des patients. Il est connu pour sa traversée en solitaire de l'océan Atlantique à bord d'un canot pneumatique, d'une durée de Alain Bombard, Naufragé volontaire, Livre de poche, , en 1952. Son expérience lui a permis d'énoncer différentes règles de survie en mer, qui ont fait l'objet de vives critiques. Il a été fait Gloire du sport. De son vivant, son patronyme est devenu un nom commun, le « Bombard » désignant un canot pneumatique de survie auto-gonflable et insubmersible qui équipe les navires du monde entier. De nombreux naufragés, dans le monde entier, doivent leur survie à la démonstration d'Alain Bombard, « membre éminent du club très fermé, et restreint, de ces explorateurs utiles du siècle dernier ». Il s'est également engagé en politique, brièvement secrétaire d'État à l'environnement dans le premier gouvernement Mauroy durant un mois en 1981 puis député européen de 1981 à 1994.
Études Fils de Gaston Bombard, ingénieur, et de Marie Stodel, il reçoit une éducation protestanteJean-Hugues Carbonnier, « Alain Bombard », in Patrick Cabanel et André Encrevé (dir.), Dictionnaire biographique des protestants français de 1787 à nos jours, tome 1 : A-C, Les Éditions de Paris Max Chaleil, Paris, 2015, . Il étudie au lycée Henri-IV, à l'École alsacienne à Paris, au lycée de Saint-Brieuc et à la faculté de médecine d'Amiens, puis de Paris, où il est diplômé en médecine.
Alain Bombard découvre la mer pendant des vacances d'hiver en Bretagne, où il apprend la pratique de la voile dans la baie de l'Arcouest, surnommée dans la presse « Sorbonne-plage » car, dans l'entre-deux guerres, elle compte parmi ses habitués de nombreux universitaires, tels Marie Curie ou Jean Perrin, le jeune Bombard ayant pour moniteur de voile Frédéric Joliot-Curie. Ses études de médecine achevées, il peut s'installer comme interne à Boulogne-sur-Mer de 1949 à 1951. Il raconte dans Naufragé volontaire qu'un jour de printemps 1951 on lui amène les corps de morts dans le naufrage de leur chalutier nommé Notre-Dame de Peyragues, et que dès lors le cours de sa vie change. En effet, il décide à la suite de ce drame de trouver des solutions pour augmenter les chances de survie en cas de naufrage et réduire le nombre des « qui meurent par an dans des bateaux de sauvetage » (sur annuels en mer). Cet événement déclencheur qu'il raconte n'a en fait jamais eu lieu. En revanche, les Archives nationales mentionnent le naufrage du chalutier Notre-Dame de Peyragudes le , faisant dix morts pour six survivantsFabrice Drouelle, « Alain Bombard, le jeune homme et la mer », émission Affaires sensibles diffusée sur France Inter le 19 septembre 2014, 54 min 13 s..
Il commence par s'intéresser à la résistance à la faim, la soif et à la fatigue en 1951. Pour cela, il traverse la Manche à la nage enduit de graisse pour éviter l'hypothermie. En panne de moteur sur un Zodiac, il raconte avoir dérivé trois jours au large de Boulogne avec juste pour manger une plaquette de beurre, ayant évité la déshydratation en avalant de petites quantités d'eau de mer. Il quitte l’hôpital de Boulogne et, grâce à un mécène qui lui offre une bourse d'études, il obtient un poste de chercheur disposant d’un laboratoire à l'Institut océanographique de Monaco, où il réunit et étudie une vaste bibliographie sur les naufrages, les techniques de pêche, les vents, analysant la composition de l'eau ainsi que le comportement des naufragés, étudiant de plus près les canots gonflables. Il est persuadé que l'on peut survivre après un naufrage, avec un minimum de nourriture (en filtrant notamment le plancton, riche en vitamine C, pour combattre le scorbut) et surtout d'eau, qu'elle vienne de la pluie, des poissons (en les pressant) ou d'eau de mer. Il ne lui reste maintenant plus qu'à prouver qu'il a raison, en en faisant la démonstration sur lui-même.
À bord de L'Hérétique S'étant spécialisé dans les questions de survie en mer il obtient l'autorisation du secrétaire d'État à la Marine de naviguer en haute mer, et part donc de la principauté de Monaco le avec un marin anglais de rencontre, Jack Palmer, à bord d'un canot pneumatique : L'Hérétique, un Zodiac Mark III de de long, bâché, gréé d'une voile d'Optimist et avec de rares équipements, dont un sextant, un filet à plancton, des cartes et quelques livres. Après 18 jours d'errance, ils touchent terre aux îles Baléares puis se font remorquer à Tanger, mais ses détracteurs s'en donnent à cœur joie : comme ils n'avaient pêché que deux mérous, un cargo a dû se dérouter pour fournir un ravitaillement d'urgence aux deux marins écœurés du plancton. Après un aller-retour à Paris où il en profite pour voir sa fille qui vient de naître (il vient de se marier en secondes noces le avec Ginette Brunon, avec qui il aura cinq enfants) et pour convaincre ses mécènes et commanditaires hésitants, il repart à Tanger où L'Hérétique est convoyé en cargo. Palmer ayant décidé d'abandonner, alors que ce bourlingueur est le seul à savoir faire le point avec le sextant, Bombard reprend seul la mer le , faisant escale à Casablanca et à Las Palmas, qu'il quitte le pour la grande traversée. Bientôt il se retrouve sans rien à l'horizon, au bon vouloir du vent et des courants. Les premiers jours, il se nourrit comme prévu : eau de mer et jus de poissonsCe jus a une salinité moindre que l'eau de mer.. Mais il devra attendre trois semaines pour voir la pluie. Petit à petit, la peur de la mort (il rédige son testament le ), les diarrhées et la perte de poids l'affaiblissent. La mer se déchaîne et l'oblige à écoper sans arrêt et toujours avec les moyens du bord : sa chaussure ou son chapeau. Il a la chance de croiser le cargo l'Arakaka à qui il fait signe. Le capitaine l'embarque à bord, corrige son erreur de navigation de et lui donne un repas, « un œuf sur le plat, un très petit morceau de foie de veau, une cuillerée de choux et deux ou trois fruits », mais il refuse d'abandonner car ce serait donner raison à tous ses détracteurs. Les dernières semaines seront très dures mais il finira par toucher terre à la Barbade le après de mer. Il est dans un état de santé déplorable : souffrant d'anémie et ayant perdu , il doit être hospitalisé.
De retour en France, il est attendu par de nombreux journalistes et sa popularité augmente, bien que certains doutent et le soupçonnent d'avoir triché. Avec le récit de cette aventure, Naufragé volontaire, publié en 1953Alain Bombard, Naufragé volontaire, achevé d'imprimer le 21 avril 1953 sur les presses de l'Imprimerie Tournon à Paris, pour le compte des Éditions de Paris. Dépôt légal : 1953., il acquiert une renommée mondiale. Il s'installe à Amiens où il demeure une vingtaine d'années.
Selon sa formule, il voulait prouver que les « naufragés meurent de désespoir », non de faim ou de soif (voir la Méduse). De plus, son aventure rendra évidents de nombreux points pratiques pour faciliter la survie des naufragés ; c'est « la victoire du mou contre le dur » (les canots pneumatiques contre les chaloupes traditionnelles). Il donne des conférences (Connaissance du Monde), explique et met toute son énergie pour convaincre. Aujourd'hui c'est chose faite, les dérivés du Zodiac de survie sont obligatoires sur les bateaux. Jusqu'à sa mort, Bombard reçut des lettres de naufragés qui avaient survécu grâce à son expérience.
Après avoir rencontré Alain Bombard à Tanger en 1952, le médecin, navigateur et céiste allemand Hannes Lindemann effectua en 1955 une traversée de l'Atlantique en solitaire en pirogue. Il réitéra cet exploit en 1956 avec un kayak. Dans son livre paru en 1958 Alone at the sea, Lindemann raconte ses traversées et conclut aux effets néfastes de la consommation d'eau de mer. Lindemann estime donc, sans en apporter la preuve, que Bombard avait embarqué une réserve d'eau à bord de l'Hérétique, et qu'il devait avoir été ravitaillé secrètement en pleine mer. Dans un article paru en 2006 dans Der Spiegel « Überleben auf dem Meer. Durst löschen mit Salzwasser », Ulli Kulke, 16 février 2006, Spiegel Online, le journaliste Ulli Kulke indique que l'Organisation mondiale de la santé a basé ses recommandations de la survie en mer sur ces conclusions : « Lindemann est maintenant la référence, et Bombard oublié ». Les hommages de la presse internationale lors de sa mort en 2005 montrent que cet oubli est très relatif. Une analyse équilibrée de la polémique et de ses causes a été publiée en 2011 sur le blog Inflatable Kayaks & Packrafts .
Au-delà de son rôle dans la connaissance du naufrage, Bombard s'illustre dans l'écologie et la protection de la mer. En 1963., on le voit notamment se mobiliser au côté de Paul Ricard et d'une quarantaine d'élus provençaux dans l'affaire des « boues rouges » de Cassis. Il s'agissait, pour l'usine Pechiney de Gardanne, de déverser dans la Méditerranée, via un pipeline sous-marin, ses déchets issus du traitement de la bauxite (les « boues rouges ») nécessaires à la fabrication de l'aluminium. La mobilisation échoua, le pipeline fut construit.
Alain Bombard est inhumé au nouveau cimetière de BandolCimetières de France et d'ailleurs.
Thèses de Bombard sur la survie en mer Dans ses œuvres, Bombard avance deux importantes thèses concernant la survie humaine en mer.
Premièrement, il prouve, par son expérience dans l'océan Atlantique, qu'il est possible à un naufragé de survivre pendant un certain temps en mer sans eau potable ni provisions.
Deuxièmement, il estime que l'une des principales causes de décès de naufragés n'est pas la faim ou la soif, mais la terreur et le désespoir. Il fonde sa thèse sur les naufrages tels que celui du Titanic où certaines personnes sont mortes ou sont devenues folles alors qu'elles avaient trouvé refuge dans les canots de sauvetage, alors qu'aucun des enfants qui s'étaient retrouvés avec eux n'avait péri, et cela du fait que les enfants sont moins sujets au désespoir et à la panique.
Conformément à ces deux thèses, Bombard donnait quelques conseils pratiques dans son livre Naufragé Volontaire : manger : des poissons que l'on arrive à pêcher (à l'aide de fils de pêche) et du plancton (très riche en vitamine C, recueilli au moyen d'un filet) ; boire : de l'eau de mer en petites quantités afin de retarder la déshydratation, sans dépasser un litre par jour, tout en buvant de l'eau extraite de poissons pressés (sauf certains poissons, comme les raies, dont le taux de salinité menacerait les reins), et de l'eau de pluie ; comment s'occuper : se donner un emploi du temps pour rythmer sa journée, et éviter l'ennui qui favorise le désespoir ; se méfier : des espadons (qui risquent de crever l'embarcation), des requins, mais surtout du désespoir (Bombard prenait sa tension chaque jour et la notait sur un carnet : ses minima ne se trouvent pas à la fin du trajet, mais aux moments de désespoir).
Certaines des affirmations de Bombard ont été contestées par Hannes Lindemann, notamment l'idée de pouvoir survivre sans eau douce. Il apparaît toutefois que Bombard a été mal compris en ce qui concerne la possibilité de survie sans eau douce.. Bombard n'a jamais soutenu que la survie de l'être humain était possible uniquement en buvant de l'eau de mer. Au contraire, il indique que l'eau de mer en petites quantités peut prolonger la survie si elle est accompagnée, à défaut d'eau de pluie, de l'absorption des liquides présents dans le corps des poissons. Cette question fait toujours débat.
Le « drame d'Étel »