( en néerlandais et en anglais), né le ( grégorien) à La Haye et mort le ( grégorien) à Londres, stathouder des provinces de Hollande, de Zélande, d'Utrecht, de Gueldre et d'Overijssel, appartenant aux Provinces-Unies à partir du , devient roi d'Angleterre et d'Irlande sous le nom de Guillaume III et roi d'Écosse sous le nom de du jusqu'à sa mort.
Issu de la maison d'Orange-Nassau et titré prince d'Orange dès sa naissance, son père étant mort quelques jours auparavant, Guillaume est confronté aux responsables politiques des Provinces-Unies qui veulent empêcher son accès aux fonctions de stathouder (gouverneur provincial) détenues par ses ascendants depuis le prince Guillaume d'Orange-Nassau, son arrière-grand-père. À partir de 1668 il parvient cependant à obtenir des charges publiques et en 1672, lorsque les Provinces-Unies doivent affronter une coalition menée par la France et l'Angleterre, il est enfin nommé stathouder et parvient ensuite à sauvegarder les intérêts de son pays dans les différents traités de paix.
Petit-fils par sa mère du roi d'Angleterre , décapité en 1649 au cours de la première révolution anglaise, Guillaume épouse en 1677 sa cousine germaine la princesse Marie, fille aînée du prince héritier Jacques, duc d'York. Lorsque ce dernier devient roi en 1685, son catholicisme et ses conceptions absolutistes lui aliènent l'opinion anglaise. À la suite de la naissance en d'un fils de Jacques II, la tension est à son comble. Guillaume intervient alors en Angleterre en débarquant avec un corps expéditionnaire qui obtient rapidement la reddition du roi (). Les Parlements d'Angleterre et d'Écosse réunis en 1689 accordent à Guillaume les deux couronnes, conjointement avec son épouse , avec qui il gouverne jusqu'à la mort de celle-ci le . Mais ils imposent aussi un certain nombre de limites à ses pouvoirs, énoncées dans la Déclaration des droits (Bill of Rights) de 1689 et son règne marque la transition entre le pouvoir personnel des Stuart et le pouvoir contrôlé par le Parlement de la maison de Hanovre.
À l'intérieur, il se heurte à l'opposition des partisans de Jacques II, les jacobites, qui se soulèvent en Irlande, où Guillaume remporte la victoire de la Boyne (), aujourd'hui emblème des protestants orangistes d'Irlande du Nord, et en Écosse, où il est impliqué dans le massacre de Glencoe.
À l'extérieur, son règne est marqué par la poursuite de la guerre avec la France jusqu'en 1697, puis par une tentative de rapprochement autour de la question de la succession du roi d'Espagne Charles II. Finalement, en 1701, une nouvelle guerre éclate, la guerre de Succession d'Espagne, mais Guillaume III n'en voit que les débuts, mourant l'année suivante à la suite d'une chute de cheval.
Les dates de cet article sont données dans le calendrier julien, en retard de dix jours sur le calendrier grégorienÀ cette époque, deux calendriers sont en usage en Europe : le calendrier julien (remontant à Jules César) dans les pays protestants et orthodoxes et le calendrier grégorien (à partir du 15 octobre 1582, qui suit le 5 octobre 1582) dans les pays catholiques et dans une partie des Provinces-Unies..
Jeunesse thumb|left|alt=Portrait d'un garçon au cheveux noirs mi-longs portant une sorte de tunique jaune et blanche|Portrait du jeune Guillaume par Cornelis Janssens van Ceulen. left|thumb|Le jeune prince représenté dans une couronne florale portant les symboles de la maison d'Orange-Nassau, peinture de Jan Davidsz de Heem. Musée des beaux-arts de Lyon.
Guillaume-Henri d'Orange-Nassau nait à La Haye, aux Provinces-Unies, dans la province de Hollande, le , deux ans après la reconnaissance de la république des Provinces-Unies par le roi d'EspagneEn 1648, Philippe IV, petit-fils de Philippe II et arrière-petit-fils de Charles Quint., à la fin de la guerre de Quatre-Vingts Ans, par le traité de Münster (janvier 1648)Philippe IV renonce aux droits féodaux qu'il détient sur les sept provinces du nord des Pays-Bas des Habsbourg en tant que descendant des ducs de Bourgogne de la maison de Valois, créateurs des Pays-Bas bourguignons, échus en 1482 au Habsbourg Philippe le Beau, père de Charles Quint. Il conserve ses droits sur les provinces du sud (Flandre, Brabant, Luxembourg, etc.), dites Pays-Bas espagnols, bien qu'elles fassent partie du Saint-Empire romain germanique (cercle de Bourgogne)..
Origines familiales Il est le seul enfant de (1626-1650), stathouder de Hollande, de Zélande, d'Utrecht, de Gueldre, de Groningue, de Drenthe et d'Overijssel depuis 1647.
Il est le petit-fils de Frédéric-Henri d'Orange-Nassau (1584-1647) et l'arrière-petit-fils de Guillaume le Taciturne (1533-1584), premier prince d'Orange de la maison de Nassau, qui, nommé vers 1560 stathouder de Hollande et de Zélande par Philippe II, a pris à partir de 1568 la tête de l'insurrection à l'origine des Provinces-Unies (1581).
Son père étant mort (de la variole) le , Guillaume devient prince d'Orange dès sa naissance. En revanche, les fonctions de stathouder, qui impliquent de pouvoir conduire l'armée en guerre, ne sont pas héréditaires, bien que presque toujours attribuées au chef de la maison d'Orange-Nassau.
Sa mère est Marie Henriette Stuart (1631-1660), fille aînée du roi d'Angleterre , exécuté en 1649 par le Parlement de la révolution anglaise de 1641-1660, et sœur de ses successeurs à partir de 1660, les futurs et .
Baptême et tutelle Immédiatement, un désaccord apparait entre sa mère et sa grand-mère paternelle, Amélie de Solms-Braunfels, à propos du nom à donner à l'enfant. Marie veut le nommer Charles comme son frère, mais Amélie préfère Guillaume (Willem en néerlandais) afin de marquer son lien avec Guillaume le Taciturne et augmenter ainsi ses chances de devenir stathouder.
Dans son testament, a nommé son épouse tutrice de son fils, mais n'a pas apposé sa signature avant de mourir, rendant le document invalide.
Le cas ayant été porté devant les juges, la Cour suprême de Hollande, Zélande et Frise occidentale (Hoge Raad van Holland, Zeeland en West-Friesland) décide le que le tutorat sera partagé entre sa mère, sa grand-mère paternelle et l'électeur de Brandebourg et duc de Prusse , dont l'épouse, Louise-Henriette d'Orange est la sœur aînée du père de Guillaume.
Enfance et première éducation
La mère de Guillaume montre peu d'intérêt pour son fils ; parfois absente durant des années, elle se tient délibérément en dehors de la société hollandaise.
L'éducation de Guillaume est d'abord assurée par plusieurs gouvernantes hollandaises, dont certaines d'ascendance anglaise comme Walburg Howard. À partir d', le prince reçoit un enseignement quotidien dans la religion réformée, assuré par le pasteur calviniste Cornelius Trigland, partisan du théologien Gisbertus Voetius.
L'éducation idéale pour Guillaume est décrite dans le Discours sur la nourriture de S. H. Monseigneur le Prince d'Orange, écrit par un des tuteurs de Guillaume, Constantin Huygens. Dans ces leçons, le prince doit notamment apprendre qu'il est prédestiné par la divine providence pour accomplir la destinée historique de la maison d'Orange-Nassau.
Études et formation (1659-1667) De 1659 à 1665 (âgé de 9 à 16 ans), Guillaume passe sept ans à l'université de Leyde où il reçoit une sous la direction du professeur d'éthique Hendrik Bornius. , Guillaume est d'Hans Willem Bentinck et de Frederick Nassau de Zuylestein, fils illégitime de Frédéric-Henri d'Orange-Nassau.
Il apprend le français avec Samuel Chappuzeau, qui sera limogé par la grand-mère de Guillaume après la mort de sa mère..
Le grand-pensionnaire Johan de Witt et son oncle Cornelis de Graeff incitent les États de Hollande à prendre en charge l'éducation de Guillaume afin qu'il acquière les aptitudes nécessaires à des fonctions gouvernementales. Les États acceptent le .
Le , alors que Guillaume est âgé de dix ans, sa mère meurt de la variole au palais de Whitehall à Londres au cours d'une visite à son frère, le roi , tout juste rétabli sur le trône. Dans son testament, Marie demande à de veiller aux intérêts de Guillaume. Celui-ci demande alors aux États de Hollande de ne plus intervenir dans son éducation. Pour ne pas irriter le roi d'Angleterre, ils acceptent le .
En 1661, Frederick de Zuylenstein commence à travailler pour Charles. Il incite Guillaume à écrire au roi d'Angleterre pour lui demander de l'aider à devenir stathouder.
Après la mort de sa mère, l'éducation et le tutorat de Guillaume deviennent un sujet de tension entre les partisans de la maison d'Orange-Nassau, les orangistes, et les partisans d'un système républicain fondé sur le pouvoir des États provinciaux et généraux.
Au terme de la deuxième guerre anglo-néerlandaise (1665-1667), une des conditions de paix de est l'amélioration de la position de son neveu aux Provinces-Unies. En représailles, les États de Hollande font officiellement de Guillaume un pupille du gouvernement. Les partisans de Charles II sont exclus de son entourage, même Zuylenstein, malgré la demande de Guillaume à De Witt de l'autoriser à rester. De Witt, le politicien le plus influent des Provinces-Unies, se charge alors de l'éducation de Guillaume ; il lui enseigne la politique et les affaires nationales .
Premières fonctions thumb|alt=Portait d'un homme habillé en noir et regardant vers la gauche.|Johan de Witt, qui supervisa l'éducation de Guillaume à partir de 1666. thumb|alt=Portrait d'un homme potelé se trouvant derrière un bureau.|Gaspar Fagel remplaça De Witt en tant que grand-pensionnaire et était plus favorable aux intérêts de Guillaume.
Conflits à propos des fonctions de stathouder (1654-1667) Après la mort du père de Guillaume en 1650, les postes de stathouder restent vacants. De 1660 à 1670, les partisans du régime républicain s'efforcent d'empêcher Guillaume de reprendre les fonctions détenues par son père et son grand-père, mais les orangistes, soutenus par l'Angleterre à partir de 1660, parviennent peu à peu à faire céder leurs adversaires.
L'acte d'exclusion de 1654 Le traité de Westminster de 1654, qui met fin à la première guerre anglo-néerlandaise (1652-1654), a une annexe (initialement secrète) due à une exigence d'Olivier Cromwell, l'« acte d'exclusion », qui interdit de nommer un membre de la maison d'Orange-Nassau aux fonctions de stathouder.
Après la restauration des Stuart en la personne de Charles II (1660), l'acte d'exclusion est déclaré nul. Dès 1660, Marie et Amélie s'efforcent de convaincre les différentes provinces de désigner Guillaume comme futur stathouder, mais se heurtent à un refus.
L'édit perpétuel de 1667 Après la deuxième guerre anglo-néerlandaise (1665-1667), comme Guillaume approche de ses 18 ans, le parti orangiste tente de nouveau de lui assurer les fonctions de stathouder et de capitaine général. De Witt à voter l'édit perpétuel de 1667. Ce texte stipule que le capitaine-général ou l'amiral-général des Pays-Bas ne peut devenir stathouder d'aucune province de la république des Provinces-Unies.
Ralliement de la Zélande au parti orangiste (1668) Cependant, le , les États de Zélande le reçoivent en tant que « ». Pour recevoir ce titre, Guillaume a dû échapper à l'attention de pour se rendre secrètement à Middelbourg.
Un mois plus tard, Amélie autorise Guillaume à se déclarer majeur et à gérer sa propre maisonAu sens de maison princière, l'ensemble des personnes (civiles et militaires) au service d'un prince dans un certain nombre de résidences qui lui appartiennent..
Tentative d'abolition de la fonction de stathouder (mars 1670) En , la province de Hollande, centre de l'opposition à l'orangisme, abolit la fonction de stathouder, ainsi que , établissant ainsi la période dite de « l'Harmonie ». De Witt demande aux régents, c'est-à-dire aux membres des conseils urbains, de s'engager par serment à faire respecter l'édit. Tous acceptent.
Entrée de Guillaume au Conseil d'État (mai 1670)